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Full text of "Biographie universelle, ancienne et moderne; ou, Histoire"

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BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 

ANCIENNE ET MODERNE. 
FA— FI. 



BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 

ANCIENNE ET MODERNE, 

OU 

HISTOIRE, PAR ORDRE ALPHABETIQUE, DE LA VIE PUBLIQUE ET PRIVEE DE 
TOUS LES HOMMES QUI SE SONT FAIT REMARQUER PAR LEURS ECRITS , 
LEURS ACTIONS , LEURS TALENTS , LEURS VERTUS OU LEURS CRIMES. 

OUVRAGE ENTIÈREMENT NEUF, 

RÉDIGÉ PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ET DE SAVANTS. 



On doit des égards aux vivants; on ne doit, aux morts, 
que la vérité. ( Volt. , première Lettre sur Œdipe. ) 



TOME QUATORZIÈME. 




A PARIS, 

CHEZ l. g! michaud, imprimeur-libraire, 

HUE DES EOIfS-ENFAKIS, H°. 34- 

i8i5. 



V 



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( FEB 10 19.85 






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960003 






SIGNATURES DES AUTEURS 



DU QUATORZIÈME VOLUME. 



MM. 



MM. 



A.C — t. Beuchot. 

A — d. Artaud. 

A — D — r. Amar-Duriyier. 

A — G — R. AuGER. 

A. R.— t. Abel Remusat. 

B— D. BoULARD. 

B. M — S. BlGOT-DE-MoROGUES. 

B — i. Bernardi. 

B — p. BEAuCHAMr (Alphonse de). 

B^-RS. BoiNVILLIERS. 

B — s. Bocous. 

B — SS. BoiSSONADE. 

B — u. Beaulieu. 

C. Chaumeton. 

C — au. Catteau-Calleville. 
C. G, Cadet Gassicourt. 
C. M. P. Pjllet. 

C R— T. COTTERET. 

C. T — y. Coquebert de Taizt. 
.0. L. Delaulnaye. 

D. L. C. Lacombe (de). 
D— M— t. De Musset. 

D — s. Desportes ( Boscherqn )* 

D T. DURDENT. 

E — c D d.Emeric David. 
E — s. Eyriès. 

F. P — t. Fabien Pillet. 

E R. FoURNIER. 

G É. GlNGUENÉ. 

G. F R. FoURNIER fils. 

G— -n. Guillon ( Aimé). 

G — r. Grosier. 

J — b. Jacgb-Kolb. 

J — "f. Jourdain. 

L—JP—- e. Lapobte (Hippolite be) 



L— s. 


Langlès. 


L~S— e. 


La Salle. 


L— u. 


Ledru. 


L— Y. 


Lécuy. 


M— D j. 


Michaud jeuuei 


M— E. 


Maurice. 


M— ON. 


Marron. 


N— R. 


Ch. Nodier. 


N— T. 


Nicollet. 


P— C— T. 


Picot. 


P— D. 


Pataud. 


P— E. 


Ponce. 


P—X. 


Pujoulx. 


Q— R— -s 


'. Quatremère-Roissy. 


R—u—a 


. Renauldin. 


S— D. 


SUARD. 


S.d. S — y. Silvestre-de-Sacy. 


S— L. 


SCHOELL. 


S. M— n. 


Saint-Martin. 


S. S— i. 


SlSMONDE-SlSMONDI. 


St— t. 


Stassart. 


S— Y. 


Salaberry. 


T— D. 


Tabaraud. 


T— N. 


TÔCHON. 


II— I. 


USTÉRI. 


Y— i. 


YlSCONTI. 


V— N. 


Villemain. 


V. S— L. 


Yincens-Saijyt-Laurent. 


V— T. 


YlTET. 


W— R. 


"Walcicenaer. 


"W— s. 


Weiss. 


XG. 


Revu pai- M. Ginguené, 


X-s. 


Revu par M. Suaru. 


z. 


Anonyme. 



BIOGRAPHIE 



UNIVERSELLE. 



.^^>^».-^."%.-»-VWk.x 



£ A B B R A ( Louis délia ) , pro- 
fesseur en médecine à l'université de 
Fcrrare , naquit en celte ville en 
i65 r », et y mourut le 5 mai i^3. 
Fils d'un chirurgien distingué de Fer- 
rare , il se livra avec beaucoup d'ardeur 
à l'élude de la médecine; bientôt après 
avoir reçu le bonnet de docteur , il se 
lit remarquer, parmi ses confrères, 
dans l'exercice de son art. Le marquis 
de Btiitivoçîio en fit sou médrein , et 
Je détermina à s'établir dans la ville 
de ee nom. Cependant il fallait un pius 
vaste théâtre à délia Fabbra; il re- 
tour' a, peu d'années après, à Fer- 
rare , où la faculté de médecine lui 
accorda une chaire avant qu'il eût 
atteint s» trentième année. Le jeune 
professeur ne tarda point à se faire 
une grande réputation , et la p ace de 
prrrai- r professeur étant devenue va- 
cante, ii y fut unanimement appelé 
pai ses collègues. Deila Fabbra a joui, 
de son vivant, d'une liante renommée; 
il avait hérité de la vogue de Jérôme 
NigrisoU, sou maître; il se peut que 
de son vivant il méritât , comme pra- 
ticien et même comme habile profesi 
seur, ceite grande régulation ; mais 
ce qui nous reste de lui ne lui assi- 
gna, parmi les écrivains, qu'une p'a- 
ce obscure. Ce sont des Dissertations 
peu e-timées sur divers sujets de mé- 
dicine; elles Curent imprimées suc- 
cessivement , et ensuite réunies sous 
le litre de Disserlationes physico- 
xiv. 



medicœ , in - 4°. , Ferrare , 1 7 1 1, 
— Fabbra (Gilles), fils du précédent, 
fut aussi médecin et professeur à l'uni- 
versité de Ferrare. Il n'a rien laissé 
qui lui ait survécu. F — r. 

FABEK, FABREou LE FÈVRE 
(Jean), célèbre jurisconsulte , né 
dans le diocèse d'Angoulême, floris- 
sait au 1 4 (> » siècle , sous le règne de 
Philippe VI. Dans la souscription de 
son Commentaire sur les Institules 
de Justinien , dont on parlera ci-après , 
il est nommé Joan. Runcinus , ce qui 
confirme l'opinion de ceux qui lui 
donnent pour patrie le village de 
Ronssiues,dansl'Angoumois. On croit 
qu'il remplit l'office de juge à la Roche- 
foucauld, et plusieurs prétendent qu'il 
fut élevé à la dignité de chancelier de 
France, mais ce fait n'est pas certain. 
Il mourut à Angoulême, en i54o, et 
fut enterré dans le cloître des Domi- 
nicains de celte ville, où on lisait son 
épitaphe. Dumoulin parle de Faber 
dans les termes les plus flatteurs; il 
remarque que ce juri consulte a pré- 
cédé Barlhole et Balde, et que les 
Italiens eux-mêmes ont rendu justice 
à son mérite. Personne de son temps 
n'était plus versé dans le droit romain, 
et Dumoulin le cite souvent à l'appui 
de ses décisions Bretonnier trouve 
dans ses ouvrages les pures maximes 
de la jurisprudence fr.mçaise. Le 
Commentaire de Faber sur les Ins- 
titutes fut imprimé à Venise, 1488 

1 



2 FAB 

in-f '. , avec des corrections de Pierre 
Albignan , jurisconsulte de Troies. 
M. Barbier en cire une autre édition 
de Lyon, i5g5, in-4°-> avec des 
suppléments d'Arca Baudoza. On at- 
tribue encore à Faber : Breviarium 
in Codicem , Paris , 1 545 , et Lyon, 
i5q4, in-4°'ï Progymnasmata ex 
utroquejure , Louvain , 1 5g4 , in-8 d . ; 
mais ce dernier ouvrage paraît plutôt 
appartenir à un autre Jean Faber, 
jurisconsulte, surnomme Omalius , 
parce qu'il était né à Omal , près de 
Liège, et mort en 1622, à quatre- 
vingt-deux ans. W — s. 

FABER ( ou proprement Schmidt ) 
( Félix ) , dominicain et voyageur, 
était né à Zurich en 1 44 x ou 144* 2 * 
Il entra dans un couvent de Tordre 
des frères prêcheurs à Ulm, professa 
la théologie, et passa de son temps 
pour un excellent prédicateur. Deux 
fois il fit le voyage de la Terre-Sainte. 
La première en 1 479» ^ a seconde en 
i485. A son retour il occupa diffé- 
rents emplois dans son ordre, et 
mourut à Ulm le 14 mars i5o2. Il 
traduisit en allemand la vie de Henri 
Suso,et écrivit enlatineni489 ffis- 
toria Suevorum. Goldast, qui l'a im- 
primé dans son recueil intitulé : Re- 
rum Suevicarum scriptores, dit que 
la relation du premier voyage de Fa- 
ber, écrite de sa main et inédite, exis- 
tait chez Heinzel , patricien d'Augs- 
bourg; il ajoute que ce religieux a 
aussi compo.té, sur le monastère d'Of- 
fenhus , des Mémoires qui n'ont pas 
vu le jour. I/autres écrivains parlent 
aussi d'une chronique d'Ulm qu'ils 
attribuent à ce même Faber, et font 
mention d'un de ses ouvrages sous 
le nom iïEvagatorium , qui n'est 
vraisemblablement que sa relation 
sous un autre titre. On trouve celle-ci 
indiquée dans le catalogue des livres 
de voyages de Stutk, sous ce titre 



FAB 

en allemand : Relation du voyage à 
la Terre -Sainte et à Jérusalem, 
et du retour (en 1480), i556 et 
1557, in-4°. , sans désignation de 
lieu d'impression ; le même ouvrage 
place la relation du second voyage 
de Faber dans le recueil de voyages 
à la Terre-Sainte, Francfort, 1 584 t 
in-fol. ; il n'y est désigné que sous le 
nom de frère Félix; d'autres biblio- 
graphes nous apprennent que cette 
relation a été publiée en allemand en 
1 56o par Eysengrein. Quoi qu'il en 
soit, la relation de ce voyage fut pu- 
bliée d'abord en latin psr Bernard 
de Breydenbach , qui est qualifié 
d'auteur principal de l'ouvrage. ( V, 
Breydenbach ). Il eut pour compa- 
gnons onze personnages nobles de 
ses compatriotes , deux frères mineurs 
versés dans plusieurs langues, un ar- 
chidiacre de Transylvanie , Faber , 
Edward Rcwich, peintre habile qui 
dessina tous les lieux représentés dans 
le voyage : enfin plusieurs domesti- 
ques; de sorte que Breidenbach et 
ses compagnons composaient une ca- 
ravane assez nombreuse. Cetle troupe 
de pèlerins partit de Maïence le 25 
avrd i483, s'embarqua à Venise, 
arriva à Jérusalem le 1 ! juillet. Après 
avoir visité la ville sainte et les envi- 
rons jusqu'au Jourdain, elle différa 
son départ pour le mont Sinaï à cause 
des chaleurs excessives. Le i!\ août 
elle se remit en route, passa par 
Gaza, traversa le désert, gravit les 
monts Oreb et Sinaï , et quitta le 
couvent de Ste. -Catherine pour aller 
au Caire, en longeant le rivage de la 
mer Rouge ; suivit le Nil depuis la 
capitale de l'Egypte jusqu'à Rosette; 
monta le t5 novembre sur un na- 
vire de Venise, et aborda dans cette 
ville le 8 janvier i^&\. Ce voyape à 
la Terre-Sainte, un des plus anciens 
qui aient été imprimés, est ccrtaiue- 



FAB 

inerit un des meilleurs. L'aspect du 
pays y est décrit avec soin: le ta- 
bleau au désert situé entre la Pales- 
tine et les monts Sinaï et Oreb , ce- 
lui de ces deux montagnes et de tout 
le pays jusqu'au Caire ne laissent que 
bien peu de chose à désirer. Les vé- 
gétaux étrangers à l'Europe et cultive's 
dans les enviions du Caire sont dési- 
gnés avec beaucoup de précision et 
d'exactitude. On y trouve un grand 
nombre d'observations judicieuses et 
'très peu de choses inutiles ; aussi plu- 
sieurs voyageurs l'ont-ils mis à contri- 
bution. Le Huen en a traduit en fran- 
çais plusieurs passages de la pre- 
mière partie et toute la seconde par- 
tis , qui comprend le voyage au 
mont Sinaï et le retour en Europe. 
Parmi les figures d'animaux repré- 
sentés dans les planches de ce 
voyage on voit une licorne ; mais en 
lisant le texte on reconnaît aisément 
que les voyageurs avaient aperçu une 
gazelle ( Voy. Haberlin , F.D., Diss. 
de vita, itiner. et scriptis F. F abri y 
Gottingen , 1 742 , in-4°. )* E — s. 

FABER (Jean), religieux domi- 
nicain , surnommé Malleus hœretico- 
rum , ou le Marteau des hérétiques , 
du titre d'un de ses ouvrages , naquit 
vers 1470, à Leuckerchen, en Souabe. 
Il annonça, dès son enfance, d'heu- 
reuses dispositions pour les sciences , 
et fit de bonnes études dans les diffé- 
rentes universités d'Allemagne. L'é- 
vêque de Constance le nomma , en 
i5i9, l'un de ses vicaires-généraux ; 
l'empereur Ferdinand le choisit en- 
suite pour son confesseur , et lui don- 
na, en i53i, l'évêcbé de Vienne. Il 
gouverna sagement son diocèse pen- 
dant dix années, s'opposa avec succès 
aux progrès de l'hérésie, et mourut 
le 12 juin 1 54i. Ce prélat n'était pas 
moins distingué par ses vertus que 
par ses talents , et on peut remarquer 



FAB 5 

que des écrivains d'une autre com- 
munion en conviennent eux-mêmes. 
Lorsque la mort le surprit, il était 
occupé à revoir ses ouvrages, dont il 
se proposait de publier une édition 
complète. Le premier volume parut à 
Cologne , in-fol. , en 1 537 ; le second 
en i559, et le troisième volume en 
1 54 t- On y trouve : des Sermons ; 
un Traité Z?e Fide et bonis operibus; 
des écrits de controverse ; un opus- 
cule des misères et calamités de la, 
vie humaine, dont Pierre Gui de 
Saumur a donné une traduction fran- 
çaise, Paris, 1578; un ouvrage de 
la Religion et des Mœurs des Mos- 
covites, Baie, 1626, in-4°. , inséré 
depuis dans le Recueil intitulé : Re- 
rum Moscovilarum authores, Franc- 
fort, 1600, in- 4 Q - î un autre de 
Y Origine des Turks , imprimé plu- 
sieurs fois, etc. On joint à ces trois 
volumes un quatrième, publié à Leip- 
zig , i557 y ma ' s ' es °i uatre volumes 
ne contiennent pas même tous les 
écrits de Faber. On y cherchera vai- 
nement , par exemple , le Malleus 
hœreticorum. Cet ouvrage , qui fit la 
réputation de son auteur , mais qu'on 
néglige aujourd'hui , fut imprime , 
pour la première fois, en i524, in- 
fol. Il y a aussi une édition de Ro- 
me, i56g, in-fol., et il en existe 
d'autres encore. — Faber ( Jean), 
religieux dominicain, né à Fribourg 
en Suisse , acquit une assez grande 
célébrité par ses talents pour la chaire. 
Il était lié d'une étroite amitié avec 
Erasme, et il prit sa défense dans 
plusieurs occasions contre les théolo- 
giens catholiques ; mais étant venu à 
Rome dans le dessein de solliciter 
quelques bénéfices , il rompit avec 
Erasme , et se rangea même du cote' 
de ses ennemis, pour faire sa cour 
aux prélats, dont il recherchait la 
protectiou. Faber e'tait bon thcolo- 
j.. 



4 FAB 

gien , et il eut le titre de prédicateur 
de Maximiiien 1 er . et de Charles- 
Quint. Il est auteur d'une Oraison 
funèbre de Maximiiien , faussement 
attribuée , par quelques biographes , 
à Jean Faber, dont l'article suit; il 
mourut à Rome, en i53o, dans un 
âge peu avancé. — Faber (Jean), 
religieux du même ordre que les pré- 
cédents, né à'Hailbron, vers i5oo, 
fut reçu docteur en théologie à Co- 
logne , et mourut vers 1570. Il a 
publié un grand nombre d'ouvrages, 
parmi lesquels on citera seulement 
les suivants : T. Libellus quod fides 
esse possil sine charitate , AugSi 
bourg, 1 548, in-4'. ,iivret singulier, 
mais qui n'est cependant pas recher- 
ché ; J I Knchiridion bibliorum , 
ibid.y 1 549; Cologne, i568, in-4°. ; 
III. Fructus quibus dignoscuntur 
hœretici, Augsbourg , in-4 • Cet ou- 
vrage renferme des particularités cu- 
rieuses sur Luther et ses premiers dis- 
ciples; IV. Testimonium scriplurœ 
et Patri/m B. Pelrum apostolorum 
Komce fuisse , Anvers, 1 5 55, in-4".; 
V. De la Mes se el de la présence 
réelle de J.-C. dans le sacrement 
de V Eucharistie. C'est , de tous les 
ouvrages de Faber , celui qui eut le 
plus de succès; il le publia en alle- 
mand en 1 555. Surins le traduisit en 
latin, Co'ngne, i556, et Nie. Ches- 
neau en français, i564, in-4°. 
W— s. 
FABER (Pierre), n'est cité que 
sous ce nom latin: en sorte qu'il est 
difficile aujourd'hui de savoir s'il s'ap- 
pelait Lefevre, ou Fabre, ou Faur. 
Ce qui est certain, c'est qu'il naquit en 
Auveigue, et qu'après avoir fait ses 
études à Paris , sous le savant Tur- 
nebe, il eut la direction du collège de 
la Rochelle, et y professa l'hébreu. 
On ne connaît de lui quedesiVbtejr la- 
tines sur l'oraison deCicéron pour Cu- 



FAB 

cina, et un Commentaire sur les deux 
livres des Académiques du même au- 
teur. Ce dernier ouvrage , imprimé à 
Paris en 161 1 , et que Teissier attri- 
bue à P. du Faur de S. Jorry ( dont 
le nom latin est aussi Petrus Faber), 
a reparu dans l'excellente édition des 
Académiques, donnée par Davies , 
à Cambridge, en 1725. Colomies , 
dans sa Gallia orientalis, dit que 
Faber mourut vers 161 5, âgé de 
quatre-vingts ans. B — ss. 

FABER (Jean), né à Nuremberg , 
en i566, étudia la médecine à L'uni- 
versité de Bà!e , où il obtint le docto- 
rat, après avoir soutenu une thèse 
sur la Céphalalgie. De retour dans 
sa ville natale, il lut aggrégéau collège 
des médecins. Wi 1 et Adelung disent 
qu'il mourut en prison le 7 lévrier 
1619. — Faber ( Albert -Othon , 
médecin du l 'f '. siècle , exerça d'abord 
sa profession a Lubeck , puis à Ham- 
bourg. Le prince de Sulzbach le nom- 
ma médecin de ses armées et de sa 
personne ; enfin il remplit les mêmes 
fonctions auprès de Charles II d'An- 
gleterre , et mourut un an après ce 
monarque, en 1686. On ne cite de 
Faber que deux opuscules qui, mal- 
gré leur extrême médiocrité', ont ob- 
tenu les honneurs de la traduction : 
le premier contient des paradoxes sur 
la Maladie vénérienne ; le second 
des fadaises sur l'Or potable. — Faber 
(Jean-Mathias ), né à Augsbourg, 
devint premier médecin du duc de 
Wurtemberg, médecin-physicien de 
la ville de Heilbronn , membre de l'a- 
cadémie (\cs Curieux de la nature , 
sous le nom de Platon 1 , et mourut le 
21 septembre i 702. Ses écrits , peu 
nombreux, sont par fois consultés 
pour certaine* recherches qu'on ai- 
merait voir exposées avec plus de 
candeur, et faites avec plus de dis- 
cernement : I. Slrjchnoînania cxpU- 



FAB 

tans sirychni maniaci antiquorum , 
vel solani furiosi recentiorum 
( Atropae bellâdoni.ae L. ), historiée 
monumentum, indolis nocumenlum , 
antidoti documentum , etc. , Augs- 
bourg, 1O77 , in-4°., fig. ;ibid. i685. 
II. Pilœ marinœ anatome botano- 
logica, Nuremberg, 1692, in-4° 

C. 
F A B E R ( Samuel ) , recteur du 
collège de St. Gilles, à Nuremberg, 
naquit à Altorf, en 1657. Son père, 
Jean - Louis Faber , poète couronne' 
connu par quelques poésies latines, 
et rc'gent de cinquième à Nuremberg , 
étant mort en 1678 sans lui laisser 
de fortune , il ne put achever le cours 
de ses études qu'en consacrant une 
partie de son temps à corriger des 
épreuves pour les libraires. Ses talents 
pour la poésie le firent admettre, en 
1688, dans l'académie établie à Nu- 
remberg, sous le nom de société des 
fleurs de la Pegnitz. Il y reçut le nom 
de Ferrand II , et c'est sous ce nom 
académique qu'il publia sa traduction 
allemande de la Consolation des 
Goutteux de Jacques Balde. Deux ans 
après , il fut appelé au collège de 
St. Gilles, en qualité de co-rectenr, 
et en obtint le rectorat en 1 706. Il y 
mourut le 1 o avril 1716, après avoir 
publié un assez grand nombre d'ou- 
vrages historiques et de morceaux 
d'éloquence et de poîilique. Le plus 
connu est son Histoire de Charles 
XII, roi de Suède, en dix parties, 
formant 7 vol. in- 12 (en allemand); 
mais le plus singulier de ses ouvrages , 
et qui mériterait d'être plus connu , 
est son Orbis terrarum in nuce , 
Nuremberg, 1700, in^4°«, avec 47 
planches en taille-douce. C'est un cours 
4'liistoire et de chronologie où, par 
le moyen de figures composées de 
la manière la plus ingénieuse, et des 
petits vers rimes allemands emi lc§. 



FAB 5 

accompagnent , tous les traits carac- 
téristiques des principaux événements 
et leur date précise se fixent dans la 
mémoire avec la plus grande facilité. 
Ce travail est très supérieur à ce qui 
avait été fait en ce genre par Buno, 
en 1672, et par Winckelmaun , en 
1698. La première idée du Monde 
dans une noix est due à Greg.-Aud. 
Scbmid, jurisconsulte de Nuremberg, 
et fut exécutée après sa mort, d'abord 
p»r Chr. Weigel , qui le publia en 
1697, m "f°'«i avcc 49 pi- ; mais ce 
livre se trouvant d'un prix trop élevé 
pour l'usage des étudiants , Faber 
réduisit les planches au format in-4°., 
y ajouta les petits vers rimes qui en 
font le principal mérite, et publia sé- 
parément un texte explicatif, aussi 
en allemand. Il projetait de donner , 
d'après ce cadre, un cours d'histoire 
beaucoup plus détaillé, dont il com- 
posa sous le titre tfllistoria antedi- 
luviana, un spécimen qui ne parut 
qu'après sa mort, Nuremberg, 17 17, 
in 8". Jean-David Koelcr donna, en 
1 726 , une nouvelle édition du Monde 
dans une noix, corrigée et refondue 
pour \r dernier siècle, et chaque année 
(jusqu'en 1704), Weigel publia une 
nouvelle planche gravée pour la con- 
tinuation de cet ouvrage, dont Matt. 
Cramer donna, en 17*22, une tra- 
duction française, inférieure à i'or'- 
giual, parce que les petits vers alle- 
mands étant traduits en prose française 
non rimée, n'ornent plus le même 
secours pour la mémoire. 

C. M. P. 
FABER (Jean-Ernest), orienta- 
liste saxon, naquit en février 174^, 
à Simmershausen , dans le duché 
d'flildburghausen. La mort le priva 
de son père l'année suivante. Au bout 
de quelques années, sa mère se re^ 
maria à un vieillard d'un caractère 
morose et difficile, qui était ministre 



6 FAB 

dans un village près de Rômhild. De- 
mie, dans cet endroit, de moyens 
d'instruction, il obtint, par grâce, la 
permission d'aller prendre, deux ou 
trois fois la semaine , des leçons de 
latin, dans un hameau voisin. Ces dif- 
ficultés ne firent qu'accroître son ar- 
deur pour l'étude. Enfin, après beau- 
coup d'instances, il put fréquenter suc- 
cessivement le collège de Hildburghau- 
sen, le gymnase de Gobourg , et l'uni- 
versité de Gottingue, où il étudia sous 
Walch , Heyne, et Michaelis. Son as- 
siduité le fit nommer répétiteur dans le 
séminaire de cette ville ; et y ayant 
été reçu quelque temps après docteur 
en philosophie , il fut fait pro- 
fesseur de langues orientales et de 
philosophie dans l'université de Kiel, 
en 1770, et dans celle de léna, en 
1772. Cest dans cette dernière ville, 
qu'il mourut, le i5 mars 1774» au 
bout de quelques jours de mariage , 
regretté de ses amis, pour ses belles 
qualités morales, et des savants , aux- 
quels ses premiers écrits avaient 
fait concevoir les plus flatteuses espé- 
rances. Ses principaux Ouvrages sont: 
I. Descriplio commentarii in sep- 
tuaginta interprètes . Gottingue , 
1768-1769,2 part. in-4°. H. Dissert, 
de animalibus quorum fit mentio 
Zephan, cap. II , v. 14, ibid., 1 769, 
in-4°., réimprimée dans les Monu- 
ments scythes de la Palestine, de 
Cramer , Hambourg et Kiel , 1777; 
c'est une explication d'un passage de 
Ja prophétie de Sophonic. III. His- 
toria mannœ inter Hœbrœos , sect. 1 , 
Kiel, 1770; sect. 2, léna, 1773. Le 
docteur Gruner a fait réimprimer ces 
deux sections à la suite des /.-/. 
Reiske opuscula medica, Halle, 
1776. IV. Programma novum de 
Messid exactis 490 annis post exi- 
Uum Judœorum Babylonicum nas- 
cituro ex Zacharidj cap. 111, v. 8, 



FAB 

g, 10. repetitum vaticinium, sptt^ 
tio 70 hebdomadum Daniel. , cap» 
VIII , v.24, iisdem natalibus prœji- 
nito novam lucem afj'undens , Kiel , 

1772, in-4°. V. Jésus ex natalium 
opportunitate Messias, léna, 1772, 
in 8°. VI, archéologie des Hébreux, 
(en allemand), i re . partie, Halle, 

1773, in-8°. Outre ces ouvrages, 
Faber a donné les deux premiers n us . 
de la Nouvelle Bibliothèque philoso- 
phique, Leipzig, 1 774 , en allemand* 
Cet ouvrage périodique a été conti- 
nué par J. C. Hennings. Il se propo- 
sait aussi de publier une nouvelle édi- 
tion de l' Hierobotanicon de Celsius, 
et de la Philologie sacrée de Glass 9 
ainsi que divers autres ouvrages de 
critique et de philologie orientale. 

J — N. 

FABER, Voyez Fabre, Favre, 
Febvre, Le Fevre, Schmidt. 

FABERT ( Abraham ) , né à Metz , 
vers i56o, était fils de Dominique 
Fabert, directeur de l'imprimerie de 
Charles III , duc de Lorraiue , et 
anobli par ce prince, en récompense 
de ses services. Abraham succéda à 
son père, mais il possédait à Metz 
une imprimerie particulière de laquelle 
sont sortis différents ouvrages estimés. 
Le premier que l'on connaisse est le 
recueil des Emblèmes , de Boissard , 
son ami, portant la date de 1587. 
Dom Calmet, dans sa Bibliothèque de 
Lorraine , fait mention d'un Missel 
imprimé par Fabert en 1 $97 , remar- 
quable par la beauté de l'exécution , 
et orné de jolies estampes en bois. 
Fabert fut élu maître échevin de la 
ville de Metz en 161 o, et continué 
plusieurs fois dans l'exercice de cette 
charge. Il eut l'honneur de compli- 
menter Louis X1I1, en cette qualité, 
à l'époque de sou sacre ; reçut le cor- 
don de Saint-Michel en i(>5o, mou- 
rut le -2.\ avril i058, et fut inhumé à 



FAB 

la cathédrale. 11 a publie le Voyage 
du roi Henri IV a Metz, en 1 6o3 , 
Melz, îbio, in-fol. Cet ouvrage 
curieux est orné de vingt planches en 
taille douce , dont les plus importantes 
offrent un plan de la ville et une 
carte du pays Messin , qui a été' repro- 
duite dans les différentes éditions de 
X Allas d'Hondius; on y remarque 
aussi l'empreinte des diverses mon- 
naies de la ville de Metz , et l'ancien 
aqueduc romain connu sous le nom 
à' Arches de Jouy. On imprima à 
Metz, en 1657, un Commentaire 
sur la coutume de Lorraine, que le 
frontispice annonce être une produc- 
tion d'Abraham Fabert. Cependant 
Dom Calmet et les auteurs de ÏHis- 
ioire de Melz penchent à croire que 
cet ouvrage est de Florentin Thiriat , 
pendu en 161 5, pour avoir publié 
une violente satire contre les princes 
de ia maison de Lorraine. Quel que 
5oit le mérite de ce Commentaire, très- 
vanté par Chevricr , on ne peut dis- 
convenir qu'd a moins contribué â 
répandre le nom de Fabert , que la 
gloire que s'est justement acquise son 
fils par son courage et sa vertu. 

W— s. 
FABERT (Abraham), maréchal 
de France , fils du précédent , naquit 
à Metz ,1e 11 octobre 1 $99. Dès sa 
jeunesse, 11 annonça un goût décidé 
pour les armes; et, aussitôt qu'il fut 
en âge d'entrer au service, le duc 
d'Espernon le plaça dans un de ses 
régiments. Il donna bientôt des preu- 
ves de sa capacité et de son courage , 
qui lui méritèrent la confiance des 
soldats et l'estime de ses chefs. D'Es- 
pernon, quoique éloigné de la cour, 
le recommanda fortement , et lui fit 
obtenir une compagnie dans les Gar- 
des. Fabert s'avança depuis avec beau- 
coup de rapidité. Chaque grade dont 
il était décoré était le prix d'une belle 



FAB 7 

action; il affrontait tous les périls, et 
y échappait par son sang froid : ceux 
qui étaient les témoins de ses exploits 
pouvaient à peine y croire , et le peu- 
ple, qui cherche des causes surnatu- 
relles à tout ce qui passe sa por- 
tée , n'expliquait que par les sciences 
occultes les récits extraordinaires 
qu'on lui faisait de ce grand capitaine,. 
A la retraite de Maïence , en i635, 
Fabert contribua à sauver les débris 
de l'armée française , fuyant en désor- 
dre devant le vainqueur. Le général 
Gallas, poursuivant ses succès , tenta 
de pénétrer dans la Champagne; mais 
les manœuvres des généraux français 
l'obligèrent de se retirer sans avoir 
pu rien entreprendre. Fabert fut du 
nombre des officiers chargés de l'in- 
quiéter dans sa marche. Il arriva dans 
un camp où l'ennemi avait abandonné 
une partie de ses malades et de ses 
blessés. Un Français cria 'qu'il fallait 
tuer ces malheureux : « Voilà, dit Fa- 
)> bert , le conseil d'un barbare ; cher- 
» chons une vengeance plus noble et 
» plus digne de notre nation. » Aussi- 
tôt il leur fit distribuer des vivres 
dont ils avaient le plus grand besoin , 
et fit transporter à Mézières les ma- 
lades qui, par reconnaissance, s'atta- 
chèrent presque tous au service de la 
France. 11 se trouva au siège de Sa- 
veme, en [636, à celui de Landre- 
cies en ibS-j , et à celui de Chivas en 
1 659. Blessé au siège de Turin , en 
1640, d'un coup de mousquet à la 
cuisse, les chirurgiens déclarèrent 
qu'il faudrait lui faire l'amputation. 
Le cardinal de la Valette et Turenne 
l'engageaient à s'y soumettre : « Il ne 
» faut pas mourir par pièces, leur dit 
» Fabert; la mort m'aura tout en- 
» tier ou elle n'aura rien, et peut-être 
» lui échapperai-je. » En effet, ii guérit 
de ses blessures assez prompteraent, 
puisqu'il se trouva à la bataille de la 



8 F A B 

Marfée en 1641 , et ensuite au siège 
de Bapaume. L'année suivante , le ré- 
gion ot des gàides , dont Fabert com- 
mandait le premier bataillon , f':t en- 
vovédans !e Roussillou. Le maréchal 
de la MèilU raye , ch ugé de cette ex- 
pédition , s'entn tenant du nombre et 
de la valeur des troupes , désigna les 
Gardes par le titre de chanoines de 
Fabert. Cette raillerie, très déplacée, 
piqua Fabert au vif; mais il crut de- 
voir n'en rien témoigner. La campa- 
gne devait s'ouvrir par le siège de 
Collioure. En marchant vers cette 
place , on aperçut les Espagnols ran- 
gés en ordre de bataille sur une hau- 
teur; le duc delà Meitlcraye fit arrê- 
ter 1) troupe pour faire ses disposi- 
tions. Lorsqu'il passa devant Fabert, 
celui-ci le salua en baissant son es- 
ponton. « il ne s'agit pas de cérérao- 
» nie , lui dit brusquement la M< ille- 
v raye, quand il faut aller à l'en- 
» nemi. » Fabert , sensible à ce re- 
proche, s'avançait pour en demander 
raison ; mais Tureune le retint et par- 
vint à le caimer, en se chargeant de 
l'explication. Quelques instants après 
un aide-de-camp lui apporta l'ordre 
d'aller parler au général. « Avez-vous, 
» lui dit Fabert, des ordres pour le 
» bataillon? Je les exécuterai, je ne 
•» marcl.e p.;s autrement. » La Meil- 
Icrave vint lui • même. « M. Fabert, 
» lui dit-il, oublions le passé, don- 
» nez moi voire avis : que ferons- 
» nous? — Voilà, répondit Fabert, 
» le premier bataillon des Gardes prêt 
» à exécuter vos ordres, nous ne sa- 
» von s qu'obéir — Point de rancune, 
» répliqua la Meilleraye , Je viens de- 
» maudef votre sentiment. — C'est 
» d'attaque*, reprît Fabertl — Mar- 
» ehi . cri 1 le maréchal. » L<- premier 
bataillon de- gaules avança , les autres 
suivirent; ea un instant !<•> Espagnols 
furent enfonces et culbutés, ils se 



FAB 

sauvèrent en désordre jusque dans 
Collioure, laissant au pouvoir des 
Français une parti.* de leur artillerie 
et un grand nombre de prisonniers. 

Cette circonstance hâta la reddition 
de la place , qui ouvrit ses portes le 
i4 avril. On fit de suite 1rs disposi- 
tions pour le siège de Perpignan. 
Louis Xllï, malade, vint au camp, 
et il chargea Fabert de lui rendre 
compte tous les matins des opérations 
d: la veille. Un jour le grand écuyer 
( Cinq-Mars) se permit de critiquer 
le rapport de Fabert. Le roi lui im- 
posa silence d'une manière morti- 
fiante. Il sortit, eu disant à Fabert : 
Monsieur , je vous remercie. — 
y> Que dit-il ? demanda le roi , je crois 
» qu'il vous menace. - — Non, sire, 
» répondit Fabert; on n'ose faire des 
» menaces en présence de votre ma- 
» jesté , et ailleurs on n'en souffre 
» pas. » Fabert fut fait maréchal-de- 
camp en 1646; il prit, la même an- 
née , Porto-Longone et Piombino ; et, 
en i654, Stenai. Louis XIV le ré- 
compensa de ses services, en le créant 
maréchal de France et gouverneur de 
Sedan. Fabert fit ajouter plusieurs 
ouvrages aux fortifications de cette 
place , et voulut payer de ses épargnes 
une partie des dépenses. Srs parents 
lui reprochèrent d'emplo)erde cette 
manière un bien qu'il devait conserver 
à sa famille. « Si, leur répondit-il, 
» pour empêcher qu'une place que le 
» roi m'a confiée ne tombal au pou- 
» \<ardcs ennemis, il fallait mettre à 
» une brèche ma personne, ma fa- 
» mille et tout mon Lien , je ne bi- 
» lancerais pas un moment à le faire. » 
Le roi lui offrit en 1662 le collier de 
ses ordres; il le refusa pat la raison 
qu'il ne pOUVàit pas produire les ti- 
\igés. On lui fit dire qu'il pou- 
vait présenter ceux qu'il voudrait, et 
qu'où na les examinerait pas. Il rt* 



FAB 
pondit qu'il ne voulait pas que son 
manteau iût décore par une croix et 
son nom déshonore par une impos- 
ture. Louis XIV lui écrivit à ce ttei oc- 
casion de ta propre main , que Je refus 
qu'il faisait lui inspirait plus d'estime 
pour lui, que ceux qu'il honorait du 
collier ne recueilleraient de gloire dans 
le monde. On prétend, dit Voltaire, 
que le cardinal Mazarin proposant à 
Fabert de lui servir d'espion dans 
l'armée, il lui dit : « Peut-être faut-il 
» à un ministre des gens qui le servent 
» de leurs bras et d'autres de leurs 
» rapports : souffrez que je sois des 
» premiers. » Aussi le ministre dit-il 
à des personnes qui cherchaient à ré- 
pandre des doutes sur sa conduite : 
« Ah ! s'il fallait se méfier de Fabert , 
» il n'y aurait plus d'homme en qui 
» l'on put mettre sa confiance. » Le 
maréchal Fabert mourut à Sedan , le 
17 mai 16G2, et fut inhumé dans 
l'église des Capucins-irlandais qu'il 
avait fondée. Il montra dans sa der- 
nière maladie la même fermeté d'aine 
que dans le cours de sa vie. a Se sen- 
tant affaiblir, dit un de ses historiens, 
il demanda un livre de prières , et 
peu de temps après on le trouva inoit 
à genoux , et son livre ouvert sur le 
psaume Miserere mei.Deus. 11 laissa, 
de son mariage avec Claude de de- 
vant , un fils qui lui succéda dau a le 
gouverne ment de Sedan, et qui mou- 
rut sans enfants au siège de Candie 
en 1669. Fabert ne savait pas le la- 
tin , et ne s'était jamais appliqué sé- 
rieusement à d'autre science qu'à celle 
de Ja guerre j mais la nature S'avait 
doué d'un grand sens et de beaucoup 
de jigemcnt; et il avait senti de 
e heure 'a nécessité de parler et 
décrire corrtctdmenl sa langue. On 
conserve à la bibliothèque du Roi ses 
Lettres écrites d< puis lé 1 « oct. 1 654 
jusqu'au 1 2 septembre i65'2 ; et dans 



FAB 9 

les archives de l'hôtel-de-ville de Sedan, 
le Recueil des Ordonnances qu'il 
avait rédigées pour le maintien du bon, 
ordre et de la police dans cette place. 
La Relation de la bataille de la 
Marfée, par Fabert, a été imprimée 
dans les Mémoires de Montrésor , 
Leyde, i6(33. La Fie du maréchal 
de Fabert a été écrite par Catien 
de Courtilz , Amsterdam , 1 697 , 
Rouen, 1698, in- 12, et par le Père 
de la Barre , génovéfain , Paris, 1 752. 
La seconde est la plus estimée ; elle 
renferme des particularités curieuses, 
mais aussi bien des détails étrangers 
au sujet , et le style en est trop pro- 
lixe. Le comte de la Platière a publié 
une Notice sur Fabert , dans la Ga- 
lerie universelle ; clie est peu exacte 
pour les dates , et on y trouve des 
anecdotes suspectes. — Fabert (Fran- 
çois-Abraham ), frère du maréchal , 
servit avec distinction aux sièges de 
Montauban , La Rochelle , ISanci , 
Trêves. H obtint , en récompense de 
ses services, le cordon de Saint-Mi- 
chel , en i658, fut élu maître éche- 
vin de Metz l'année suivante , et con- 
tinué dans cette place jusqu'à sa mort 
arrivée en i6C55. — Fabert ( N ) , 
cousin des précédents, est auteur de 
l' Histoire des ducs de Bourgogne , 
depuis Philippe-le-Hardi , en i563, 
jusqu'à la mort de Charles-Quint en, 
1 558, Cologne, 1687,^-12, 1689, 
deux vol. in- il. Le style en est mau- 
vais, mais on y trouve quelques faits 
intéressants. W — s. 

FAB1AÎN, ou FABYAN (Robert), 
naquit à Londres vers le milieu du 
i5 c . siècle. C'était un des négociants 
les plus considérables de cette ville , 
qui le choisit pour l'un de ses alder- 
îticn, et le nomma shérif en i/\Q^. H 
était fort instruit pour son temps, et 
s'étant appliqué particulièrement à l'é- 
tude de l'histoire 1, il a laissé un ou- 



ïo FAB 

y rage intitule : Concordance des 
Histoires , ou Chronique d'Angle- 
terre et de France, assez estime 
pour le soin et l'exactitude , spéciale- 
ment en ce qui concerne les affaires 
de Londres, niais qui n'a guère d'autre 
me'rite. a Fabian , dit Wharton , fait 
y> autant d'estime des maires de Lon- 
» dres que des rois d'Angleterre, et 
î) semble avoir regardé les dîners de 
» Guildhali et les solennités des cor- 
» porations de la cité comme des cho- 
-» ses plus intéressantes que nos vic- 
y> toi r es en France et nos efforts 
î> dans l'intérieur pour conquérir la 
» liberté. » Ou prétend que le car- 
dinal Wolscy en fit brûler tout ce 
qu'il en trouva d'exemplaires, par- 
ce que l'auteur y faisait connaître 
trop clairement les richesses du cler- 
gé. Cette chronique, qui s'étend de- 
puis Brotus jusqu'à Henri VII, ne 
fut imprimée qu'après sa mort en 
i5iG, Londres, 2 vol. in-fol. Elle 
fut réimprimée en i555 in-ful. Dans 
<es deux premières éditions chacune 
des sept parties qui la composent est 
terminée par une hymne à la Vierge , 
qui fut supprimée dans les éditions 
suivantes. Chacune des deux com- 
mence aussi par une sorte de prolo- 
gue en vers, c'est-à-dire en prose ri- 
mée. Il v a eu plusieurs autres édi- 
tions de l'ouvrage de Fabian; la der- 
nière est intitulée : Nouvelles cliro- 
niques d'Angleterre et de France , 
etc. , avec une préface biographique 
et littéraire , et un index, par Henri 
Eilis , i vol. in-4°., Londres, 181 i. 
Fabian mourut à Londres en i5i2. 
X— s. 
FABIEN (S.), élu pape en 556-, 
succédaitàAntèrc.Eusèbe raconte que 
comme on procédait à l'élection , une 
colombe vint se poser sur la tête de 
Fabien , et que ce signe fut pris pour 
un présage de la présence du St.-Es- 



FAB 

pif. Quoi qu'il en soit, Fabien, pair 
une conduite digne des plus grands 
éloges, justifia pleinement le choix 
qu'on avait fait de lui. S. Cyprien l'ap- 
pelle un « excellent homme », et 
dit a que la gloire de sa mort a ré- 
» pondu à la pureté , à la sainteté, 
» à l'intégrité de sa vie. » Fabien fut 
une des victimes de la persécution 
suscitée par l'empereur Dèce. 11 fut 
mis à mort le 20 janvier 25o , après 
un pontificat de quatorze ans , un 
mois et dix jours. D — s. 

FABIO 1NCARNATO, professeur 
de théologie , né à Naples dans le 
16 e . siècle. 11 a fait une vingtaine 
d'ouvrages de théologie et de mysti- 
cité, dont on trouve la liste dans l'un 
des plus estimés, intitulé: Scruti- 
nium sacerdotale , sive modus exa- 
ininandi tàm in visitatione episco- 
pâli quàm in susceptione ordinum , 
dédié en 1608 au cardinal Aquaviva , 
archevêque de Naples, réimprimé à 
Bracciano, 1 653 , in-8°. , et à Rouen , 
1642 , 2 part, in-8 ., édilion aug- 
mentée par l'auteur. C. T — y. 

FABIOLE { Ste. ) , dame romaine 
de l'illustre maison Fabia, était 
mariée à un hommes de mœurs cor- 
rompues , et dont le libertinage et les 
débauches furent portes à un tel point, 
qu'elle le prit en aversion , et le quitta. 
Peu instruite des lois de l'Eglise sur 
le mariage , et encore jeune , elle passa 
à de secondes noces , quoique son 
mari vécut encore , et usa de la fa- 
culté que lui laissaient les lois ro- 
maines. Mais étant devenue veuve, et 
informée de l'illégitimité des nœuds 
qui l'avaient unie à son dernier mari , 
elle en conçut une vive douleur, et 
résolut de se soumettre à la pénitence 
publique. La veille de Pâques , vêtue 
d'un sac, et les cheveux épars, elle se 
présenta avec les autres pénitents à la 
porte de la basilique de Saint-Jeau-de- 



FAB 
Latran. Sa pieté , sa douleur, Tétat 
humiliant dans lequel paraissait une 
dame si distinguée, tirèrent des lar- 
mes des yeux de l'évêque et des prê- 
tres , et émurent la compassion de 
toute l'assistance ;elle se tinta la porte 
de l'église jusqu'à ce que l'évêque qui 
l'en avait chassée l'y eût fait rentrer. 
Ayant reçu l'absolution , elle vendit 
tous ses biens pour en assister les pau- 
vres. Elle est la première en Italie 
qui fonda des hôpitaux ; elle voyagea 
en plusieurs pays pour l'accomplisse- 
ment de son pieux dessein , et vint à 
Jérusalem en 5g5. Elle vit St. Jérôme 
qui lui expliqua les Saintes Ecritures. 
L'invasion des Huns la força de quit- 
ter la Palestine; elle retourna en Ita- 
lie, se retira à Ostie, bâtit un hôpi- 
tal où elle servait elle-même les ma- 
lades , et mourut à Ostie ou à Rome , 
vers l'an 4oo. C'est par les écrits de 
St. Jérôme que nous avons appris ce 
que l'on sait de Ste. Fahiole. Il y fait 
le plus grand éloge de cette sainte. De 
la pénitence qu'elle fit, les théologiens 
catholiques concluent que, dès les pre- 
miers siècles de l'Eglise , c'était une 
opinion constante que les nœuds du 
mariage n'étaient point rompus , 
même pour cause d'adultère , puis- 
qu'autreraent Ste. Fabiole n'eût pas 
été coupable, ni assujetie à la péni- 
tence. L — Y. 

FABIUSVIBULANUS(Quinttjs), 

sauvé comme par miracle du massacre 
des Fabius, à la funeste journée de 
Crémera ( i ) , servit , s'il faut en croire 
l'histoire de ces temps reculés, com- 
me de souche aux diverses branches 



(0 Cette défaite tombe à l'an de Rome 275. Les 
Fabius avaient offert au sénat d'entreprendre à 
leurs dépens la guerre contre les Véiens ; ils 
étaient au nombre de 3oG, tous patriciens. Après 
quelques succès, ils donnèrent dans une embus- 
cade et furent tués jusqu'au dernier. Q.Fabius, 
qui continua cette famille , était seul demeuré à 
lïome à cause de sa jeunette, dette chronologie 
n'ai pourtant pas sans difficulté. 



FAB it 

de la famille des Fabius', que l'on fait 
sortir de lui. Mais l'expédition mili- 
taire de ces Fabius , rapportée par 
Tite-Live, est-elle bien réelle? Denys 
d'Halicarnasse croit qu'elle n'est que 
le produit de l'imagination. Le Fabius 
dont nous nous occupons , fit partie 
du déceravirat, cette association cé- 
lèbre qui ne parut naître au sein des 
lois que pour les mieux fouler aux 
pieds, Il se traîna servilement, dans 
les fonctions qu'il eut à remplir, sur 
les pas de l'odieux Appius , et renonça 
sous cette infâme domination à son 
caractère naturellement généreux, mais 
faible, pour s'asservir aux passions fé - 
roces d'un magistrat factieux. Il avait 
montré plus d'énergie , lorsqu'étant 
préfet de Rome, il s'opposa de toute 
sa force aux entreprises des tribuns , 
jaloux du pouvoir consulaire. Fabius 
eût mérité d'être mis au nombre des 
citoyens de Rome les plus recomman- 
dables, si sa honteuse facilité n'eût 
terni l'éclat des victoires qu'il remporta 
sur les Volsques et de ses combats 
contre les Sabiiis. On place l'époque 
du consulat de Q. Fabius l'année de 
Rome 287 f 467 av. J.-C. ) G.F— r. 

FABIUS AMBUSTUS. Voy. Li- 
cmius Stolo. 

FABIUS AMBUSTUS ( Marcus ) , 
trois fois consul , et depuis dictateur , 
vers l'an de Rome 4<>3 ( 35 1 av. J.-C. ) , 
se rendit célèbre par d'éclatants avan- 
tages remportés sur les Heruiques, suc- 
cès qui lui méritèrent l'honneur du 
triomphe. Ce Fabius eut des droits 
à la reconnaissance du peuple, en évo- 
quant à son tribunal suprême la dé- 
cision d'un dictateur. Son fiis, général 
de la cavalerie sous le dictateur Pa- 
pirius , était poursuivi par ce superbe 
et fougueux citoyen, jaloux du pou- 
voir que lui donnait sa charge. Sans 
nuls moyens de le sauver, le vieux 
Fabius, son père, recourut à l'auto. 



is FAB 

rite du peuple ; mais ce fut un grand 
trait des mœurs de ce peuple admi 
rab!e, de sa discipline, de ses lois, 
et du respect qu'il conservait pour 
elles au mi ieu des plus vives émotions, 
que àr n'oser point absoudre un fils, 
qui n'av.ut pour deleiiM urs de sa cause 
que les larmes et la tendresse d'un 
père. G. F — r. 

FABIUS MAXIMUSRULLIAMJS 
( Qûintus ). Rome reconnaissante a 
mis à coté du surnom de très grand, 
dont elle décorait le vainqueur des 
Apuliens, des Liguriens, des Sainnites, 
des Gaulois , des Umbriens , des IYÏar- 
sesetdes Toscans, celui de Rullianus, 
tiré d'un simple instrument de labou- 
rage. Fabius Rullianus est le premier 
Fabius à qui l'on ait décerné le nom de 
Maximus. C'est à ce Fabius que re- 
monte l'origine du proverbe latin : 
equis albis : ce fut lui qui voulut que, 
promenés sur un char attelé de che- 
vaux blancs , les chevaliers romains 
parcourussent, tous les ans, le jour 
des Ides QuintiHennes, l'espace qui sé- 
parait du temple de l'honneur ce Capi- 
tule, qu'on pouvait regarder comme 
le temple de la gloire. Général de la 
cavalerie sous le dictateur Papirius 
Cursor, l'an de Rome 45o, il fut , par 
ses talents mi itaires , digne d'un tel 
chef , et mérita de partager sa gloire. 
Tite-Live les appelle un couple illustre 
par les exploits qui marquèrent leur 
association, mus on doit déplorer que 
ces talents qu'ils devaient a la patrie, 
ne leur aient servi qu'à nourrir une 
mésintelligence funeste aux intérêts de 
la république. Cinq fois consul, deux 
fois dictateur, interroi, prince du sé- 
nat, honore du triomphe, couvert de 
gloire et chargé d'honneurs, à son 
dernier âge , il vantait encore la force 
de son ame et la vigueur «le son corps. 
Ce fut au moment de jouir d'une vie 
parsemée de quelques erreurs , mais 



FAB 

empreinte d'un bout à l'autre d'une 
gloire éclatante et solide, que l'impru- 
dence et la témérité du j. une Fabius 
Gorges son fils, faillirent remplir «l'a- 
mertume les derniers jours de sa carriè- 
re, par l'humiliation qu'avaient reçue 
sous ses ordres les ;.rmet romaines. 
On put aussi, dans cette circonstance, 
féliciter Fabius Rullianus de n'avoir 
pas de'sesperéJTouchés de ses prières, 
le sénat et le peuple consentirent à lais- 
ser le commandement à son fi:s, qu'il 
voulut servir en qualité de lieutenant* 
On vit depuis l'illustre vieillard suivre 
le char de triomphe de son jeun* 
élève , qui lui devait plus que la vie , 
puisqu'il venait de lui rendre l'hon- 
neur. On eût dit qu'il triomphait lui- 
même; Rome ne voyait que lui , et lui 
attribuait en effet tout le mérite du 
succès et toute la gloire du triomphe. 
Q. Fabius Maximus était prince du sé- 
nat lors du recensement de Cn. Domi- 
Itus, le premier plébéien qui eut 
l'honneur de fermer le lustre , et l'on 
présume qu'il vivait encore lors de 
l'invasion de Pyrrhus en Apulic, l'an 
280 av. J.-C. G. F— r. 

FABIUS P1CTOR (Quintus), que 
l'on peut appeler le père de l'histoire 
latine, vivait du temps de la 2 e . guerre 
punique, an 225 avant J.-C. Rome, 
avant cet écrivain, comptait déjà des 
poètes et des annalistes , mais elle n'a- 
vait pas encore d'historien. La muse 
grossière de Naevius avait célébré r 
dans des chants informes, la gloire 
que s'étaient acquise les armées ro- 
maines durant le cours de la première 
guerre punique. Ennius mettait envers 
héroïques les annales de. -a patrie adop- 
tive. Fabius Pictor yinl et lit prendre 
à l'histoire uue loi me plus convenable: 
il lui rendit son véritable langage ; et 
la poésie, assez riche du domaine de 
la Fable, perdit celui de l'Histoire. 
Dans ces premiers temps de la repu- 



FAB 

blique, la collection de quelques Mé- 
moires, destinés a transmettre le sou- 
venir des événements les plus remar- 
quables de chaque année, et dont !e 
séint r^ ;;it confié la direction au grand 
pontife, qui en était le dépositaire, 
formait à eux seuls tout le corps de 
l'histoire romaine. Ces Mémoires , 
connus sous le nom de grandes An- 
nales , commencèrent avec Home, et 
ne furent interrompus qu'un siècle 
après Fabius Pictor, sous le pontificat 
de P. Mucius. Ils servirent de type 
à l'ouvrage de Fabius , qui les fit en- 
trer , pour ainsi dire, comme des 
pièc< s de construction dans l'édifice 
qu'il élev tit presque sur leur modèle. 
11 donna \vï\\.ve & Annalesh son his- 
toire , en y fondant celles de la répu- 
blique. Fabius Pictor et ses Annales 
sont souventeités avec éloge par Tite- 
Live et par C céron. fite-Ltve n'a pas 
dédaigné défaire usage pour son His- 
toire, des écrits de Fabius, qu'il regarde 
comme le pins ancien des historiens 
de Rome ( Liv. 21 ). Mais il s'élève, 
sur ces mêmes écrits, un doute qu'il 
est pre&qu'impossible de résoudre; la 
question de savoir s'ils furent primiti- 
vement composés en grec ou en latin 
est indécise. Ce qu'il y a de certain, 
c'est que leur auteur écrivait dans ces 
deux langues ; et ce qu'il serait peut- 
être permis de présumer, c'est qu'il 
traduisit lui-même ses Annales eu 
latin , après les avoir composées en 
grec. On reproche au style de Fabius 
Pictor une trop grande maigreur et 
quelque mpreinte de cette âpreté , 
nous dirons même de cette grossièreté 
des premiers âges , également éloi- 
gnées d'une incorrecte mais aimable 
naïveté, et de la pureté do* bons écri- 
vains. Ces défauts appartenaient au 
siècle de Fabius, où la rudesse de l'his- 
toire peignait à merveille les mœurs 
agrestes de ceux dout elle disait les a.o 



FAB i3 

tions. Les Annales de Fabius Pictor 
existaient encore du temps de Pline 
l'Ancien, qui les cite dans plusieurs 
endroits de sou ouvragé Les seuls 
fragments qui nous en soient parvenus 
ont été recueillis par différents auteurs. 
On peut consulter à cet égard la Bi- 
bliothèque latine de Fabricius, et 
surtout Vossius , De histor. lat. 
G. F— a. 
FABIUS ' Quintus Maximus- 
Verrucosus ), surnommé Cunctalor, 
( temporiseur ) , fut le héros da sa fa- 
mil e. Consul pour la première fois, 
l'an !e Rome 5 1 7. il battit le;- Liguriens, 
et ( ut l'honneur du triomphe.Quandia 
ville de Sagonte eut été prise par les 
Carthaginois, les Romains envoyèrent 
Fabius à Carthage, à la tête de leurs 
ambassadeurs. Ce fut lui qui, ayant 
relevé un pan de sa toge , dit en plein 
sénat : Nous vous portons la paix et 
la guerre, choisissez. Après le dé- 
sastre de Trasimène , les circonstan- 
ces demandaient un dictateur : le choix 
tomba sur Fabius. Ii se mit en mar- 
che pour s'opposer à Annibal, et ar- 
riva en picsence de ce général , qu'il 
trouva tout prêt à engager une action; 
mais ses mouvements insidieux, ses 
marches et contremarches , les rava- 
ges des terres des alliés, rien ne put 
faire départir Fabius de son plan de 
guerre défensive. Il conduisit son ar- 
mée sur les hauteurs, à peu de dis- 
tance de l'ennemi , de manière à ne 
point le perdre de vue, et à ne rien 
engager. 11 permettait seulement quel- 
ques escarmouches , pour aguerrir 
ses troupes. Le plus dangereux de 
ses ennemis était dans son camp : c'était 
Minueius, maître de la cavalerie, 
homme ambitieux , arrogant , et pré- 
somptueux, qui apperait hautement 
lenteur et timidité la circonspection 
du général. Annibal n'ayant pu rien 
obtenir contre Fabius, se décida à 



i4 FAB 

passer dans la Campanie, portant la 
désolation dans le plus beau terri- 
toire de l'Italie. Le dictateur menait 
toujours son armée le long des mon- 
tagnes. Quand elle fut arrivée à leur 
extrémité , elle se trouva spectatrice 
de l'incendie des maisons dans les 
campagnes de Falerne et dans la co- 
lonie de Sinucsse, sans qu'il lui fût 
permis d'aller au combat. Minucius 
alors ne put s'empêcher d'éclater con- 
tre le dictateur, dans la harangue la 
plus séditieuse. Fabius , les yeux éga- 
lement ouverts sur son armée et sur 
l'ennemi , persista dans son plan tout 
le reste de la campagne, quoiqu'il 
n'ignorât point que sa temporisation 
le décriait à Rome. Annibal, déses- 
pérant de l'amener à un combat , son- 
geait à prendre des quartiers d'hiver. 
Fabius en fut informé; et, croyant 
bien que l'ennemi repasserait par les 
défilés qui l'avaient introduit dans le 
territoire de Falerne, il s'empara 
des postes aux passages , et ramena 
son armée sur les mêmes hauteurs 
qu'elle avait occupées. Ensuite il en- 
voya à la découverte, avec quatre 
cents chevaux des alliés, Hostilius 
Mancinus , qui avait été souvent té- 
moin des déclamations du maître de 
la cavalerie. Ce jeune homme, peu 
docile aux instructions du dictateur , 
se laissa aller à son impétuosité, et 
tomba dans le piège où Pentrainèrent 
les cavaliers numides. La cavalerie 
carthaginoise fondit sur lui et sur sa 
troupe, et les enveloppa. Mancinus 
périt avec l'élite de ses gens. Le len- 
demain , il y eut une action où com- 
battirent les cavaliers des deux ar- 
mées. Les Romains perdirent 200 
hommes, et les ennemis 800. Anni- 
bal se trouva enfermé par les posi- 
tions qu'avait prises le dictateur; mais 
il se tira d'embarras par un strata- 
gème. Les choses en étaient là : Fa- 



FAB 

bius avait tout conservé par sa tac- 
tique habile; cependant, sa circons- 
pection était un objet de mépris à 
Rome , aux yeux des militaires et des 
citoyens. Deux circonstances ajoutè- 
rent à l'envie qu'on portait au dicta- 
teur. Son champ, indiqué à Annibal, 
avait été seul épargné, au milieu de 
la dévastation générale. Le rusé Car- 
thaginois voulait faire croire par-là 
que celte faveur était le prix de quel- 
que pacte secret entre le dictateur et 
lui. D'après une convention faite en- 
tre les généraux romains et carthagi- 
nois , lors de la première guerre pu- 
nique, au sujet des prisonniers res- 
pectifs , l'excédent de l'échange devait 
être payé en argent. 11 se trouvait 1^. 
prisonniers de plus du côté des Ro- 
mains. Comme le sénat ne statuait 
rien pour la somme à payer , Fabius 
la solda lui-même , en faisant vendre 
ce même champ épargné par Annibal* 
Il revint à Rome, ayant laissé son ar- 
mée entre les mains du maître de la 
cavalerie. Celui-ci ne larda pas à des- 
cendre dans la plaine, pour engager 
un combat à la première occasion. II 
profita habilement de l'éloignement 
d'une partie de l'armée d'Annibal , 
que ce général avait envoyée au four- 
rage. Les troupes des deux cotés se 
trouvant en présence , on eu vint bien- 
tôt aux mains, en bataille rangée. Au 
premier choc, les Carthaginois furent 
repoussés jusqu'à leur camp; mais, 
par l'effet d'une sortie vigoureuse, 
les Romains furent repoussés à leur 
tour. Le combat fut rétabli par l'ar- 
rivée inattendue de Nuraéricus Déci- 
mius , chef des Samnites , que Fabius 
envoyait au camp des Romains , avec 
8,000 hommes d'infanterie et 200 
chevaux. Quand cette petite armée se 
montra sur les derrières, Annibal 
s'imagina que c'était le dictateur lui- 
même qui venait de Rome avec un 



FAB 
renfort; et , craignant quelque embû- 
che, il ramena ses troupes dans son 
camp. La perte des ennemis se monta 
à 6,000 hommes; celle des Romains 
alla bien à 5,ooo. Cependant Minu- 
cius annonça une victoire brillante, 
dans la lettre qu'il écrivit au sénat. 
Fabius s'abstint de paraître dans les 
assemblées du peuple. Il n'était pas 
favorablement écouté au sénat, quand 
il parlait avantageusement de l'en- 
nemi , et quand il imputait les derniers 
désastres à la témérité et à l'impéritie 
des généraux. Tî demandait que le maî- 
tre de la cavalerie rendit compte de 
sa conduite , pour avoir combattu 
contre sa défense; il ne dissimulait 
pas qu'il tirait plus de gloire d'avoir , 
dans les circonstances, sauvé sans 
honte l'armée, que d'avoir tué plu- 
sieurs milliers d'ennemis. Ces discours 
ne servant à rien , Fabius retourna à 
son armée. Quelque défaveur qu'il 
eût, personne n'osait proposer de 
faire une loi de la motion par la- 
quelle un tribun avait demandé que 
l'autorité du maître de la cavalerie lût 
égalée a celle du dictateur. Un hom- 
me se rencontra, Varron, né dans 
la condition la plus abjecte, et par- 
venu par une basse popidarité aux 
honneurs et aux dignités (t'oyez Var- 
ron). Il sortait de la préture, et aspi- 
rait au consulat. Il fit passer, par un 
plébiscite, la loi demandée. Fabius 
tut le seul qui n'y vit rien de désho- 
norant pour lui. Il soutint cette in- 
justice du peuple, avec la même fer- 
meté d'aine que les accusations de ses 
ennemis. Minucius, enflé de ses suc- 
cès et de la faveur populaire, se glo- 
rifiait de n'avoir pas moins vaincu 
Fabius qu'Annibal. Lors de sa pre- 
mière entrevue avec le dictateur , il 
demanda que le commandement gé- 
néral de l'armée fût alternativement 
daus les mains de l'un d'eux; Fabiug 



FAB 1$ 

le fit consentir à partager entr'euxles 
légions , comme il était d'usage entre 
les consuls. Annibal, instruit par ses 
espions et par les transfuges , de ce 
qui se passait dans le camp des Ro- 
mains, en eut une double joie. D'un 
côté, la témérité de Minucius se trou- 
vait entièrement libre; de l'autre, les 
forces de Fabius étaient diminuées de 
moitié. Le général carthaginois ne 
s'occupa plus que de faire naître une 
occasion d'en venir aux mains avec 
Minucius : il la trouva toute naturelle 
dans l'avantage pour l'une et l'autre 
armée de se saisir d'une éminence qui 
était entre les deux camps. Après 
avoir embusqué 5,2oo hommes, tant 
d'infanterie que de cavalerie, il en- 
voya un simple détachement, comme 
pour s'emparer de l'émmcnce. C'était 
là qu'il attendait Minucius. Celui-ci 
s'avança pour chasser cette poignée 
d'ennemis , et s'emparer du poste. Il 
s'engagea alors une action entre les 
troupes légères , et bientôt les légions 
s'ébranlèrent. Annibal, de son coté, 
fit marcher pour soutenir ses gens. 
L'action devint générale; la cavalerie 
légère repoussée se replia sur les lé- 
gions, qui tinrent ferme, et qui auraient 
défendu le terrain, si les troupes em- 
busquées, paraissant tout à coup sur 
les flancs et les derrières de l'armée 
romaine, n'avaient causé un tumulte 
et une terreur qui ôtèrent tout cou- 
rage pour combattre, et tout espoir 
de fuir. Fabius entendant les cris , et 
voyant le désordre de l'armée ro- 
maine , ne put s'empêcher de dire que 
la fortune punissait la témérité comme 
il l'avait prévu; mais , sans perdre de 
temps à blâmer et à se plaindre. 
Marchons , dit-il , arrachons la vic- 
toire aux ennemis , et à nos conci- 
toyens l'aveu quils se sont trom- 
pés. Aussitôt l'armée du dictateur se 
montra aux Romains comme descen- 



i6 FAB 

due du ciel pour les secourir. Avant 
d'en venir à la portée du trait , et à 
aucun engagement , elle an étales siens 
qui fuyaient, et contint l'impétuosité 
du vainqueur. On se rallia, l'ordre 
se rétablit. Les deux armées romaines 
n'en faisant plus qu'une, menaçaient 
l'ennemi: Anuibal fit alors sonner la 
retraite, disant hautement que Minu- 
cius avait e'té vaincu par lui, et que 
lui l'avait été par Fabius. De retour 
dans son camp, Minucius assembla 
ses soldats, et les invita à se réunir à 
l'armée de Fabius, et àsaluercomme 
leurs patrons ceux dont les bras ve- 
naient de les sauver; que pour lui , il 
appellerait du nom de père celui qui 
le méritait par son bienfait et sa di- 
gnité. La réunion des deux armées 
eut lieu sur-le-champ; les noms de 
père et de patron furent donnés par 
le général et les soldats. Minucius ab- 
jura le pouvoir qui lui avait été con- 
féré par le peuple , et remit tout à 
Fabius. Quand la nouvelle de cet évé- 
nement fut arrivée à Rome , il n'y eut 
pas de bornes aux éloges qu'on donna 
au dictateur. Il eut encore la gloire 
de faire dire à Annibal que la nuée 
qui avait coutume de paraître au-des- 
sus des moptagnes , avait donné de la 
pluie par un orage. Les six mois de 
son commandement suprême étant 
expirés, Fabius abdiqua la dictature. 
Vairon, dont nous avons parlé, ve- 
nait d'être nommé consul avec Paul- 
Emile. Au moment où ee dernier par- 
tait pour se mettre à la tête de son ar- 
mée, Fabius crut devoir lui faire le 
tableau de la situation des choses, et lui 
proposer pour uiudèle de conduite, 
cel.e que lui-même avait tenue dans de 
pareilles cireonsianecs. Après la fatale 
journée de Camus, dans la désofa») 
tion générale, le seitit s'assembla , 
pour aviser aux mesures qui étaient 
à prendre relativement à la sûreté de 



FAB 

Rome. Fabius en indiqua de prélimi- 
naires , qui furent toutes adoptées; 
L'an 538, quiétit la cinquième an- 
née de la seconde guerre punique, il 
présidait à l'élection des nouveaux 
consuls : les suffrages s'étant portés 
sur T. Otacilius, et Mircus jEmilius 
Regillus, il prit la parole; et dans son 
discours, s'autorisant des événements 
passés, il établit qu'il fallait élire 
cette fois des consuls qui fussent à 
l'égal d'Aunibal:il s'expliqua ensuite 
avec une noble franchise sur Regillus 
et Otacilius. Il représenta à ce der- 
nier qu'il n'avait pas fait sur mer, 
avec la flotte (pi' il commandait, tout 
ce qu'on avait attendu de lui. Il lui 
conseilla d< déposer un fardeau qui 
serait accablant, et finit en demandant 
qu'on retournât aux suffi- âges. Malgré 
les clameurs d'Otaeilius ,on reprit les 
voix, et Fabius fut élu consul pour la 
quatrième fois. Marcelle ie fut pour 
la troisième. Il n'y eut pas sous ce 
consulat d'opérations militaires im- 
portantes de la p :irt de Fabius. Anni- 
bal était depuis long-temps devant 
Capoue : ne pouvant attifer les Ro- 
mains au combat, m pénétrer dans la 
place, il se de^ ida a décamper. L'idée 
lui vint alors d'attaquer la ville même 
de Rome. Il pourrait, à la faveur 
d'une terreur soudaine et du tumul- 
te, s'emparer d'une partie de la ville: 
Rome en danger ferait abandon- 
ner Capoue. Le sénat, iti faune de 
cette résolution par une l< ttre du con- 
sul, s'assembla aussitôt. Le premier 
avis fut pour rappeler de toutes les 
parties de l'Italie ie > géndraui et les 
armées, afin de ne s^oceujpcr que de la 
défense de Rome. F. imis fui d'un avis 
tout contraire : il lui paraissait hon- 
teux de se retirer de Gapoui , et .l'a- 
gir d'après les volontés . t les me- 
naces d'Annibal. Comment crolr ! que 
celui qui, après la victoire de Garnies, 



FAB 

tl'avaif ose se présenter devant Rome, 
se flattât de s'emparer de cette ville , 
quand il était repoussé de"€apoue? 
Fabius eut rai>on; le général cartha- 
ginois s'approcha jusqu'à 3,ooo pas 
de Rome, la contempla, et se retira. 
En 545, Fabius, consul pour la cin- 
quième fois , fut élu prince du sénat, 
par le censeur Sempronius, comme 
étant alois, dit le censeur, le premier 
citoyen de Rome. Il se mit en campa- 
gne, pour aller faire le siège de Ta- 
rente. 11 recommanda par lettres à 
Marcellus, qui le premier avait été 
vainqueur d'Annibal, d'occuper pen- 
dant ce temps- là le général carthagi- 
nois, en lui fusant une guerre vive. 
IVlarcellus la lui fit , le battit , et le 
força à rétrograder. Fabius assiégea 
Tarente , et la prit bientôt , à la la- 
veur d'une intelligence qu'il avait dans 
la ville. Annibal ne put arriver à 
temps au secours de la place. L'histoire 
ne nous donue plus rien sur la vie 
militaire de Fabius ; mais nous allons 
le retrouver au sénat avec son patrio- 
tisme et sa liberté ordinaires. Le 
jeune Seipion, surnommé depuis ÏA- 
fricain, était consul (l'an 547), et 
prétendait avoir, sans tirer au sort, 
l'Afrique pour département, et y por- 
ter le siège de la guerre. 11 faisait 
même assez entendre que si le sénat 
rejetait sa demande , il la ferait au 
peuple. Les principaux du sénat 
étaient blessés de la prétention du 
consul. On demanda à Fabius son 
avis.. Dans un discours très étendu, 
fort de faits et de raisonnements , il 
combattit le projet de Scipion , et s'et- 
foiça de lui démontrer que s'il aimait 
la gloire et son pays, s'il avait l'am- 
bition delerminer la guerre, ce n'était 
pas en Afrique qu'il fallait aller; qu'il 
fallait rester en Italie, pour détruire 
Annibal, qui était la terreur de Rome 
depuis 1 4 ans. Scipion fut envoyé eu 

XIV. 



FAB 17 

Sicile, avec la faculté de passer en 
Afrique , s'il le jugeait nécessaire. Fa- 
bius vécut assez pour voir Annibal, 
après plus de i5 ans , quitter en fré- 
missant et en pleurant l'Italie, pour 
aller au secours de C irlhage , que 
Scipion menaçait. Cette même année, 
( 549 de Rom., 204 avant Jésus- 
Christ ), Fabius mourut dans un âge 
avancé, digne, suivant Tite-Live, de 
porter 'e premier !e surnom de Maxi- 
mus. qui avait été donné à Fabius-Rul- 
lus, son aïeul. Sa gloire fut d'avoir eu 
Annibal pour adversaire, et d'avoir, 
en arrêtant constamment ce vain- 
queur, sauvé la chose publique. — Fa- 
bius eut un fils qui poitaii aussi les 
noms de Quinttjs Fabius Maximus , 
et qui fut préteur sous son quatrième 
consulat, et l'année, d'après consul. 
Fabius fut député vers son fi!s, au 
camp de Sucssula, dans l'Apulie. Le 
fils alla au-devant de son père, qui 
s'avançait à cheval. Comme les licteurs 
le laissaient passer sans rien dire, 
par respect pour son grand caractère, 
le jeune Fabius dit au licteur qui le 
précédait immédiatement d'ordonner 
au cavalier de descendre : le vieillard 
descendit aussitôt. J'ai voulu, dit-il , 
mon fils , éprouver si vous saviez 
assez que vous étiez consul. Le 
jeune Fabius, pendant son consulat, 
prit sur Annibal la ville d'Arpi, tant / 
par un coup de main, que par le con- 
cours des habitants. On ne voit pas , 
par la suite de l'histoire , ce que 
fit ce digne fils de Fabius- Maximus, 
ni quand il mourut. Q,R — y. 

FABIUS MAXIMUS jEMILI ANUS 
(QuiiNTUS),filsdu consul Paul-Emile, 
passa, par l'adoption , dans l'illustre 
maison des Fabius. Son père , qu'il 
accompagna dans la guerre contre 
Persée, roi de Macédoine^ l'envoya à 
Rome y porter la nouvelle de sa vic- 
toire. Il le chargea ensuite de mettre 
2 



18 FAB 

au pillage les villes des Agasses et des 
Eginiens ])Oiir les punir, les Agasses 
d'avoir embrassé de nouveau le parti 
de Perse'e , quand ils avaient d'eux- 
mêmes demande' l'alliance de Home, 
et les Eginiens d'avoir traité en en- 
nemis quelques soldats romains qui 
étaient entres dans leur ville. Fabius 
eut encore de son père la commission 
de ravager le pays des Illyriens, qui 
avaient été' auxiliaires du roi de Ma- 
cédoine dans la dernière guerre. Con- 
sul Tan de Rome 606, Fabius partit 
pour l'Espagne avec deux légions de 
nouvelle levée, qu'il joignit à des 
troupes alliées, ce qui lui donna un 
corps d'armée de quinze mille hom- 
mes d'infanterie et de deux mille en- 
viron de cavalerie. Il s'attacha à le 
fortifier par des exercices de tous les 
jours, avant de le mettre* en présence 
d'un ennemi qui n'était pas à mépriser. 
Cet ennemi était Viriatbc ( voyez 
Viriathe), à la tête des Lusitaniens, 
qui battit un des lieutenants du con- 
sul, lequel avait osé se mesurer avec 
lui. Fabius accourut au bruit de cet 
échec : Viriathe, fier de son avantage, 
cherchait à l'amener au combat; mais 
le général romain, fidèle à son plan, 
refusa d'engager une action, se con- 
tentant d'aguerrir ses troupes par de 
fréquentes escarmouches. Quand son 
infanterie allait aux fourrages, souvent 
il la faisait protéger par de la cavalerie. 
Paul-Emile, son père, lui avait donné 
ces leçons de circonspection dans la 
guerre contre Persée. Fabius fut pro- 
rogé dans son commandement en 
Espagne, par une cit constance assez 
particulière ( Voyez Galba). Son 
armée étant alors bien aguerrie, il ne 
balança pas à en venir aux mains 
avec Viriathe , et il eut l'avantage sur 
lui dans deux combats. 11 prit une 
ville alliée de l'ennemi et en incendia 
mie autre. Ces succès de Fabius datent 



FAB 

del'an de Rome 608. On ne le voit plus 
figurer dans la suite de l'histoire. — 
Un autre Q. Fabius Maximus, sur- 
nomme' Servilianus, consul deux ans 
après, en (iio, et commandant aussi 
en Espagne, se trouvant à la tête d'une 
armée assez considérable , offrit la 
bataille à Viriathe, et le battit com- 
plètement. Comme les Romains, en 
le poursuivant, étaient dans une sorte 
de désordre, le général espagnol , 
avec sa présence d'esprit ordinaire, 
rallia ses gens , attaqua les vainqueurs, 
leur tua trois mille hommes, et re- 
poussa le reste dans leur camp. Là , 
il s'engagea un combat que la nuit 
seule fit cesser. Viriathe se retira en- 
suite dans la Lusitanie. Fabius, eu 
qualité de proconsul , continua la 
guerre en Espagne , alla chercher 
Viriathe, et se mit en possession de 
plusieurs villes où ce général avait 
établi des garnisons. 11 les traita di- 
versement : il pardonna aux unes , 
et livra les autres au pillage. De tous 
les prisonniers qu'il fit, cinq cents 
furent mis à mort par ses ordres , et 
neuf mille furent vendus comme es- 
claves. L'année suivante Baccia, ville 
de l'Espagne ultérieure dont Viriathe 
avait levé le siège , se rendit à Fabius; 
il ne pardonna qu'à un certain Con- 
nobas , chef de brigands qui s'était 
remis à sa foi , et fit couper les mains 
de ceux qui avaient été avec lui , lj 
plupart transfuges des garnisons ro- 
maines. Ce traitement, à l'égard de 
gens qui s'étaient plutôt rendus qu'ils 
n'avaient été faits prisonniers, parut 
trop cruel de la part du général de 
l'armée d'un peuple aussi civilisé que 
le peuple romain. Il paraît que ce 
même Fabius fut censeur l'an 626. 
Q. R— r. 
FABIUS MAXIMUS ^Quintus), 
de la maison Fabia, et petit-fils, par 
adoption, de Paul -Emile, soutint la 



gloire de ces deux grands noms , et 
mérita d'être distingué par le surnom 
d'Jllobregicus. Elu consul en t>3 1 , 
il eut pour département la Gaule tran- 
salpine; il marcha avec des forces peu 
considérables contre Bituitus, roi des 
Arvnniens, qui avait levé une puis- 
sante armée, composée de son peu- 
ple, des Allobroges , etc. Ce prince 
était impatient de combattre, se croyant 
sûr de vaincre. Cette confiance lui 
donna une trop grande sécurité' dont 
profita le consul. H tira aussi parti du 
terre in qui, étant voisin des monta- 
gnes, était entrecoupé de collines et 
d'eau; tout, jusqu'au moment de l a 
saison , lui parut favorable pour livrer 
bataille à l'ennemi. On était dans le 
temps des plus grandes chaleurs, qui 
étaient insupportables aux Gamois. 
L'activité et la prudence du général 
romain lui assurèrent la victoire : elle 
fut si complète qu'on fit monter la 
perte des Arvernicns et des A'<lo- 
broges à cent vingt mille hommes : 
celle des Romains fut très petite. Il 
paraît que l'ennemi fut surpris et en- 
veloppé de manière à n'avoir pu se 
préparer au combat ni développer 
ses forces» Fabius , surnommé Alla- 
Imgicus à cette occasion , eut la 
gloire de donner la paix à deux puis- 
sants peuples. 11 éleva, sur le lieu du 
combat, un trophée en pierres, ce 
qui c'ait une chose nouvelle pour les 
Romains. Son triomphe eut un grand 
e'eiat ; le roi Bituitus , remarquable 
parla beauté' de son extérieur, en fut 
un des principaux ornements ( Voy, 
Domitius Ahenobarbus ). Fabius 
fut censeur l'an de Rome 644* La 
suite de sa vie n'est pas connue. 
Q.R~y. 
FABIUS (Guillaume), dont le 
nom latinisé correspond , dans, la 
langue flamande , a celui de Boo- 
naerts, était né à Hilvareu-Beeck ? et 



FAB 19 

il a eu, comme humaniste, quelque 
céie'brité parmi ses compatriotes- il a 
successivement enseigné cà Anvers et 
à Louvain; il professait le grec au 
collège Buslidien de cette dernière 
ville, où il fut assassiné par des étu- 
diants en 1590. 1! a laissé une Epi- 
tome srntaxeos linguœ greecœ , An- 
Vers, 1*584, irt-ii". M — on. 

FÂBRA (Louis Della^.Fabbra. 

FABRE D'I ZÈS, troubadour du 
1 5 e . siècle, qu'il ne faut pas confondre 
avec tin au^re troubadour provençal 
du même nom, fut, suivant Crescini- 
beni, accusé et convaincu de plagiat. 
On a dit , long-temps après , de l'abbé 
Roquette, qui prêchait les sermons 
d* autrui : 

Ils sont bien à lui, 
Puisque en effet il les achète. 

Les ouvrages d'Albert ou d'Albertet 
de Sisteron, que Fabre s'attribuait, 
lui appartenaient au même titre ; mais 
ses confrères ne voulurent pas recon- 
naître ce droit de propriété; et , s'il 
faut eu croire Nostradamus, le trou- 
badour fut condamné ou fouet, en 
vertu des lois impériales, qui punis- 
saient les larcins poétiques, comme 
toute autre espèce de \ol. Dépouillé 
de son mérite d'emprunt, Fabre reste 
réduit, d'après le jugement de l'histo- 
rien des troubadours, a à une mau- 
» vaisechniison galante, et à un poème 
» de morale où il n'y a que des lieux 
» communs. » V. S.L. 

FABi.E (Piebre-Jean), médecin 
de la Faculté de Montpellier, cxeica 
sa profession à Gastelnaudary , où il 
s'acquit une réputation bridante et 
très étendue. Humblement asservis à 
la doctrine de Galion, les médecins 
empruntaient leurs remèdes exclusi- 
vement à la pharmacie; encore les 
prescrivaient-ils à des doses fort mo- 
dérées. Fabre suivit une autre route ; 
il puisa presque toutes ses ressources 
2.. 



20 FAB 

dans la chimie , et re'ussit facilement 
à éblouir le vulgaire par quelques suc- 
cès dus à cette thérapeutique nou- 
velle , et prônes avec forfanterie. Le 
docteur languedocien publia en outre 
un grand nombre de petits écrits dé- 
corés de titres singuliers , et dans les- 
quels il se prodigue les louanges les 
plus pompeuses : I. Palladium spa- 
gyricum , Toulouse, 1624, in-8 .; 
ibid. iG38. II. Chirurgia spagyrica, 
in qud de morbis cutaneis omnibus 
spagyricè et melhodicè agitur, Tou- 
louse, 1626, in-8 .; ibid. i638. III. 
Insignes curaliones variorum mor- 
horum medicamentis chymicis ju- 
cundissimd metliodo curatorum , 
Toulouse, 1627 , in-8 .; IV. Myro- 
thecium spagyricum , sive pharma- 
copœa chymica , Toulouse, 1628, 
in-8°, ibid. 1646, in-8°. V. Alchy- 
mista christianus , Toulouse, i652, 
in-8°. , le plus curieux des ouvrages 
de Fabre. VI. Hercules pio-chy mi- 
dis , in quo penitissimè tùm moralis 
philosophiœ , ium chymicœ arlis ar- 
cana, laboribus herculeis , apud 
anliquos tanquàm velamine obscuro 
obruta detegunlur, Toulouse, 1 654 ? 
in-8°. VII. Hydrographum spagy- 
ricum , in quo de mirdfontium es- 
senlid , origine et virlute tractatur, 
Toulouse, iG5(), in-8". VIII. Pro- 
pugnaculum alchemiœ , adversùs 
misochymicos quosdam philosophos 
umbratiles , Toulouse, i(345, in-8". 
IX. Panchymici, seu anatomiœ to- 
tius universi opus , Toulouse , 1646, 
in-8'. Ces titres , bien que considéra- 
blement abrégés , sont plus que suffi- 
sants pour faire connaître la tournure 
d'esprit de l'auteur. Cependant ces 
productions ridicules ont été très re- 
nommées, plusieurs fois réimpri- 
mées , tantôt isolément, tantôt collec- 
tivement . trad. en allemand, etc. C. 
FABRE (Jean -Claude), orato- 



FAB 

rien, ne à Paris, le i5 avril 1668, 
d'un chirurgien habile, après avoir 
régenté la seconde au collège de St.- 
Quentin , entra dans l'Oratoire, et fut 
envoyé professer la philosophie, d'a- 
bord à Rumilli en Savoie , puis à 
Toulon , à Riom , au Mans et à Nantes j 
il profejssa ensuite la théologie à Riom 
pendant trois années , et à Lyon pen- 
dant le même espace de temps. L'édi- 
tion , qu'il donna dans cette ville , du 
Dictionnaire de Richelet , le força de 
sortir de sa Congrégation, et de se 
retirer à Clermont. II se trouva ré- 
duit à se charger de l'éducation de 
quelques enfants, et le produit étant 
insuffisant à ses modestes besoins , il 
eut Fhumiliation de recevoir quelques 
secours du jésuite Letellier. En 17 i5 
il rentra dans la Congrégation de l'O- 
ratoire à Troyes , et vint la même an- 
née demeurer à Montmorenci. Il mou- 
rut le 22 octobre 1 7 53. Le Père Fabre 
était très laborieux j malgré ses pro- 
fessorats et ses voyages , il a publié 
plusieurs ouvrages : I. Une édition de 
Richelet , sous ce titre : le Nouveau 
Dictionnaire français , etc., Amster- 
dam (Lyon), 1709, 2 vol. iii-fol. ; 
réimprimé avecquelques changements 
à Rouen , 1 7 19 , 2 vol. in-fol. j et en- 
core à Lyon, 1728, 3 vol. in-fol., 
avec des remarques et additions du 
P. Aubert ( Voy^ Aubert). Ce fut au 
reste la publication de l'édition de 
1709, où il y avait quelques articles 
sur des matières de théologie contes- 
tées (et entre autres le mot grâce , 
qu'avait fourni un avocat), qui força 
le P. Fabre de sortir de l'Oratoire. 
II. Petit Dictionnaire latin- français, 
in-8"., dont il y a eu beaucoup d'édi- 
tions; l'auteur en avait fait un autre 
bien plus étendu, et qui devait avoir 
1 vol. in-4". , mais qu'il renonça à pu- 
blier, lorsque parut le Novitius du 
Père Magniez; III. Œuvres de Vir~ 



FAB 

gile traduites en français , avec le 
texte à côté , et des notes critiques et 
historiques, 1721; réimprimées en 
1741 , 4 vol. in- 12; IV. !a continua 
tion de ['Histoire ecclésiastique de 
Fleury, qui avait laissé l'ouvrage au 
20 e . volume. « J'avais été , dit l'abbé 
» Goujet , fortement sollicité moi- 
» même d'entreprendre cette conti- 
» nuation. Il est vrai que , jeune alors 
» et craignant que l'entreprise ne fût 
» au-dessus de mes forces, je résistai 
» long-temps aux instances qui me 
» furent faîtes ; enfin je cédai, et j'a- 
» vais achevé toute l'histoire du con- 
» cile de Constance, lorsque je me 
» vis prévenu par l'impression des 
» deux premiers volumes du Père 
» Fabre (en 1726 ). Je fis un sac.ri- 
» fice de ce que j'avais fait. Cette cdi- 
» tion fut aussitôt vendue ; il fallut 
» les réimprimer : on m'engagea de 
» les revoir. Je le fis , et j'ai rendu le 
» même service aux quatorze volumes 
» qui ont suivi les deux premiers. » 
Le Discours qui est à la tête du 1 5'. 
volume ( 33°. de la collection entière ) 
est de l'abbé Goujet. Les tomes XV 
et XVI, du travail du Père Fabre 
( XXXV et XXXVI de la collection ) , 
furent mutilés, et l'auteur eut ordre 
de discontinuer son ouvrage. Il a laissé 
cependant en manuscrit un volume, 
que le propriétaire actuel (M. A.-M.-H. 
Boulard ) se propose de publier. 
V. Entreliens de Christine et Péla- 
gie , sur la lecture des épures et 
évangiles des dimanches et fêtes , 
17 18, in- 12 ; VI. une traduction en 
prose des Fables de Phèdre et des 
Sentences de P. Sjtus , 1 7 28, in- 1 2 ; 
VII. la Table de la traduction de 
l'histoire du président de Thou, for- 
mant un volume in-4°. ; VII. Ap- 
pendix de diis et heroibus, ou Abré- 
gé de V Histoire poétique , etc. , 1 7 -j(i, 
in- 12 de xo6 pages : ouvrage plus 



FAB ix 

e'tendu que celui du Père Jouvenci ; 
IX. P. Ovidii Nasonis metamor- 
phoseon libri XP expurs/iti cum 
interpretatione , nolis et Appendice 
de diis et heroibus poéticis , 1720, 
2 vol. in-i'i. On y trouve , ainsi que 
le titre l'annonce , l'ouvrage précé- 
dent. On peut, sur cette édition des 
Métamorphoses d'Ovide et X App en- 
dix , consulter le N '. 1 2,0 16 du Dic- 
tionnaire des anonymes , par M. Bar- 
bier. On avait chargé le Père Fabre 
de la Table -raisonnée du Journal 
des Savants, et il a beaucoup con- 
tribué à ce travail qu'a publié De- 
claustre. Il avait préparé la généalogie 
de Lamet et l'éioge de Frornageau 
pour la Préface d'une nouvelle édi- 
tion du Dictionnaire des cas de 
conscience. Goujet, qui donna cette 
édition en 1755, 2 vol. in-fol. , re- 
fondit cette préface. Le même Goujet 
a fait insérer une lettre sur le Père 
Fabre dans le journal de Verdun ( jan« 
vier 1 754 )• Depuis et d'après de nou- 
veaux renseignements , il a donné un 
article imprimé dans le Morcri de 
1759. A. B — t. 

FABRE ( Jean ) , issu d'une famille 
honnête de commerçants qui profes- 
saient la religion protestante , naquit 
à Nîmes, le 18 août 1727. Il a rendu 
sa mémoire recommandable par un 
trait de piété filiale dont le souvenir 
mériîe d'être conservé. Le i cr . janvier 
1706 il avait accompagné son père 
au désert : c'est ainsi qu'on désignait 
les lieux écartés où, depuis la révo- 
cation de l'édit de Nantes r les réfor- 
més étaient réduits à cacher l'exercice 
de leur culte. Un détachement de trou- 
pes fond sur rassemblée. Fabre le fils, 
comme tous ceux qui étaient en état 
de s'éloigner, chercha son salut dans 
la fuite : il y allait des galères à se 
laisser prendre; mais, voyant son mal- 
heureux père tombé dans les mains 



2* FAB 

des soldats . il revient sur ses pas , se 
précipite au milieu d'eux , embrasse 
les genoux de leur ebef, demande 
comme un bienfait à prendre la place 
de l'auteur de ses jours, et, malgré la 
résistance d<; l'infortuné vietHard , 
obtient, à force de sollicitations et de 
larmes , le consentement du comman- 
dant attendri , pour ce généreux 
échange. Il fallut repousser avec une 
sorte de violence le père au déses- 
poir, qui persévérait à réclamer ses 
fers. Le duc de Mirepoix , comman- 
dant eu chef de la province de Lan- 
guedoc, devant qui le fils fut tr'duit 
à Montpellier , ollnt de lui rendre la 
liberté , si !e ministre Paul Rabaut 
voulait sortir du royaume; mais Fa- 
ille , s'immolant pour les intérêts de 
sa secte avec non moins de magnani- 
mité qu'il s'était sacrifié pour son 
père, invita lui-même le pasteur et le 
troupeau à ne pas acheter sa grâce au 
prix qu'on voulait y mettre. Sur leur 
refus , l'arrêt est prononcé; il est con- 
duit à Toulon , revêtu de la honteuse 
livrée du crime , et enchaîné, parmi le 
rebut de l'espèce humaine , sur le fatal 
vaisseau. L'horreur de sa situation 
fit un moment chanceler son courage; 
mais le sentiment de son innocence, 
ou plutôt de sa vertu, lui rendit bien- 
tôt toute sa fermeté ; et il en avait be- 
soin : car, malgié les égards que lui 
témoignaient l'intendant et les prin- 
cipaux officiers de la marine , sa cons- 
tance fut souvent mise à l'épreuve par 
l'inflexible rigueur du comte de St.- 
Florentin , qui , ayant dans les attri- 
butions de son ministère les affaires 
de la religion réformée, se montrait 
inexorable, et avait résisté aux vives 
instances du duc et de la duchesse de 
Fitz- James , que les parents et les 
amis de Fabre étaient parvenus à in- 
téresser en sa faveur. Mais cet infor- 
tuné ayant enfin réussi, par un sin- 



FAB 

gulier détour, «à faire connaître an 
duc de Clioiseul l'honorable cause de 
ses malheurs, ce miuistre juste et sen- 
sible, chargé, entre autres départe- 
ments , de celui de la marine , signa, 
à ce litre, l'ordre de sa délivrance. 
Fabre fut rendu à sa famille le 21 
mai it6'2 , après plus de six ans de 
captivité ; mais son retour même fut 
pour lui une nouvelle source de cha- 
grins ; il ne revit son père que pour re- 
cueillir ses derniers soupirs : le saisis- 
sement de la joie acheva d'user des 
jours déjà consumés par rage et par 
la douleur. Celle de Fabre ne trouva 
d'adoucissement que dans le bonheur 
d'une union long-temps désirée : il 
épousa une de ses pirentes, qu'il ai- 
mait depuis son enfance, et dont il 
était sur le point d'obtenir la main 
lorsqu'il se livra pour sou père. Iné- 
branlable dans sa fidélité, elle avait, 
pendant l'absence de son amant, re- 
jeté les proposition» d'établissement 
les pius avantageuses, et elle n'atten- 
dit pas même, pour s'unir à lui, sa 
réhabilitation. Grâces à l'opposition 
du comte de Saint-Florentin , de qui 
elle dépendait, le brevet n'en fut ex- 
pédié que plusieurs années après, par 
les soins du prince de Beauvau, qui , 
las^é des refus du ministre , mit direc- 
tement sous les yeux du roi les preu- 
ves authentiques du sublime dévoue- 
ment de Fabre, et obtint du monarque 
même que ce modèle des fils sciait 
rétabli dans tous ses droits. Mon ac- 
tion avait été indiquée par Marraon- 
tel , dans sa Poétique, comme pou- 
vant fournir le sujet d'un drame in- 
téressant. Fenouillot de Falban 
empira , et le traita sous le titre de 
V Honnête Criminel ( V. Falbaiue ). 
Il croyait le héros de cette aveu- 
turc mort, et n'avait sur cet évé- 
nement que des notions imparfaites. 
Le désir qu'il manifesta, lorsqu'il 



FAB 

apprit son existence , d'avoir sur son 
compte des renseignement s plus exac- 
ts, donna lieu à la lettre qui se 
trouve à la tête de l'édition de sa pièce 
de 1 767. Elle fut d'abord jouée chez 
la duchesse de Villeroi, et l'a été de- 
puis sur tous les théâtres de l'Europe. 
Qnoique assez médiocre sous les rap- 
ports de l'art, cet ouvrage produisit 
une vive sensation à la première re- 
présentation, et excita un enthousias- 
me dont les effets furent malheureu- 
sement arrêtés par l'incurable mal- 
veillance du comte de Saint-Florentin. 
Il empêcha le succès d'une souscrip- 
tion de 1 00 mille francs proposée en 
faveur de Fabre , pour le dédomma- 
ger de ses pertes. La duchesse de 
Graminont voulut y suppléer par les 
grâces dont son frère le duc de Choi- 
scul disposait. Elle fit en conséquence 
adresser, par ce ministre, à Fabre 
une invitation pressante de se rendre 
à Paris; mais, le surlendemain de son 
arrivée , éclata la disgrâce de son il- 
lustre protecteur. Cet événement ruina 
le crédit de presque tous ses autres 
appuis ; et malgré les soins de Tru- 
ddinc, dont le zèle ne se rallcntit pas , 
il ne tira aucun fruit d'un voyage en- 
trepris sous les plus favorables aus- 
pices. De retour à Ganges, où il avait 
fixé son domicile depuis son mariage, 
il ne chercha plus que dans sa propre 
industrie les moyens de subvenir aux 
besoins de sa famille; il rassembla ses 
débris , reprit le commerce , et cultiva 
en paix un petit bien qui lui restait. 
"Vingt-cinq ans après, ayant perdu sa 
femme , et sentant se multiplier les in- 
firmités de la vieillesse , il alla se 
réunir à son fils aîné , établi depuis 
quelques années à Celte. Il mourut 
dans cette ville , le 5 1 mai 1 797. 

V. 5. L. 
FABKE ( Dom Louis ) , bibliogra- 
phe, naquit à Pvoujan,, diocèse de J3e- 



FAB 



2} 



ziers , le 1 6 mars 1 7 1 o. Tl entra jeune 
encore dans l'ordre de St.-Benoît de 
la Congrégation de St.-Maur , et pro- 
nonça ses vœux au monastère de la 
Dorade de Toulouse. Son érudition 
détermina ses supérieurs à le désigner 
pour bibliothécaire de la ville d'Or- 
léans, après le décès deD. Verninac 
en 1748. Dom Fabre mit un nouvel 
ordre dans la bibliothèque , et parvint 
à l'enrichir par ses rapports avec 
presque tous les savants, qui se firent 
plus d'une fois un devoir de le con- 
sulter. Il mourut au monastère de 
Bonnes-Nouvelles ( d'Orléans ) , le 1 1 
février 1788, aussi sage religieux que 
bon et savant ami. On lui doit : 
Catalogue raisonné des livres de la 
Bibliothèque publique fondée par 
Guillaume Prousteau, professeur 
en droit de l'Université d'Orléans t 
composée en partie des livres et 
manuscrits d'Henri de Valois , nou- 
velle édition , avec des notes criti- 
ques et bibliographiques , Orléans , 
C.-P. Jacob, 1777, in-4°. La pre- 
mière édition avait paru sous le titre 
de Bibliotheca Prustelliana , par les 
soins de D. Billouet et. de D. Méry , 
Orléans, 1721, in-4°. Dom Fabre- 
est reconnu pour l'un de ceux qui 
contribuèrent le plus à jeter du jour 
sur la biographie littéraire de l'Or- 
léanais. P — d. 

FABRE D'ÉGLANTINE ( Pm- 
ltppe-François-Nazaire ) , né à Car-- 
cassonne le '28 décembre 1755, dans 
une famille de bourgeoisie, fut livré 
dès sa jeunesse à une extrême dissi- 
pation , et, après une éducation fort 
négligée, se fit comédien dans une 
troupe de province. Il joua successi- 
vement sur les théâtres de Genève, 
de Lyon et de Bruxelles, où il obtint 
peu de succès. Il réussit mieux dans 
le monde par les talents d'agrément 
qu'il possédait à un degré assez re- 



24 FAB 

merquable. ïl peignait en miniature, 
gravai] , jouait passablement de phi- 
sieurs instruments, et composait de 
Ja musique et des vers. Il n'avait que 
seize ans lorsqu'il publia l'Élude de 
la Nature, épître en vers qui a\ait 
concouru pour le prix del'acad. fran- 
çaise en i 77 i . Ayant ensuite obtenu le 
prix de réglant me aux jeux floraux de 
Toulouse , il ajouta à son nom celui 
de cette fleur. Se croyant dès-lors plus 
fait pour cultiver les lettres que pour 
jouer la comédie, il vint à Paris avec 
nue douziinede pièces en portefeuille, 
tragédies, comédies, opéras-comique?, 
etc. « Toutes ne furent pas jouées, dit 
» La H-.irpe, et ce qui put l'être est 
» déjà pour la pius grande partie ou- 
» blié depuis long-temps. Augusta , 
3> prétendue tragédie, et une comédie 
» du Présomptueux , furent à peine 
» achevées, celle-ci notamment, dans 
» un temps où les théâtres étaient 
» déjà révolutionnés et où Fabre lui- 
» même était devenu une puissance ; 
» m us il fut plus heureux dans Vln- 
» trigue épistolaire , qui eut beau- 
« coup de vogue aux représentations, 
» et dans le Pkilinte de Molière, qui 
» attira les regards des connaisseurs. » 
Mais Fabraaspirait alors à des succès 
d'un autre genre. D'un caractère am- 
bitieux, inquiet et né sans fortune, 
il ne pouvait manquer d'embrasser le 
parti de la révolution. Il s'« lança 
donc dès le commencement ave;- beau- 
coup d'ardeur. Lié avec Danton , La- 
croix et Camille Desinoulins, il eut 
part à tous les excès de ce parti , et 
notamment à la révolu ion du 10 
août, qu'il avait provoquée par là pu- 
blication de plusieurs pamphlets. Il 
fut d'abord membre de la commune 
qui s'installa aussitôt après la < hute du 
trône, et ensuite secrétaire de Danton. 
31 occupait celte pbœ I l'époque du 
2 septembre, et on l'a accuse d'avoir été 



FAB 

l'un des provocateurs du massacre des 
prisons, api es avoir eu cependant la 
précaution d'en faire sortir sa cui- 
sinière , détenue pour dettes. Nomme' 
député de Paris à la Convention na- 
tionale , il débuta dans cette assemblée 
par une motion en faveur du général 
liaffarelli ; ce qui donna une idée avan- 
tageuse de la modération de ses prin- 
cipes; mais il ne se fit bientôt plus re- 
marquer que parles opinions les plus 
révolutionnaires. Il vota la mort de 
Louis XVI sans appel, et fut nommé 
membre du comité de salut public. 
Fabre avait coutume de dire qu'il sen- 
tait un suspect d'un quart de lieue. Il 
fut l'un des instigateurs du décret 
qui ordonna de ne point faire de pri- 
sonniers anglais et hanovriens. Après 
le 5i mai, il déposa contre Brissot 
et contre les députés de la Gironde 
devant le tribunal révolutionnaire. 
Il fit ensuite décréter successivement le 
maximum , l'arrestation de tous les 
Anglais qui se trouvaient en France, 
et enfin le calendrier républicain , dont 
cependant il n'était pas l'auteur ( F. 
Homme ). Dans son rapport 'sur cet 
objet, Fabre d'Eglautine montra la 
plus crasse ignorance des premières 
règles de l'astronomie. 11 lui échappa 
même des fautes de langue qui fu- 
rent remarquées à une telle époque. 
Il dénonça ensuite aux jacobins et iit 
arrêter le secrétaire de la guerre Vin- 
cent et le général Mazuel; ce qui lui 
attira la haine d'Hébert . !- r protec- 
teur. Dès-lors, Fabre devint suspect, ou 
plutôt il excifa l'envie des factions qui 
dominaient alors à la Convention, lii- 
rotcau fut le premier qui l'accusa d'a- 
voir demandé un roi, d'une manière 
détournée, dans le comité de salut 
pubiie. Hébert demanda formellement 
qu'il fut exclus de la société des 
Jacobins. Obligé de se justifier de- 
vant ses accusateurs, il fut interrompu 



FAB 

par des cris à la guillotine! Dans 
le même temps, la société des Corde» 
liers décidait qu'elle lui avait refiré 
sa confiance ; et bientôt après la Con- 
vention nationale le décréta d'accu.-a- 
lion, crame falsificateur d'un décret 
relatif à la compagnie de-> Indes. Le 
véritable tort de Fibre était d'avuir 
hésité un moment dans l'horrible car- 
rière de massacres que parcouraient 
alors les chefs de cet affreux sys- 
tème. Ils l'attaquèrent lui-même avec 
fureur , et le firent déclarer chef du 
modér autisme, et enfin traître à la 
patrie par les sociétés des Cordeliers 
et des Droits de l'homme. Enfui, 
il fut décrété d'accusation comme 
complice de la conspiration de Vé- 
tranger, et traduit au tribunal ré- 
volutionnaire en même temps que Dan- 
ton, ayant été accusés l'un et l'autre 
par £»t.-Just d'avoir cherché à réta- 
blir le fils de Louis XVI. Tout le 
parti d'Hébert que Fabre avait qua- 
lifié d J 'ultra-révolutionnaire , deman- 
dait à grands cris son supplice , et 
ne cessa de l'accuser de royalisme, 
de concussions et de friponneries. 
Lorsqu'il parut enfin devant le tri- 
bunal , avec Danton et d'autres dé- 
putés, celui-ci se plaignit qu'on l'eût 
acculé à des voicurs; et cette plain- 
te était dirigée contre Fabre d'E- 
glantine et Delaunay d'Angers. En- 
veloppés dans les mêmes accusations, 
ils furent l'un et l'autre condamués à 
mort le 5 avril 1 79 \ : Fabre montra 
peu de courage dans ses derniers mo- 
ments. Mercier, qui était son collègue, 
en parle ainsi dans son Nouveau Ta- 
bleau de Paris : « Il fut promoteur 
» du régime révolutionnaire, et son 
y> panégyriste; l'ami, le compagnon, 
» le conseiller des proconsuls qui pir- 
atèrent dans toute la Fr.'ice, -efer, 
» le feu , la dévastation et la mu» t. Je 
» ne sais si ses mains furent souillées 



FAB s5 

» de dilapidations, mais je sais qu'il 
» fut promoteur d'assassinats.... Pau- 
» vie avant le 2 septembre 1792, it 
» eut ensuite hôtels, voitures , gens , 
» fi les ; et son ami Lacroix lui aida à 
« se procurer ce train. » Malgré cela , 
sa veuve n'eut de lui qu'une fortune 
médiocre; et après le 9 thermidor elle 
demanda à la Convention des secours 
qui lui furent accordés. La Harpe a 
parlé des écrits de Fabre d'Eglantine 
avec toute la sévérité dont on sait qu'il 
usait envers les auteurs des excès ré- 
volutionnaires. « Le titre même de la 
» pièce, dit-il, en parlant du Philinte 
» de Molière, estime fausseté et une 
» ineptie. C'est calomnier ridiculc- 
» meut Molière , que de faire du com- 
» plaisant Philinte, qu'il afortàpro- 
» pos opposé au misantrope Alceste , 
» un homme dénué de toute morale 
» et de toute humanité; en un mot, 
» parfait égoïste , ce qu'est véritable- 
» meut le Philinte de Fabre. Molière 
» opposait un excès à un excès, celui 
» de la douceur à celui de la sévérité; 
» mais il en savait trop pour mettre 
» en regard sur la même ligne les vi- 
» ces du cœur et les travers de l'esprit. 
» Quand le règne des bienséances sera 
» rétabli , l'on effacera cette insulte 
» publique à la mémoire de Molière, 
» et la pièce sera intitulée ce qu'elle 
» est : Philinte ou X Egoïste. Cette 
» étrange méprise faisait présumer 
» que Fabre lui-même n'avait pas bien 
» compris ce qu'il faisait. Envenimé 
» de haine , comme tous les esprits de 
» la même trempe , contre tout ce qui 
» s'appelait homme du monde, contre 
» tout ce qui avait dans la société un 
» rang qu'il n'avait pas et ne devait 
» pas avoir, ih eût bien voulu faire 
» croire que toute la société était en 
» < ffet composée de méchants et de fri- 
» pons ; et cette espèce de haine était 
» bassement envieuse , et pas plus 



.»«; far 

» morale que politique. Mais enfin il 
» eut le mérite de tracer un caractère 
» très prononce' et trop commun dans 
» la corruption philosophique de no- 
» tre siècle, l'égoïsme de principe et 
» de calcul, sujet essaye deux fois en 
» peu d'années sans succès ( Voyez 

» JJARTHE;etCAILHAVA, ClU Supplé- 

» ment ). Les connaisseurs lui savent 
» gré de cette idée vraiment heureuse 
» et dramatique , d'avoir fait trouver 
» à l'égoïste sa punition dans son 
» égoïsme même , et fait retomber 
» sur lui les conséquences de ses dé- 
» testables principes ; mais, en gé- 
» néral , on aurait voulu que la piè- 
» ce fût plus gaie et plus amusante.... 
)> Si )'ai nommé le Misantrope , c'est 
» la faute de Fabre qui , par son titre 
» même , rappelle malheureusement 
« cet inimitable chef-d'œuvre, dont 
» lui seul, peut-être, pouvait ne pas 
» redouter le souvenir et la concur- 
» rence , tant son amour-propre était 
» fou. Aussi l'ai-je entendu se vanter 
» tout haut de ne consulter personne. 
» Il regardait les avis comme des pié- 
» ges , et les critiques comme des in- 
» jures. Il avait cependant de l'esprit 
» naturel, et même sou talent ne pou- 
» vait guère être autre chose ; car on 
» peut conclure de ses écrits qu'il 
» manquait d'étude et d'éducation. 
» L'ignorance de la langue y est por- 
» tée à un excès que l'on ne retrouve- 
» rait dans aucun écrivain depuis cent 
» cinquante ans que la langue est 

» fixée Il affecta de ne rien eom- 

» prendre aux reproches qu'on lui fit 
» sur sa diction, lorsqu'il eut paru 
» mériter par son Philinte qu'on l'a- 
» vertît de ses fautes. On ne voit pas 
» non plus qu'il ait mis depuis le 
» moindre soin à corriger son style; 
» et s'il l'avait pu, il est vraiscmbla- 
» ble que l'amour-propre même l'eût 
» intéressé à rendre au moins sup- 



FAD 

» portable à la lecture, ce que les bons 
» juges avaient trouvé digne d'estime 
» au théâtre , au lieu qu'il ne lui res- 
» tera dans la postérité que le plan 
» bien conçu d'un drame illisible. » 
La Harpe ne traite pas avec moins de 
sévérité les deux pièces de Fabre qui 
ont eu le plus de succès après le Phi- 
linte. « V Intrigue Epistolaire , dit- 
» il , n'est qu'une grossière contre- 
» épreuve du Barbier de Séville..^.. 
*» Ce n'est qu'un vieux canevas rapiécé 
» de lambeaux de l'ancien théâtre ita- 
» lien et espagnol, déjà uses depuis 
» cent ans sur le nôtre , et qu'nssuré- 
» ment la broderie du style de Fabre 
» n'était pas propre à relever.... Mais 
» ce qui passe toute croyance , c'est le 
» drame posthume intitulé les Pré- 
» cepteurs, dont je ne me pardonne- 
» rais pas même de parler , tant il est 
» au - dessous de la critique , si à 
» l'heure même où j'écris , il n'était 
» joué avec les plus grands applau • 
» dissements. » Fabre d'Eglanline a 
composé dix-sept comédies , dont i« 
plus grand nombre n'a dû une sorte 
de succès qu'aux événements de la ré- 
volution , auxquels elles avaient rap- 
port. L'une d'elles , intitulée Y Orange 
de Malte, est peiduc sans avoir été 
jouée. Le Présomptueux , représenté 
en 1 790, établit une espèce de rivalité 
entre l'auteur et Collin-d'Harleville , 
qui avait traité des sujets analogues 
dans Y Optimiste et les Châteaux en 
Espagne. Cette rivalité suggéra à 
Fabre une satire intitulée Mes Souve- 
nances, et dans la préface du Phi- 
linte , une attaque d'autant plus 
odieuse que dans le temps où elle fut 
publiée (1793)1 elle pouvait perdre 
l'estimable auteur du Célibataire. \ oi- 
ci le détail des ouvrages de Fabre: 
I. les Amans de Beauvais, Ro- 
mance, 177O, in-8 .; II. X Etude de 
la Nature y poème, i*;85, m-8".; 



F A3 
UT. Augusia , tragédie , jouée en 
1787; IV. le Collatéral, ou l'A- 
mour et V Intérêt , comédie jouée en 
1^89 sur le Théâtre de Monsieur; 
V. les Gen< de Lettres , ou le Poète 
provincial à Paris , corne lie en 
cinq actes et en ver? , jouée sur 
le Théâtre Italien, en 1787; VT. 
le Présomptueux , ou V Heureux 
imaginaire , comédie en cinq .ictes 
et en vers, 1790, in-8 . ; VII. Le 
Philinte de Molière , ou la Suite du 
Misantrope , comédie en cinq actes 
et en vers, 1790, in 8.; VIII. le 
Convalescent de qualité , ou V Aris- 
tocrate moderne, comédie en de::x 
actes et en vers, 1791 , in-8*. ; IX. 
V Intrigue épistolaire , comédie en 
cinq actes et en vers, 1 791 , in-8°. ; 
X. l'Héritière , comédie ea cinq ac- 
tes et eu vers, jouée le 5 novem- 
bre 1791; XL Isabelle de Salis bu- 
ry, opéra, 1791 ; XII. Le Sot or- 
gueilleux , comédie en cinq actes et 
en vers, 1 791 ; XIII. Réponse du 
pape à F. G. I. S. Andrieux, 1 791 , 
iii-8 J . ; XIV. les Précepteurs, co- 
médie en cinq actes et en vers , qui 
ne fut jonée et imprimée qu'en 1 799, 
in-8". , et qui a été traduite en alle- 
mand par madame Ko'zcbuc. On a 
donné, en i8o5 , au théâtre de l'O- 
déon, l'Espoir de la faveur, comé- 
die en cinq actes, par IV? M. Etienne 
et Nantcnil. On croit qne Y Orange 
de Malte en avait fourni le sujet 
ou tout au moins l'idée. On a pu- 
blié , en 1796, sous le nom de 
Fabrc d'Eglantine , en 5 vol. in - t 1 , 
une Correspondance amoureuse , 
précédée d'un Précis historique de 
son existence morale, physique et 
dramatique, et d'un fragment de sa 
vie+ écrite par lui-même , etc. Cette 
production est aussi déboutante par le 
style que par les principes. Il était un 
des auteurs des Révolutions de Paris, 



FÀB 27 

journal piuVié par Prudhomrne, de 
1789 à 1 793. On a imprimé en 1 802, 
sous !e titre d' 'Œuvres mêlées et 
posthumes de Fabre d'Eglantine, 
'2 vol. in-8'. ou in- 12 , une compila- 
tion où se trouvent les ouvrages in- 
diqués, et de plus un poème de Chd- 
Ions, des satires, des romances et 
des vers dans tous les genres, et 
pour la plupart d'une imperfection 
et d'une négligence au-delà de toute 
expression. M — d. j. 

FABRETTI (Raphaël), le plus 
habile antiquaire du dix -septième 
siècle, naquit à Urbin , en 161 8, 
d'une famille noble. N'étant pas l'aîné 
de sa famille , il fut destiné à sui- 
vre la carrière des lettres et de la 
jurisprudence, afin de se mettre en 
état de remplir les places honora- 
bles et utiles auxquelles un céliba- 
taire peut aspirer dans les états du 
Pape, dont le duché d'Urbin était 
devenu une des provinces , peu 
de temps après la naissance de Fa- 
bretti. Il fut en conséquence envoyé 
aux écoles de Gagli, petite ville du 
même duché, où il étudia les belles- 
lettres, et les langues grecque et la- 
tine, sous un professeur qui avait eu 
l'avantage de converser avec Muret 
et Manuce, et de profiter de leurs le- 
çons. Cette excellente institution litté- 
raire disposa le jeune élève aux études 
de l'antiquité, et le pénétra de cet 
amour pour la lecture des auteurs 
anciens, qui est le plus sûr garant des 
grands succès dans la carrière de l'é- 
rudition. De retour dans sa patrie, il 
y fit son cours de droit, et y fut 
reçu docteur à l'âge de 18 ans. Alors 7 
ses parents l'envoyèrent à Rome, 
pour s'initier dans la pratique du 
barreau , sous la direction d'Etienne, 
son frère , qui y exerçait honorable- 
ment la profession d'avocat. Quoique 
l'étude des lois absorbât une grande 



28 FAB 

partie du temps du jeune juriscon- 
sulte, elle lui hissait encore assez de 
loisir, pour qu'il pût se livrer à celle 
des monuments de tout genre, dont 
la capitale de la religion , des lettres, 
et des arts était si riche, et qui frap- 
pèrent à un tel point ses yeux et son 
imagination, qu'il en fit bientôt l'ob- 
jet presqu'unique de tous ses travaux. 
Ce fut à cette heureuse époque qu'il 
jeta , pour ainsi dire, les fondements 
de cette instruction vaste et solide, et 
de cette critique raison née qui rele- 
vèrent, dans la science des antiquités, 
au-dessus de tous ses prëdéceseurs. 
Cependant, il ne négligeait pas le 
barreau ; et les lumières qu'il y avait 
acquises, jointes à un esprit vif et 
juste, et à un maintien modeste et dé- 
cent, le firent choisir par le cardinal 
Lorenzo ïmperiali , pour aller travail- 
ler en Espague à l'arrangement de 
quelques affaires importantes et diffi- 
ciles. Fabretti remplit si bien cette 
mission, qne le cardinal , pour le ré- 
compenser, obtint pour lui, du pape 
Alexandre VII , la place distinguée et 
fort lucrative de trésorier, et ensuite, 
la place encore plus importante d'au- 
diteur de la légation papale en Espa- 
gne. Son séjour dans ce royaume dura 
treize ans, et ce fut pendant ce temps 
qu'une lecture plus assidue et plus 
réfléchie des auteurs classiques fécon- 
da et mûrit, pour ainsi dire, les no- 
tions et les observations archéologi- 
ques de l'antiquaire d'Urbin; mais il 
iallait en faire l'application aux mo- 
numents mêmes ; et Fabretti , après 
avoir visité ceux qu'il put trouver en 
Espague , sentit qu'un nouvel examen 
des monuments de Rome lui était in- 
dispensablement nécessaire pour l'a- 
vancement de la science. La fortune 
le seconda :1e prélat Charles Bonclli, 
nonce en Espagne , fut nommé car- 
dinal ; et tu retournant à Rome, pour 



FAB 

y jouir de sa nouvelle dignité, em- 
mena avec lui Raphaël Fabretti, que 
de nouveaux honneurs attendaient 
dans son pays. Dans le cours de ce 
voyage, il put visiter Paris et la 
France, ainsi que les villes principa- 
les de l'Italie : il y fit connaissance 
avec les hommes les plus estimés dans 
la littérature solide et dans la science 
des antiquités; les Ménage, les Ma- 
billon, les Hardouin , les Montfau- 
con, devinrent ses correspondants et 
ses amis. Arrivé à Rome, il fut 
nommé juge des appellations dans la 
cour du dpitoie; et, quoique cette 
charge lui laissât assez de loisir pour 
vaquer à ses occupations favorites, il 
ne se refusa pas à l'invitation du car- 
dinal Cesi, qui allait gouverner les 
états d'Urbin , en qualité de légat du 
pape, et qui l'avait nommé son audi- 
teur : les fonctions de eette place le dé- 
tournèrent presqu'entièriment Je ses 
études /pendant les trois années qu'il 
en fut revêtu, et qu'il employa à amé- 
liorer , par ses conseils et par son cré- 
dit, le sort de son pays natal , et les 
affaires de sa famille, movennant les 
sommes qu'il avait apportées d'Es- 
pagne. Ces arrangements lui procu- 
rèrent une entière tranquillité sur ses 
propres affaires, qui, depuis., ne lui 
causèrent aucune distraction. Alors, 
il désira de retuurner s'établir à Rome; 
et le cardinal Gaspar de Carpcgna , 
vicaire du pape Innocent XI, grand 
amateur de l'antiquité, et protecteur 
des savants , lui en offrit l'occasion , 
eu le nommant à une place honorable 
dans son département. Raphaël Fa- 
bretti pouvant alors se livrer entière- 
ment à ses goûts, entreprit , et acheva 
deux ouvrages qui fixer» ut à jamais 
sa réputation littéraire. l*« premier 

consiste en trois Dissertations latines 
sur les aqueducs des Romains, fabret- 
ti ; dans l'examen et la description de 



FAB 

ces superbes ruines, dont l'aspect 
imposant fait encore Porneineut de 
ces campagnes classiques, éclaircit 
une foule de questions sur la topo- 
graphie de l'ancien Latium, et dé- 
truit un grand nombre d'erreurs où 
ses devanciers étaient tombés. Au- 
cun antiquaire n'a répandu sur cette 
branche de l'archéographie romaine 
une lumière plus éclatante et plus 
durable. Parmi les écrivains dont 
il combat les opinions , Fabretli ne 
ménage pas Jacques Gronovius , au 
sujet des explications qu'il avait don- 
nées de quelques passages de Tite- 
Live, relatifs à la topographie du 
Latium, cl des corrections qu'il avait 
prétendu y faire. Soit que l'antiquaire 
d'Urbin, choqué des expressions 
grossières que le savant hollandais 
employait contre les gens de lettres 
qui n'étaient pas de son avis, cher- 
chât à le provoquer; soit qu'il s'em- 
pressât de saisir une occasion pour 
donner essor à une certaine causti- 
cité qui lui était naturelle , et qui as- 
saisonnait sa conversation familière, 
il faut avouer que ses remarques con- 
tre J. Gronovius sont énoncées d'un 
ton décisif, qui ne pouvait pas man- 
quer de blesser l'amour-propre ex- 
trêmement chatouilleux de ce philo- 
logue. Gronovius répondit aux criti- 
ques de Fabrctti, par un opuscule 
injurieux, où, faisant allusion à son 
nom , il l'appelle Faber rusticus (ar- 
tisan rustre): Celui-ci répliqua sur le 
même ton. Se jouant du nom de Gro- 
novius, il le transforme en Grunno- 
viiiSj par allusion au grognement 
des cochons ( grunnitus) ; et par un 
autre jeu de mots , il traite de litivi- 
litia, ou de futilités, les remarques 
du premier sur Tite-Live. Au reste, 
le fi »nd de la dispute fut jugé par le 
public, et même en Hollande, d'une 
manière favorable au savant italien j 



FAB 29 

et l'on n'a jamais appelé de ce juge- 
ment. D'ailleurs Fabretti ne figura 
point dans cette querelle sous son 
nom ; il tâcha de donner le change au 
public sur le véritable auteur- de sa 
brochure : quoiqu'elle fut imprimée à 
Rome, il la data de Naples; il la si- 
gna du nom déguisé de Jasithëus, qui 
n'est que la traduction en grec du nom 
hébraïque de Raphaël. Quelques an- 
nées après, on le vit prendre ce même 
nom pour son nom pastoral ou aca- 
démique, lorsqu'il s'aggrègea à l'aca- 
démie des arcades. Mais Fabretti s'é- 
tait fait, dans cet intervalle, de temps, 
des titres bien plus solides à l'estime 
des savants, par l'excellent ouvrage 
intitulé: Syntagma de columnd Tra- 
jani ( Recueil d'observations sur la 
Colonne trajane ) , Rome , 1 685 , in- 
fol. , auquel étaient joints deux autres 
Opuscules d'un grand intérêt; l'un 
sur un bas-relief qui est maintenant 
dans le Musée du Gapilole à Rome , 
et qui représente en petites figures , 
désignées par des inscriptions grec- 
ques , les événements de la guerre et 
de la prise de Troie, d'après les poè- 
mes d'Homère, de Stésichore, d'Arc- 
tinus, et de Leschès, monument 
connu sous la dénomination de Ta- 
ble iliaque; l'autre sur le canal sou- 
terrain ( emissarium ) , creusé sous 
le règne de l'empereur Claude , pour 
donner un écoulement aux eaux du 
lac Fucinus, ou de Celano , cons- 
truction digne de la grandeur ro- 
maine, et, jusqu'à cette époque, très 
imparfaitement connue. Dans ce der- 
nier opuscule, Fabretti se soutient au 
niveau de la réputation qu'il s'était 
acquise en écrivant sur les aqueducs ; 
mais dans les deux autres, il s'élève 
au plus haut degré où l'on puisse at- 
teindre dans l'archéographie , c'est-à- 
dire, dans cette partie de la science 
des antiquités qui est le plus étroite- 



3o F A B 

ment liée avec les beaux arts, et que 
Ton connaît généralement sous la de- 
nomination à! Antiquité figurée. L'i- 
dée de son travail sur la colonne 
Trajanc lui fut suggérée par les nou- 
velles gravures que Pielro SantiBar- 
toli avait exécutées de ce monument 
admirable , avec ses grâces accoutu- 
mées, mais avec moins de fidélité 
que le graveur plus ancien , dont les 
estampes avaient été publiées avec un 
commentaire latin, par l'Espagnol 
Alphonse Chaccon. Au bas des nou- 
velles gravures, on trouvait de cour- 
tes indications, écrites en italien par 
Bellori, antiquaire pour ainsi dire em- 
pirique, d'une érudition fort superfi- 
cielle, et dépourvu de critique. Fa- 
bretti réfuta plusieurs de ces explica- 
tions , qui lui parurent défectueuses , 
soutint , ou corrigea celles de Chac- 
con, et en ajouta de nouvelles, qui 
sont aussi savantes que lumineuses, 
où les deux guerres des Daces , qui 
font le sujet des bas-reliefs de la 
colonne, une grande partie de l'his- 
toire de Trajan , et une infinité de 
recherches d'archéologie et d'archéo- 
graphie sont exposées avec un juge- 
ment , une doctrine et une clarté qu'on 
n'avait jamais vues dans les ouvrages 
des antiquaires qui avaient parlé avant 
Fabrctti sur les monuments des arts. 
C'est lui qui le premier a su faire un bel 
et grand usage de cette méthode com- 
parative , sans laquelle on ne marche 
dans les labyrinthes de l'antiquité figu- 
rée qu'à une lueur incertaine et trom- 
peuse. Celte méthode, qui est devenue 
le fondement de la science, consiste à 
comparer les images représentées sur 
un monument où elles ne sont pas as- 
sez caractérisées, avec des images sem- 
blables qu'on découvre sur d'autres 
monuments, où l'ensemble du monu- 
ment même et les eircon^tanrcs dans 
lesquelles il a été élevé , les iuscrip- 



FAB 

tions et les accessoires qui accompa- 
gnent ces images , les déterminent et 
les caractérisent d'une mnnière moins 
équivoque. A l'aide de ces comparai* 
sons multipliées, 'a science de l'ar- 
chéographie parvient à un degré de 
certitude mora'e qu'on aurait à peine 
osé espérer; et l'on atteint a la perfec- 
tion de cette méthode , lorsqu'on siit 
employer comme objets de comparai- 
son , non seulement les monuments 
qui existent, mais ceux qui n'existent 
plus que dans les descriptions que 
nous en ont laissées les écrivains de 
l'antiquité. On sent bien que, pour ob- 
tenir une certaine justesse dans les 
comparaisons de ce genre, il faut les 
puiser dans le texte original des au- 
teurs anciens et dans les leçons les 
plus au:hentiques de ces textes, tra- 
vail immense , qui suppose une étude 
profonde, une sûreté de critique et 
un effort de sagacité assez rares mê- 
me parmi les savants. Or cette mé- 
thode fut emplovée pour la première 
fois, et avec les plus heureux résul- 
tats, dans l'ouvrage de Fabretti qui, 
pour la mettre a portée des lecteurs 
les plus étrangers à ce genre de tra- 
vail , inséra , presqu'à chaque page de 
son livre , des dessins grossièrement 
mais fidèlement tracés par lui-même, 
et gravés sur bois , d'un grand nom- 
bre de monuments anciens ou de quel- 
ques-unes de leurs parties. Il fil 
de la même méthode pour l'<xp!lca- 
tion de la Table iliaque , dont l'argu- 
ment mythologique a une grande ana- 
logie avec le sujet historique de la co- 
lonne Trajane , et qui h de plus « et 
avantage que les insci i prions grecques, 
tracées au bas des figures , ne per- 
mettent pas a l'interprète de s'égarer. 
Parmi les monuments sur lesquels 
Fabretti appuie ses preuves ou les 
conjectures, l'on doit n marquer un 
nombre considérable d'inscriptions 






FAB 

ïatines , pour la plupart inédites j et 
à la manière dont il en fait usage , on 
s'aperçoit facilement que la paléogra- 
phie latine, ou, comme on l'appelle 
plus proprement en Italie, l'étude de 
Y antiquité lapidaire, avait fait un 
des objets principaux de ses occupa- 
tions littéraires. Rome, son territoire, 
les villes et les campagnes voisines 
offraient à cette époque un nombre 
immense de ces marbres écrits, et 
souvent ornés de sculptures. Les 
grands recueils d'inscriptions, publiés 
avant Fabretti, n'avaient faiteonnaître 
qu'un certain nombre de monuments 
de ce genre, un nombre beaucoup 
plus grand restait cucore ignoré, né- 
gligé ou caché sous la terre. Fabretti, 
dont les courses dans les campagnes 
pour la recherchedes antiquités étaieut 
presque continuelles , et qui avait cou- 
tume de s'arrêter à la moindre trace 
des restes d'un monument, détenir 
note de ce qu'il voyait, de copier les 
inscriptions, et de dessinera la plume 
tout ce qui lui semblait remarquable _, 
avait tellement enrichi son portefeuille, 
qu'il y trouvait au besoin des preuves 
tirées de monuments inédits , et sou- 
vent ignorés. Cette habitude de s'arrê- 
ter à chaque ruine qu'il rencontrait 
était si constante dans Fabretti, qu'elle 
s'était communiquée à son cheval au- 
quel , pour cette raison , ses amis 
avaient donné, en badinant, le nom 
du voyageur vénitien, Marco Polo. 
Ce cheval, moins sujet à des distrac- 
tions que son maître, s'arrêtait sou- 
vent à la vue d'une inscription ou 
d'un monument épars dans les champs, 
et qui avaient échappé à l'attention de 
l'antiquaire. Les fouilles , qui lui four- 
nissaient encore un grand nombre 
d'inscriptions inédites, étaient heureu- 
sement presque toutes sous sa surveil- 
lance. Le cardinal Carpegna qui , 
comme vicaire du pape, avait la haute 



FAB 3t 

inspection sur les anciens cimetières 
ou catacombes des environs de Rome, 
regardés comme les dépôts des corps 
des martyrs, et connus par les anti- 
quaires sous la dénomination de Home 
souterraine , avait confié à Fabretti la 
direction immédiate de ce département. 
De plus, il lui faisait don des ins- 
criptions que ces fouilles, qui n'étaient 
jamais interrompues, rendaient chaque 
jour à la lumière. Fabretti forma alors 
le projet de décorer sa maison pater- 
nelle de monuments lapidaires; et 
comme ces monuments étaient à un 
prix très modéré, il ne cessa point 
d'en acheter jusqu'à ce qu'il en eut un 
assez grand nombre non seulement 
pour orner sa maison d'Urbin , mais 
aussi sa maison de campagne. Cette 
collection a été le sujet du dernier ou- 
vrage de Fabretti, auquel nous re- 
viendrons après avoir parlé des places 
et des dignités auxquelles il fut élevé , 
et qu'il dut à la faveur des deux suc- 
cesseurs d'Innocent XI, et plus en- 
core à son propre mérite qui lui avait 
concilié leur estime. Le c.irdiual Ot- 
toboni, devenu pape sous le nom d'A- 
lexandre VIII , affectionnait tellement 
le prélat Fabretti qui avait été son au- 
diteur, que peu s'en fallut qu'il ne 
l'enlevât pour toujours à ses occupa- 
tions littéraires. Il le nomma secré- 
taire dé Memoriali, ou des requêtes, 
charge à la cour du pape de la plus 
haute importance, et d'une influence 
générale sur toutes les affaires de l'état 
et de l'église. Pour mieux pouivoir à 
son établissement, il le nomma cha- 
noine de Sainte - Marie Trans - Ti- 
berim, et peu de temps après cha- 
noine de Saint -Pierre. Mais, dans le 
court espace de vingt-un mois,- Alexan- 
dre VIII fut remplacé par Inno- 
cent XII, non moins admirateur de 
Fabretti, et qui sut le placer d'une 
manière plus convenable à ses études, 



FAB 

el sans doute plus agréable pour le 
prélat , dont les manières simples et 
franches devaient paraître un peu 
étrangères à la cour. Il le nomma pré- 
fet des archives secrètes du Chd- 
teau-Saint-Ange , c'est-à-dire , d'un 
trésor de chartes, la plus riehe peut- 
être de toutes les archives diplo- 
matiques qui existent : la garde de ces 
archives a toujours clé confiée à l'un 
des prélats les plus instruits de la cour 
de Rome. Fabretti , content de sa nour 
Telle place, se logea dans le Borgo , 
ou faubourg Saint-Pierre , où il était 
à portée des archives , ainsi que 
de la basilique à laquelle il était attache 
comme chanoine. La maison même 
qu'il loua, bâtie d'après les dessins de 
Êallhasar Peruzzi , était digne du bon 
goûtde l'antiquaire. C'est là qu'il passa 
le reste de sa vie, et qu'il mourut à 
Tàge de quatre-vingt-deux ans, ayant 
toujours conservé sa santé et sa vi- 
gueur, quoique pendant ses trente 
premières années il eût été valétudi- 
naire. Ce ne fut que dans sa vieillesse 
que Fabretti consentit à être sous- 
diacre, mais il ne voulut point être 
ordonné prêtre. Sa maison était le ren- 
dez-vous de tout ce qu'il y avait de 
plus distingué dans la littérature et à 
la cour qui, à cette époque, était 
toute lettrée; c'est là qu'il acheva son 
dernier ouvrage, son grand recueil 
d'inscriptions. Les Gruter, les Rei- 
ncsius , les Spon, et tous ceux qui 
avant lui avaient formé des compila- 
tions du même genre, s'étaient bor- 
nés à donner de ces monuments écrits 
des copies les plus, exactes qu'ils le 
pouvaient, avec l'indication des en- 
droits d'où ils les avaient tirées, et 
presque sans d'autres remarques. Fa- 
bretti survit une autre méthode. L'ob- 
jet apparent de son ouvrage est de 
publier les quatre cent trente inscrip- 
tions qui formaient sa collection , et 



FAB 

qu'il distribue en huit classes et en 
autant de chapities. Il accompagne 
chaque monument de remarques et 
d'explications qu'il appuie sur l'auto- 
rité d'un gland nombre d'inscriptions 
inédites. Les particularités qui de- 
mandent des éclaircis ements plus 
étendus , sont traitées dans des notes 
qui ter/nineutehaque chapitre, et dans 
lesquelles on trouve encore des ins- 
criptions inédites. Le 9". chapitre con- 
tient des inscriptions dans lesquelles 
on lit des noms de familles romaines 
qu'on ne trouve pas dans le Trésor de 
Gruter; (Fabretti en donne plus de 
sept cents qui n'étaient point connus ). 
Enfin le io'. chapitre présente un 
grand nombre d'autres inscriptions 
inédites et remarquables, que Fabretti 
a copiées en différents endroits. Tout 
le recueil ollre plus de quatre mille 
six cents inscriptions, dont la plupart 
paraissent pour la première fois. Quel- 
ques corrections aux inscriptions du 
Trésor de Gruter terminent l'ouvra- 
ge. Les remarques succinctes, mais 
savantes , qui accompagnent chaque 
monument , cl se rattachent les unes 
aux autres par l'analogie des sujets , 
procurent une connaissance intime et 
a peu près complète de la partie de la 
science des antiquités qu'on désigne 
sous le nom de paléographie lapidaire, 
et portent une grande et nouvelle lu- 
mière sur un nombre infini de points 
d'archéologie, de philologie latine, 
d'histoire et de géographie. Ou peut 
dire sans crainte que cet <>u\rage, 
pour lequel Fabretti n'eul point de 
modèle a imiter, est pour la science 
des inscriptions ce que l'on rage de 
Spanheim, De usa et prœttMfUid 
jiumismalum, a été pour celle îles mé- 
dailles, avec cette différence, qui est « 
l'avantage de l'antiquaire italien , que 
celui-ci a laisse bien moins de tantes à 
corriger dans son ouvrage que l'anti- 



FAB 

tfuaire allemand n'en avait lusse' dans 
le sien. Mais l'ouvrage de Spanheim 
a sur celui de Fabretti l'avantage du 
plan , qui embrasse sous une vue gé- 
nérale tous les rapports sous lesquels 
la numismatique peut être utile aux 
autres branches des connaissances hu- 
maines; Fabretti, au contraire, ré- 
pand ses trésors suivant les occasions 
que les monuments qu'il explique 
lui présentent. Quand on ne fait pas 
une lecture suivie de cet ouvrage , on 
ne sait où chercher les renseignements 
qu'on désire; la pauvreté de la table 
générale rend encore ce défaut plus 
sensible. L'antiquaire d'Urbin publia 
son recueil en 1699, et ^ cn s0 'g na 
lui-même l'édition , de manière qu'on 
peut dire qu'il a pris sur lui jusqu'au 
travail matériel de la typographie. En 
effet, la moindre faute aurait déparé 
un ouvrage de ce genre. A peine fut- 
il publié , qu'il réunit les suffrages de 
tous les savants d'Europe qui étaient 
capables d'en apprécier le mérite ; et 
si E!ie Benoit en a jugé autrement, 
sa critique ne prouve que la mesure 
trop rétrécie de ses connaissances phi- 
lologiques; et peut-être sa partialité 
pour Gronovius , dont la patrie lui 
avait offert un asyle. Tout antiquaire 
qui, dans le cours du 18* siècle, a 
publié des ouvrages sur les inscrip- 
tions latines , est resté bien au-des- 
sous de Fabretti, et même le marquis 
Maffei qui a prétendu donner un Art 
critique lapidaire. Un seul homme , 
et il est encore vivant , qui a rempli à 
Rome la même place de préfet des ar- 
chives ( le prélat Gaetano Marini) , a 
montré dans ses ouvrages paléogra- 
phiques , et notamment dans le recueil 
des Actes des frères Arvales , jus- 
qu'à quel degré d'intérêt l'érudition 
et la sagacité de la critique réunies 
pouvaient élever l'élude des inscrip- 
tions latines. Fabretti mourut à Rome 
xiv. 



FAB :>:» 

d'une maladie aiguë, peu de mois 
après avoir publié cet ouvrage , le 7 
janvier 1700. Ses parents, d'après 
son testament, déposèrent ses restes 
dans l'église de Sainte-Marie , dite 
délia Minerva , dans le même tom- 
beau où les cendres de son frère 
Etienne reposaient depuis long-temps. 
Son monument fut décoré de son 
buste exécuté par Camille Rusconi, 
statuaire italien le plus habite de son 
temps. On l'y voit encore à l'entrée de 
la petite nef du côté gauche. Outre les 
ouvrages de Fabretti dont nous avons 
parlé dans le cours de cet article , ii 
esta remarquer qu'un Mémoire écrit 
par lui en Italien , et contenant des 
corrections de l'ouvrage du P. Kircher 
sur la topographie du Latium, acte 
imprimé, après sa mort, dans le 11°. 
volume des Dissertations de V Aca- 
démie de Corlone; que des Lettres 
sur plusieurs sujets d'érudition ont 
été insérées dans d'autres ouvrages : 
par exemple, sa Lettre sur la Lex 
regia, dans l'ouvrage de Gravina 
De origine juris ; une autre sur 
une inscription, dans le Journal des 
Savants, 1691 , 17 décemb. ; quel- 
ques Sonnets italiens dans les ouvra- 
ges de Crescimbeni; que ses Obser- 
vations sur l'âge d'un manuscrit de la 
Bible, très ancien, et appartenant à 
la bibliothèque des moines de Saint- 
Paul , à Rome, communiquées à quel- 
ques amis (Cmmp'm, tom.I,pag. 1 55), 
n'ont jamais vu le jour; et qu'enfin 
c'est une erreur de croire, avec les bi- 
bliographes les plus récents , que le 
Syntagma de columnd Trajani, etc., 
et les Inscriptions aient été réimpri- 
mées; il y a bien des exemplaires de 
ces deux ouvrages qui ont une date et 
un frontispice différents ; mais là se 
borne toute la diversité ( Voy. Fonta- 
nini , délia eloq. itaiiana , tom. I , 
pag. 1 ij* ; de l'édition d'Ap. Zeno). Une 



54 FAB 

autre erreur a été commise dans l'arti- 
cle Fabretti du Dictionnaire histori- 
que, par MM. Chaudou et Dclandinc. 
On y avance que le jésuite Etienne Fa- 
bretti, d'Urbm, dont nous avons un 
recueil de poésies latines publiées à 
Paris, Tan 1 74? » in-8°. ? était frère 
de Raphaël. Ce jésuite, issu peut-être 
de la même f «mille que l'antiquaire, 
vivait à Lyon à l'époque où ses poé- 
sies furent publiées , comme on peut 
s'en convaincre en examinant cet ou- 
vrage. Un homme versé daus la lec- 
ture habituelle des auteurs et des mar- 
bres écrits de l'antiquité ne pouvait 
manquer d'avoir du goût pour la com- 
position d'inscriptions latines. On en 
voit encore deux de lui sur les monu- 
ments publics de Rome; l'une a rap- 
port à l'alignement de la rue du Cours 
( via del Corso ) , ordonné par 
Alexandre VII; elle est placée vis-à- 
vis le palais du prince Ottoboni ; l'au- 
tre est sur la façade de la grande fon- 
taine de l'eau Pauline, au haut du 
Janicule. Elle a rapport aux restaura- 
tions de cette fontaine, ordonnées par 
Alexandre VITI. On doit aussi à Fa- 
bretti les légendes de quelques mé- 
dailles d'Innocent XI , d'Alexandre 
"VIII et d'Innocent XII , indiquées 
daus la vie de cet antiquaire, que Do- 
minique Riviera ( depuis cardinal), 
son compatriote , son ami et son suc- 
cesseur daus la surintendance des ar- 
chives secictes , écrivit en italien, et 
inséra dans le recueil de Crcscimbeni , 
intitulé : Vite degli Arcadi illustri. 
L'abbé Marolti a écrit en latin une 
vie de Fabretti , qu'on trouve dans le 
sixième volume de la collection qui a 
pour titre : Vitœ illustrium Italo- 
rum, par Ange Fabroni. Il faut ajou- 
ter à cet article que le cardinal Stop- 
pani, qui gouverna Urbin sous Be- 
noît XIV, jaloux de conserver à la 
patrie de Fabretti les inscriptions et 



FAB 

les monuments qu'il avait réunis et 
rendus célèbres , acquit cette collec- 
tion de ses héritiers, et la fit placer 
dans le palais ducal de la même ville. 
V— i. 
FAB RI (Jean), de l'ordre de 
St. Benoît et évêque de Chartres, né 
à Paris, d'autres disent à Douai, 
dans le quatorzième siècle, fit ses 
études dans la première de ces vil- 
les, et y fut reçu docteur en droit 
canon. Se croyant appelé à l'état reli- 
gieux , il prit l'habit de Bénédictin à 
l'abbaye de St. Waast dans la ville 
d'Arras , y fit profession et en devint 
prévôt. Il joignait à de hautes con- 
naissances dans le droit canonique et 
à un beau talent pour la prédication , 
une grande pureté de mœurs, une vie 
régulière et beaucoup d'habileté dans 
les affaires. Sa réputation et son mé- 
rite le firent élire, en 1 067 , abbé de 
Tournus, diocèse de Mâcon. Trois ans 
après, l'abbaye de St. Waast ayant 
vaqué, ses confrères lerappeh rentetle 
choisirent pour leur abbé. Si c'était 
un honneur pour Fabri , c'était aussi, 
dans la circonstance, un firdeau pé- 
nible. Les temps étaient difficiles ; les 
Anglais venaient de brûler le faubourg 
d'Arras, et l'abbaye de St. Waast avait 
beaucoup souffert. Fabri éprouva un 
autre malheur en 1^77; la foudre 
tomba sur l'église de f abbaye, et cet 
édifice fut entièrement consumé. Fabri 
sut faire face à tous ces accidents , et 
gouvernait avec tant de sagesse, que 
le roi Charles V, instruit de sa capa- 
cité, l'admit dans son conseil, (t se 
servit de lui dans beaucoup d'affaires. 
11 le députa vers le pape Grégoire XI 
en IJ76, et Fabri eut l'honneur de 
haranguer le pontife au nom du roi. 
Clément VII (Robert de Genève \ élu 
pape par une partie des ordinaux et 
reconnu par la France, nomma Fabri 
éyêque de Chartres, en 1579. Eu 



*58i , Charles VI l'envoya au duc 
de Bretagne pour traiter de la paix. 
Devenu chancelier de Louis , duc 
d'Anjou , roi de Sicile , vers le même 
temps , il fut employé par ce prince 
dans différentes négociations , depuis 
ï38i jusqu'en i588. Il mourut à 
Avignon, en 1^90, et fut enterré 
dans l'église du collège de St. Martial, 
occupé par des bénédictins , ordre de 
Cl uni ; l'on y voyait son «épitaphe 
avant la révolution, écrite en vers 
latins. Par son testament , Fabri fit 
l'évêque de Chartres son héritier. Dé- 
fenseur zélé de Clément Vil , il en fut 
honoré de divers emplois. Il est au- 
teur des ouvrages suivants : I. Un 
livre intitulé : Du Gémissement des 
gens de bien à l'occasion du schisme. 
C'est une réponse à un ouvrage de 
Jean de Lignario, composé en faveur 
d'Urbain V, pape , antagoniste de 
Clément, avec ce titre : Vu Gémis- 
sement de l'Eglise. Cet ouvrage de 
Fabri , inédit , se trouve parmi les 
manuscrits provenus delà bibliothèque 
deColbert. C'est un dialogue entre un 
docteur de Bologne et un docteur de 
Paris , dans lequei ils discutent les 
droits des deux pontifes ; 1T. Un 
Traité latin , adressé au comte de 
Flandre, en forme de plainte de ce 
qui s'est passé en France. Du Boulay 
l'a conservé dans son Histoire de 
l'université de Paris; [\l.XJ 11 Journal, 
ou Récit historique de toutes les af- 
faires auxquelles Fabri a pris part 
depuis 1 58 1 jusqu'en i588. Il n'a 
point été imprimé; IV. Les grandes 
Chroniques duhainaut, depuis Phi- 
lippe -le- Conquérant jusqu'à Charles 
VI, 3 vol. in-8°. , manuscrit con- 
servé à la bibliothèque du Roi ; V. Un 
Traité pour prouver que St. Pierre a 
souffert à Rome , sous Néron. 

L— Y. 
FABRI. T. Peiresc. 



FAB 55 

FABRI ( Honore) , jésuite, naquit 
vers l'an 1607 , dans le Bugey, dio- 
cèse de Belley. Il professa la philoso- 
phie à Lyon , dans le collège de la 
Trinité, pendant un assez grand nom- 
bre d'années, fut ensuite appelé à 
Rome pour y remplir les fonctions 
de grand pénitencier, et mourut dans 
cette Ville le 9 mars i6< w 8. Fabri fut 
doué d'une activité et d'une ardeur 
prodigieuse au travail. 11 se livra à 
tous les genres d'étude, et son esprit 
s'v prêtait avec la plus grande faci- 
lité. Mais trop tôt distingué et prôné 
dans le monde savant , sa douceur et 
sa modestie firent bientôt place à un 
amour-propre qui étouffa le germe de 
ses talents. Il criit tout savoir parce 
qu'il avait tout entrepris , sans avoir 
eu le temps de rien aprolondir; et 
celui qui aurait pu être l'un des plus 
beaux ornements de son siècle, n'a 
laissé dans l'histoire de sa vie que les 
traces de la vanité d'un homme qui 
méconnut ses forces. La théologie , 
les sciences et les lettres trouvèrent 
dans Fabri un champion toujours prêt 
à combattre les doctrines nouvelles. 
Une foule d'écrits sont sortis de sa 
plume ; mais la plupart sont morts 
avec les circonstances qui les avaient 
fait naître. Quoiqu'il ne soit rien resté 
de lui dans l'histoire des connaissances 
humaines , nous allons néanmoins in- 
diquer ce qu'il a fait de plus remar- 
quable. Il est auteur des remarques 
sur les notes dont Nicole accompagna 
les Lettres au Provincial ; elles ont 
paru sous le nom de Bernard Stu- 
Î3rock, et sous le titre de Notœ in 
notas Willélmi IFendrokii ( Wen- 
drock est le nom sous lequel Nicole 
s'était caché ). Ces remarques se re- 
trouvent encore avec plusieurs autres 
pièces de Fabri dans 1 1 grande Apo- 
logie de la doctrine morale de la 
Société de Jésus ? imprimée à Colo- 



56 FAB 

gne, en 1672. On a encore de lui : 
1. Physica, seurerum corporearum 
scientia, imprime à Paris et à Lyon , 
6 vol. II. Opusculum geometricuni 
delined sinuum, et cjcloide. III. 
Un petit imité sur les lois du choe 
des corps et de la communication 
du mouvement. Le premier ouvrage 
n'offre plus aucun intérêt pour la 
science; le second atteste quelques 
connaissances en géométrie , mais fai- 
bles encore, puisque l'auteur n'y 
aborde pas les problèmes difficiles que 
le titre de l'opuscule semble promet- 
tre; le troisième , enfin, est entière- 
ment condamné par l'expérience et la 
saine physique : il est vrai que Des- 
cartes avait déjà échoué sur le même 
sujet. Huygens avait expliqué les di- 
verses apparences de l'anneau de Sa- 
turne , et tous les astronomes avaient 
applaudi à son explication simple et 
évidente : Fabri seul osa s'élever con- 
tre elle dans un écrit assez aigre qu'il 
publia sous le nom à'Eustache de Di- 
vinis , et sous ce titre : Brevis annot. 
in Salurn. C. I/ugejiii , Rome , 1 66 
pag. ; il y propose un autre système 
d'explication , auquel Huygens répli- 
qua avec la douceur et la confiance 
que lui donnait la bonté de sa cause. 
Fabri convaincu se repentit de son 
attaque inconsidérée : il fut assez de 
bonne foi pour reconnaître son er- 
reur , et assez juste pour en faire une 
réparation, en déclarant qu'il joignait 
son consentement à l'applaudissement 
général. Fabri eut une part très active 
dans la guerre qui, de son temps, 
éclata entre les philosophes , au sujet 
du mouvement de la terre. En qualité 
de grand pénitencier de Rome , il 
donna une déclaration concernant 
le système de Copernic. Elle parut 
aussi sous le nom à'Eustache de Di- 
vinis , et portait en substance que 
l'E^lUe était autorisée à maiutcuir sa 



FAB 

décision , tant qu'on n'aurait aucune 
démonstration du mouvement de la 
terre, que lorsqu'on en aurait trouvé 
une, alors elle ne ferait aucune diffi- 
culté de déclarer qu'on peut entendre 
dans un sens figuré les passages de 
l'Ecriture, contraires au mouvement 
de la terre. Y eut-il jamais rien de 
plus mal-adroit et de plus imprudent 
que cette déclaration? Pourquoi faiie 
intervenir l'autorité de l'Eglise dans 
une querelle philosophique? Si la vé- 
rité est une et immuable , s'il est au- 
jourd'hui de foi qu'il faut prendreà la 
lettre les passages de l'Ecriture, par 
quel pouvoir extraordinaire le saint- 
office se réservait-il de déclarer un 
jour qu'on pourrait les entendre dans 
un sens figuré? Ce jugement provi- 
soire était au moins inutile ; rien ne 
le sollicitait, ni ne le rendait nécessaire. 
Fabri aurait du laisser au temps et à 
l'astronomie le soin de décider la 
question , et il n'aurait pas été res- 
ponsable de la faute d'avoir compro- 
mis l'autorité du tribunal qu'il prési- 
dait. Le Père Fabri a laissé onze vol. 
in-4". de manuscrits qui contiennent 
des notes sur Y Histoire naturelle de 
Pline, plusieurs Apologies, des Pa- 
rallèles littéraires, des Aphorismes, 
etc.; il a aussi écrit sur la médecine , 
et en particulier sur le Quinquina 
dont il a fait une apologie. On pré- 
tend qu'il a enseigné la circulation du 
sang avant que le célèbre Harvey , à 
qui l'on fait l'honneur de cette décou- 
verte, eut rien écrit sur cet objet; il 
avait la manie de ne jamais paraître à 
découvert dans ses écrits , et la poussa 
même jusqu'à emprunter des noms 
connus. Enfin , sa constanceà attaquer 
ou à défendre loutcequilui offrait 
l'occasion de faire quelque bruit, lui 
avait fait donner par quelques auteurs 
le surnom d' Avocat des causes per- 
dues. N — t. 



J 



FAB 

F ABRI ( Jean - Rodolphe ) , ne à 

Genève , expliquait, en 1612 , les 

tnstitutes de Justinien aux élèves qui 

n'étaient pas en état de suivre les 



cours de l'académie ; il professait les 
mathématiques en i632, et mourut 
vers iG5o, dans un âge avancé. Les 
ouvrages qu'il a laissés prouvent qu'il 
avait des connaissances assez éten- 
dues pour l'époque où il vivait, mais 
on ne les consulte plus depuis long- 
temps. On citera les principaux : 
I. Tolius logicœ peripateticce corpus, 
Genève, i&io , in- 4 .; II. Cursus 
physicus, ibid. , îGsS , in-8 .; III. 
Clavis jurisprudentiœ seu explicatio 
institutionum Justiniani, Grenoble, 
1 658, in- 4°. î IV. Systema triplex 
juris civilis , criminalls , canonici et 
feudalis , Genève , i643, in-fol. — 
— Fabri ( Gabriel ) , né à Genève , 
j 606 , fut aggrégé à la compagnie 
des pasteurs de cette ville , et mourut 
eu 17 m. On a de lui un Recueil 
de tous les miracles contenus dans 
le vieux et le nouveau Testament , 
Genève , 1 704 , in- 8°.; des Sermons , 
17 «3, 2 vol.in-8°. W — s. 

FABRI ( Alexandre ) , né en 
1691, à Castel-S.-Pietro , diocèse de 
Bologne, après avoir fait de bonnes 
études chez, les Jésuites de celte ville, 
entra dans la carrière du notariat ; 
mais la culture des lettres fut toujours 
ce qui l'occupa le plus. Il se forma un 
style élégant et facile en latin et en 
italien , par l'étude assidue des meil- 
burs auteurs dans ces deux langues. Il 
était de plusieurs académies , et y ré- 
cita souvent, avec le plus grand suc- 
cès, et des discours publics, et des 
vers de sa composition. En 1 ySi , il 
fut nommé , par le sénat , adjoint au 
secrétaire-d'état, ou chancelier de la 
république, place qu'il remplit avec 
distinction jusqu'en 1762; alors, 
devenu vieux et infirme, il demanda 



FAB 07 

sa retraite, et en obtint une hono- 
rable en conservant tous les appoin- 
tements et tous les privilèges de sa 
charge. 11 mourut le 21 juin 1768, 
universellement regretté de ses conci- 
toyens , dont la pureté de ses mœurs, 
la douceur de son commerce et son 
extrême désintéressement lui avaient 
mérité l'estime. Il laissa plusieurs ou- 
vrages, tant imprimés que manuscrits : 
I. Un Discours prononcé à la récep- 
tion d'un gonjalonier de Bologne, 
et un autre adressé aux élèves de 
peinture, sculpture et architecture 
de V académie élémentaire, imprimés 
d'abord à part , et ensuite dans le 
Recueil intitulé : Orazioni degliaca- 
demici Gelati , chez Lelio dalla 
Vo'.pe, 1755, u>4°.j II. Quelques 
Lettres familières parmi celles à 1 Al- 
cuni Bolognesi del nostro secolo, 
données par le même libraire, i 744r 
in-4°., et un grand nombre d'odes 
ou de canzoni et de sonnets épars 
dans plusieurs Recueils. Ses ouvrages 
inédits sont principalement des tra- 
ductions italiennes , parmi lesquelles 
on remarque celles de trois comédies 
de Térence, XAndrienne, Y Eunuque 
et Y Heautontimorumenos ; des tra- 
ductions en bolonnais de quelques 
chants de l'Arioste et de quatre li- 
vres de Virgile , etc. Parmi les son- 
nets imprimés de Fabri, il s'en trouve 
un qui donna lieu à un bref assez 
curieux de ce pape Benoît XIV, 
célèbre par ses réparties spirituelles 
et ses bous mots , non moins que par 
ses grandes qualités et par la sagesse 
de son pontificat. Lamberlini était de 
Bologne; lors de son élection, il était 
archevêque de cette métropole ; en. 
quittant Bologne, il fit à l'Institut le 
don de sa propre bibliothèque, et y 
ajouta beaucoup d'autres livres , qu'il 
acheta dans ce dessein. Le sénat , pour 
lui témoigner sa reconnaissance , fit 



58 



FAB 



ériger à Benoît XIV une statue dans 
l'Institut même. L'ambassadeur bolo- 
nais, charge de faire part au S. Tère 
de cet hommage, lui offrit en même- 
temps un sonnet de la composition de 
Fabn. Le pape les en remercia par 
ce bref, écrit en italien, à l'exception 
du titre ■ Dilecti fîHi salutem et apos- 
tolicnm benedictionem. « L'ambas- 
» sadeur de notre p trie s'étant rendu 
» ce matin à notre audience, nous a 
» présente votre lettre du n du cou- 
» rant, et en même -temps uu son- 
» net fait par le secrétaire Fabri. 
» Qu'il me soit permis, en passant, 
y* d'observer qu'il est malheureux de 
» n'être pas né au temps de Jules III 
» qui, ayant vu une épigrammeque le 
r> Coramendone , alors très jeune , avait 
» faite ( Voyez Commendon ) , en 
v conclut que celui qui avait versifié 
-» ainsi , ne pouvait que très bien 
y> penser, ce qui l'engagea à l'em- 
v ployer et à le faire entrer, avec le 
» temps, dans cette glorieuse car- 
t> rière qui a rendu son nom célèbre 
y> dans l'histoire de l'église. Tel est 
» précisément le mérite du secrétaire 
» Fabri , et nous en avons eu beau- 
D coup d'autres preuves qui nous 
» portent à le recommander avec le 
■» plus grand intérêt à vos seigneu- 
» ries. L'ambassadeur n'a pas manqué 
x ensuite d'accompagner des expres- 
» sions les plus convenables lés senti- 
» mentsdont est remplie la lettre iufi- 
y> niment honnête que vous nous avez 
» écrite; et, pour y répondre direc- 
» tement, nous vous dirons que si 
» Ton érige des statues pour le désjr 
» que l'original peut avoir de foire le 
» bien, nous croyons, sans jactance, 
» en mériter au moins une dins 
» chique ville de nos états , et une 
» dan>. chaque rue de Home et de 
» Bologne; mais si on n'en érige que 
* pour le bien que l'original a fait, 



FAB 

» nous nous reconnaissons , à parler 
» sincèrement , tout-à-fait indignes de 
» celle qui a été érigée dans l'institut. 
» Cela ne nous dispense pas de rendre 
» à vos seigneuries les grâces que 
» nous leur d"vons, cela ajoute même 
» encore à ce devoir; et en raêrne- 
» temps que nous le remplissons , 
t» nous vous donnons à tous , avec 
» plénitude de cœur, notre bénédic- 
» tion apostolique. » Datum Homœ, 
etc., i4 julii 1745* pontificalûs 
nostri anno V. Celte lettre est rap- 
portée dans le vol. 2 des Lettres , 
Brefs, Bulles, etc. de Benoît XI V, 
imprimé à Bologne , 1 751. G — e. 

FABRI (Dominique), né à Po- 
logne, comme le précédent, mais, à 
ce qu'il paraît, d'une autre famille, 
fit comme lui ses études au collège 
des Jésuites. Reçu, en 1727, docteur 
en philosophie, il fut nommé par le 
sénat , sans concours et à l'unanimité 
des voix, professeur de belftlettres. 
Sou école fut une des plus iluris- 
santes qu'on eut vues depuis long- 
temps à Bologne. Il joignait à une 
vaste érudition et au talent d'écrire 
élégamment dans les deux langues, 
des connaissances bibliographiques 
très étendues. C'est ce qui le fit cl 
pour bibliothécaire en second de la 
riche bibliothèque donnée à l'institut 
par le pape Benoît XIV; mais il ne 
remplit pas long-lemps ceite pi 
convenable à ses talents et à s*»s goûts ; 
il tomba tout-à-coup dans une mélan- 
colie profonde et dans une aliénation 
d'esprit qui le porta plus d'une fois 
à vouloir se donner la mort. On l'en 
empêcha, mais on ne put le guérir; 
ii passa le reste de ses jours dans une 
situation déplorable, presque toujours 
au ht et toujours hors de son bou 
Sens. Il mourut enfin le 20 septembre 
1761 , à l'âge de cinquante-un ans. 
On a de lui : I. Un Discours latin f 



FAB 

prononcé à l'ouverture des études, 
en i75o, et dédié au sénat de Bo- 
logne, in-4°.; II* Trois Discours ita- 
liens, imprimés dans le Recueil des 
Orazioni degli academici Gelati, 
Bologne, Lelio dalla Volpe, 1 753, 
in-4 ., l'un prononcé dans cette aca- 
démie, dont il était membre, lors de 
l'exaltation de Benoît XIV au souve- 
rain pontificat, le 6 janvier 174»? ' cs 
deux autres sur la Passion de J.-C. 
et sur l'Immaculée Conception; Ilf. 
Sémiramis , Tragédie de M. de Vol- 
taire , traduite en vers , imprimée 
dans le tome III du Choix des meil- 
leures Tragédies françaises , tra- 
duites en vers italiens non rimes 
( Sciolti), Liège, 1 7685 IV. Plusieurs 
Lettres , parmi celles de quelques Bo- 
lonais du 1 8 e . siècle , Bologne ,1744? 
2 vol.; V. Beaucoup de Sonnets et de 
Canzoni, pour des mariages, des 
rises d'habit, etc., imprimés dans 
es Recueils du temps, et un assez 
grand nombre de Poésies du même 
genre , insérées dans le Recueil d'A- 
gostino Gobbi. G — e. 

FABRICE ou FABRIZIO (Jé- 
rôme), surnommé à'Àcquapendente , 
parce qu'il vint au monde dans cette 
ville épiscopale d'Italie , en 1 537. Ses 
parents, peu fortunés, voulurent ce- 
pendant donner à leur fils une édu- 
cation excellente. Ils renvoyèrent à 
Padoue, et le jeune Fabrice y trouva 
bientôt des protecteurs puissants qui 
se complurent à cultiver ses heureuses 
dispositions. Après avoir achevé sa 
philosophie , la médecine devint l'ob- 
jet spécial de ses études. Il eut pour 
guide, dans cette carrière, l'illustre 
Fallope, dont il fut le plus célèbre 
disciple et le digne successeur. En 
effet , ce savant professeur à l'univer- 
sité de Padoue étant mort en i5f3a, 
fabrice, âgé de vingt-cinq ans, fut 
4^l)Oid désigné pour faire simple* 



l 



FAB 3 9 

ment les démonstrations anatomiques. 
11 remplit ces fonctions avec un 
talent si supérieur, qu'il fut solen- 
nellement choisi, en i565, pour 
occuper la chaire de chirurgie; celle 
d'anatomie, qui jusqu'alors n'en avait 
guère été considérée que comme une 
dépendance, et, pour ainsi dire, uu 
accessoire , fut déclarée primaire en 
faveur de Fabrice , auquel on assigna 
des appointements considérables, et 
en quelque sorte prodigieux. A ces 
récompenses pécuniaires , les séna- 
teurs de Venise joignirent les plus 
brillantes dignités. Ils accordèrent à 
Fabrice des privilèges non moins abu- 
sifs que flatteurs , lui décernèrent la 
préséance sur les professeurs de phi- 
losophie , le nommèrent citoyen de 
Padoue, lui érigèrent une statue, le 
gratifièrent d'une chaîne d'or, le dé- 
corèrent du titre de chevalier de St.- 
Marc , firent constf'uire pour ses le- 
çons un superbe théâtre anatomique , 
lui assignèrent une retraite infini- 
ment honorable , avec le droit de choi- 
sir lui- même son suppléant. Fabrice 
exerçait sa profession avec beaucoup 
de noblesse et un rare désintéresse- 
ment. Les personnes d'un rang élevé 
qui lui devaient le rétablissement de 
leur santé remplaçaient par de riches 
présents le salaire que refusait ce mé- 
decin généreux. Fabrice rassembla ces 
présents dans un cabinet, sur la porte 
duquel il fit inscrire : Lucri neglecti 
lucrum. Il possédait une belle maison 
de campagne , située sur les bords 
charmants de la Brenta , et que l'on 
désigne encore parfois sous le nom de 
la Montagnuola d J 'Acquapendenle. 
C'est-là que , sain de corps et d'es- 
prit, comblé de richesses, générale- 
ment estimé, entouré d'une réputation 
éclatante , il se proposait de couler 
une heureuse vieillesse. Ses espéran- 
ces furent cruellement déçues; son 



/,o F AU 

repos fut trouble par l'envie et par la 
plus noire ingratitude. On assure qu'il 
fut obligé d'employer le fer à d'autres 
usages qu'aux dissections et aux ope- 
rations chirurgicales. Des parents sur 
lesquels il n'avait cesse de répandre 
des bienfaits, trahirent indignement 
sa confiance , et furent même soup- 
çonnés d'avoir abrège' ses jours par 
le poison. Il e'iait parvenu à Page de 
quatre-vingt-deux ans, lorsqu'il périt 
presque tout à coup, au milieu dc^ vo- 
missements, le 21 mai 1619, laissant 
à sa nièce une fortune de deux cent 
mille ducats, et à la république litté- 
raire des ouvrages imrnoitels. I. De 
visione .voce , audilu, Venise, 1600, 
in-fol. fig., Padoue, i6o5; Franc- 
fort, i6o5, 161 5. ïï. De formata 
fœtu liber, Venise , 1600 , in-fol. fig. 
ibid. 1620. Dans cet ouvrage impor- 
tant, l'anatornie de l'homme est éclai- 
rée par celle des animaux. III. De 
venarum ostiolis , Padoue, i6o3, 
in-fol. fig. ibid. 1625. L'auteur trace 
en peu de mots, et avec candeur, sa 
découverte des valvules situées à l'in- 
térieur des veines. Haller, toujours 
savant, mais par fois injuste , notam- 
ment à l'égard de Fabrice, et pour 
des motifs qu'il serait presque hon- 
teux de révéler, Haller cherche à 
dépouiller le professeur de Padoue 
en faveur de Jean-Baptiste Canani , 
qui avait, dit-on, aperçu en 1 54" les 
valvules de la veine azygos. D'autres 
soutiennent qu'il devait à Paul Sarpi 
la connaissance de ces ostioles; la plu- 
part s'accordent à dire qu'il n'avait 
aucune notion surleur utilité: cepen- 
dant il répète à plusieurs reprises 
qu'elles sont destinées à modérer l'im- 
pétuosité du sang, et qu'elles dimi- 
nuent la fréquence des varices. Faut- 
il en conclure <pie Fabrice a démontré 
les lois de la circulation , ainsi que 
certains enthousiastes l'ont prétendu'.' 



FAB 

Non, sans doute; mais il estégalemant 
injuste d'affirmer qu'il a complètement 
ignoré la destination des valvules vei- 
neuses. IV. De locutione et ejus ms- 
trumentis , Venise, i6o5 , in-4". fig. 
Ou raconte que l'auteur vit en un jour 
de l'année 1 588 tous les Allemands 
déserter son écoie, puce qu'il avait 
tourné en ridicule leur manière de 
prononcer. V. Debrulorum loqudd, 
Padoue, i(io5 , in-for; ibid i6a5. 
Bien que cet opuscule ne manque pas 
d'intérêt, ou n'y cherchera point sans 
doute les mêmes agréments que dans 
celui de Bougeant : l'un est une dis- 
sertation physiologico-grammalicale, 
l'autre un amusement philosophique. 
V!. De musculi artificio ac ossium 
dearticulationibiis , V icence , 1 6 1 4, 
in-4". VII. De motu locali anima- 
hum secundàm tolum , Padoue , 
1618, in-4". Ces deux ouvrages for- 
ment un traité de dynamique animale. 
L'auteur examine et décrit avec un 
soin scrupuleux la marche de l'homme, 
la course des quadrupèdes, le vol des 
oiseaux, le rarapement des serpents, 
la natation des poissons. VI 11. De 
respiratione etejus inslrumentis libri 
duo , Padone, iGi5, in-4°. IX. De 
fuld, venlriculo , inteslinis , Padoue, 
i(ji8, in-4 . De totius animalis in- 
tegumentis , Padoue , 1 fj 1 8 , in-4". ï jQ 
réunion de ces fragments divers forme 
une collection précieuse, imprimée par 
les soins et avec une préface de Jean 
Bohn, sous ce titre : Opéra omnia 
anatomica et phjsiologica , hacte- 
71ÙS variis locis ac formis édita > 
nutic verb cerlo ordine digesla , et 
in unum volumen redacta, Leipzig, 
1687 . in-fol. fig. Un préfère l'édition 
donnée à Leydc, en 1708, dans le 
même format et avec le même titre, 
par Bernard -Sifroy Albinus , oui a 
joint la vie de l'.iuteur, et rétabli les 
préfaces particulières que Behn avait 



FAB 

mal à propos supprimées. Les leçons 
chirurgicales de Fabrice, suivies par 
nue foule d'auditeurs de toutes les 
nations , furent avidement recueillies 
et publiées d'abord par Jean Hart- 
mann Beycr, sous le titre de Penta- 
teuchus chirurgicus, Francfort, 1 692, 
in-8'., ibid. 1OU4. L'auteur, mécon- 
tent de cette édition défectueuse, en 
donna lui-même une plus complète à 
Padoue , en 1617, in-fol. fig. Il serait 
aussi superflu que fastidieux d'énumé- 
rer les réimpressions nombreuses qui 
se succédèrent avec rapidité; il suffira 
de dire qu'une des plus estimées est 
la vingt-cinquième, intitulée : Opéra 
chirurgica , in pentateuchum et ope- 
rationes chirurgiens clistincla, Pa- 
doue, 1666, in-fol. fig. , précédée 
d'une courte notice biographique, ex- 
traite de Tomasini. Parmi les versions 
multipliées de ce traité chirurgical, on 
en remarque une italienne , due à Se- 
vciïuo, Padoue, 1672 , in-fol.; deux 
allemandes, la première par Uffen- 
bach , Francfort, i6o5; la seconde 
par Scultet, Nuremberg, 1672; plu- 
sieurs françaises, Rouen, i658 , 
Lyon, 1670, etc. Tous les écrits de 
Fabrice sont véritablement classiques, 
et justifient pleinement leur grande re- 
nommée. Si l'auteur n'a commencé 
que tard à les publier, c'est qu'il vou- 
lait leur donner la perfection néces- 
saire , et l'on est étrangement surpris 
de voir Corning attribuer ce louable 
délai à la faiblesse de Fabrizio dans la 
littérature latine , faiblesse qui, selon 
le critique allemand , est fort com- 
mune chez les Italiens. Ceux qui li- 
ront attentivement les œuvres de ce 
professeur illustre, trouveront su con- 
traire son style pur, et mêmeélégant; 
i's s'apercevront aussi que la langue 
d'Ilippocrate ne lui était pas moins 
familière que celle de Gelse; enfin ils 
•dameront la régularité du plan qu'il 



FAB 4* 

a suivi , la méthode claire et lumi- 
neuse dont il ne s'est jamais écarté. 
On a reproché à ce grand chirurgien 
trop de timidité dans l'exercice de son 
art, et pourtant nous le voyons prati- 
quer et perfectionner le trépan, em- 
ployer avec autant de hardiesse que 
de talent le bistouri, l'aiguille, le 
trois quarts , la rugine et même le fer 
rouge , quoi qu'en dise Severino. Hal- 
ler qui, certes, ne le juge pas avec 
bienveillance , est forcé de lui rendre 
justice sur ces divers points. La place 
que doit occuper Fabrice d'Acqua- 
pendente est aujourd'hui irrévocable- 
ment fixée. Regardé , à juste titre , 
comme un des plus beaux ornements 
de l'université de Padoue , il est rangé 
parmi les bons écrivains, les plus fa- 
meux anatomistes et les plus célèbres 
chirurgiens du 16 e . siècle. C. 

FABRICE ou FABRI de HILDEN 
(Guillaume) , ainsi nommé d'un vil- 
lage près Cologne , où il naquit le 25 
juin i56o, est encore fréquemment 
designé sous la dénomination latine 
de Fabricius Hildanus. Apres avoir 
fait ses premières études à Cologne , 
il se rendit à Lausanne en i 586 , pour 
y suivre les leçons et la pratique du 
très habile chirurgien Jean Griffon. 
Les progrès du jeune disciple lurent 
aussi rapides qu'éclatants; bientôt ii 
fut en état de voler de ses propres ai- 
les , et obtint des succès que lui-même 
n'avait osé espérer. Il voyagea en Al- 
lemagne et en Fiante , puis revint 
exercer sa profession à Lausanne, 
ensuite à Païerne où il resta neuf an- 
nées. Les magistrats de Berne le nom- 
mèrent, en i6j 4, médecin-chirurgien 
et citoyen de leur ville; Louis XIII, 
roi de France, le choisit pour médecin 
de ses ambassadeurs eu Suisse, et il 
remplit ces mêmes fonctions auprès de 
divers princes. Devenu sexagénaire, 
il fut tourmente' par des accès de 



42 FAB 

goutte dont, pendant plusieurs années, 
il réussit à calmer la violence. On pré- 
sunie néanmoins qu'il employa des ré- 
percussifs qui déterminèrent le trans- 
port de la matière arthritique sur la 
poitrine; car, à l'instant où il se féli- 
citait d'avoir obtenu une guérison ra- 
dicale, il fut saisi d'un asthme très in- 
tense, auquel ilsuccomha le i 7 février 
i634. Parmi les nombreux écrits de 
Fabrice , il n'en est pas un seul qui ne 
contienne des faits importants, des 
préceptes utiles ou des vérités nou- 
velles. 1. De la gangrène et du spha- 
cèle (en allemand), Cologne, i5q3, 
iu-8°. Cet excellent traité fut traduit 
en latin , en français, et réimprime 
plus de douze lois du vivant de l'au- 
teur» II. Des brûlures produites 
par l'huile et Veau bouillantes , le 
fer rouge, la poudre à canon, la 
foudre ettoute autre matière enflam- 
mée (en allemand), Baie, 1607, 
in 8"., fig. trad. en latin la même an- 
née. III. Traité de la dysenterie 
(en allemand), Baie, 161 6, in-8°. 
Cet opuscule a été traduit en latin et 
en français : Haller pense que Fabrice 
le publia d'abord en cette dernière 
langue, à Païerne, lorsqu'il y exerçait 
la médecine. IV. Nouveau manuel 
de médecine et de chirurgie mili- 
taires , enrichi d'un arsenal chirur- 
gical et d'une pharmacie de campa- 
gne { en allemand ), Baie, iGi5, ia- 
8°.; ce manuel, traduit en latin, a 
paru sous le titre de Chirurgia mili- 
taris, et a été inséré dans divers re- 
cueil.-.. On a aussi publié isolément 
X Arsenal ou Cista militaris , seu de- 
signatio prœcipuorum medicamento- 
rum insirumentorumque quibus ra- 
tionalem medicum elehirurgum cas- 
trensem instruction esse convenu, 
in classes viginti distributa. V. Ex- 
position abrégée de V importance et 
de Futilité de Vanatomie { en alle- 



FAB 

roand ), Berne, 1624, in-8°., fîg. 
VI. Sur la lithotomie vésicale ( en 
allemand), BâMe, i6vi6, in-8 .; trad, 
en latin pai Henri Schobinger , Bâle , 
1628, in-8'. Vil. ObservalUmum et 
curationum chirurgicarum centuîioe 
sex , imprimées d'abord isulémcnt , 
puis réunies en deux vol. in-4°«, 
it>4 ï • Fabrice avait rassemblé tous 
ses écrits; il était sur le point, de les 
livrera l'impression , et venait de ter- 
miner la dédicace , lorsque la mort le 
surprit. Jean Beyer se chargea de pu- 
blier ce recueil, qui parut, en latin, 
à Francfort-sur-le-Mein , 164O, iu- 
fol., et en allemand, dans la même 
ville, en i65*2, in-fol. , par les soins 
de Frédéric Greif. Parmi les éditions 
latines subséquentes , on estime celle 
qu'a donnée Jean-Louis Dufour, Franc- 
fort, i685, in-fol. Les œuvres de 
Fabrice sont encore de nos jours une 
source féconde d'instruction , maigre 
les progrès de l'art de guérir : il en a 
cultivéavec succès toutes les branches; 
il savait, par expérience, que l'anale-* 
mie doit être constamment la bous- 
sole du médecin et surtout du chirur- 
gien ; il prouve qu'on chercherait vai- 
nement à rétablir une machine très 
compliquée, si l'on n'en connaît pas la 
structure. Fabrice joignait constam- 
ment l'exemple au précepte : il a décrit 
et figuré avec beaucoup de soin les os- 
selets délicats de l'oreille interne; il a 
disséqué plusieurs quadrupèdes, et ré- 
pandu des lumières sur l'organe vocal 
de divers oiseaux, notamment du ca- 
nard. On conserve à Berne trois sque- 
lettes qiM a préparés. Ses ieeberches 
sur les funestes effets de la torture 
montrent qu'il réunissait à des con- 
naissances exactes la plus touchante 
humanité. : il espéra émouvoir le cœur 
des juges barbares qui, plus d'une 
fois , ont surpassé les bourreaux en 
férocité. Pour donner une idée de* 



FAB 

travaux physiologiques , pathologi- 
ques et thérapeutiques de Fabrice , il 
suffira de signaler ses observations sur 
les monstres, le somnambulisme et 
l'abstinence prolongée; sur In dysen- 
terie, l» paralysie, l'apoplexie, la 
pleurésie , l'hydropisie et les maladies 
des enfants; sur (efficacité du séton 
pour calmer et même pour guérir l'é- 
pilepsieet la phtisie; enfin sur l'usage 
et la propriété de diverses eaux miné- 
rales. Mais c'est à la chirurgie que Fa- 
brice doit son plus beau titre de gloire; 
il peut être regarde comme le restau- 
rateur de cet art en Allemagne , de 
même que notre Paré l'avait été en 
France. Ces deux grands chirurgiens 
semblent avoir choisi les mêmes ma- 
tières, et presque toujours ils ont pro- 
fessé la même doctrine : l'un et l'autre 
ont fait un examen spécial des plaies 
d'armes à feu, de la gangrène, des 
hernies, dont ils ont singulièrement 
rectifié la méthode curative ; l'un et 
l'autre ont inventé, simplifié ou per- 
fectionné un grand nombre d'instru- 
ments ; mais Fabrice n'a pas mis dans 
ces réformes et dans ces inventions la 
même réserve, le même discernement 
que Paré. Celui-ci , d'ailleurs , occupe 
incontestablement le premier rang , 
puisqu'il a ouvert la carrière dans la- 
quelle l'autre a marché glorieusement 
après lui. Chrétien-Polyearpe Leporin 
a publié la Fie du célèbre Guillaume 
Fabrice de ffilden, avec une ré- 
ponse à la lettre de Sigismnnd- Jac- 
ques Jpin, QueJlinbourg, i^n, 
in-4"-; cette notice insignifiante mé- 
rite à | ei;;e d'êire consultée C. 

FABKICE ( Frédéric Ernet ), 
gentilhomme de la chambre du prince 
Chrisjpao-Anguste de Holstrin , admi- 
nistrateur du duché de ce nom pen- 
dant la minorité du duc Frédéric , ne- 
veu de Charles XII. L'administrateur 
ayant jugé à propos de changer le mi- 



FAB 



43 



nîslëre , envoya Fabrice en 1710,3 
Bender, auprès de Charles, pour 
justifier cette mesure. Fabrice sut se 
rendre agréable , et resta plusieurs 
années avec le roi; il donna à Charles 
le goût, de la lecture, et ce fut sur son 
avis que le monarque suédois s'occupa 
à lire les ouvrages de Corneille, de 
Racine , de Boileau. Lorsque Charles 
eut été menacé d'être pris par les 
Turcs , et qu'il entreprit de résister 
avec le petit nombre d'hommes qui 
lui restait, Fabrice se rendit média- 
teur , sans pouvoir néanmoins em- 
pêcher l'effusion du sang, et la catas- 
trophe qui fit tomber Charles entre 
les mains des Turcs. Il rendit compte 
de sa mission et de son séjour à Ben- 
der dans une suite de Lettres écrites en 
français, et adressées au prince admi- 
nistrateur, et au fameux baron de 
Gcertz ; elles ont été traduites en al- 
lemand, et publiés à Hambourg, 1 75g, 
in-8 '-; et Gjorwel a fait insérer en 
suédois, dans la Bibliothèque sué- 
doise , trois de ces Lettres qui se rap- 
portent au combat de Bender; le 
texte original parut à Hambourg, sous 
ce titre : Jnecdoctes du séjour du 
roi de Suède à Bender , ou Lettres 
du baron de Fabrice , en 1 760, in-8 '. 
Fabrice mourut en Allemagne dans un 
état d'aliénation. C — au. 

FABRICIUS(Calus), surnommé 
Luscinus, parce qu'il avait les yeux 
petits, l'un des plus habiles géné- 
raux de l'ancienne Rome , est non 
moins célèbre par son désintéresse- 
ment que pour sa valeur. Il fut nommé 
consul en 471 (289, ans av. J.-C), 
remporta de grands avantages sur 
les vSamnites, les Bruticns et les Lu- 
cauiens, les obligea de lever le siège 
de Thurium , et fit sur eux un bu- 
tin si considérable qu'après avoir 
remboursé les frais de la guerre et 
récompensé ses soldats , il lui resta 



44 F A B 

une somme de quatre cents talents 
qu'il fit verser au tre'sor public le 
jour de son triomphe. Les députes 
des Samuites qui s'étaient rendus à 
Rome pour traiter de la paix , vinrent 
remercier Fabricius des bons offices 
qu'il leur avait rendus dans le sé- 
nat , et voyant qu'il manquait des 
meubles les plus nécessaires, lui of- 
frirent une somme pour se les procu- 
rer. Fabricius ayant étendu ses mains 
sur les différentes parties de son 
co'-ps leur répondit: Pendant que je 
pourrai commander aux choses que 
j'ai touchées rien ne me manquera; 
ainsi n'ayant nul besoin d'argent je 
me garderai d'en recevoir de ceux 
que je sais en avoir affaire. P. Val. 
Laevinus, l'un de ses successeurs au 
consulat, ayant été défait par Pyr- 
rhus l'an 473 (280), Fabricius fut 
envoyé vers ce prince pour traiter 
de l'échange ou de la rançon des pri- 
sonniers. Pyrrhus surpris qu'un si 
grand capitaine parût devant lui dans 
un état qui semblait annoncer la pau- 
vreté, lui offrit de l'argent j mais Fa- 
bricius ne voulut point en accepter. 
Un jour qu'il était assis à la ta- 
ble de Pyrrhus , il entendit Cinéas 
expliquer la philosophie d'Epicurc, 
assurant qu'elle consistait dans la 
recherche de la volupté et l'indif- 
férence sur la religion. ( Voy. Epi- 
ci're). a Fasse le ciel, dit-il, que 
» Pyrrhus et les Samnites prennent 
» un grand goût à cette philosophie 
» pendant qu'ils ont la guerre avec 
» le peuple romain. » Une autre fois 
Pyrrhus, charmé de la sagesse de 
Fabricius, l'engageait à se fixer près 
de lui , lui promettant la première 
place au conseil et à l'année. Il n'est, 
lui dit Fabricius, nullement de votre 
intérêt de m'avoir près de vous; car 
ceux qui vous honorent et qui vous 
admirent aujourd'hui voudraient m'a- 



FAB 
voir pour roi s'ils avaient connu ce 
que je sais faire. Le prince ne fut 
point choqué de la hardiesse de ce 
discours, et au contraire lui accorda 
la liberté des prisonniers romains aux 
conditions qu'il avait proposées. Fa- 
bricius fut élu une seconde fois consul 
l'an 475 ( '278 ) aveciEmilius^Papus 
qu'il avait déjà eu pour collègue. In- 
formé que le médecin de Pyrrhus 
s'était offert à l'empoisonner moyen- 
nant une somme d'argent , il en fit 
avertir ce prince, prenant des pré- 
cautions pour qu'il ignorât d'où lui 
venait cet avis ; mais Pyrrhus devina 
que c'était Fabricius qui le lui avait 
fait donner. Peu après eut lieu la ba- 
taille d'Asculum , dont le succès fut si 
incertain que les Romains n'osèrent 
point se flatter de la victoire , et que 
Pyrrhus quitta l'Italie sous le pré- 
texte d'aller au secours des Siciliens. 
L'an 478 (275) Fabricius fut nommé 
censeur , et on lui adjoignit jEoii- 
lius Papus deux fois son collègue au 
consulat. Il se montra si sévère pour 
l'exécution des lois somptuaires qu'il 
fit renvoyer le sénateur Cornélius Ru- 
fiuus, parce qu'on avait trouvé chez 
lui de la vaisselle d'argent du poids 
de dix livres. Dans un temps diffi- 
cile il avait brigué le consulat pour ce 
même Rufinus, grand capitaiue, mais 
avare. Comme on lui en demandait la 
raison, c'est, dit-il, que j'aime mieux 
être pillé que vendu. Fabricius, au 
rapport de Pline l'ancien , n'avait 
pour tous meubles d'argent qu'une 
tasse et une salière ; il virait des lé- 
gumes que lui produisait un petit 
terrain qu'il cultivait de ses mains; 
il mourut si pauvre que l'élat fut 
obligé de doter sa fille. Cicéron re- 
marque que , par estime pour sa 
vertu, on lit en sa faveur une excep- 
tion à la loi qui défendait les inhu- 
mations dans l'intérieur de la ville. 



FAB 

C'est dans la bouche de Fabricius 
que J.-J. Rousseau a place la magni- 
fique prosopopée qui termine la pre- 
mière partie de son discours sur la 
question : « Si les arts ont contrî- 
» bue à épurer les mœurs. » W— s. 

FABR1CIUS-VEIENTO , auteur 
latin , fut accuse' d'avoir compose' , 
sous le titre de Mon Codicile , des 
satires très mordantes contre les se'na- 
teurs et les prêtres. Tatius - Gemi- 
mis, son dénonciateur, ajoutait qu'il 
s'était flatté d'avoir assez de crédit sur 
Tempereur pour faire obtenir des pla- 
ces à différentes personnes. Ce dernier 
motif engagea Néron à évoquer l'af- 
faire et à l'instruire lui-même. Veiento, 
convaincu des crimes qu'on lui repro- 
chait , fut banni de l'Italie , et ses sa- 
tires brûlées publiquement. Tacite re- 
marque que les écrits de Veiento , re- 
cherchés avec avidité tant que la lec- 
ture en fut défendue, tombèrent dans 
l'oubli aussitôt qu'on put se les pro- 
curer sans danger. Fabricius revint à 
Rome après la mort de Néron , et ob- 
tint une place de préteur. Juste-Lipse 
dit que ce fut lui qui , dans une fête 
donnée au peuple, eut l'idée de faire 
paraître au milieu du cirque un grand 
nombre de petits chariots traînés par 
des chiens, II vivait encore sous Do- 
fniiien , et parvint, dit-on, par ses lâ- 
ches délations, à un haut degré de 
puissance sous ce prince soupçon- 
neux. W~s. 

FABRICIUS (Théodore), théolo- 
gien protestant, et l'un des apôtres 
de la réformation en Allemagne , na- 
quit le 2 févr. i5oi , à Anholt-sur- 
l'Yssel, dans le comté de Zutphen. Ses 
parents ne purent lui donner aucune 
sorte d'éducation. Obligé pendant près 
de huit ans de suite de joindre au tra- 
vail de ses mains les secours qu'il ob- 
tenait de la charité publique pour faire 
subsister sa mère abandonnée par un 



*AB 



4* 



mari libertin ; parvenu ensuite à en- 
trer en apprentissage chez un cor- 
donnier , ce ne fut qu'à l'âge de dix- 
sept ans qu'il put commencer à fré- 
quenter une école à Eramerick. Sun 
ardeur pour l'étude et les heureuses 
disp jsitions qu'il laissait apercevoir lui 
procurèrent quelques encouragements. 
Le comte Oswald de Bergen l'envoya 
au bout de cinq ans continuer ses étu- 
des à Cologne , et ne lui retira ses bien- 
faits que lorsqu'il apprit que son pro- 
tégé était allé a Wittenberg où , à l'é- 
cole de Luther , deMelanchthon et de 
Bugenhagen , il apprenait l'hébreu, 
et suçait les principes des nouveaux 
réformateurs. Le jeune ptosélitc ne 
perdit point courage, se réduisit à 
passer la nuit dans des écuries , et à 
se nourrir du pain que distribuaient à 
leur porte les chanoines cl autres bé- 
néficiers dont il travaillait de loin à 
ruiner la puissance et le crédit. Au 
bout de quatre ans il revint dans sa 
patrie, ouvrit à Cologne une école 
d'hébreu , prêcha en secret la nouvelle 
réforme , et s'étant fait chasser, se re- 
tira auprès du landgrave de liesse 
(Philippe le magnanime), qui Je 
chargea de différentes fonctions diplo- 
matiques, en fit son aumônier après 
l'avoir d'abord fait diacre à Cassel , et 
le fit, en i556, nommer curé à Al- 
leudorf sur la Werra. L'aumônier fut 
en faveur tant qu'il se prêtait aux pas- 
sions de son maître; mais s'étant 
avisé de le prêcher sur la polygamie , 
l'électeur , qui n'entendait pas raillerie 
sur ce chapitre, le fit mettre en prison, 
et confisqua ses biens en i54o. Remis 
cependant en liberté au bout de quel- 
que temps, Fabricius , qui ne crut pas 
sa vie en sûreté à cette cour, retourna 
en 1 543 à Wittenberg, y devint pro- 
fesseur d'hébreu et de théologie, et en 
1 544 mt fo' 1 premier pasteur de l'é- 
glise St. -Nicolas, à Zerbst. Poursuivi 



46 FAB 

j>ar les ennemis que lui attirait son 
zèle un peu tracassicr, accuse lui-même 
d'hétérodoxie, et plusieurs fois réduit 
à la nécessité de se justifier dans des 
assemblées publiques, il termina en- 
fin son orageuse carrière le i5 sep- 
tembre i55o. On connaît de lui : I. 
Jnslitutiones grammaticœ in lin- 
guam sanctam, Cologne, i52c3, 
1 55 1 , in-4°. II. Articuli pro evan- 
gelicd doclrind, ibid. III. Tabulœ 
duce , de nominibus et de verbis he- 
brœorum , Baie , Henri-Pierre, i545. 
IV. Seize homélies, sermons et dis- 
cours en allemand. On ne croit pas 
qu'ils aient été imprimés. V. Un abrégé 
de sa vie; Théod. de Hase l'a inséré 
dans le premier fascicule de sa Bi- 
blioih. Brem. C. M. P. 

FABRIGIUS (George), né à 
Kemnilz en Allemagne, le l i\ avril 
i5i6, commença ses études dans sa 
patrie , et les finit à Freybcrg et à 
Leipzig , où il fut précepteur de Wolf- 
gang, de Philippe et d'Antoine Wer- 
ter. Il alla en Italie avec l'aîné de ses 
élèves , revint en Allemagne , fut 
nommé en 1 555 directeur du collège 
de Meissen , et mourut le 1 5 juillet 
1 57 1. 11 avait, sur la fin de l'année 
précédente, obtenu des lettres de no- 
blesse de l'empereur Maximilicn H. 
George Fabrieius fut poète latin et 
historien. Ses poésies lui méritèrent 
la couronne poétique : on y remarque 
une grande affectation de n'employer 
aucun mot qui sentît tant soit peu le 
paganisme ; et il blâmait les poètes 
qui,d.ms leurs ouvrages, employent 
les divinités païennes. Tout ce qu'il a 
écrit sur Pbh>toire de son pays est, 
au jugement de Niccron , plein de 
grandes recherches , exact et estimé. 
L<-ng ; et Dufresnov qualifie aussi G. Fa- 
brieius d'auteur exact et estimé. On 
trouve la liste de .ses ouvrages dans 
les Mémoires de Nicéron, t. XXXI I , 



FAB 

et encore dans la Centuria Fabri* 
ciorum. Les plus remarquables qu'il 
ait donnés , soit comme auteur , soit 
comme éditeur , sont : 1. Terentii 
Ajri comediœ sex cum castigatione 
duplici Joannis Bivii et G. Fabricii, 
Strasbourg , ; 548 , in-8 '.; réimp. par 
les soins de J. Caincrarius, 1 5^4 »« 
in-8°. ; IL Borna, sive Liber utilissi- 
mus de veteris Romœ situ , regio- 
nibus , viis , templis et aliis œdifi- 
ciis, Baie, i55o, in-8'.; i56o, in- 
8\ ; édition augmentée, Bile , 1587, 
in-8". : c'est d'après cette dernière édi- 
tion que Grœvius a reproduit l'ou- 
vrage dans ses Anliquitàtes Roma- 
nce; ce n'est que la première que l'on a 
réimprimée dans la Borna iUustrata, 
Ant. Thysii , \rnstcrdam , 1657, 
in- 12 ; III. Firgilii opéra cum com- 
mentants Servii et T. C. Donali , 
Bâle, 1 55 1 , in-f. ; IV. Firgilii opéra à 
Fabricio castigata , Lt ipzig , 1 55 1 , 
i5gi , iu-8°.; V. Poématum sacro- 
rum libri quindecim , Bâle, i5tio, 
in- 16 : c'est le Recueil des poésies 
de Fabrieius , qui en donna une nou- 
velle édition augmentée, en 25 livres 
(1567, in-8°.); VI. Poëmatumve- 
terum ecclesiasticorum opéra chris- 
tiana et operum reliquiœ ac frag- 
menta^ 1 56i , in-4". J.-A. F dnieius , 
dans sa Bibliolheca lalina, lib. IT, 
cap. 2, donne le détail de son con- 
tenu , et à la suite l'indication des 
poètes chrétiens omis par George. 
1). Liron (Singularités historiques , 
livre III , pag. i^\ ) n'hésite pas à 
traiter G. Fabrieius de corrupteur 
des ouvrages des anciens , et rap- 
porte a l'appui une observation qu'a- 
vait déjà laite J.-A. Fabrieius. VII. 
De re poëtica libri septnn , i5(36, 
in-8'., souvent réimprimé. J.-A. Fa- 
brieius indique ce livre comme étant 
à l'usage des enfants et des cU 
VIII. Iierum Misnicurum libri sep- 



FAB 

tem, i56q, in-4°. ; IX. Originum 
illustrissime stirpis Saxonicce libri 
septem , 1 597 , in-fol. L'ouvrage pré- 
cédent y est reproduit. Une nouvelle 
édition , augmentée de deux livres par 
Jacques Fabricius, fils de George, 
fut donnée sous le titre de Saxoniœ 
illustralœ libri novem, Leipzig, 1 606, 
in-fol. X. Rerum Germanice magnce 
et Saxoniœ universœ memorabilium 
volumina duo, Leipzig, 1609, in- 
folio. Edition donnée par Jacques Fa- 
bricius : on y trouve encore l'histoire 
de Misnie. A.B — t. 

FAliRIGIUS (Theodose), théo- 
logien luthérien , neveu du précédent, 
était fils d'André Fabricius , mort 
pasteur de l'église St. -Nicolas à Eisle- 
ben le 16 octobre i5^7, et connu 
par des poésies latines et par quel- 
ques ouvrages ascétiques écrits en 
allemand. Né à Noidhausen en i5f>o, 
le jeune Théodose fit ses études à 
Wittenberg, et fut placé en 1 586 à 
l'église de Hertzberg en qualité de 
surintendant ; le soupçon d'attache- 
ment secret au calvinisme lui ayant 
fait perdre cet emploi , il obtint la 
direction de l'église de St. -Jean à 
Gôtlingue, et une chaire de théolo- 
gie au gymnase de la même ville; il 
passait pour habile helléniste, et pen- 
dant qu'il suivait ses études à Wit- 
tenberg, Jacques -Andréœ et Mart. 
Crusius se félicitèrent de ce qu'il pût 
revoir et corriger les épreuves de 
leurs dissertations sur la Confession 
d'Augsbourg, qu'ils publièrent en grec 
et en latin. Fbricius avait aussi une 
grande réputation comme prédica- 
teur, et on assure que de grands per- 
sonnages sont souvent venus de loin 
pour l'entendre. Il mourut à Gôttingue 
le 7 août 1 597. Outre quelques ou- 
vrages ascétiques en latin et en alle- 
mand , il a publié une Harmonie des 
quatre évangiles ea quatre langues 



FAB 47 

( latin, grec, hébreu et allemand), 
et il a traduit d'allemand en hébreu le 
petit Catéchisme de Mathieu Richter 
(Judex) y connu ordinairement sous 
le ti're de Corpus doctrinœ ex novo 
testamento. F» éd. Christian Lesser, 
parleur à Noidhausen , a publié en 
1 749 "ne notice sur la vie de Théo- 
dose Fabricius (en allemand). C.M.P. 
FABRICIUS ( François ) , né à 
Ruremonde , vers 1 5 1 o , étudia les 
langues grecque et latine , puis la mé- 
decine; il fut médecin à Aix-îa-Cha- 
pclle vers 1 545, et l'était encore en 
1 55o. On a de lu|: l. Thermœ aquen- 
ses sive de Balneorum naturalium , 
prœcipue eorum quœ sunl Aquis- 
graniet Porceti, naiurd et facultati- 
bus , 1 546, in-4°. ; 1 564 ? in-12; 
Divi Gregorii Nazianzeni tragœ- 
dia Christus patiens , latino car" 
mine reddita , Anvers , 1 55o , in 8 '. 
On sait aujourd'hui que cette tragédie 
n'est pas de S. Grégoire; quelques- 
uns l'attribuent à Apollinaire de Lao- 
dicée. Cependant Jacques de Billy l'a . 
comprise avec une traduction de Roil- 
let, dans les OEuvrcs de ce Père. 
A.B— -t. 
FABRICIUS (François) , nomme 
aussi Lefevre,né à Duren , dans le du- 
ché de Juliers, en i524 , vint, sur la 
réputation des professeurs , achever 
ses études à Paris au collège de France; 
il eut pour maîtres Ramus et Tur- 
nèbe ; revint ensuite dans son pays , 
obtint en i55o le rectorat deDussel- 
dorf, et mourut le 25 février 1575. 
Il a fait imprimer : I. Lysiœ oratic- 
nes */«#, Cologne, grec et latin, i554, 
in- 1 2 ; Anvers , 1 565 , in- 1 2 : la tra- 
duction latine est de Fabricius ; IL 
Pauli Orosii adversus paganos his- 
toriarum libri septem, etc., quibus 
accedit Apologelicus contra Pela- 
gium de arbitra libertate , Cologne, 
i56i ; in-i2j i574;iu.-i2j i582 ? 



48 F A B 

in- 12 ; Maïcnce, i6i5, in-12; III. 
Commentarius in oralionem Cice- 
ronis pro Ligario , i56i, in-12; 

IV. Notœ in or a lianes Ciceronis pro 
Fonteio , pro Milone , et de provin- 
ciis consularibus , Cologne, in-12; 

V. Plutarchi de Uberis educandis 
liber, latinus factus , Anvers , i565, 
in-12 ; VI. Ciceronis historia per 
consules descriptaet in annos6/\dis- 
lincta , Cologne , 1 564 ? in-12; 
i5^o, in-12; réimprime' dans l'é- 
dition de Cice'ron des Aides de i582, 
et dans l'édition de Grnter. Grono- 
vius en donna une* édition séparée 
avec des notes, 1727, in-12. Vif. 
In sex Terentii comœdias anno- 
taliones, 1 505 , in-12; V 1 1 1 . Dis- 
ciplina Scholœ Dusseldorpiensis , 
i566, in-12; IX. Annolaliones in 
tjuœstiones Tusculanas Ciceronis, 
i56g, in-12; X. Notœ in verrinas 

primant et secundam, i5-2, in-12. 
Lengi<tDufresnoy attribue à Fabricius 
de Motibus gallicis relatio , 1 588 , 
iu-8 '. , et Continuatio qud de totius 
Europœ prresenti siatu disseritur , 
i5g2, in-8'. Lelong les lui attribue 
aussi sans en rien rapporter que les 
titres. Ces bibliographes rangent ces 
livres au nombre de ceux qui con- 
cernent le règne de Henri III; et 
ce prince ne commença à régner qu'un 
au après la mort de Fabricius. 

A. H— T. 
FABRICIUS (Ardre), ou Le 
Fevre , né probablement vers i520, 
à Hodège, dans le pays de Liège, fit 
sa théologie a Ingolstadt , professa 
cette science à Louvain en 1 555 ; alla 
à Borne , en qualité d'orateur auprès 
de Pie IV, du cardinal Othon-Truch- 
sès , évêque d'Augsbourg ; revint en 
Allemagne après six ans , fut cons< il- 
ler du duc de Bavière, et prc'\ôt 
d'Alt-Octing, où il mourut en i58i. 
Un a de lui : Heligio patiens , tra- 



FAB 
gœdia, qud sœculi nostri exhibent 
tur calamitates , Cologne , 1 506 , 
in-12 ; II. Samson , tragœdia ex 
sacra Judicutn historia, I56n, in- 
12 ; III. Harmoniœ , quee nulla est , 
confessioTiis Augustanœ cum doc- 
trind evangelied consensum de.cla- 
rans , liber, i5-5, in-folio; réimp. 
en 1587. Fabricius y réfute en dé- 
tail tous les articles de la confession 
d'Augsbourg. IV. Catechismus ro- 
manus ex decreto concilii tridenlini, 
luculentis quœstionibus distinctus , 
brevïbusque annotatiunculis éluci- 
dants, 1570, in-8°. ; 1574 , in-8°. ; 
V. Jéroboam rebellans , tragœdia > 
i585, in-12. Paquot le fait auteur 
d'un ouvrage allemand intitulé : Lu- 
nettes sur la prunelle évangélique , 
qu'il présume être dirigé contre un 
écrivain protestant , qui répliqua par 
une brochure allemande intitulée : Le 
Nettoyeur de lunettes ; ce qui fit 
naître une nouvelle brochure de Fa- 
bricius, dont le titre annonce que le 
Nettoyeur a pris une peine inutile. 
— U n autre André Fabricius a place , 
comme homme d'état, dans le Thed- 
trum de Paul Freher; mais il ne pa- 
raît pas avoir laissé d'ouvrages. 11 na- 
quit en Silésie en 1 5 4 7 , prit le bon- 
net de docteur en droit à Tubingen 
en 1578, fut en i58o créé conseiller 
des ducs de Prusse , et en 1 5q2 vice- 
chancelier à Kœnigsbcrg ; il y mourut 
le 14 janvier 1602. A.B — t. 

FABRICIUS ou SMITH (Guil- 
laume), né à Nimègue , vers l'an 
1 555, docteur en théologie à Louvain , 
successivement président du collège 
de Houterle et du petit collège, etc., 
mort le 7 mars 1628, a publié D. 
Leonis magni in dominicain passio~ 
nem enarralio , 1600, in-12, avec 
notes ; il est auteur du Confutatio 
censurœ quorumdam thcologorum 
Parisicnsium in quasdam propos i- 



FAB 

liones ex R. P. Saviarellœ Ubris 
collectas , ouvrage anonyme, 1627, 
in-4°. Le P. S»ntarelli, jésuite italien, 
avait publié, en i6-25, un traité De 
Hœresi, etc., où il disait que le pape 
peut punir les rois des peines tem- 
porelles, et dispenser, pour de justes 
Causes, leurs sujets du serinent de 
fidélité. Ce livre fut condamné au feu 
par arrêt du Parlement, du i3 mars 
i(j'2(5; la Sorbonne condamna aussi 
l'ouvrage, et c'est contre cette cen- 
sure que s'élève Fa'01 icius. A. B — t. 
FAisRIClUS( Jean) naquit à Os- 
tcrla , près de Norden, dans l'Ost- 
Frisc; il fil un voyage en Hollande, 
où il apprit à construire les télescopes 
par réfraction. Dès qu'on eut fait la 
découverte de ce genre de lunettes , 
on les dirigea contre la lune, Jupiter 
et Saturne , et l'on y découvrit des 
choses remarquables. Poussé p -ir la 
même curiosité, Fabi -icius porta ses 
regards vers le soleil, et ne tarda pas 
à y apercevoir des taches. Il reconnut 
que ces apparences n'étaient ni dans 
l'œil , ni dans l'air, ni dans le verre ; 
qu'c'les se mouvaient avec le soleil, 
qu'elles devaient lui être adhérentes , 
et qu'enfin la rondeur du globe solaire 
était la cause de la diminution de ses 
taches vers les bords. Fabrieius rap- 
pelle même la conjecture de Kepler 
sur la rotation du soleil. Il fit impri- 
mer le détail de ses observations sous 
ce titre : Joli. Fabricii phrysii de 
tnaculis in sole observatis , et 
apparente earum cum sole conver- 
sione narraûo , Wiît.ctiherg , 1G1 1 , 
petit in-4". L'épîlre dédicatoire est 
cbtée du i5 juin 161 1 : c'est le pre- 
mier ouvrage où il soit question des 
taches du soleil, Lalande l'a donné 
presqu'en entier dans ses suppléments 
torn. IV, 1781 , et dans les mémoires 
de l'académie pour l'année 1778. Ga- 
lilée trouve donc dans Fabrieius un 

XIV. 



FAB 



49 



concurrent qui lui dispute fortement 
la découverte des taches du soh i!. Si 
l'on consulte les titres publics, Fabri- 
eius les aurait même vues et décrites 
avant Galilée. Mais il n'y a pas de 
doute que celui-ci, de son côté, n'ait 
aussi fait la même découverte, qu'il 
ne soit allé plus loin que son rival, et 
dans la manière d'expliquer le phéno- 
mène , et dans le parti qu'un pouvait 
en tirer; seulement on a eu tort de 
n'en faire honneur qu'à lui. Comme 
le dit Bailli : « Lorsqu'un h mine de 
» génie s'est élevé, s'est fait connaître, 
» il enchaîne l'attention de tous les 
» esnrits ; ou épie ses regards , on re- 
» cueille ses paroles; ceux qui sont 
» assis plus bas ne sont pas enten- 
» dus. » C'est ce qu'éprouva Fabri- 
eius, et nous ne faisons ici que lui 
rendre la justice qui lui est due. On 
ignore l'époque de la mort de Jean 
Fabrieius, mais on sait qu'il vivait en- 
core en mai 1CM7. — Son père. Da- 
vid Fabricius ) avait découvert eu 
i5q6 l'étoile changeante de la baleine 
Celui-ci est remarquable par des ob- 
servations astronomiques et par une 
explication de la route elliptique que 
Kepler avait assignée aux planètes. Il 
suppose que cette courb" n'est qu'ap- 
parente, et qu'elle résulte de la com- 
posifïbn de plusieurs cercles. L'astro- 
nomie était déjà trop avancée pour 
qu'une pareille explication eût le moin- 
dre succès. Le système dePtoléraée et 
les mouvements circulaires étaient dé- 
truits pour jamais , et il n'y avait plus 
de philosophie à combattre pour eux. 
David Fabricius exerçait les fonctions 
du ministère pastoral à Osterla , et 
fut tué en 1617 par un paysan qu'il 
avait traité publiquement de voleur 
dans ses prédications; il est auteur 
d'une chronique d'Ost-Fi ise , écrite 
en bas allemand, et publiée à Embdeu 
en 1640 avec une continuation. iN — r. 

4 



5o FAB 

FABRICIUS( Laurent), profes- 
seur d'hébreu à l'université de Wit- 
temberg, naquit à Dantzig en i555 , 
d'un négociant de cette ville. Voué 
aux lettres dès son enfance par ses 
parents , il fit ses premières études 
dans le collège de Dantzig, parcourut 
ensuite les universités de Francfort, 
de Wilteinberg , de Leipzig , de Iena , 
de Tubingen et de Strasbourg. Il resta 
assez long-temps dans cette dernière 
vtlle, s'y fortifia dans la langue hé- 
braïque, et étant revenu à Wittem- 
berg en 1 587 , il y fut reçu maître 
en philosophie. Etant ensuite retourné 
àléna, il y ouvrit une école. Ses con- 
naissances en philosophie, en théolo- 
gie et en hébreu le firent élire pro- 
fesseur d'hébreu dans l'université de 
Wittemberg en i5Q3 t et il occupa 
cette chaire jusqu'à sa mort , arrivée 
le a 1 avril 1629. On a de ce savant : 
I. De schemhamphorasch usu et 
àbusu apud Judœos , Wittemberg , 
1 5()6 , in-8 °. ; II. Partitiones codicis 
hebrœi, ibicl. , 1610, in-4°» ; 1626 
et 1671 , in-8°. Cet ouvrage, fort es- 
timé de son temps, se trouve réim- 
primé dans le Thesaur. lïbr. philo- 
logie. deTh.Crenius. III. Oratio de 
lingud hebrœd , ibicl. , 1 594 ; IV. De 
reliquiis sanclis Syrarum vocum in 
N. T. asservatis , ibicl. , i6i3 > in- 
4°; V. Metrica hebrœorum vêtus et 
nova, ibicl., in-8°. VI. Epistola ad 
Joh. Buxtorfium. Cette lettre dans 
laquelle L. Fabricius engage J. Bux- 
torf à soutenir l'antiquité des points 
voyelles du texte hébreu des Livres 
saints, se trouve dans les Cutaîecta 
theologico-philologica , donnes par 
J. Buxtorf, Bàle, 1707, in-8'. ( F. 
Chr. Cmne-ius. ) J N. 

FABRICIUS (Jean), néen i56o, 
après avoir fini ses étude., à AltorflT, 
y éleva une école, où les principaux 
habitants de la ville envoyèrent leurs 



FAB 

enfants. Il entra ensuite dans l'état 
ecclésiastique, et après quarante-huit 
ans d'exercice dans ces fonctions, il 
mourut en i656, âgé de soixante- 
seize ans et cinq mois. On a de lui 
une dissertation de Dignitate con- 
jugii , Nuremberg, 1 592. — Son fils , 
Fabricius (Jean), théologien, né à 
Nuremberg , le 3 1 mars 1 6 1 8 , fut 
élevé par Jean Gravius, alla succes- 
sivement, étudier à Iena , Leipzig , 
Wittemberg et Altorff, fut ministre 
dans cette dernière ville , et y eut une 
chaire de théologie. Après avoir pro- 
fessé sept ans , il fut appelé à Nurem- 
berg, où il devint pasteur deSte. Ma- 
rie. On a de lui : I. EcclesicË Noriber- 
gensis paslorum responsio ad litte- 
ras ministerii Berolinensis , 16GO. 
Fabricius , auteur de cet ouvrage , 
l'avait communiqué à Ch.-J. Bulcholz, 
qui, le jugeant utile, le fit imprimer 
à l'insu de l'auteur; IL Conciones in 
Augustanam confessionem cum an- 
notationibus latinis , Nuremberg , 
1 655 ; IW.JJonciones in librum Jobi y 
Nuremberg, 1681 ; IV. Prœlectiones 
seu systema theologicum, Altorff, 
1681 , publié par son fils; V. Com- 
mentalia de bonorum operum ad sa- 
lutem necessitate , Helmstadt, 1709; 
VI. Quelques Discours, dont son fils 
donna la liste dans son Ilist. bibl. 
Fabricianœ, tom. V, pag. i54«Le 
Moreri de 1759 dit qu'on a de lui 
« un Traité latin du Faux zèle des 
» Gentils , et un écrit intitulé : 
» Raphaël , ouvrage de piété cou- 
» sacré à son usage. » A. B — t. 

FABRICIUS (Jean), petit-fils et 
fils des précédants , né à Altoif.' 
1644 j théologien, philologue et bi- 
bliographe , fut conseiller du duc de 
Bi unswick - Lunebourg, inspecteur- 
général des écoles du duché (le Bruns- 
wick, et associé de l'académie royale 
des sciences et belles-lettres de Berlin. 



FAB 

îl mourut le 29 janvier 17*29., Ou a 
de lui : I. Oraiio de utililate quam 
théologien studiosus ex itinere ca~ 
père potest italico, 1678, in -4°.; 
II. Dissertalio de altaribus , Helm- 
stadt, 1698, in-4°.jHÏ. Amœnilates 
theologicœ, 1690, iu-4°'î IV. Le 
Recueil des OEuvres d'Ottavio Fer- 
rari, 1 7 1 1 , 2 vol. in-4°. î V. Histo- 
ria bibliothecœ Fabricianœ , Wol- 
fenbuttel, 17 1 7-1724, 6 vol. in-4°. 
L'auteur passe successivement en 
revue tous les ouvrages qui compo- 
sent sa bibliothèque; il donne une 
notice sur les auteurs , et relève les 
erreurs qu'il a aperçues daus leurs 
livres : il n'en a pas été exempt lui- 
même; mais son travail prouve une 
immense érudition ; et , non - seule- 
ment fait les délices des amateurs de 
l'histoire littéraire, mais encore peut 
être consulté avec fruit par les sa- 
vants qui voudront donner de nou- 
velles éditions d'auteurs anciens. Il 
avait, en i68r , publié les Prœlec- 
tiones de son père, Jean Fabiïcius. 
A. B— t. 
FABRICIUS (Samuel), d'Eisle- 
ben, en Saxe, né à la fin du 16 e . 
siècle , était ministre à Zebest , quand 
il publia sa Cosmotheoria sacra , 
Francfort-sur-lc-iVIein , i6i5 , in-8".; 
réimp. à Baie , 1675 , avec des consi- 
dérations sur les bienfaits de Dieu. 
Ce sont des réflexions sur le psaume 
104 e . ; elles durent naissance , dit 
J. Fabricius, aux Conciones du même 
auteur sur le même psaume , divisées 
en sept livres : dans le premier, i[ 
parle du monde en général; daus le 
second , du ciel , des nuages et de 
l'air; dans le troisième, des anges; 
dans le quatrième, de la terre et des 
eaux; dans le cinquième, de la pluie 
et des fruits de la terre ; dans le 
sixième, du soleil , de la lune et des 
étoiles ; dans le septième , de la mer. 



FAB 5t 

— Fabricius ( Etienne ) , ministre à 
Berne dans le 17 e . siècle, adonné: 
I. Conciones in prophelas minores , 
164 1, in-fol.; II. Conciones s aerce 
in decalogum , 1649, in-4°«î HI» 
Conciones sacrœ fest'witatibus an- 
nuis habilœ, i65G, in-4°.; IV. In 
CL Psalmos Davidis et aliorum 
prophelarum conciones sacrœ, 1 664 ? 
in- loi. A. B — t. 

FABRICIUS (Jean) naquit à Dant- 
zig le 1 7 février 1 608. Après avoir 
commencé ses études dans cette ville , 
il les continua à Rostoch , à Leipzig , 
à Wittenberg , à Kœnigsberg et à 
Leyde où il se rendit successivement. 
Hséjourna un an et demi à Leyde , et 
y étudia l'arabe et le persan sous Go- 
lius. En iô35 il retourna à Rostoch, 
y prit le degré de maître en philoso- 
phie. Pendant le séjour de quatre an- 
nées qu'il y fit , il euseigna les langues 
orientales, l'arabe surtout, avec un 
grand succès, et chercha à établir une 
typographie arabe. Eph. Piaetor nous 
apprend (Athenœ. Gedanenses ) qu'il 
prononça, en i655, un discours De 
dignitate etcojnmendalioneling. ar.; 
qu'il fit imprimer en i656, in-fol. , 
un spécimen de ses caractères , con- 
tenant un petit poëme d'Avicenne, et 
qu'il surveilla l'impression d'une édi- 
tion arabe de l'Alcoran, accompagnée 
d'une Version latine; mais cette édi- 
tion projetée n'a point paru. Vers cette 
même époque Fabricius quitta Ros- 
toch pour voyager ; il visita le Dane- 
mark , revint à Dantzig eu i658 , re- 
partit de nouveau pour le Danemark, 
et parcourut la Suède, le Holsteiu, la 
Hollande , l'Angleterre et la France. 
Pendant un séjour de quelques mois à 
Paris, il se rendit la langue française 
si familière, qu'il prononça un dis- 
cours français à Amsterdam à sou re- 
tour. Enfin il revint à Dantzig, en 
1642 , après une absence de seize ans, 

4- 



52 FAB 

et y fut nomme la même année pas- 
teur du temple de Saint-liarthélemi. 
Eu i65o il remplaça Abr. Calov 
dans la chaire de théologie etde langue 
hébraïque. Il mourut de la peste le i o 
septembre iG53. Voici la liste de ses 
ouvrages : I. Dissertalio philologica 
dénomme Jehov ah , Danlzig, i656, 
in-4°.; II. Diascepsis de incarna- 
tione'Aoyov , summi et supremi Dei 
Christi, Bostoch , 1637, in-4". III. 
Carmen arabicum gratulalorium 
M. Johanni Rauun de professione 
eloquentiœ in acad. Rostochi. , d. 1 4 
febr. 1637 collatd, Bostoeh, in-4 • 
IV. Hymnus angelicus sacra médi- 
tations expressus ; item Oratio pa- 
triarchœ Antiocheni , de nativitate 
Christi, ex arab. in ling. la t. trans- 
lata , Dantzig , i65tf, in-4 • t et 
Leyde, 1640. V. Spécimen arabi- 
cum quo exhibentur aliquot scripta 
arabica partinx in prosd , partim li- 
g'ttd oratione composita, jam pri- 
mant in Germania édita , versione 
latind donala, analysi grammaticd 
expedita , notisque necessariis illus- 
trata , Rostoch, 1 658 , in 4 "• Cet 
ouvrage contient la première séance 
de Ha ri ri; un poème d'Aboul'oIa, un 
autre d'ibn Faréd , et deux autres 
intitules : l'un, Judicium de soluto 
dicendi génère arabuin proprio ; et 
l'autre, Coronis de poësi arabuin. Le 
volume est termine par une table la- 
tine des mots : la traduction des deux 
premières pièces avait été communi- 
quée à Fabncius par Goliu.s qui les 
lit réimprimer par la suite. VI. Mahu- 
medis testamenlum , swe pacticum 
christianis in oriente inita ; item , 
Theodori Bibliandri apologia pro 
editione Alcorani, ibid. , i()58, 
in-4 • Fabrieius a simplement réim- 
primé ici la versitfn latine de G ab. Sio- 
nita. VII. Dissertalio dematrimonio 
compriviçnorum ; VIII. Dissertalio 



FAB 

de admirabili vi eruditionis , K05- 
torh , 1 039. Voy. sur ce savant l'ou- 
vrage déjà citéd'Ephr. Prœtor.J — w. 
FABR1C1US( Vincent), né à 
Hambourg, le 25 septembre 1612, 
fit ses études à l'université de Leyde , 
et y prit ses grades en médecine en 
1 63 4. H s'était déjà fait connaître par 
un talent assez remarquable pour la 
poésie latine, et même il avait publié, 
deux ans auparavant, un Recueil de 
vers, à la sollicitation de Daniel Hein- 
sius, son hôte et son ami. Il s'appli- 
qua ensuite à l'étnde du droit, et ses 
progrès ne furent pas moins rapides 
que ceux qu'il avait faits dans d'autres 
sciences. L'évêque de Lubeck lui 
donna le titre de conseiller avec des 
appointements convenables ; cepen- 
dant, il ne garda pas long-temps cette 
place : il vint se fixer à Dantzig avec 
sa famille, et peu après fut nommé 
syndic et ensuite bourgmestre de cette 
ville. La connaissance qu'il acquit des 
intérêts de la république, et le talent 
avec lequel il porta la parole dans des 
occasions d'éclat, lui valurent treize 
fois l'honneur d'être députe par le 
sénat à la diète de Pologne. 11 mourut 
pendant une de ces assemblées , à 
Varsovie, le if septembre 1667, 
âgé seulement de cinquante -quatre 
ans. La première édition des poésies 
de Fabrieius parut à Leyde en i65*2, 
in- il. Il en donna une seconde édi- 
tion, corrigée et augmentée . en i038. 
Enfin son fils, Frédéric Fabrieius, 
en publia une troisième, Leipzig, 
i(J83, in-8 . Cette édition contient 
plusieurs pièces qui avaient été omises 
dans les précédentes , et en ou're les 
Harangues prononcées par l'au- 
teur dans les diètes de Pologne; un 
Discours de obsidione et libérations 
urbis Leidensis , récité a Leydi , en 
ifij'Jt ; et enfin les Thèses de méde- 
cine soutenues par Fabrieius dans 



FÀB 

la même ville. Ou connaît encore nne 
assez longue pièce de vers de Ftbri- 
cius , imprimée au-devant des Epis- 
tolœ latinœ de Boxhorn , Francfort , 
1679. — Son fils. Fabricius (Fré- 
déric), premier pasteur de l'église de 
St. Nicolas, à Stettin, docteur en 
théologie à Wittenbcrg , s'appliqua 
aux langues orientales, qu'il étudia à 
Leyde et à Utrecht. Il mourut le i i 
novembre 1703, âgé de soixante-un 
ans, après avoir traduit de Fhébreu 
Je Commentaire de R. Dav. Kimchi 
sur Malacliie, et publié en aSlemand 
que'ques sermons et divers traites de 
théologie polémique , dont on peut 
voir le détail dans le Dict. de Jocher. 
W— s. 
FABRICIUS (Jean-George), r.é 
à Nuremberg le 25 septembre i5g3, 
montra dès son enfance les plus heu- 
reuses dispositions. Dans une chute 
grave qu'il fit le 2 avril 1602 , il se 
luxa la cuisse gauche, et demeura 
boiteux le reste de sa vie. Cette in- 
commodité loin d'affaiblir son zèle 
scientifique, sembla le redoubler. 11 se 
consacra spécialement à l'art de gué- 
rir, qu'i étudia successivement dans 
les universités d'Aîtorf, de Wittem- 
berg, de léna et de Baie. Ce fut dans 
cette dernière qu'il obtint le doctorat 
le 29 août 1620 , après avoir soutenu 
une thèse sur la Phrénésie. De re- 
tour à Nuremberg il fut associé au 
collège des médecins, dont il rem- 
plit avec distinction les différentes 
charges. Une pratique très étendue 
l'empêcha de se livrer aux travaux du 
cabinet; en sorte qu'il ne publia guère 
d'autre écrit que sa Dissertation in- 
augurale. Créé comte palatin par l'e;n-' 
pereur Leopold le 17 mai 1659, il 
mourut le 18 novembre 1668. — 

SOU fils , WOLFGANG - AmBROI-E , 

cultiva pareillement la médecine, à 
laquelle il joignit un goût décidé pour 



FAB 53 

l'archéologie. Désirant perfectionner 
et étendre ses savantes recherches, il 
visita les plus beaux monuments et 
les plus célèbres académies d'Allema- 
gne, de France et d'Italie; mais il 
fut moissonné au milieu de sa car- 
rière, à Lyon, le i5 janvier i653, 
laissant deux opuscules érudits qui 
furent publiés la même année par son 
père à Nuremberg, dans leformal in- 
4° L'un est intitulé : De lucernis ve- 
terum, l'autre Arropy^a jSoravexov ds 
signaturis plantarum. L'archœolo- 
giste Charles Spon a donné, en latin , 
les détails de la maladie qui enleva ce 
jeune savant, et J. Fabricius a fait 
imprimer, en allemand, une espèce 
d'éloge funèbre : Christliches An- 
denken, etc., Nuremberg, i655, 
in~4°. On trouve ordinairement ces 
deux pièces réunies. — Fabricius 
( Septime - André ) , frère du pré- 
cédent , naquit à Nuremberg le 4 
décembre i64i , et se consacra aussi 
à l'art de guérir. Reçu docteur à Baie, 
il voulut également parcourir la belle 
Italie. Venise, Florence, Rome, Na- 
ples furent l'objet de son admiration j 
mais il fit un plus long séjour à Pa- 
doue, dont la célèbre université lui 
offrait une source féconde d'instruc- 
tion. Revenu dans sa ville natale, il 
fut élu membre du collège des méde- 
cins en 1667, et se livra entièrement 
à l'exercice de sa profession. 11 eut , 
comme son père, une pratique très 
étendue, et fut obligé , comme lui, de 
renoncer à la gloire littéraire. Eu 
effet , pendant les trente-huit années 
qui s'écoulèrent depuis son retour jus- 
qu'à sa mort , arrivée le 10 décembre 
1705, il ne composa pas un seul ou- 
vrage , et nous n'avons de lui que 
trois opuscules publiés pendant le 
cours de ses voyages : ï. Disquisilio 
medica de catulis hydrophobormn , 
Padoue, iC65, in-4 .; II. McXétt;^ 



54 FAB 

icLTptxav de medicind universali , 
Venise, j666, iu-4'. ; 1 II - Diseur- 
sus médiats de lermino vilœ hu- 
wance y Kome, 1 666 , in - 4". — Fa- 
bricius ( Ernest - Frédéric ) , méde- 
cin du 17 e . siècle, exerça d'abord sa 
profession à Vienne en Autriche, 
puis à Hambourg. Il n'est connu que 
par un ouvrage qui ne justifie pas 
son titre : Medicinœ utriusque gale- 
nicœ et hermeticœ anatome philo- 
sophie a , brevem, succitictam, et 
perspicuam absolutœ artis medicœ 
oculis subjiciens sciagraphiam , 
Francfort, 1 653, in-fol. G. 

FAliRIClUS (Louis), ambassa- 
deur de Charles XI, roi de Suède, 
en Perse, était né au Brésil, d'une 
famille hollandaise, et avait d'abord 
couru la carrière militaire en Russie. 
Charles XI l'envoya en Perse pour 
établir , entre ce pays et la Suède, un 
commerce dont Narva, en Estonie, 
devait être l'entrepôt; mais comme il 
fallait passer sur le territoire russe, ce 
commerce éprouva bientôt des diffi- 
cultés qui en arrêtèrent le développe- 
ment. Fabrieius fit trois fois le voyage 
de Perse , et amena en 1 685 , à Stock- 
holm , plusieurs marchands armé- 
niens , qui apportèrent des soies crues 
pour la valeur de 40,000 riksdalers 
de Suède. Pendant un des voyages de 
Fabrieius , un officier suédois , qui 
était le la suite de l'ambassadeur, eut 
occasion de faire remettre en libellé 
un grand nombre de femmes euro- 
péennes , enfermées dans le sérail du 
monarque persan. C — au. 

FABU1C1US (Jean-Sebald), né à 
Spire, le i5 juin i0>/2, après avoir 
-vi>ité les plus célèbres écoles de 
France, d'Allemagne et de Flandre, 
vint, en i65 r 2, professer à Heidel- 
berg la logique et la langue gneque; 
deux ans après, on lui confia encore 
la chaire d'histoire, et il reçut, en 



FAB 

1607, le grade de docteur en théo- 
logie. Lorsque l'Allemagne, et surtout 
le Pnlatinat , furent ravagés par la 
guerre, en i6-j4> Fabrieius se retira 
en Angleterre, et l'on ignore s'd y 
termina ses jours ou s'il revint en 
Allemagne. 11 a publié dix -huit ou- 
vrages , dont, d'après l'auteur lui- 
même, Freytag donne la liste dans 
son Adparatus litterarius, tom. 111, 
pag. 614-616; il suffira de citer : 
I. Manhemium, civitatis atque cas- 
tri Manhemiani descriptionem ex- 
hibens historicam, Heidelberg, i656, 
in 4°" î H. Lulrea Cesarea > sive 
originis et incrementi urbis lutrensis 
ad prœsens lempus deduetio, Heidel- 
berg , 1 656. C'est un précis de l'His- 
toire de la petite ville de Kaysers- 
Lauter. Le Moreri de 17^9 parle de 
ces deux ouvrages comme n'en fai- 
sant qu'un , et passe sous silence tous 
les autres écrits de Fabrieius; III. 
C. Julius César nurnismaticus sive 
disseriatio historien Dionis Cassii 
selectiora commata ilîustrans, Lon- 
dres , 1678, in-8". Lipsius, dans sa 
Bibliotheca nummaria, cite une édi- 
tion sous le titre de : Dissertatio 
philologica , Heidelberg , 1 67 5 , in-4°. 
A. B— t. 
FABRTCIUS (Jean-Louis), frère 
de Jean Sebald, naquit, en 1O02, à 
Schaffouse, où son père était recteur 
du collège; il y commença ses études. 
En 1690 , il obtint à Utrecht la 
permission d'enseigner, vint à Pa- 
ris en i65'2, et alla, en i656, re- 
joindre son frère à .Heidelberg. 11 eut, 
l'année suivante, la place de profes- 
seur extraordinaire en langue grecque. 
11 remplit à diverses reprises plusieurs 
fondions ecclésiastiques, littéraires ou 
politiques, et revint à Heidelberg. Lors 
de l'incendie de cette ville, il eu sauva 
[es archives , d'abord à Eberbach , 
puis à Francfort, où il mourut en 



FAB 

1697. Ses œuvres, imprimées d'abord 
séparément, ont été recueillies et pu- 
bliées par J.-H. Heidegger, Zurich, 
1698, iu-4°. L'éditeur a mis en tête 
la vie de l'auteur; les ouvrages con- 
tenus dans ce volume, au nombre de 
vingt-six , sans compter les thèses ni 
les programmes académiques , sont 
cniimcre's dans XHistoria bibl. Fabri- 
cianœ, tom. IV, pag. 522-24 • Les 
plus remarquables sont intitulés : 
-jipologia çeneris humani contra 
calumniam atheismi; De baplismo, 
infajitibus heterodoxorum conferen- 
do ; De Ludis scenicis; De Umitibus 
Gbsequii erga homines ; De fide in- 
fantulorum ; De baptismo per mu- 
lierem vel hominem prwatum ad- 
minislrato , etc. Daniel Gerdes attri- 
bue à Fabricius un Traité deDworlio 
bonœ gratiœ , qu'il dit très rare, et 
> qu'on ne trouve pas dans la collection 
donnée par Heidegger. Dans la Cen- 
turia Fabriciorum, J. A. Fabricius 
parle longuement de Jean-Louis. 
A. B— t. 
FABRICIUS ( Jean-Albert ) , le 
plus savant, le plus fécond et le plus 
utile des bibliographes , naquit à 
Leipzig , le 1 1 novembre 1668. Il 
perdit sa mère en 1674 > et cinq ans 
après ( le 9 janvier 1679) son V cre > 
Werner Fabricius , directeur de la 
musique dans l'église de Saint-Paul à 
Leipzig, né à Itzchoe dans le Hols- 
lein , le 10 avril 1 655, auteur lui- 
même de deux ouvrages allemands et 
des Deliciœ harmonicœ , 1657, in- 
4°. Jean-Albert avait commencé ses 
études sous son père, qui, en mou- 
rant , le recommanda à Valentin Al- 
berti. 11 étudia cinq ans sous Wen- 
ceslaz Buhl , puis sous J. S. Hcrri- 
cti.en.llfut,en 1684 , envoyé à Qued- 
linbourg pour y étudier sous Samuel 
Schmidt. Dès cette époque il faisait ses 
délices des Adversaria de Barthius. 



FAB 



55 



Lorsqu'il vit , en 1687 , le premier 
volume du Polyhistor de Morhof, 
il sentit augmenter le vif désir qu'il 
avait déjà de s'adonner aux lettres. 
Revenu à Leipzig en 1686, il fut 
la même année reçu bachelier en phi- 
losophie , et le 26 janvier 1 688 maître 
dans la même faculté : ce fut peu après 
qu'il publia son premier ouvrage for- 
mant une feuille in-4°. Il donna quel- 
ques autres opuscules, et étudia quelque 
temps la médecine, qu'il abandonna 
pour la théologie. 11 alla à Hambourg 
en 1695, et se proposait d'entre- 
prendre quelques voyages , quand il 
apprit que les frais de son éducation 
avaient absorbé son petit patrimoine, 
et même le constituaient débiteur de 
son tuteur. Il resta donc à Hambourg, 
où J.-Fr. Mayer le retint en qualité de 
son bibliothécaire. Il alla en Suède 
avec son patron en 1696, puis revint 
à Hambourg, où il concourut pour la 
chaire de logique et de métaphysique : 
les suffrages se partagèrent entre Fa- 
bricius et Sébastien Edzardi , l'un de 
ses concurrents : on eut recours au 
sort, qui décida en faveur d'Edzardi; 
mais en 1699 Fabricius succéda à 
Vincent Placcius dans la chaire d'élo- 
quence et de philosophie pratique. Il 
prit eusuite à Kiel le bonnet de doc- 
teur en théologie; De 1692 à 1697 il 
avait prêché régulièrement tous les 
mercredi. Dès l'instant qu'il fut nom- 
mé professeur il en remplit digne- 
ment les fonctions : pendant les dix 
premières années il y consacra dix 
heures par jour; dans les dix sui- 
vantes, huit ou neuf heures , puis sept 
ou huit ; ce ne fut qu'après trente ans 
de professorat que , sentant ses forces 
diminuer , il se réduisit à quatre et 
cinq heures par jour. J.-Fr. Mayer 
étant venu s'établir à Greifswald , fit 
offrir, en 1701 , la chaire de théo- 
logie en cette ville à Fabricius , qui la 



5(5 F A B 

refusa pour cause de santé. Il avait , 
en i 708, accepté la place de profes- 
seur çn théologie , en logique et en 
métaphysique, et se disposait à aller 
en prendre possession , lorsque le sé- 
nat de Hambourg le retint en ajoutant 
à sa charge de professeur celle de rec- 
teur de 1 école de St.- Jean , qu'occu- 
pait son beau-père, Sdiultz, que Fa- 
bi'icius était bien aise d'aider dans ses 
fonctions. Schultz mourut en 1709, 
et Fabri< ius se vit encore , pendant 
deyx années, charge du rectorat. En 
17 19 le landgrave de Hesse Cassel 
lui iit des offres tellement avanta- 
geuses , que Fabricius était sur le 
point de les accepter. Cette fois en- 
core les magistrats, surent retenir le 
savant parmi eux, en augmentant son 
traitement de deux cents écus. Fa- 
bricius refusa d'écouter les proposi- 
sitions qu : on lui fit depuis pour l'atti- 
rer à Wiltenbcrg. 11 mourut à Ham- 
bourg le 3o avril 1 ^nti. Cinq mois 
auparavant il avait perdu sa femme , 
dont il eut trois enfants ; savoir : un 
fils mort en bas aqe ; Catherine Doro- 
thée , qui épousa Jean DietericEvers, 
docteur en droit ; et Jeanne-Frédéri- 
que, épouse de II. -S. Rcimar. Outre 
le temps qu'il consacrait à remplir ses 
fonctions de professeur, Fabricius en 
employait encore à sa correspondance, 
qui était très étendue, et à recevoir 
les visites des étrangers; mais il était 
si laborieux , qu'il est l'auteur d'un 
très grand nombre d'ouvrages. Nicc- 
ron , d'après Rrimar , en donne la 
liste qu'il porte à j*i8, en y compre- 
nant , d est vrai , ceux dont il n'est 
qu'éditeur ou même collaborateur ; 
parmi les uns et Jes autres il suffira 
d'indiquer les plus remarquables ou 
les principaux : I. Scriptorum recen- 
tiorum Decas , Hambourg, 1688, 
m- j . de 8 pages , dans lequel il juge 
avec beaucoup de liberté dix auteurs 



FAB 

de son temps ( D.-S. Morhof , Chr. 
Cellarius, H. Witten, Chr. Thoma- 
sius, S. Salden , Abr. ftcrkclius, Ser- 
val Gallcus, J. Tollius, S.-M. Kouig 
et Chr. Eybenius ). Cet ouvrage fut 
attaqué par une Epistola sinceri ve< 
ridici ad candidum philaletham , 
Lubeck , 1689; Ct Fabricius répliqua 
p ir sa Defensio Decadis , in-4°. , 
sans date. 1 1 .Decas decadum swe pla- 
gia riorum et pseudonrmorum cen- 
turia , 1 689 , in-4°. , ouvrage érudit , 
mais sans tables : c'est le seul que l'au- 
teur ait publié sous le nom de Fabcr; 
1IÏ. Bibliotheca latina . swe notilia 
auctorum veterum latinorum quo- 
rumeumque scripta ad nos perve- 
nerunt , Hambourg, 1697, in-8°. ; 
Londres, 1705, in-8°. , avec quel- 
ques additions en petit nombreetquel- 
quefois fautives; Hambourg, 1708, 
in-8". : quoique divisée en livres et 
en chapitres , cette édition n'est pas 
plus recherchée que les précédentes 
dont on fait peu de cas; réimprimée 
avec un supplément en 1712; cin- 
quièmeédition, Hambourg, i^ai-tiJt, 
3 vol. in-8°. : édition estimée, mais 
incommode, parce que les tomes H 
et III renferment les suppléments et 
corrections au I er ., et à laquelle ou 
doit préférer celle de Venise, 1728, 
1 vol. in-4°" , qui a l'avantage de con- 
tenir les additions et suppléments re- 
portés à leur place, mais qui a l'in- 
convénient des fautes et des omissions 
de Fabricius, et par-dessus le mau- 
vais ordre primitif du livre. Ces dé- 
fauts ne se trouvent pas dans l'édi- 
tion de la BibUothçca latina , donnée 
par J.-A. Ernesti à Leipzig, 177^, 
5 vol. in-8 . Le nouvel éditeur a telle- 
ment amélioré l'ouvrage , qu'il en a 
fait un ouvrage nouveau; il en a < 'bau- 
ge l'ordre , ou plutôt il y en a mis ; il 
a supprimé différents opuscules dont 
Fabricius avait grossi inutilement sou 



FAB 

travail , tels que la rhétorique d'Au- 
relius Cornélius Celsus ; mais c'est sur- 
tout à compléter l'indication. des édi- 
tions de chaque auteur qu'il a porte' 
ses soins. L'ouvrage de Fabricius est 
divisé en quatre livres : i°. des écri- 
vains avant Tibère ; 2°. des écrivains 
depuis Tibère jusqu'aux Antonins ; 
5°. depuis les Antouins jusqu'à la cor- 
ruption de la langue latine; le 4 e « li- 
vre est consacré aux fragments et aux 
collections des anciens écrivains la- 
tins. Ernesti a conservé cette divi- 
sion ; mais dans le 3 e livre il a sup- 
primé, i°. l'article sur Sidouins Apol- 
îinaris, qui se trouvait à la suite de ce- 
lui de Syminaquc; 2°. l'article Boece, 
qui était à la suite de celui de Mar- 
tianus Capella; 5". tout le chapitre 
16, consacré à Cassiodore; 4"- Um ^ 
le chapitre 17, consacré à Jornandès. 
Malgré ces retranchements , cepen- 
dant le troisième livre a dans l'édition 
d'Erncsti dix-sept chapitres comme 
dans les précédentes , parce que du 
chapitre 1 2 consacré à Ammien Mar- 
cellin, à Vegece et à Macrobe , le nou- 
vel éditeur a fait ses chapitres 12, 
1 5 et 1 4 , dont chacun ne contient 
qu'un auteur. Dans le quatrième livre 
Ernesti a retranché le chapitre 2 , De 
poëtis christianis , et le chapitre 3 , 
de scriploribus antiquis christianis. 
Il a fait des additions et des suppres- 
sions au chapitre De variis monu- 
mentis antiquis , a réuni les deux 
chapitres De auctoribus linguœ la- 
iinœ et de grammaticis d Putschio 
editis , eu un seul , qu'au moyen d'une 
petite addition préliminaire il a divisé 
en trois sections, et a fait des chan- 
gements considérables aux chapitres 
consacrés aux jurisconsultes, lia sup- 
primé le chapitre De scriptis qui- 
busdam suppositis , et a plus que 
doublé la nomenclature des impri- 
meurs célèbres, qui compose le der- 



FAB 5 7 

nier chapitre de ce quatrième livre. 
Les suppressions faites par Ernesti 
aux livres 111 et IV de la Bibliothecct 
latina, ne devaient êîre que d\s trans- 
positions : elles portent, comme on 
l'a pu remarquer , sur les auteurs 
chrétiens ; or , Ernesti devait consa- 
crer à ces auteurs son quatrième vo- 
lume , qui n'a pas paru. On a an- 
noncé, il y a quelques années, qu'où 
allait l'imprimer; jusqu'à ce qu'il ait 
été publié, l'édition d' Ernesti , malgré 
toutes ses améliorations, ne peut donc 
remplacer entièrement les précéden- 
tes : ce ne sera d'ailleurs que lors- 
qu'elle sera achevée qu'on pourra y 
joindre une table des auteurs, partie 
si nécessaire à ces sortes d'ouvrages. 
IV. Bibliotheca grœca , sive notilia 
scriptorum veterum grœcorum quo- 
rurneumque monumenta intégra aut 
fragmenta édita extant, inmplero- 
rumque è manuscript. ac deperdilis , 
Hambourg, i^pS-fiaS, «4 vo '« m " 
4°. : le premier volume a été réim- 
prime en 1708 et en 1718; et l'on 
préfère cette dernière réimpression , 
où il y a quelques augmentations. Tous 
les autres volumes, sans exception, 
ont été aussi réimprimés, soit du vi- 
vant de l'auteur, soit après sa mort, 
mais sans changements notables , du 
moins. La Bibliotheca grœca est le 
plus important de tous les ouvrages 
de l'auteur : elle lui a mérité de la 
part de Needham , le surnom de 
Maximus antiquœ eruditionis thé- 
saurus ; et de la part de Heumann , 
celui de Muséum greeciœ. Eile est di- 
visée en six livres qui sont subdivisés 
en chapitres : le premier livre traite 
des écrivains avant Homère ; le se- 
cond , des écrivains depuis Homère 
jusqu'à Platon; le troisième, depuis 
Platon jusqu'à J.-C. ; le quatrième, 
•depuis J.-C. jusqu'à Constantin ; le cin- 
quième, depuis Constantin jusqu'à la 



58 F A B 

prise de Constantinople, en i45?>; 
enfin, le sixième livre comprend les 
collections de canons , les juriscon- 
sultes et les médecins grecs. L'ouvrage 
manque quelquefois d'ordre , de'faut 
que la méthode de travailler qu'avait 
adoptée Fabricius rendait inévitable : 
aussitôt qu'il avait de quoi former un 
volume il le livrait à l'impression. 
Aussi au milieu d'un livre voit- on 
quelquefois des index des premiers 
chapitres du même livre : l'auteur a 
mis, soit au milieu de ces livres, soit 
à la fin, tantôt des fragments iné- 
dits d'auteurs grecs, tantôt des disser- 
tations entières, déjà imprimées, d'é- 
crivains modernes. Celte confusion 
est réparée , jusqu'à un certain point, 
par la table du dernier volume ; et , 
malgré ces imperfections , la Biblio- 
theca grœca est un livre très remar- 
quable. Une nouvelle édition a été 
entreprise par M. J.-C. Harles ; déjà 
j '2 volumes , contenant les dix pre- 
miers volumes et les deux tiers du 
onzième de l'ancienne édition , ont 
paru à Hambourg , de 1 790 à 1812, 
in -4°. Fabricius avait souvent mal 
observé la chronologie, et quelquefois 
parlait du même auteur en plusieurs 
endroits. M. Harles en corrigeant ces 
fautes , a aussi remis à la place qu'ils 
devaient occuper , les index , tables 
et autres morceaux. 11 a supprimé les 
opuscules ou fragments que Fabricius 
avait insérés dans son livre , et dont il 
a été fait depuis de bonnes éditions. Il a 
ajouté les suppléments inédits qu'avait 
laissés Fabricius lui-même, et ceux 
de Ch.-Aug. Heumann. Le nouvel édi- 
teur a indiqué non seulement les édi- 
tions nouvelles des auteurs grecs ; 
mais encore leurs traductions dans les 
langues de l'Europe. Dans le pro- 
gramme de son édition , il donne les 
noms des savants qui lui ont envoyé* 
ou promis des matériaux et des notes. 



FAB 

Ce sont MM. Grimer , pour les mé- 
decins ; Richter , pour les juriscon- 
sultes ; Scharfenbcrg, pour les inter- 
prètes du V.T. ; Henkc, pour les au- 
teurs ecclésiastiques; Zeune, Jacger , 
Krohn , Roth ; et Lengnich , qui non 
seulement a fourni ses propres notes , 
mais encore celles de Wernsdorf. 
L'éditeur a eu soin de mettre au 
haut de chaque page le rapport de 
l'ancienne édition ; ce qui donne la 
facilité de trouver sur-le-champ les 
renvois faits cà la première édition. 
Dans un travail tel que celui qu'a en- 
trepris M. Harles , les erreurs ( ne 
fût-ce que les fautes typographiques ) 
sont inévitables ; mais elles sont 
plus que compensées par les amé- 
liorations et les additions qui , tou- 
tes les fois que cela a été possible , 
sont renfermées entre deux crochets. 

V. Cenluria Fabriciorum scriptis 
clarorum qui jam diem suum obie- 
runt, 1700. in-8. Il publia une se- 
conde Centurie en 1727, et en avait 
préparé deux autres. L'auteur a admis 
dans ses Centuries non seulement les 
personnages dont le nom de famille est 
Fabricius , et ceux dont Fabricius n'est 
que le prénom, mais encordes auteurs 
dont le nom, d'une langue quelconque, 
se traduit ou peut se traduire par les 
mots de Fabricius ou de Faber. Ainsi 
il a donné place dans ses Centuries à 
Fabricio Campoliui, 'Véronais, à Le 
Fèvre de la Boderie ( Fabricius Bo- 
derianus ) , à N. C. Fabri de Peiresc 
( N. C. Fabricius de Peiresc ) , à Gui 
du FamPibvac{Fabricius Pibracius), 
aux Schmid , dont le nom signifie eu 
allemand forgeron ou maréchal, etc. 
En général ce sont des sommaires ou 
des résumés, et même quelquefois de 
simples notes; un très petit nombre 
d'articles offrent des détails curieux. 

VI. Bibliotheca antiquaria , sive in- 
troduciio in nolitiam scriptontm qui 



FAB 

anliqnilales hebraicas , grœcas , ro- 
mands et christianas scriptis illus- 
trarunt, 1715, in-4°. ; 1726, in-4°.^ 
troisième édition , d'après un manus- 
crit de l'auteur, donnée par P. Schaffs- 
Jiausen, Hambourg, 1760, in-4°. 
L'éditeur a complété l'ouvrage en y 
ajoutant l'indication de ce qui avait 
paru depuis la mort de Fabricius. VU. 
Centifolium lutheranum , sive noli- 
tia Utteraria scriptorum omnis ge- 
neris de B. D. Luthero, 1728, in- 
8°.; seconde partie, 1750, in 8°. 
VIII. Conspectus thesauri litterarii 
in Ilalid, prœmissam habens prœter 
alla , notitiam diariorum Italice 
litterariorum thés aurorum que ac 
corporum historicorum et acade- 
miarum, 1750, iu-8°. IX. Delectus 
argumentorum et sjllabus scripto- 
rum qui veritatem religionis chris - 
tianœ adversùs alheos , epicureos , 
deistas seu naturalistas , idolâtras, 
judœos et muhammedanos lucubra- 
tionibus suis asseruerunt , 1 721 , in- 
4°- 11 avait déjà donné un essai de cet 
ouvrage dans le tome 7 e . de sa Biblo- 
thaca grœca. X. Saluiaris lux Evan- 
gelii loti orbi per d'winam graliam 
exoriens, sive notitiahistorico-chro- 
nologica, Utteraria et geographi- 
ca. propagalorum per orbem totum 
chris lianorum sacrorum , 1731, in- 
4°. L'ouvrage est divisé en cinquante 
chapitres; l'auteur commence par rap- 
porter les prophéties , les préceptes 
et les témoignages de tous les livres 
saints ; il rapporte ensuite les témoi- 
gnages des auteurs sacrés et profanes, 
juifs ou chrétiens, concernant la pro- 
pagation de l'Evangile; il parle ensuite 
de tout ce qui concerne la religion 
chrétienne dans ses commencements, 
les apôtres, les églises qu'ils ont fon- 
dées , les apologistes et les détracteurs 
de la religion, la vie et les mœurs des 
chrétiens, les empereurs quiontpro- 



F A B 5r> 

tégé et propagé le christianisme; il 
passe ensuite au progrès de cette reli- 
gion dans les différents pays , en Ita- 
lie, en Espagne, en Portugal, dans 
les Gaules , en Angleterre , en Suisse, 
en Hongrie, Bohême, Pologne, Mo- 
ravie et Danemark ; un chapitre est 
consacré aux croisades , un autre aux 
Ordres religieux , un à la congrégation 
De propagande Fide , plusieurs aux 
Missions dans les Indes , en Perse , 
en Arménie, en Chine, au Japon, en 
Tarlarie, dans le royaume du Prêtre- 
Jean , en Asie , en Afrique , en Améri- 
que. Fabricius indique les auteurs qui 
ont traité des matières qui font le su- 
jet de chaque chapitre. L'ouvrage en- 
tier est terminé par un Index alpha- 
beticus ephcopatuum christianorum 
per totum orbem ; cet Index est beau- 
coup plus ample que celui que l'au- 
teur avait déjà donné dans le tome 
XII de sa Bibliotheca grœca. XL 
Hydrotheologie (en allemand), 1 734, 
in-4". , traduit en français (par le doc- 
teur Burnand) , sous le titre de Théo- 
logie de l'eau , on Essai sur la bonté 
de Dieu, etc., La Haye, 1 74 f 5 in ~ 
8". XII. Bibliotheca latina mediœ 
et infimœ latinitatis , 1 754,-56, 5 
vol. in-8°. Elle est rangée par ordre 
alphabétique des noms et prénoms des 
écrivains. L'auteur tomba malade pen- 
dant l'impression du 5 e . volume, et 
mourut laissant l'ouvrage incomplet 
au moi Poage. Chr. Schoettgen entre- 
prit, en 1708, à la sollicitation de 
J.Chr. Wolf, de continuer et d'achever 
l'ouvrage, et donna en effet, en 1746, 
un sixième volume contenant le reste 
delà lettre P, et les autres lettres jus- 
ques et y compris la lettre Z. Fabri- 
cius n'avait laissé que quelques notes 
sur des feuilles volantes , qui furent 
communiquées à Schoettgen par Rei- 
mar , mais qui étaient si peu de chose, 
qu'elles ne dispensèrent pas le conti- 



60 F A B 

nuateur de faire un travail et des lec- 
tures aussi considérables que s'il eût 
eu l'ouvrage entier à ri faire. Pendant 
que Schoeltgen s'occupait de la pré- 
face de son volume, il apprit , par le 
Journal des Savants { sept, i 745 ), 
que l'abbé Laurent Mchus , Floren- 
tin , avait aussi projeté d'achever la 
Bibliotheca mediœ œtalis , avec des 
suppléments. 11 ne paraît pas que ce 
projet ait eu de suite; mais J. D. Mansi 
a donné, à Padoue ( 1754, 6 pe- 
tits vol. in - 4°« )y une réimpression 
du travail de J. A. Fabricius et de 
Schoettgcn ; il a fait des additions à 
quelques articles , et a ajouté des ar- 
ticles entiers. Ces additions sont dé- 
signées par un asténque. Mansi ne 
s'est pas contenté de suppléer les omis- 
sions , il a fait disparaître les doubles 
emplois ; il est remarquable que 
Mansi , habitant Fit;* lie , ne fasse au- 
cune mention de l'édition projetée par 
L. Mehus. — Les édition s queFabricius 
a données d'un grand nombre d'ou- 
vrages, auxquels il a ajouté des pré- 
faces et des notes, suffiraient seules 
pour lui mériter un rang distingué 
dans la république des lettres. Les ou- 
vrages dont Fabricius n'a été qu'édi- 
teur , et qui méritent le plus d'atten- 
tion , sont : I. Vincenlïi Placcii 
theatrum anonymorum et pseudony- 
morum, Hambourg, 2 vol. in-fol. 
A la suite de Plaeeius et de Deekherr 
( Voy. Deckherr ) , J. A. Fabricius a 
f. lit réimprimer le traité de Fr. Geis- 
ler : De mutationum nomine et ano- 
nymis scriptoribus , et la lettre de 
J. F. Mayer, intitulée : Epistolica 
dissertatio qud anonymorum et 
pseudony morum Farrago obiter in- 
dicatur. Jean Fabricius, au tom. 111 de 
son Historia bibliotheca? Fabricianœ, 
pag. 159-171 , dt'ii-e d<s (oirectiODS 
e( additions pour les deui voumes 
publiés par J. Albert Fabricius. IL 



FAB 

Joannis Mabillonii iter germani- 
cum , et Joannis Launoii de scholis 
celebribus à Carolo Magno et post 
Carolum Magnum in occidente ins- 
taurais liber, 1 7 1 7 , iu-8". ;( Voy, 
Mabii.lun). 111. Anselmi Bandurii 
Bibliotheca nummaria, 1719, in-4"., 
avec des notes ( Voy. Banduri ). IV. 
Danielis Georgii Morhofù polyhis- 
tor litterarius philosophicus et prac- 
ticus , cum accessionibus Joannis 
Frikii et Joannis Molleri, 1732, 
•2 vol. in-4 . La première édition com- 
plète de cet ouvrage parut c 11 1707, 
in-4"., l )ar l° s s°i ns de J. Mollet- qui 
l'avait achevé; ce fut le même !\loller 
qui donna, en 171 4 -, la seconde édi- 
tion avec quelques corrections. Fabii- 
cius en donna la troisième édition en 
17J2, n'y fit d'autre augmentation 
qu'une préface dans laquelle est une 
notice ( en 5o pages ) des Journaux 
littéraires. Enfin l'édiîion de 1747» 
due aux soins de J. J. Schwab , n'a 
avec celle de 17^2 d'autre différence 
que celle qui .se trouve dans cette 
notice de Journaux que le nouvel 
éditeur a augmentée d'environ 280 
artieles. V. Bibliotheca ecclesiastica, 
1718, in-fol. Fabricius a donné, sous 
ce titre, un recueil de plusieurs au- 
teurs qui ont écrit sur le^ écrivains ec- 
siastiques, savoir : S. Jérôme avec 
l'ancienne version grecque et les notes 
de plusieurs savants ; Genuade de 
Marseille; Isidore de Séville; Ilde- 
fouse de Tulède; Ilonorius , d'Au- 
tun ; Sigebert de Gcmblours; Henri 
de Garni; l'anonyme de Perpière; 
Diacre de Viris illustribus monas- 
terii Casinensis ; Trilhème ; et 
YAucluarium de Lemirc. VI. Codex 
apocryphus JSovi Tcstamenti col- 
lectus, castigatus, testimoniisque , 
ccn>ufts et animadversionibus illus- 
tratus , »7o3, 2 vu!, in-8.; 1J19, 
5 vol. in-8'., contenant les pièces 



FAB 

apocryphes qui concernent J.-C. et 
les apôtres. VI. Codex pseudepigra- 
phus Veteris Testamenti cottectus, 
castigatus , testimoniisque , censuris 
et animadwersionibus illustrants . 
1713, in-8'; 17-2*2, 2 vol. ( Voy. 
aussi Allacci, Colomies , A. Dr- 
chesne, D. Durand, Fenelon, 

S. HlPPOLYTE, LAMBECIUS, SexTUS 

Empiricus , G. J. Vossius. ) 11 avait 
projeté une édition d'Eunape et une de 
Dion Gassius ; les notes qu'ila laissées 
sur ce dernier auteur ont servi pour 
l'édition qui a paru en 1 75o. On a im- 
primé ta» trois premières feuilles (TEu- 
nape in-8 ; mais la lenteur de l'im- 
primeur dégoûta Fcibiicius qui n'a- 
cheva pas son travail ( Voy. J.-B. 
Carpzov, tome Vil, pag. 189). H. S. 
Beimar , gendre de Fabricius , 5 donné 
De vitd et scriptis Joannis Alherti 
Fabricii commentarius,\ 737,in-8°. , 
avec le portrait de Fabricius. L'ou- 
vrage de Keimar a été la source où 
Niceron , Chauffepié , etc. , ont puisé 
les articles qu'ils ont consacrés à Fa- 
bricius. Dans le premier volume de 
la première édition de la BibUotheca 
grœca on trouve un portrait de 
J. A. Fabricius , mais il ne ressemble 
pas à celui qu'on voit en tête de l'ou- 
vrage de Reimar. Il y a aussi un fort 
beau portrait de Fabricius au devant 
du Dion Gassius de Reimar. A. B — t. 
FABRICIUS (François), profes- 
seur de théologie à l'université de 
Leyde , naquit à Amsterdam le 1 
avril i()G5. Ayant à l'âge de cinq 
ans perdu son père et sa mère, il fut 
redevable de sa première éducation 
à son aïeul maternel , qu'il perdit 
bientôt après ( «675). Après avoir 
fait ses études , Fabricius se consacra 
h la théologie , et devint ministre à 
Velzen. Ce fut en 170J qu'il suc- 
céda à J. Trigland dans la chaire de 
théologie en l'université de Leyde - } il 



FAB 6t 

avait été quatre fois recteur decette uni- 
versité (en 1 708, 1716, 1 7>-4, 1 7^6), 
lorsqu'il mourut le '27 juiliel 1708. 
On a de lui : I. Chrislus uniewa ac 
perpetuum fundamentum ecclesiœ , 
Leyde, 1717, in - 4 '. C'est le dis- 
cours inaugural qu'il prononça en 
prenant possession de sa chaire; II. 
De sacerdotio Christi juxla ordi- 
hem Melchizedeci , 17*20, in-4°. ; 
111. De christologid noachied et 
Abrahamicd , 1 720 , in - 4°. ; IV. 
De fide christiand patriarcharum 
et prophetarum , 1720, in-4°.; V. 
De oratore sacro , 1720, iu-4". 
On a aussi de lui six Sermons en 
hollandais. Saxius dit que c'est à Fr. 
Fabricius qu'on doit 1' Oratio in na- 
talem centesimum et quinquagesi- 
mum academiœ Batavœ quœ est 
Lugduni Batavorum , 1720, in-fol. 
et in-4°. A. B — t. 

FABRICIUS ( Christophe - Ga- 
briel ) , né le 1 8 mai 1 684 à Schacks- 
dorf, village de L Basse-Lusacc , étu- 
dia la théologie protestante à l'uni- 
versité de Wittenberg, et fut nommé 
en 1 703 pour prêcher l'évangile en 
langue wende (slave) aux habitants 
de Mulknitz et de Weysaghk dans la 
Basse-Lusace, et en 1740 à c ux 
de Daubitz dans la Lmace supé- 
rieure. 11 y termina sa carrière le 12 
juin 17^7. Il a publié un Catéchisme 
et des Pièces en langue wende ; mais 
ce qui l'a rendu remarquable c'est le 
zèle et l'activité qu'il déploya pour 
s'opposer aux progrès que le sys- 
tème religieux imaginé en 1727 par 
le comte de Zinzendorf faisait clans les 
deux Lusaces. Regardant l'associa- 
tion formée par cet homme fanatique, 
qui cachait des vues ambitieuses et 
un pewchant voluptueux sous des 
dehors religieux, comme très dange- 
reuse pour le christianisme et pour 
le protestantisme en particulier, il 



6i 



FAB 



ne cessa de combattre les herrenhu- 
thers dans ses serinons et par ses 
écrits. Dans deux.de ces ouvrages 
intitules l'un Das entlaervte herrn- 
huth ( Herrenhulh démasqué), Wit- 
tenberp;, 17^, J»-4°-> et l'autre : 
Entdeckte herrnhutesche Satire- 
rey ( Découverte de l'esprit de secte 
des herrenhuthers ) , Wittenberg , 
1 749 -, in - 8°. , il s'attacha surtout à 
prouver que les disciples de Zinzen- 
dorf n'étaient pas, comme ils vou- 
laient le l'aire croire, les descendants 
des anciens frères Moraves ; mais 
une secte nouvelle réprouvée par les 
lois de l'empire, lesquelles ne re- 
connaissaient que les trois cultes, ca- 
tholique, luthérien et réformé. S— l. 
FABRIC1US (Jean -André), né 
en 1696 à Dodendurf, près Magde- 
bourg,fut successivement adjoint de 
la faculté philosophique de lena , 
professeur du collège Carolin deBruns- 
vvick , et depuis 1755 recteur du 
gymnase de Nordhausen. Il mourut 
en cette ville le 28 février 1 769. 11 
a publié un grand nombre d'ou- 
vrages élémentaires qui ont eu de la 
vogue jusqu'à ce que des travaux plus 
modernes les aient remplacés. L'art 
oratoire, la logique et l'histoire litté- 
raire étaient les parties dont il s'oc- 
cupa de préférence. Il donna en 1724 
une Rhétorique philosophique qu'il 
refondit entièrement en 1 739J à cette 
nouvelle édition il ajouta une Poéti- 
que allemande , la première peut- 
être qui ait paru. Sa Logique d'après 
la méthode mathématique parut en 
1755, et dans de nouvelles éditions 
en 1707, 1746 et 1758, in-8'. De 
1748 à 1 7^9 il publia une Biblio- 
thèque critique en 74 tomes ou 4 
vol. in-8., et de 1752 a 17^4 une 
Histoire littéraire en 5 vol. in-8'. Il 
eut aussi part à ['Histoire ecclésias- 
tique que J .-George lleuesius et Ero. 



FAB 

Stocxman firent paraître en 1733 en 
2 vol. in-4°. Tous ces ouvrages sont 
écrits en allemand. En latin, il avait 
publié en 17 17 une Dissertatio de 
Maihesi patribus primee ecclesiœ et 
aliis quibusdam non suspecta, Leip- 
zig, in-4°. En 1728 il donna des 
Institutiones styli latini , Leipzig , 
in-8'. S — l. 

FABRICIUS ( Philippe-Conrad ) , 
né le 2 avril 1714 à Butzbach, pe- 
tite ville de la Hesse , étudia la méde- 
cine à Giessen et à Strasbourg, exerça 
son art dans sa ville natale depuis 
1738, fut nommé en 1748 professeur 
d'anatomic , de physiologie et de phar- 
macie à l'université de Helmstadt, 
et décoré en 1750 du titre de con- 
seiller aulique du duc de Brunswick. 
Il mourut à Helmstadt le 19 juillet 
1774. L'exercice de sa chaire lui four- 
nit l'occasion de publier beaucoup de 
consultations, de dissertations et de 
programmes, espèce d'écrits par les- 
quels les professeurs allemands ont 
coutume d'annoncer toutes les so- 
lennités académiques , et où ils traitent 
toujours quelque matière scientifi- 
que. A côté des travaux qui dépen- 
daient de sa place, Fabricius s'occupa 
beaucoup d'histoire naturelle , et sur- 
tout de botanique. Pendant son sé- 
jour à Butzbach il avait fait impri- 
mer ses P rimitiœ Florœ Butesbacen- 
sis, seu P 7 décades plantarum rario- 
rum propè Butisbacum sponte nas- 
centium, en un vol. in-8 ., 1 743 ; son 
Enumeratio methodica plantarum 
horti medici Helmstadensis , en 
un volume in-8". , eut trois éditions, 
en 1759, 1765 et 1776. S — l. 

FABRICIUS ( Jean-Chréties ) , 
le plus célèbre entomologiste du 18 . 
siècle , naquit à Tundern , dans le du- 
ché de Sleswkk, en 17 i--.. Après 
avoir terminé BeS éludes , à i'à,e de 
vingt ans, il se rendit à Upsal pour 



FAB 

y suivre les cours de Linné'. On ne 
peut se dissimuler qu'aucun disciple 
ne fut plus que Fabricius redevable 
aux leçons de son maître. Tous ses 
ouvrages sur l'entomologie , qui lui 
ont valu une réputation justement rac- 
ritéc , nous montrent les préceptes , 
la méthode , et même les formes de 
style de Linné appliqués au déve- 
loppement d'une seule idée neuve , 
heureuse et féconde. Fabricius était 
bien loin de déguiser les obligations 
qu'il avait à son maître : il a décrit 
avec beaucoup de charmes les mo- 
ments heureux qu'il a passe's auprès 
de lui ; et peut-être est-il celui qui 
nous a transmis sur ce grand homme 
les détails biographiques les plus in- 
téressants et les plus propres à le faire 
bien connaître. Le souvenir qu'il en 
conservait ne s'affaiblissait point avec 
l'âge, et nous ne l'avons jamais en- 
tendu prononcer sans attendrissement 
le nom de son bon Linné. Ce fut en 
étudiant sous lui qu'il conçut le projet 
de ses travaux sur les insectes et l'idée 
de son système. 11 nous a souvent 
dit que la première bouche d'insecte 
qu'il disséqua, fut celle d'un hanne- 
ton ; il la montra à Linné, avec la 
description qu'il en avait faite , et il 
lui proposa de faire usage des or- 
ganes de la bouche pour établir les 
caractère des insectes dans la nou- 
velle édition du Systema naturœ , 
que Linné préparaît. Celui-ci encou- 
ragea son élève à poursuivre cette 
marche ; mais il refusa de s'y enga- 
ger, parce que, disait-il, il était trop 
âgé pour changer de méthode. Fa- 
bricius, forcé de choisir un état, étu- 
dia la médecine, et fut reçu docteur 
à l'âge de vingt-cinq ans ; mais , bien- 
tôt nommé professeur d'histoire na- 
turelle à l'université de Kiel , il se 
livra entièrement à ses études favo- 
rites, et fit paraître, en 1 775 ? son 



FAB 63 

système d'entomologie. Cet ouvrage 
donna une nouvelle face à la science. 
Swammerdam et Ray avaient classé 
les insectes d'après leurs métamor- 
phoses ; Lister , Linné , Geoffroy , 
d'après les organes du mouvement : 
quelques entomologistes, Réaurnur, 
Scopoli , Linné lui - même s'étaient 
servi de la considération des orgams 
nutritifs pour caractériser quelques 
genres; mais avant Fabricius, per- 
sonne n'avait songé à coordonner ces 
principes à une classification générale. 
Cette idée était à la fois neuve et har- 
die , et l'auteur l'exécuta avec beau- 
coup d'habileté. Deux ans après il 
développa dans un second ouvrage 
les caractères des classes et des gen- 
res : dans les prolégomènes de cet ou- 
vrage il montre les avantages de sa 
méthode, et en excuse les inconvr- 
nients. Enfui il publia, en 1778, 
une Philosophie entomologique , à 
l'exemple de la Philosophie bota- 
nique de Linné. Depuis cette époque 
jusqu'à sa mort, ou pendant plus de 
trente ans, Fabricius s'est occupé sans 
relâche à étendre son système , et à 
le reproduire sous diverses formes 
dans des ouvrages qui portent des 
titres différents. Possédant à fond plu- 
sieurs langues anciennes et modernes, 
il parcourut, dans ce but , chaque 
année les états du nord et du centre 
de l'Europe, fréquentant les musées 
d'histoire uaturelle, formant des liai- 
sons avec les hommes instruits de 
tous les pays , et décrivant partout 
avec une infatigable activité les in- 
sectes inédits. Mais à mesure que le 
nombre des espèces s'accroissait sous 
sa plume laborieuse , les caractères 
des genres , et même des classes , 
devenaient de plus en plus incer- 
tains et arbitraires ; et , sous ce 
point de vue fondamental, ses der- 
niers écrits sont peut-être inférieurs 



64 



FAB 



aux premiers. La base qu'il avait prise 
était excellente ; seulement elle ne de- 
vait point, comme il le pensait, le 
conduire à un système , mais à une 
méthode naturelle. C'est pour avoir 
méconnu cette vérité', que Fabricius 
a trop néglige les autres considérations 
qui lui auraient fourni des moyens 
plus exacts de classification. Il ne faut 
pas cependant dissimuler qu'il a eu 
le sort de tous les hommes qui ont le 
bonheur de fournir une longue car- 
rière , après avoir, par leurs travaux, 
imprimé un grand mouvement à la 
science qu'ils cultivent : l'âge et la 
lassitude les empêchent de suivre les 
progrès dont on leur est redevable , 
tandis que d'autres, plus jeunes et 
plus actifs , parlant du point où ils 
se sont arrêtés , marchent en avant 
et les surpassent. Cependant Fabri- 
cius a encore l'avantage d'avoir pré- 
senté le catalogue le plus complet d'in- 
sectes décrits d'après nature : tant 
qu'il a vécu, il a tenu le sceptre de 
la branche importante d'histoire na- 
turelle dont il s'était emparé ; et , bien 
loin d'être jaloux des succès de ceux 
qui couraient la même carrière , il 
les a encouragés par ses éloges. Après 
avoir pris connaissance d'un pre- 
mier travail que nous avions fait sur 
les Aranéïdcs , il eut, l'année suivante, 
la complaisance de nous apporter de 
Kiel toutes les araignées exotiques de 
sa collection ; et lorsque nous lui eû- 
mes communiqué les observations 
critiques que l'intérêt de la science 
nous forçait de faire sur ce qu'il avait 
écrit relfltivemcnt à cette classe d'in- 
sectes, il les approuva, et lut le pre- 
mier à nous engager à les imprimer : 
loueavccfranchi.se, mais critique aussi 
avec sévérité par M. Latreille, Fabri- 
cius se plut à rendre justice aux tra- 
vaux de l'entomologiste français; il se 
montra docile à quclqucs-uucs de ses 



FAB 

critiques, et resta toujours son ami. 
N'oublions pas cependant de dire que, 
par des raisons que nous ignorons , 
Fabricius s'est écarté de cet esprit de 
justice qui le caractérisait, en inscri- 
vant dans un de ses derniers ouvrages 
au nombre des figuristes , le nom 
à' Olivier, qui, certainement, mérite 
d'occuper une autre place ( Voyez 
Olivier). Fabricius avait des connais- 
sances très étendues en botanique et 
dans toutes les parties de l'Histoire 
naturelle. Il avait été nommé conscil- 
ler-d'état du roi de Danemark , et 
professeur d'économie rurale et poli- 
tique; en cette qualité il a publié, dans 
les langues allemande et danoise, 
plusieurs ouvrages utiles , quoique 
moins célèbres que ceux qu'il fit pa- 
raître sur l'entomologie; tous ces tra- 
vaux littéraires, ses fréquents vovages, 
les soins qu'il donnait à ses élèves 
remplissaient sa vie , qui paraissait 
devoir être longue; sa santé était ro- 
buste et son tempérament vivacc : 
mais les désastres de sa patrie qui cu- 
rent lieu en 1807 l'affectèrent doulou- 
reusement; il était alors en France, 
pays où il aimait à séjourner , et 
qui était pour lui une seconde pa- 
trie. Nous rengageâmes à y rester : 
les papiers publics annonçaient le 
bombardement de Copenhague par 
les Anglais. « Mon roi csPinalhcu- 
» rcux, disait-il, et il fuit que je 
» retourne auprès de lui. » H par- 
tit, et peu de temps après nous ap- 
prîmes que cet homme illustre avait 
succombé à la mélancolie qui le con- 
sumait : il avait alors soixante -cinq 
ans. Fabricius était de petite taille, 
sa physionomie était vive, gaie, ex- 
pressive; elle avait un caractère de 
bonhomie qui, lorsqu'on le considé- 
rait avec attention, Contrastait avec la 
finesse de sou regard. L'étendue de 
ses connaissances, ses liaisons avec 



FAB 

les hommes les plus illustres de son 
siècle, sa modestie, sa douceur et. son 
enjouement, tout contribuait à rendre 
sa conversation intéressante et ins- 
tructive. M. Lalrcille a fait paraître, 
dans les Annales du muséum d'histoire 
naturelle pour 1808, une notice sur 
Fabricius; c'est la seule dont nous- 
ayons eu connaissance. Si nous avions 
pu nous procurer celles que l'on a du 
publier en Allemagne , et l'ouvrage 
où il a lui-même consigné des détails 
sur sa propre vie, cet article eût été 
moins imparfait et plus complet. Il 
nous reste à faire connaître 'es nom- 
breux écrits de Fabricius; nous com- 
mencerons par ceux qui sont relatifs 
à l'entomologie : t. Sj'stema entomo- 
logiœ, Flensburg, 1775, in-8'. Ce 
livre renferme non seulement l'expo- 
sition des caractères essentiels des 
classes et des genres du nouveau sys- 
tème que l'auteur voulait établir, mais 
encore toutes les espèces alors con- 
nues; II. Gênera insectorum , Chilo- 
nii (Kiel), 1 vol. in 8'., sans date et 
sans nom d'imprimeur; la préface est 
datée du 26 décembre 1776. Cette 
exposition détaillée des classes et des 
genres est suivie d'une Mantissa (ou 
Supplément) d'espèces nouvellement 
découvertes qui font suite au Syste- 
ma;\\\. Philosophia entomologica, 
Hambourg, iu-8'., 1 778. C'est encore 
le meilleur ouvrage de ce genre. IV. 
Species insectorum , ibid. , 1781, 
in-8'., 2 vol. L'auteur', dans la pré- 
face , avoue qu'il n'a pu discerner les 
caractères génériques de la bouche 
d'un grand nombre de petites espèces 
dans les genres des phaiènes, descha- 
ransons, des carabes, des mouches, 
des ichneumons, des tenthrèdes, et 
il invite les entomologistes à s'occu- 
per de monographies sur ces insectes : 
déjà il voyait qu'il ne pouvait seul 
achever l'édifice dont il n'avait que 

XIV. 



FA.B 



m 



posé les înses. V. Mantissa insecto- 
rum, Hafnise (Copenhague), 1787, 
in-8°. , 2 vol. C'est un supplément à 
l'ouvrage précédent, presqu'aussi vo- 
lumineux que l'ouvrage même ; VI. 
Nova insectorum gênera, dans les 
Mémoires de la Soc. d'hist. natur. de 
Copenhague, tom. I, l re . part. L'au- 
teur établit sept genres nouveaux dans 
ce Mémoire ; VII. Entomologia syS' 
tematica, Copenhague, 1792 a 1796J 
7 vol. in-8°. , en y comprenant [In- 
dex alphabeticus ; mais les six pre- 
miers volumes ne forment que quatre 
tomes , le premier et le dernier étant 
divisés en deux parties: tous les Spe- 
cies précédents sont refondus dans 
ce grand ouvrage, où l'auteur a pour 
la première fois introduit les classes 
des Piezates , des Odonates, et des 
Mitosates , qui , auparavant , étaient 
réunis dans une seule et même classe, 
sous le nom de Synistates : de sorte 
qu'il mettait dans une même division 
les abeilles et 1rs cloportes, les éphé- 
mères et les araignées, les libellules ou 
demoiselles et les scolopendres; VIII. 
Supplementum entomologie syste- 
maticœ , Copenhague, 1798, in-8°., 
avec de nouveaux genres et de nou- 
velles espèces dans toutes les classes. 
L'auteur a donné, daus cet ouvrage, 
un travail entièrement neuf sur la 
classe des Agonates ou crustacés, qu'il 
fit disparaître de son système et 
qu'il subdivisa en trois, les Polygo- 
nales, les Kleistagnales et les Exo- 
chnates. Il faut joindre à ce vo- 
lume un Index alphabeticus de cin- 
quante-deux pages, qui ne parut 
qu'un an après, ibid., in-8'. Enfin, 
Fabricius voulut refondre encore tous 
les ouvrages précédents en un seul , 
en publiant successivement un Species 
pour chaque classe d'insectes en par- 
ticulier, et il fil paraître : ÏX. Sys- 
tema Eleutheratorum , Kicl , 1 80 1 , 



66 F A B 

i vol. in-8 ., avec un Index in-4% 
imprimé à Brunswick ; X. Systema 
JRhyngotorum , Brunswick, i8o3, 
in-8°. , avec un Index ii>4 «, publié 
«n i8o5 ; XI. Systema Piezatorum, 
ibid. , i8o4, in-8".., et un Index 
iu-4°. ; Xlï. Systema Antliatorum , 
ibid. , i8o5 , in-8°., et un Index in- 
4". La mort surprit Fabricius au mo- 
ment où il venait de finir le premier 
volume du Systema Glossatorum , 
qui n'est connu que par l'extrait 
qu'en a donné Illiger, et ce volume 
fut le dernier qu'il écrivit sur les 
insectes. XIII. Description de la 77- 
pula sericea, et de sa larve, dans le 
.Recueil de la Société des scrutateurs 
«le la nature , de Berlin, tom. Vj 
XIV. De Systematibus entomolo- 
gicis, dans le même Recueil, II e . 
partie, pag. 98. Le professeur Gi- 
seke a publié, d'après les notes ma- 
nuscrites de Fabricius et les sien- 
nes propres, les leçons de Linné 
sur l'ordre naturel des plantes, Ham- 
bourg , 1 792, 1 vol. in-8°. XV. Con- 
sidérations sur tordre général de 
la nature, Hambourg, 1 781 ,in-8°.j 

XVI. Traité de la Culture des 
plantes à l'usage des cultivateurs ; 

XVII. Observations sur l'engourdis- 
sement des animaux durant l'hiver, 
inséré dans le nouveau Magasin de 
physique et d'histoire naturelle , 
(tom. IX, part. IV, pag. 79-82); 

XVIII. Résultat des leçons sur V His- 
toire naturelle , Kiel, 1804, 1 vol. 
in-8°. ; XIX. Sur V accroissement de 
la population , particulièrement en 
Danemark. Cet ouvrage occasionna 
une petite guerre littéraire, et fut 
critiqué par Geo. Bruyn, Ambro- 
«ius et deux anonymes ( Voyez, h 
ce sujet, la Bibliothèque statistique 
de Meuscl ) ; XX. Eléments d'é- 
conomie politique à tus âge des étu- 
diants , Flcnsbourg, 1775, iu-8' J . 



FAB 

L'auteur donna une nouvelle édi- 
tion de cet ouvrage à Copenhague , 
1783, in-8°. , XXI. Renseignements 
historiques sur le commerce du Da- 
nemark, dans le Journal politique, 
1785, tom. II, pag. 5o2-5i6,5b5 et 
4oi j XXII. Ilvori hestaaer Borger- 
dyd besvaret ( en quoi consiste la 
vertu civique? ), Copenhague , 1 78O, 
in-8°. de 16 pag.; XXIÎL Sur les 
finances et la dette en Danemark , 
inséré dans le Magasin de Kiel par 
Heinze, tom. II, pag. 1-29, 1791; 
XXIV. Recueil d'écrits sur l'admi- 
nistration, Kiel , 1 786 et 1 790 , 2 vol. 
in-8 1 . Fabricius a reproduit, dans ces 
deux volumes, tous ses traités déta- 
chés publiés séparément sur l'écono- 
mie politique, et en a ajouté de nou- 
veaux sur la mendicité, la salubrité 
publique , etc. ; XXV. Sur les Aca- 
démies , particulièrement en Dane- 
mark, Copenhague , j 796 , in - 8°. 
C'est dans la préface do cet ouvrage 
que Fabricius a donné sa propre Bio- 
graphie. M. Latrcille, à la lin de sa 
notice, semble dire qu'il en avait com- 
posé une en danois, plus étendue, 
qui est restée manuscrite. XXVI. 
Voyage en Norwège, Hambourg, 
1779, in-8°. Il en a paru une tra- 
duction française par MM. Millin et 
Wincklcr, i8o5, in- 8". ; XXVII. 
Lettres sur Londres, Leipzig, 1784, 
in-8 .; XX VIII. Lettres au sujet d'un 
voyage fait en Russie , insérées dans 
le Porte-feuille historique de 1786, 
tom. II, N°. 1 1, et de 1787, tom. II, 
3S°. 4 î XXIX. Remarques minéra- 
logiques et technologiques , dans 
l'ouvrage de Ferber, intitulé : Des- 
cription desfalriques chimiques ob- 
servées durant un voyage dajis di- 
verses provinces d'Angleterre , Hal- 
berstad, 1 7(p, in-8°. Les t5 derniers 
ouvrages sont en allemand, excepté 
le N°. XXII, qui est en danois. XXX. 



FAC 
Remarques sur le Danemark, écrites 
en anglais et publiées par Pinkerton , 
dans sa Géographie moderne, édi- 
tion de 1807, tom.T, pag. 553; et 
tom. I, édit. de 181 1, p. 562. 

W— R. 

FABRICY ( le Père Gabriel), do- 
minicain rt célèbre bibliographe, mort 
à Ruine en 1800, était né, vers 17 >5 , 
à Saint-lYïiximin , près d'Aix en P10- 
venec. Il entra de bonne heure dans 
l'ordre de St.-Dominique , dont il prit 
l'habit et fit les vœux en cette der- 
nière ville» Ses lumières et ses vertus 
le portèrent bientôt à la dignité de 
provincial , qui le fit aller .1 Rome 
vers 1760. Les ressources que cette 
illustre capitale offrait à son goût pour 
l'instruction le flattaient beaucoup , et 
les confrères qu'il y connut , le retin- 
rent dans la maison qu'ils y avaient. 
Ils lui conférèrent même la fonction 
de lecteur en théologie; et comme il 
cultivait en même temps les belles- 
lettres avec distinction , l'académie 
degli Àrcaài se iagrégea. Bientôt 
il mérita . par ses vastes connaissances 
et son amour de l'étude, d'être choisi 
pour l'on des docteurs théologiens de- 
là fameuse bibliothèque deCasanata, 
léguée en 1700, par le cardinal de 
Ce nom , aux dominicains du couvent 
delà Minerve ( A"o>.Gasanate;.11 tra- 
vailla avec le P. Audifre'di à en faire 
ce magnifique dialogue dont on re- 
grette qu'il n'y ait eu que quatre vo< 
lûmes de publiés ( V. Audifredi); 
et ce fut pour le plus grand honneur 
de cet ouvrage , que le P. Audifredi , 
qui en Composa la préface , y déclara 
la part considérable que le P. Fabricy 
avait eue dans ce travail. Les Œuvres 
que ceiui-ci avait publiées lorsque pa- 
rut le troisième tome de ce catalogue , 
c'est-à-dire en 1 788, y sont indiquées 
de la manière suivante : 1. Recherches 
sur l'époque de l'équilation et Vu- 



FAB 67 

sage des chars équestres chez les 
anciens , où Y on montre V incertitude 
des premiers temps historiques des 
peuples relativement à cette date , 

1 parues en un gros volume in-8 e . , 
Marseille (Rome), 1764 et 1765; 
II. Mémoires pour servir à l'His- 
toire littéraire des deux PP. An* 
saldi , drs PP. Mamachi , Patuz- 
zi , Richini et de fiubeis ; avec un 
autre concernant les ouvrages de 
M. 'Cornet, et V explication d'une 
loi de Mdise , portant défense de 

faire amas de chevaux , etc. : ces 
divers opuscules sont imprimés dans 
le Dictionnaire universel de*s scien- 
ces ecclésiastiques , du P. Richard, 
tomes V et VI ; III. une Lettre , in- 
sérée dans le Journal ecclésiastique 
de l'abbé Dinonart (novembre 1 ]6S) , 
sur l'ouvrage du P. Mamachi : De 
animabus justorum insinu Abrahœ 
ante Christi mortem experlibus bea- 
tœ visionis; IV". Des Titres primi- 
tif de la révélation , ou Considé- 
rations critiques sur la pureté et 
Vmtégrité du texte original des li- 
vres saints de l'Ancien- Testament , 

2 tomes in-8'\, Rome, 1772. Ou- 
vrage important, plus célèbre que tous 
les autres du même auteur. V. Cen- 
soris theologi Diatribe qud biblio- 
graphiœ antiquariœ et sacrœ criti- 
ces capita aliquot illustrantur , Ro- 
me, 1 782, iu-8 ., se trouve à ia suite 
du Spécimen variarum lectionum 
sacri textùs ,etc., de J. B. de'Rossi. 

G - n. 
FABRINI ( Jeaist ) , grammairien 
italien , naquit en 1 5 1 6 , à Fighine en 
Toscane, patrie du célèbre Marsile 
Ficin. C'est r/abrini qui nous l'apprend 
dans une réponse qu'il fit à un ami 
qui l'engageait à retrancher du titre 
de ses ouvrages ces mots da Fighine 
qu'il y mett-it toujours, et à mettre 
seulement Fiorenfino , pour faire croi- 

5.. 



CS F A B 

re qu'il c'tait ne à Florence. « Je fais 
3> plus de cas, lui répondit- il, du seul 
» Marsile Ficin. qui etail de Fighine, 
» que de toute la noblesse de Floren- 
» ce, etc. » Celte lettre est imprimée 
à la suite de ses Commentaires italiens 
sur Tércnce. il dit en la finissant : 
« Mon père se nommai/ Bernard , 
» fils de Julien, fils d'Antoine Fabri- 
« ni de Fighine : d'où sont-ils venus? 
w je n'eu sais rien. Que celui-là s'en 
» iu forme qui a moins d'affaires que 
» moi. » Fabrini fut appelé en i5 17 
à Venise par le sénat, pour remplir 
la chaire d'éloquence; il y professa 
pendant trente ans avec le plus grand 
e'clat, et obtint ses appointements en- 
tiers pour retraite quelques anne'es 
avant sa mort, qu'on place vers iîi8o. 
On a de lui : ]. Une traduction ita- 
lienne des discours latins De institu- 
tions reipublicœ de Fiances ^0 Patrizi 
de Sienne, Venise, chez les fils d'Ai- 
de, i5/p, in-H'.; 11. Délia inter- 
pretazione dalla Lingua volgare e 
latina , dove si dichiara cou regole 
generali Vuna et l'altra lingua, etc. , 
Rome, 1 i>44 î III. Teorica délia Lin- 
gua, dove s'insegna con regole ge- 
nerali ed infallibili a trasmutare 
tutte le lingue nella Vngua latina, 
Venise 1 5t>5 ; IV. il Terentio lalino 
Comentato in Lingua toscana e ii- 
dotto a la sua vera latinità, etc., 
Venise, i54B, in-/|°. Le Commen- 
taire italien est en marge du texte la- 
tin. La construction est faite , chaque 
phrase est expliquée mot à mot, et 
cette explication est suivie de quelques 
notes. Le double but de l'auteur était 
que le texte servît à mieux entendre 
la langue vulgaire, et que ceux qui ne 
sauraient que la langue vulgaire pus- 
sent , a l'aide du commentaire, ap- 
prendre le latin. Le Traité délia in- 
terpretazione, etc. , ci - dessus , n". 
Il, est réimprimé à la (lu du Té- 



^ FAB 
rence. V. L'Opère dHOralio poèta 
lirico comentale in lingua volgare 
toscana, etc., Venise, 1 565. L'or- 
dre que l'auteur a suivi et le but qu'il 
.se propose , sont les mêmes que 
dans le Commentaire précédent : mais 
les explications sont plus étendues et 
mieux développées. Quoiqu'il ne don- 
ne a Horace que le titre de poète lyri- 
que, il u'a pas commenté les odes seu- 
lement, mais aussi les satires, lesépîtres 
et l'art poétique. VI. L'Opère di Vif- 
gilio spiegate e comentate in vol- 
gare, etc. , Venise , 1397. Fabriui 
n'est pas le seul auteur de ce dernier 
commentaire, qui est dans le même 
genre que ks deux autres ; Charles 
Majatesta et Philippe Yenuti de (ïor- 
tone,qui professaient alors les belles- 
lettres à Venise , y mirent aussi la 
main. Ces trois Commentaires ont été 
réimprimés plusieurs fois ; les pre- 
mières éditions sont les plus recher- 
chées, parce qu'elles furent laites sous 
les yeux de l'auteur. G — É. 

FABIUS (Nicolas), habile méca- 
nicien d'Italie, et prêtre de l'Oratoire, 
mort le i3 août 1801 , à Chioggia, 
où il était né eu 1 739 , commença d'a- 
bord par travailler avec son frère 
l'abbé François Fabris, moins célèbre 
que lui, à l'analyse et «à la classifica- 
tion des êtres marins de l'Adriatique. 
L'étude (\< s mathématiques qu'il en- 
tremêlait à ce travail, se eombinant 
avec son goût pour la musique, lui fit 
faire de tels progrès dans la science 
théoiiquc et même pratique de cet art, 
qu'il mérita d'être consulté en p!u- 
sieurs diseussions qui y avaient rap- 
port, li inventa pour l'harmonica de 
Franklin un piano-forte avec un re- 
gistre et des touches , comme encore 
une table de progressions harmoni- 
ques, pour accorder promptement et 
facilement, sans avoir besoin d'orga- 
niste, les instruments à clavier. Par? 



\ 



FAB 

miles autres inventions, assez nom- 
breuses , qu'il fit dans le même génie, 
fut celle d'un clavecin au moyen du- 
quel les notes frappées par les touches 
étaient eu même temps écrites par 
elles : expédient déjà tente avec quel- 
que succès ( V. Engramelle). On lui 
dut aussi une petite machine fort sim- 
ple, par les .ressorts de laquelle une 
main de bois battait toutes sortes de 
mesures. Son talent en mécanique ne 
se borna pas aux choses musfcales. Il 
imagina un genre de tonneau dans le- 
quel l'air ne pouvait s'introduire à 
mesure qu'on le vidait, parce que sa 
cavité diminuait dans la même propor- 
tion que le vin qui y était contenu. Il 
trouva le moven d'écrire aussi vite que 
la parole la plus précipitée sans abré- 
viation et sans rature. La recherche du 
mouvement perpétuel l'occupa; et il 
imagina, pour le trouver, une espèce 
de pendule sans rouages, sans contre- 
poids : le seul artifice de l'aimant 
en était le moteur. Il construisit en- 
core une horloge qui marquait, dans 
le rapport le plus exact, les heures 
italiennes et les heures françaises, 
avec les minutes et les secondes res- 
pectives ; les équinoxes et les solstices 
y étaient même indiqués. Son pen- 
chant naturel pour la mécanique ne le 
détourna cependant point des études 
théologiques. Ses supérieurs le jugè- 
rent digne d'enseigner les jeunes 
élèves de la. Congrégation ; l'évêque 
de Chioggiale choisit pour son con- 
seil ; et il prêcha même avec succès la 
religion qu'il pratiquait avec exacti- 
tude. — Son frère aîné , Joseph Fa- 
bris , médecin , fut le premier à mettre 
en système la botanique de sa patrie, 
et à en répandre la connaissance de 
concert avec son compatriote Harthé- 
lemi Botta ri. G — n. 

FAfîRlZI ( Charles ) , juriscon- 
sulte, né à Udine en 1709, fit ses 



* N FAB 60 

études à l'université de Padoue , avec 
une grande distinction , et y prit ses 
degrés en droit. H revint ensuite dans 
sa patrie , où ses talents le firent nom- 
mer à différentes charges publiques. 
L'obligation où il se trouva de faire 
des recherches dans les archives d'U- 
dine , l'engagea à les mettre en ordre, 
et à extraire, des titres qu'elles renfer- 
ment , ceux qui concernent plus spé- 
cialement l'histoiredu Frioul. 11 se dis- 
posait à mettre au jour le résultat de 
son travail , lorsqu'il mourut en « 773. 
Fiés manuscrits de Fabrizi forment 
plusieurs volumes in-folio. On en a 
tiré deux Dissertations qui ont été 
imprimées , l'une : De l'Intérêt de 
l'argent dans le Frioul au 14. siè» 
de ; l'autre : De V ancienne Monnaie 
de ce pays. Fabrizi était membre de 
l'académie d'Udinc et de plusieurs au- 
tres sociétés savantes de l'Italie. 

W— s. 
FABRONI (Ange), célèbre bio- 
graphe iîalicn du 18 e . siècle, doit a 
ce titre occuper une place distinguée 
dans un ouvrage tel que le nôtre. Il 
naquit le 7 septembre 1 752 , à Mar- 
radi, dans cette partie de la Romagnc 
qui est, depuis le i5 e , siècle, réunie 
au grand-duché de Toscane; sa famille 
y avait été riche et puissante, mais la 
fortune de son père était bornée , et 
il était le dernier de onze enfants. 
Après de premières études, faites dans 
sa patrie, il obtint en 1 750, à Rome, 
une place dans le collège BandinHii,* 
fondé par un boulanger de ce nom, 
pour l'éducation d'un certain nombre 
de jeunes Toscans. Les élèves de ce 
collège étaient admis aux cours de 
celui des Jésuites. Fabroni suivit deux 
cours de rhétorique, l'un le matin, 
l'autre le soir. Son professeur du soir 
était excellent, celui du matin était 
le plus inepte des professeurs; il 
donnait quelquefois pour devoir à 



7« FÀB 

ses écoliers une de ces petites an- 
tiennes que l'église chante aux fêtes 
des Saints. Fabroni aima mieux passer 
pour inepte lui même aux yeux d'un 
te 1 maitn- que de se distinguer dans 
ce genre de compositions; mais avant 
trouvé, dans la classe du soir, l'occa- 
sion de faite un discours latin contre 
les plagiaires qui se tout une répu- 
tation aux dépens des auteurs qu'ils 
ont pillés, ce discours reçut, daus le 
collège, une approbation générale, et 
donna de grandes espérances de son 
auteur. Il était à Rome depuis trois 
ans, et avait, dès la première an- 
née, perdu son père , qui l'avait laissé 
sans fortune. Il avait étudié la logique, 
la physique, la métaphysique, la géo- 
métrie, et sentait la nécessité de se 
livrer à des occupations utiles, lors- 
qu'il fut présenté au prélat Botta ri , 
vieillard triste et sévère, qui lui fît 
cependant un très favorable accueil. 
11 fut même arrangé entr'eux,. peu de 
temps après , que Fabroni remplirait , 
pour lui , les fonctions d'un canonicat 
de Ste. Marie in transtevere. Bottari 
était un des soutiens du parti jansé- 
niste; pour lui plaire, Fabroni se mit 
à étudier la théologie, et à traduire 
en italien des ouvrages français, tels 
que la Préparation à la mort, du 
P. Quesnel, les Principes et règles 
de la Fie chrétienne, de Le Tour- 
neux , et les Maximes de la marquise 
de Sablé; ce dernier ouvrage était 
accompagné d'amples Commentaires. 
Ils parurent tous trois chez Pagliarini, 
qui était le libraire ordinaire de la 
secte ; ainsi , un élève des Jésuites fit 
ses premières armes littéraires sous 
la bannière de Jan>énius. Il remarqua 
bientôt que les livres qui réussissaient 
le mieux à Rome étaient écrits en 
latin; il s'était habitué, dès sa j-u- 
nesse, à écrire élégamment en cette 
langue : le premier ouvrage latin qu'il 



FAB 

publia fut une Vie du pape Clément 
XII. Elle est fort médiocre, au style 
près ; mais il serait difficile de la juger 
plus sévèrement qu'il ne la jugeait lui- 
même. Le cardinal Neri Corsini en fut 
cependant si satisfait, qu'il fit les frais 
de l'impression , et récompensa en 
outre magnifiquement Fabr ni. Peu 
de temps aprè^ il lut choisi par le 
maître du sacré palais pour pronon- 
cer devant Benoît XIV, daus ia cha- 
pelle pontificale, un discours latin sur 
l'Ascension; le pape, à qui il le pré- 
senta , reçut cet hommage avec une 
bonté particulière, et saisit, peu de 
temps après , l'occasion de lui faire du 
bien. La princesse Camille Rospigliosi 
avait laissé, en mourant , une somme 
d'argent qui devait être partagée entre 
des jeunes gens auxquels il était im- 
posé pour condition d'être citoyens de 
Fisc y d'étudier la jurisprudence , et 
d'avoir pris tous leurs degiés dans 
cette faculté. Les ancêtres de Fabroni 
avaient été admis, dès le commence- 
ment du 17 e . siècle, parmi les patii- 
ciens de Pise; il avait fait son droit 
à Césènc , et y avait été reçu docteur; 
enfin , depuis plusieurs années , il 
joignait l'étude des lois à celle de la 
théologie; il demandait donc à avoir 
part au legs de la princesse ; il éprou- 
vait, delà part de la famille, des refus, 
que Benoît XIV fit cesser eu disant 
seulement qu'il désit ait qu'on ne lui fît 
pas d'injustice. Fabroni put alors vivre 
avec plus d'aisance et se laissa , pen- 
dant quelques années, entraîner à la 
dissipation du monde, sans cependant 
interrompre ses études, ni perdre le 
goût des bonnes mœurs. La jurispru- 
dence ecclésiastique était toujoui s l'ob- 
jet particulier de ses travaux; il étu- 
diât surtout à fond le Jus ecclcsias- 
ticuni de Van E peu ; il ress. rr-it ou 
étendait le ttxte de cet auteur, et y 
faisait des additions et des notes ? eu- 



FAB 

fin, il avait fait , sur ce livre, un nou- 
veau livre qui aurait pu être utile pour 
l'étude de cette branche du droit; mais 
il ne l'a point publié et n'y a jamais 
mis la dernière main. AU bout de huit 
ans, terme auquel expirait le bienfait 
des Rospigliosi, il quitta enfin ce genre 
d'étude , qu'il n'avait embrassé que 
par convenance et par raison , et il 
se livra entièrement aux belles-lettres. 
Il prononça en latin, dans l'église 
de Ste. Marie , l'oraison funèbre du 
prétendant Jacques Stuart ; le cardinal 
d'Yoïk, fils de ce prince, présent à 
cette cérémonie , fut ému jusqu'aux 
larmes et témoigna , par un présent 
considérable , sa satisfaction à l'ora- 
teur. Ce fut vers ce temps -là que 
Fabroni conçut l'idée d'écrire en latin 
les vies des savants Italiens qui ont 
fleuri dans le 17 e . et le 18 8 . siècle, 
ouvrage qui devint, dès ce moment, 
le principal objet de ses recherches, 
de ses travaux, et qui a le plus con- 
tribué à sa réputation. Il en publia le 
premier volume en 1766; il avait 
donné, peu de temps auparavant, une 
traduction italienne des Entretiens de 
Phocion , de l'abbé de Mably. Cette 
publication ne fut pas généralement 
approuvée : à Venise, surtout, quel- 
ques patriciens regardèrent l'austérité' 
de mœurs, recommandée aux répu- 
bliques par Phocion , comme une 
censure de la licence que le sénat était 
accuse d'autoriser parmi le peuple 
pour le distraire et l'asservir. Ils vou- 
lurent faire censurer l'ouvrage et pro- 
hiber la traduction ; mais la partie la 
plus sage du sénat blâma cette ri- 
gueur, et permit qu'on en fît , à Venise 
même, une seconde édition. Cepen- 
dant l'admiration de Fabroni pour un 
philosophe qui enseignait des choses 
qu'à Home ( 1 ) , selon ses propres cx- 

(i % Sed hœc Romce aut ignorantur aut conltm- 
nitniur, (Vie de Fabroni, écrite par lui-m«mts. ) 



FAB 



7* 



pressions, on ignore ou 1 on méprise ^ 
son éloignement pour les démarches 
et pour les complaisances qui con- 
duisent aux honneurs, et enfin, s'il 
faut l'en croire, l'inimitié des Jésuites, 
à qui ses liaisons avec Bottari le ren- 
daient suspect; toutes ces causes s'op- 
posaient à son avancement et l'écar- 
taient du chemin de la fortune; il 
céda enfin aux instances d'amis puis- 
sants qui l'appelaient à Florence ; il 
s'y rendit en 1 767 , et le grand-duc 
Léopold lui donna, comme on le lui 
avait fait espérer , la place de prieur 
du chapitre de la basilique de Saint- 
Laurent. Il partagea son temps entre 
les fonctions religieuses de sa place f 
qu'il remplissait avec beaucoup d'exac- 
titude, et ses travaux littéraires,' qui 
devinrent-son seul amusement, ayant 
dès lors , à la musique près , renoncé 
aux plaisirs du monde qui prenaient 
à Rome une partie de son temps. 
Deux ans après, il obtint un congé 
pour aller à Rome revoir ses anciens 
amis. Clément XIV (Ganganelli); qu'il 
avait compté autrefois parmi Ses pro- 
tecteurs, et qui venait d'être élevé au 
pontificat , lui fit le plus gracieux 
accueil, le nomma, presque malgré 
lui, l'un des prélats de la chambre 
pontificale, et fit, pour le retenir à 
Rome, les plus grands efforts; mais 
Fabroni , attaché par la reconnais- 
sance au grand-duc, qui venait encore 
de le créer provéditcur de l'université 
de Pise et prieur de l'ordre de saint 
Etienne , résista aux offres et aux ins- 
tances du pape , sur les promesses du- 
quel il fait d'ailleurs entendre assez 
clairement qu'il ne fallait pas toujours 
se fier ; après avoir fait un voyage à 
Naples, où il fut reçu avec bonté par 
la reine , et bien vu des gens de lettres 
et des savants , il retourna directe- 
ment à Florence. Il profita de son 
crédit auprès du grand-duc pour ob- 



M F A B 

tenir In permission de tirer, des ar- 
chives de Médicis, dés lettres de sa- 
vants du 17". siècle, adressées au 
cardinal Léopold de Médicis , qu'il 
publia en doux volumes, et qui jettent 
beaucoup de lumière sur ['histoire lit- 
téraire de ce temps- là. Il engagea un 
certain nombre de gros de lettres à 
entreprendre avec lui le journal de' 
Lellerati de Pise , dont ils firent pa- 
raître, par an, quatre volumes, et 
dont il fournissait lui -même une 
grande partie. Cette entreprise lui 
occasionna un surcroît de travail , 
souvint excessif, et lui attira, comme 
il arrive toujours, beaucoup de désa- 
gréments; mais il la soutint avec cou- 
jrage, et poussa jusqu'à cent deux" 
volumes la collection de ce journal. 
Au milieu Ues travaux dont il était 
occupé, il apprit que le grand- duc 
ï'avait choisi pour précepteur de ses 
enfants. Il craignit que cette faveur 
n'excitât contre lui l'envie ; et , ne 
pouvant se soustraire au joug hono- 
rable qui lui était imposé , il crut 
devoir s'éloigner de Florence jusqu'au 
moment où il devrait entrer dans les 
fondions de son emploi. Il demanda 
donc la permission de voyager ; le 
grand-duc non-seulement le lui per- 
mit , mais lui fit compter, par le trésor 
de l'ordre de St. Etienne, la somme 
nécessaire pour son voyage. Fabroni 
vint à Paris, y fit un assez long sé- 
jour, passa en Angleterre, où il ne 
resta rpie quatre moi>, et revint en 
Fiance. A Londres comme à Paris, il 
vit ce qu'il y avait de plus élevé par 
le rang et de plus distingué dans les 
sciences, les lettres et !e^ arts; mais 
il mettait une, grande différence entre 
le caractère et la manière de vivre des 
deux nations, et toutes ses préfère di I S 
étaient pour nous. 11 retourna en Tos- 
cane dans l'été de 1775; le grand- 
duc avait changé d'avis relativement 



FAB 
à l'éducation de ses enfants; quelle 
que fût la cause de ce changement, 
Fabroni s'en félicita , et se trouva heu- 
reux de conserver son indépendance. 
Son Recueil biographique devint plus 
que jamais son travail de prédilection. 
11 retoucha, augmenta et publia de 
nouveau cinq volumes de Vies qui 
avaient déjà paru ; il eu ajouta de 
nouvelles , qui se suivirent rapide- 
ment. Enfin il forma le projet d'écrire, 
indépendamment de ce Recueil , la 
Vie de trois grands hommes qui ont 
fondé la gloire et l'élévation de ia 
maison de Médicis. Il commença par 
Laurent-le-Magnifique , remonta en- 
suite à son aïeul , Cosme l'Ancien , 
père de la patrie, et redescendit à sou 
fils, le pape Léon X, mais seulement 
huit ans après avoir publié la Vie de 
Cosme. Dans cet intervalle il fit un 
voyage en Allemagne, visita Vienne, 
Dresde , Berlin , vit les grands , les sa- 
vants, les académies, et lut à son retour , 
en 1791 , engagé par le grand-duc à 
écrire l'Histoire de l'université de Pise. 
Il en publia trois volumes en moins 
de quatre ans , sans interrompre ses 
Vies des savants, ni la composition 
de saVie de Léon X, ni son Journal. Il 
continua ce dernier ouvrage jusqu'à la 
première entrée des Français en Italie 
( 1 796 ), qui interrompit les communi- 
cations entre la Toscane, la Loinbrr- 
die, Venise, et plusieurs autres étals 
avec lesquels il avait besoin de corres- 
pondre pour alimenter son Journal. 
Ses autres travaux souffrirent aussi 
des circonstances publiques; cepen- 
dant à Lucques , où il alla passer deux 
mois, en 1800, il écrivit encore les 
Vies de deux savants (Beverini et 
T&arrani) ; mais il sentit les pre- 
mière s atteintes de douleurs de goutte, 
qui augmentèrent bientôt, au point 
de lui interdire toute espèce de tra- 
vail. Lorsqu'elles lui bissaient quel- 



FAB 
qu'intervalle, il revenait aux objets 
habituels de ses études ; mais en 
1801 , il se fit en lui un changement 
de goûts et de volontés ; il dit adieu 
aux occupations littéraires,et se livrant 
exclusivement à celles qui avaient la 
religion pour objet, il n'écrivit plus 
que des ouvrages de dévotion, tels 
que, pour la Fête de Noël, en 180 1, 
pour Notre-Dame de Bon Secours, 
en i8o3. A cette dernière époque de 
sa vie, il se reprochait quelques légè- 
retés et quelques traits de passion 
qui lui étaient échappés dans ses écrits; 
il se repentait surtout d'avoir dit, en 
parlant des Jésuiles, qu'ils étaient 
comme les cochons , qui , lorsque 
vous en avez blessé un .fondent tous 
ensemble sur vous', cl il est vrai que 
ceia n'était digne, ni d'un aussi bon 
chrétien , ni d'un aussi élégant écri- 
vain. C'était dans la Fie d'Apostolo 
Zeno qu'il avait écrit cette phrase ; 
et, par un oubli des bienséances, 
presqu'incrovable dans un homme 
tel que lui, il avait dédié et adressé 
cette Vie au célèbre Tiraboschi , son 
ami , qui avait été jésuite, et qui, mal- 
gré la douceur de son caractère, ne 
put pas n'en être point offensé. Aux 
vacances de l'université de Pise , Fa- 
broni se retira dans une solitude au- 
près de Lucques, appelée S. Cerbon, 
chez les Franciscains réformés, uni- 
quement occupé, pendant un mois, 
de sa fin qu'il sentait approcher. De 
retour à Pisc, il ne fit pins que souf- 
frir, et voir s'accroître chaque jour 
les progrès de son mal. 11 expira enfin 
le 22 septembre i8o3, après avoir 
rempli tous les devoirs de la religion. 
Ses obsèques furent faites avec magni- 
ficence dans l'église de S. Etienne, et 
sa sépulture décorée d'une inscrip- 
tion honorable. On en a gravé une 
autre plus étendue au-dessous de son 
buste en marbre 7 placé à Fisc, dans 



FAB 70 

le Campo-Santo. On a dii aussi en 
mettre une en son honneur dms le 
nouvel hôpital de Marradi sa patrie , 
pour la fondation duquel il avait 
donné le premier une somme d'envi- 
ron trois mille écus, et auquel il avait 
procuré des libéralités considérables, 
tant de la part des princes de Tos- 
cane, que de ses plus riches conci- 
toyens. Les principaux ouvrages de 
Fabroni sont : 1. Vitœ Italorum doc- 
trind excellentium quisœculis X Vil 
et XVlll floruerunt. La meilleure 
édition, et la plus complète , est celle 
de l'isc , commencée en 1 778, in-8° M 
et dont il donna successivement 18 
volumes, le dernier, en 1799. Le 
19'. et le 20°. parurent après sa 
mort, à Lucques, 1804 et i8o5; 
l'un composé de Vies écrites dans ses 
dernières années , et qu'il était prêt à 
faire imprimer; l'autre , de sa propre 
Vie, écrite par lui-même, jusqu'en 
1800, avec un supplément de l'édi- 
teur, !W. Dominique Pacchi; et d'un 
choix de Lettres adressées à Fabroni 
par des princes et par des savants. 
Elles prouvent de quelle considéra- 
tion il jouissait, et contiennent des 
détails intéressants pour l'histoire lit- 
téraire. Getle collection biographique 
ne renferme pas moins de 1 54 Vies, 
y compris la sienne. Il est vrai qu'il y 
en admit 21, écrites par différents 
auteurs de ses amis; mais tout le 
reste lui apparlienl; et si l'on songe 
au nombre infini d'objets que l'au- 
teur embrasse , aux recherches qu'exi- 
geait la discussion des faits, à la va- 
riété des connaissances que supposent 
les notices claires et suffisantes de 
tant d'ouvrages scientifiques de tous 
genres; enfin , à Felégâncé continue 
avec laquelle ces Vies sont rédigées , 
on ne sera pas surpris du grand suc- 
cès qu'elles ont'eu dans le monde sa- 
vant. L'abbc Andrès 7 dans le 5'\ vu-. 



:4 FAB 

lume de son Histoire générale de la 
Littérature, n'a pas craint de dire 
que si , dans l'histoire littéraire , l'I- 
talie peut regarder Tiraboschi comme 
son Tite-Live , clic doit aussi se van- 
ter d'avoir son Plutarque dans Fa- 
broni. Nous ne parlerons , ni de 
quelques reproches que l'on a fûts à 
cet ouvrage , relatifs surtout à la par- 
tialité pour les jansénistes, et contre 
les jésuites , dont on accuse l'auteur , 
dans sa Fie du pape Clément Il£ 
et ailleurs, ni des réponses qui ont 
été faites à ces reproches. Ces ques- 
tions sont aujourd'hui sans impor- 
tance, et les hommes raisonnables 
espèrent qu'elles n'en reprendront ja- 
mais. II. Giornale de J letterati, 
Pise, io5 vol. in- 12. On peut mettre 
au nombre des ouvrages de Fabroni, 
ce journal qui lui dut sa naissance, 
dont plusieurs volumes sont entière- 
ment de lui, et auquel il ne cessa 
point de fournir des articles intéres- 
sants, principalement sur les beaux 
arts anciens et modernes. L'étude 
qu'il en avait faite, et ses recherches 
sur cet objet , lui fournirent les ma- 
tériaux d'une Histoire des arts du 
dessin, ouvrage imparfait sans doute, 
mais où se trouvent cependant beau- 
coup d'observations peu communes 
et de bon goût. C'est encore à cette 
classe de ses écrits, que se rapporte 
sa Dissertation sur la fable de IVio- 
lé. L'occasion pour laquelle il l'écri- 
vit, lui donne un titre de plus à la 
reconnaissance des Florentins. Des 
statues antiques du plus grand prix 
étaient toujours restées à Roue, dans 
le pafois des Médicis,ct manquaient 
à la galerie de Florence. Fabroni en- 
gagea le comte de Rosenberg, mi- 
nistre du grand duc Léopold , à obte- 
uir de ce prince l'ordre de faire trans- 
porter à Florence ces antiques, parmi 
lesquelles se trouvait l'admirable 



FAB 

groupe des seize statues de Niobe' et 
de ses enfants. En les examinant de 
près et de suite, Fabroni conclut, de 
la perfectiou de cet ouvrage, et de 
plusieurs autres indices, qu'il n'était 
point de Praxitèle, comme on le 
croyait communément, mais de Sco- 
pas; et il appuya , dans cet écrit, son 
opinion sur les raisons les plus soli- 
des, quoique le fameux peintre Ra- 
phaël Mengs, qu'il avait consulté, ne 
fut pas de cet avis, et que l'on ait, 
sur cet objet, dans le Recueil de ses 
OEuvrcs, publiées par le chevalier 
Azzara ( Rome, 1 787 , in-/ t °. , p. 557 
et 062 ) , deux lettres adressées à Fa- 
broni, pour combattre son opinion. 
111. Laurenlii Medicis magnifici 
Vita, Pise, 1784, '2 vol. in-4°.. Le 
premier volume contient l'histoire; 
le second, les notes, les monuments, 
et pièces justificatives. Ces monuments 
précieux, la plupart inconnus jus- 
qu'alors , et que l'auteur eut le pre- 
mier l'idée et la permission de tirer 
des archives de la maison de Médicis, 
rendirent tout nouveau cet intéressant 
sujet. Celte Histoire de Laurenl-lc- 
Magnifique, écrite avec beaucoup 
d'ordre, de clarté, d'élégance, et 
d'impartialité, donna , pour la pre- 
mière fois, une idée juste du plus 
grand homme de cette maison célè- 
bre, et de l'un des plus grands hom- 
mes des temps modernes. M. Roscoe, 
en suivant la même marche, en pui- 
sant dans les mêmes archives, y a 
fait de nouvelles découvertes, et a 
produit, dans sa langue, un ouvrage 
encore meilleur; mais ce n'est pas peu 
de gloire pour Fabroni, (pie d'avoir 
frayé cette route, et d'y avoir si beu- 
r» ■usement marche le premier. IV. 
Âfagni Cosmi Medicei vita, Pise, 
3 7^<), '.). vol. in-4".. Le plan et le 
mérite de cet ouvrage sont les mêmes 
que ceux du précédent Le caractère, 



FAB 

au moins extérieur , de Cosme, qui 
fut surnomme le Père de la patrie , 
y est fidè ement trace; il n'y manque 
que quelques traits plus profonds, 
qui auraient dévoilé les secrets de 
l'ambition de cet homme simple et po- 
pulaire, mais adroit, et même rusé ( i ), 
qui s'éleva, par la faveur du peuple, 
au-dessus «es grands et des nobles. 
On n'y voit peut être pas assez, < ornme 
dans son germe, l'étonnante fortune, 
et la haute destinée de cette famille 
de commerçants, qui devint peu de 
temps après une dynastie de souve- 
rains. V. Leonis X ,fontiftcis maxi- 
mi vita , Pise, 1797. Dms cette Vie 
d'un grand protecteur des lettres et 
des arts, l'auteur avait à embrasser 
un horizon politique plus étendu; il 
devait mêler en plus grande propor- 
tion les affaires d'état aux intérêts de 
la république des lettres : il n'est pas 
sûr qu'il y ait également réussi. Ici 
l'histoire n'est suivie que de notes. Ce 
n'était plus dans les archives de Flo- 
rence; c'eut été dans celle de Rome, 
qu'il eût fallu puiser, pour en tirer 
des monuments secrets et authenti- 
ques : mais cette faculté n'était accor- 
dée à personne, et quand M. Roscoe 
a voulu ajouter, comme Fabroni, une 
Vie de Léon Xà celle de Laurent, il 
a dû se contenter, comme lui , de ce' 
que pouvaient lui fournir les archives 
florentines , et de ce que Fabroni lui- 
même avait déjà publié. Il eût bien 
fait de n'y pas ajouter tant de choses 
imprimées ailleurs, tant de pièces de 
vers tirées de recueils connus , et de 
ne pas surcharger de 4^o pages d'ap- 
pend x l'histoire trop volumineuse de 
ce pontife.VI. Historia Lycœi Pisa- 
ni; Pise, 5 vol.in-4"., 1 *; 9 1 , 1795 et 



(1) Fabroni dit «le lui que Laurent fut un plus 
grand homme, mais qu'il surpassa en ruse et en 
finesse (caliidUalt) et Laurent et tous le» «utics 
Médicis. 



FAB 9» 

1 795 ( T. E. Corsini ). Cette histoire 
embrasse toute la durée de l'université 
de Pise , depuis son origine jusqu'à la 
fin de la domination des Médicis. Un 
4'. volume devait comprendre l'his- 
toire de l'université sous les grands- 
ducs de la maison d'Autriche ; mais 
la difficulté d'écrire sur des choses et 
des personnes si voisines de sou 
temps, et sur celles de son temps 
même, arrê'a l'auteur. Il paraît qu'il 
n'avait lit n écrit de ce vol me que sa 
vie , qui devait en former le premier 
chapitre, et qui a été trouvée parmi 
ses Manuscrits , avec ce titre : De 
curaiore Jcademiœ caput I. VIL 
Francisci Petrarchœ vita, Parme, 
Bodou! . 1799, in- 4". L'auteur avait 
formé , ayee M. Baldelli, auteur d 'une 
Vie italienne de Pétrarque, publiée à 
Florence, en 1797, le projet d'une 
nouvelle édition des Lettres de ce 
grand homme , où ils auraient ajoute' 
toutes celles qui sont encore inédites. 
Elles devaient être précédées d'une 
nouvelle Vie de Pétrarque , écrite 
en latin comme les Lettres. Fa- 
broni l'avait composée avec un soin 
particulier; le malheur des temps 
ayant empêché cette publication in- 
téressante, il donna son manuscrit à 
Bodoni, qui l'imprima. L'ouvrage 
contient peu de choses nouvelles, et 
n'est à peu près qu'un abrégé de ce 
que d'autres avaient déjà écrit; mais 
il se fait lire avec plaisir , et cette 
édition est recherchée par ceux qui 
aiment à voir élégamment imprimés 
les livres élégamment écrits. V11I. 
Elogj d'illustri Italiani, Pise, 2 vol. 
in-8'., 1786 et 1789. Après avoir 
tant écrit en latin à la louange de ses 
illustres compatriotes , Fabroni vou- 
lut aussi leur consacrer des éloges en 
langue italienne: parmi ceux que 
contient le premier de ces deux vo- 
lumes, il y en a trois qui se trouvaient 



H5 FAB 

déjà dans ses Vies latines ; ils ne sont 
point traduits, mais refaits, et peu- 
vent être regardés comme nouveaux ; 
les autres le sont entièrement. Ils ne 
sont pas tons consacrés aux sciences; 
on y trouve ceux de deux grands 
poètes , Frngoni et Métastase. Le se- 
cond volume renferme, outre les élo- 
ges de plusieurs savants Italiens, 
ceux du roi de Prusse, Frédéric II , 
et du grand peintre Raphaël Mengs. 
IX. Eîogj di Dante Alighieri, di 
Angelo Poliziano , di Lodovico 
Arioslo^ e di Torquato Tasso, 
Parme, Bodoni, iSot). X. Il faut 
aussi compter , parmi les bons Ou- 
vrages que Fabroni écrivit dans sa 
langue nationale, la traduction abré- 
gée de l'un de ceux qui firent , dans le 
siècle dernier, le plus d'honneur 
à la notre , le Voyage du Jeune 
Anacharsis en Grèce. . « Rien d'es- 
» sentiel n'est omis dans votre 
» ouvrage, écrivit l'abbé Barthélémy 
» à son élégant abréviateui ; j'ai ad- 
» miré le choix et la liaison des faits, 
» la propriété des termes . et la rapi- 
» dite du style. » Ce travail , qui au- 
rait suffisamment occupe un autre 
écrivain , ne fut pour Fabroni qu'un 
délassement, lorsqu'il était à la fois 
occupe de la composition de son 
Histoire de l'université de Pise , 
et de plusieurs autres grands ou- 
vrages. Il y a des moments dans la 
vie de l'homme de lettres, où l'acti- 
\ité île l'esprit supplée a la brièveté 
du temps. • G — k. 

F AU ROT (Charles-Annibal), 
fut un des plus célèbres jurisconsultes 
de «OU temps, 11 naquit, en i58ô, à 
Aix «-H ProVence, ou son père, ori- 
ginaire de INîmes, était venu s\ 
penoântlea ; viles. Se» - 

furent brillantes; il Ht de grandi pro- 
grès dans les langues ancien! 
dans le droit civil et canonique. 11 prit 



FAB 

le bonnet de docteur en 1606, et il 
fut ensuite reçu avocat au parlement 
d'Aix. Cette cour comptait alors par- 
mi ses membres, des hommes d'un 
mérite distingué, tels que le fameux 
Pciicsc et Guillaume Luvair, qui eu 
était le pr< micr président. Leur goût 
commun pour les lettres les lia avec 
Fabrot, à qui Duvair procura une pla- 
ce de professeur à l'universitéd'Aix, en 
1609. Etant devenu garde des ceaux, 
il le mena avec lui à Paris , où Fabrot 
resta jusqu'après la mort de son bien- 
faiteur. Il revint alors reprendre les 
fonctions paisibles de sa place de pro- 
fesseur ; elles n'absotbaient pas tout 
«on temps, et il employait ses loisirs 
à d'autres travaux relatifs toujours à 
la jurisprudence . Les grands inter- 
prètes que le seizième siècle produisit 
n'avaient presque rien laissé à dire 
sur les livres de cette science, écrits 
en latin. Fabrot s'ouvrit uneautre car- 
rière : les successeurs de Justinicn 
au trône de Constantinople, avaient 
fait faire, en grec, un abrégé de ses 
compilations, dans lequel on ajouta 
des articles tiiés des pères et des ( 011- 
ciles. Lcon-lc-Philosophe donna à cet 
abrégé le nom de Basiliques. Ce fut le 
code de l'empire d'Orient jusqu'à sa 
destruction. Les Basiliques , long- 
. temps inconnues , furent en quelque 
sorte découvertes par Cujas, qui en 
fit beaucoup d'usage dans ses écrits; 
mais il ne les publia point. Fabrot se 
chargea de ce soin : des i63q, il tira 
de ce recueil et publia en grec et en 
latin quatorze lois qui manquaient 
dans le Digeste. Everard Otton les a 
insén d'autres opuscules de 

Fabrot, dans son Thesaur. jur. ciV. 
De soixante livn s dujtt les Basiliques 
étaient composées, il j enavail tmze 
de perdus. Fabrot traduisit ceux qui 
nt . et suppléa par des som- 
maires à ceux qui manquaient. Cet 



FAB 

ouvrage, qui formait 7 vol. in-fol., 
fut publié eu 16 '17, à Paris, où Fa- 
brot était venu s'établir. II le dédia 
au chancelier Séguier,, dont la pro- 
tection lui valut une pension consi- 
dérable, par le secours de laquelle 
il eut les moyens de continuer ses 
utile s travaux. Matthieu Mole , d'a- 
bord procureur-général, ensuite pre- 
mier président et garde des sceaux, 
dont la fermeté héroïque est si bien 
connue, et Jérôme Bignon, magistrat 
illustre par ses lumières et par son 
intégrité , lui donnèrent également 
des preuves de l'estime qu'ils fai- 
saient de sou talent. Outre les Basi- 
liques , Fabrot traduisit encore en 
latin la paraphas:* grecque que Théo- 
phile avait faite des Institutes de Jus- 
tinien, Paris, i658 et 1657 , in- 4°. 
Le genre de travail dont il s'était oc- 
cupé lui avait rendu familière l'his- 
toire byzantine. 11 publia plusieurs des 
auteurs qui la composent, tels que 
Cédrène, Nicetas, Auastase le biblio- 
thécaire, etc., enrichis de notes et de 
dissertations. Il connaissait non seu- 
lement les luis civiles, mais encore 
les lois canoniques du bas empire, 
qui ne faisaient d'ailleurs qu'un seul 
tout; et quand Juslel et Guillaume 
Voët donnèrent, en 1661 , la Biblio- 
thèque du droit canonique , ils y insé- 
rèrent les Constitutions de Théodore 
Balsamon, qu'on trouva dans les pa- 
piers de Fabrot avec des notes de sa 
façon. Un des travaux qui lui ont 
fait le plus d'honneur, est son édi- 
tion des OEuvres de Cujas , qu'il 
corrigea sur plusieurs manuscrits, et 
qu'il enrichit de ses notes et de quel- 
ques Traités de Cujas, qui n'avaient 
Î>as encore vu le jour. C'était la meil- 
eure des éditions de Cujas avant celles 
de Naples et de Venise ( V. Cujas). 
Fabrot commença la sienne en \G5i 
et la termina en i658. On croit que 



FAB 77 

l'application trop soutenue et trop 
forte qu'il apporta à ce travail , lui 
causa la maladie dont il mourut le 
16 janvier iG5t). Sa réputation était 
si répandue , que les plus célèbres 
universités de France auraient dési- 
ré l'avoir pour professeur. Il refusa 
toutes les offres qu'on lui fit, quelque 
avantageuses qu'elles fussent, pour ne 
pas se détourner des travaux qu'd 
avait entrepris. On a encore de lui: I. 
EpLtola de miituo cum responsione 
Cl. Salmasii ad Mefiagium, Leyde, 
i645 , in-8. ; II. les Antiquités de 
la ville de Marseille , traduit du la- 
tin de J. Raymond de Solier, Mar- 
seille, i(ii5; Lyon, i652,in-8. ; 
III. Exercitationes duœ de tempore 
partûs humani et de numéro puer- 
/>enï,Aix, 16-AQ, in-4°.; IV. Prce- 
lectio in titulum decrelalium : De 
vitd et honestate clericorum, Pa- 
ris, 1 65 1 , in - 4°. ; Y. Note ad 
titulum codicis Theodosiani : De 
paganis sacrificiis etlemplis, Paris r 
i(i48,iu-4". B— 1. 

F ABRUCCI( Etienne Marie), 
professeur a l'université de Pi.sc, au 
i8 1 '. siècle, a publié plusieurs Disser- 
tations sur celte école célèbre. Dans 
les premières, Fabrucci, en conve- 
nant que dès l'année i3 19 il existait 
à Pise un professeur de droit canon , 
pensionné par l'état, prouve ti es bien 
qu'on n'en doit pas conclure qu'à, 
la même époque il existât en cette 
ville une école pour l'enseignement 
des autres sciences. 11 s'appuie ensuite 
d'un passage d'une Chronique publiée 
par Muratori ( Script, rerum ital. 
Vol. XV), pour montrer que l'uni- 
versité de Pise fut seulement fondée 
en i55g, par un décret du sénat. 
Cette école, dont le pape Benoît XII, 
avait vu l'établissement avec peine , 
obtint de grands privilèges de Clé- 
ment VI , son successeur , et de l'ein- 



: S FAC 

pcreur Charles IV. Les plus lavants 
hommes de l'Italie se disputèrent alors 
l'honneur ffy fore des leçons , et une 
foule d'élèves accouraient pour les 
entendre de toutes les parties de l'Eu- 
rope. Mais les guerres, la peste et les 
autres fie ux qui désolèrent l'Italie, à 
la fin du i4- siècle,' arrêtèrent les 
succès de cette école, et ce ne fut que 
cent ans après qu'elle reprit un nou- 
vel éclat. L'opinion de Fabrueci sur 
l'époque de la fondation de l'université 
de Pise a été combattue par Fiaminio 
del Borgo dans sa Dissertaz. delV 
univers. Pisana; mais Tiraboschi, 
dont le sentiment estd'un grand poids, 
en a pris la défense dans la Storia dél- 
ia lelleratura italiana, torn. V. Les 
premières dissertations de Fabrueci 
parurent d'abord dans la Raccolta 
d'opuscoli scientifwijîlologici ( l'or. 
Calogera ) , tom. 1 1 , 23 , u5 et ag; 
il les réunit ensuite, et les publia sous 
ce titre : Pisanœ academiœ prima 
artas quatuor dissertationibus illus- 
irata , Florence, 1739, in- la. Ces 
quatre dissertations furent suivies de 
deux autres, insérées d'abord dans la 
Jiaccolta, tom. 34 et 57, réimprimées 
depuis séparément, Florence, 174^, 
în- ta. Fabrueci mourut à Pise vers 
1750. W — s. 

FACARD1N ( V. Fakhr-edoïn ). 

FACCIARPI ( Christophe ), capu- 
cin et prédicateur célèbre à la fin du 
iG". sièile, né à Veruehio ou Ve- 
rucolo, petite ville du territoire de 
ltimini , fut d'abord religieux mineur- 
ronventucl de l'ordre de St.- François , 
d'où il passa dans l'institut réformé 
des capucins. Il ne s'\ distingua pal 
moins p<r m I talents, par son amour 
de l'étude, par sesconnai M MO I et- n- 
dfeêa dins les sciences divines et hu- 
maines, que par la pieté, ses mœurs 
et f observance d . Le savant 

jo'iuile Possetûl l'appelie un modèle 



FA$ 

de sainteté et de doctrine. Il se ren- 
dit surtout fameux par son éloquence 
persuasive et entraînante. Si on en 
croit le Père Bernard de Bologne , 
son confrère , tcl'c était l'affluence à 
ses sermons , que pré hant dans la 
grande église de Milan , il s'y réunis- 
sait journellement jusqu'à trente mille 
auditeurs pour l'entendre, et il faisait 
tant d'eiïct sur son auditoire, qu'un 
jour, à Bologne, après un discours 
sur la charité, les assistants non seu- 
lement vidèrent leurs bourses , mais 
se défirent de leurs joyaux et de tout 
ce qu'ils avaient de précieux en faveur 
de l'hôpital des Orphelins que Fac- 
ciardi venait de leur recommander; 
et où, au moyen de ces abondantes 
aumônes, on entretenait mille enfants 
de l'un et l'autre sexe. Cet apôtre de 
la charité chrétienne, écrivain non 
moins laborieux qu'orateur distingué, 
nous a laissé les ouvrages suivants : 

I. Exercitiorum spiritual ium ex SS. 
Patribus volumina tria. , Lyon , 
i5()o; Venise, 1 597; et Paris ^1606. 

II. Ezercizi a" anima, raccoîti de* 
SS. Padri, predicati in diverse ciltà 
d'Italia, stampati ad instanza degli 
ascollant, in- 12, Venise, 1 Sep.. III. 
Meditazioni de principali mjs- 
terj délia vita spiriluale, Venise, 
i5qç). Ces méditations ont élé tra- 
duites en latin, Cologne, i6o5. IV. 
Vita et gesta sanctorum ecclesiœ 
Feruchinœ , in-8. . Venise, 1600. 
V. Tr-iCtatus de excellentià B. Ca- 
tharinœ virginis Botumicnsis , Bo- 
logne, ifioo. VI. Conijiendio di 
cento medilazioru s<i«re, (te., Ve- 
nise, lÔO'i; Plais. mec, i()o(i. VII. 
f ita del />. ( <ico di 
liimini , et del H. Hoberto Mala- 

etc., Iliiiiim. 1610. \ II. Ddla 
prima origine dclla casa Mata- 

l'.in 11 1, iliio; VII T- 

Cëremonialo sacrum ad usum PP. 



FAG 

capucinorum , Venise, i6î4; IX. 
Porta aurea et sanctuarium sanctœ 
theologiœ, tum scholasticœ , tuni 
posilivœ, apefta. L — y. 

FàCGIOL ATO ( Jacques ) , savant 
italien du 18 e . siècle, naquit de pa- 
rents pauvres, à Torrcglia, près de 
Padouc , dans les Monts Euganées , 
le 4 janvier i68'2. Les dispositions 
qu'il annonça dans ses premières étu- 
des engagèrent le cardinal Barbarigo 
à le faire admettre dans le séminaire 
de Padoue; il y obtint des succès ra- 
pides , et fut dans peu d'années reçu 
docteur en théologie, professeur de 
cette science , professeur de philoso- 
phie, enGn préfet du séminaire et di- 
recteur-général des études. 11 les diri- 
gea, plus particulièrement qu'on n'avait 
fait depuis long-temps , vers la con- 
naissance approfondie des langues 
anciennes, et il entreprit dans ce but 
de grands travaux. Le premier fut une 
édition nouvelle du Diciionnaire en 
sept langues , connu sous le nom de 
Calepin. Il s'adjoignit, dans ce tra- 
vail, Forcellini , Je plus studieux de 
tous ses disciples. Cet ouvrage, com- 
mencé en 1715, fut achevé et publié 
quatre ans après, en 1 forts vol in-fol. 
Ce fut alors qu'il conçut , avec son 
zélé collaborateur, l'idée d'un grand 
Vocabulaire latin , qui comprendrait 
tous les mots de la langue et toutes 
leurs différentes acceptions, prouvées 
par des exemples tirés ides auteurs 
classiques, sur le modèle du Voca- 
bulaire italien de la Grusca. Cette im- 
mense entreprise les occupa près de 
quarante ans; Facciolato la conduisait, 
Forcellini l'exécuta presque toute en- 
tière ; et l'ouvrage , commencé sous le 
nom du premier, fut presque entière- 
ment achevé sous celui du second 
( Voyez Forcellini). Ce fut avec 
le même collaborateur , et avec quel- 
ques autres, que Facciolato donna de 



FAC 79 

nouvelles éditions du Lexicon de 
Schrevclius , du Lexicon ciceronia- 
num de JNizoli , des Particules latines 
de Turselin, travaux obscurs où il 
n'était soutenu que par l'utilité dont ils 
étaient pour la jeunesse studieuse. Il 
était dans l'usage de prononcer chaque 
année, à l'ouverture des études, des 
Discours latins sur les belles-lettres 
en général, sur la rhétorique, la phi- 
losophie, ou d'autres parties des con- 
naissances humaines. Ces harangues 
imprimées ajoutèrent beaucoup à sa 
réputation. Les trois magistrats qui 
présidaient à l'université de Padoue , 
sous le titre de réformateurs des étu- 
des, l'y appelèrent en 1702, en le 
nommant à la chaire de logique qu'il 
n'avait point sollicitée, qu'ils eurent 
même de la peine à lui faire accepter , 
qu'il remplit avec succès, et où il ne 
négligea aucune occasion de faire pré- 
valoir la méthode d'Aristote sur les 
théories modernes. Au bout de seize 
ans il demanda sa retraite ; mais les re- 
formateurs ne voulant pas que son nom 
fût effacé du tableau de l'université , 
l'y maintinrent sous le titre de pro- 
fesseur émérite , en lui conservant ses 
honoraires, et le chargeant de conti- 
nuer et d'achever l'histoire de cette 
université, commencée par le Pappa- 
dopoli , et qu'il avait conduite jusqu'à 
cette époquc'( 1 740 ) , qui fut celle de 
sa mort.Tl se mit aussitôt à l'ouvrage; 
mais le désordre et le vide qu'il trouva 
dans les archives l'arrêtèrent jusqu'à 
ce qu'il eût, à force de recherches , 
rassemblé tous les monuments, actes 
et pièces officielles , et dressé les ta- 
bles et les catalogues, préliminaires 
indispensables d'un semblable travail. 
Lorsqu'il le publia enfin, les douze 
instructions ou traités (synlagmata) , 
qui contiennent l'Histoire générale de 
l'origine et des progrès , des règle- 
ments et des différents emplois de l'u- 



8o F A C 

nivrrȕte, obtinrent une approbation 
universelle; il n'en fut pas ainsi de 
l'Histoire particulière qu'il iit paraître 

ensuite; eiic ne remplit point l'attente 
qu'on en avait conçue, et ne contient 
guère que la sèche nomenclature îles 
professeurs morts, et quelques phra- 
ses, le plus souvent caustiques , sur 
ceux qui vivaient encore. Au reste, 
ce laconisme semblait tenir à son prin- 
, ripe , que les livres les pi us courts sont 
Jes meilleurs, Il ne cessait d'écrire à 
Fabroni : « Si vous voulez, que vos 
» Fies des Italiens illustres soient 
» lues, laites les courtes; notre siècle 
v (si ennemi des longues légendes. » 
Facciolato mêlait à ces grands travaux 
d'autres compositions moins impor- 
ta nies : son zèie pour la langue latine 
ne l'empêchait pas de s'occuper de sa 
langue maternelle; et l'on a de lui un 
Traiié de l'orthographe italienne. H 
écrivait aussi en vers dans les deux 
langues, mais avec plus d'élégance que 
d'imagination et de feu. Ce caractère 
d'élégance, de concision, et, pour 
ainsi dire, de propriété de style, ca- 
ractérise tout ce qu'il a écrit. Sa répu- 
lation s'était étendue dans tous les 
pays étrangers; le roi de Portugal lui 
lit offrir , avec les conditions les plus 
avantageuses, la direction du collège 
des nobles qu'il venait d'établir à Lis- 
bonne. Facciolato prétexta son grand 
m pouf ne point accepter et pour 
rester tfan« M patrie; mais il donna 
par écrit des directions qui lui lurent 
demandées, et dont le roi fut si sa- 
tisfait, qu'il lui envoya en présent un 
magnifique service de porcelaine de la 
Chine. fracciolato vécut sans infirmités 
jusqu'à une extrême vieillesse, et 
mourut l<- \>r> août i ^('hj. S< s piinci- 

iiaui ouvrages sont : |. Oroticnes lu- 

, imprimées d'abord séparément^ 

ensuite reunies et publiées à Padoue, 

i . in 8 " , tt réimprimées au uow- 



FAC 
bre de vingt-sept , ibid. i 767. II. Lo- 
gicœ disciplina? rudimenta ex opti- 
mis fontibus deducta, etc. , Venise , 
1728, iu-8\, réimprimés ensuite 
avec deux autres parties , sous ce ti- 
tre : Jacobi Facciolati logica tria 
complectens rudimenta, institutio- 
nes, acruases XI, Venise, 1 75o, in- 
8 '. III. Ortografia moderna ilaliana 
con qualche cosa di lingua per uso 
del seminario di Padova , ag^iunti 
in fine gli avvertimenti grammati- 
cal^ Padoue, 1721, in 4 • 1 V. Exer- 
cilationes in duas priores Ciceronis 
orationes, Padoue , 1 n5 1 ; V. Anno- 
tationes crilicœ in I litteram latini 
lexicicui titulus : « Magnum dictio- 
narium latino - gallicum , auctore 
Danetio.» Padoue, 1751 , in 8°.; 
item in X litteras ejusdem lexici ; 
ces dernières n'ont éle imprimées que 
dans la collection des Opuscules 
scientifiques de Calogerà , tom. XIX , 
Venise , 1 7?H). VI. Scholia in libros 
Ciceronis de officiis , de senectute , 
amicitid, somnio Scipionis , para- 
doxis , etc. Venise, 1741 , in $° ; 
VII. De grmnasio P atavino sjnlag- 
mata duodecim ex ejusdem grmna- 
sii fastis excerpta, Padoue, 1702, 
iu-8". VI II. Fasli grmnasii Pata- 
vini, ab anno i:i(Jo ad annum 
1 752 , collectif partes III , Padoue, 
1757 , in-.'î°. ; nous avons dit ei-des- 
StH quel était le diftérent mérite et quel 
avait été le différent succès de ces 
deux <'i,\ rages. i\. I iatinœ 

CI.XXl Jacobi Facciolati in Pa- 
ta\'ina academid professoris emeriti 
cl itiitorici , Padoue, 17ÔS , io 

C — L. 

1 ACINI (Pierre), peintre, na- 
quit à Bologne vers I' Anni- 
bal CarracJie ayant vu no dessin bi- 
raais hardi; qu'il avait fait 

avec du chai bon, lui proposa de lui 
donner des leçons, et de l'admetliç 



FAC 

clans son école • mais il ne tarda pas à 
s'en repentir. Facini, en sortant de 
l'école des Carraches, en ouvrit une ou 
il chercha à attirer la jeunesse de Bo- 
logne. Ce peintre était recommandable 
par la vigueur et l'assurance de ses 
lêtes, et surtout par une vérité de 
carnations qu'Aunibal nepouvait s'em- 
pêcher d'admirer. Du reste, ce maître 
n'avait pas un dessin correct , quoi- 
qu'il eût semblé annoncer qu'il excel- 
lerait dans cette p-artic. 11 laissait 
aussi beaucoup à désirer dans sa ma- 
nière d'attacher les mains et les bras, 
et il n'eut pas le temps de se corriger 
de ces défauts. Son tableau des 
Sai?its protecteurs de Pologne , fait 
pour l'église de Saint François de la 
même ville , est le meilleur ouvrage 
qu'il ait composé. On voit de lui, 
à la galerie Mal vezzi, plusieurs Jeux 
d'enfants dans le goût de l'Albane , 
mais d'une plus grande dimension. 
Facini mourut eu iGo'i , environ à 
l'âge de trente-six ans ; il eut pour 
principal élève Jean-Marie Tamburi- 
ni , qui s'attacha ensuite au Guide et 
suivit son style. A — d. 

FACINO CANE, condottiere, ty- 
ran d'Alexandrie, né à Santhia, vers 
Tan i56o , d'une famille noble de la 
l'action des Gibelins. Son nom était 
Boniface, dont Facino n'est qu'un di- 
minutif. Il fut un des élèves du comte 
Alberic de Barbiano et des généraux 
de Jean Galéaz Visconti, premier duc 
de Milan. Celui-ci l'opposa en i5gi, 
au comte Jean III d'Armagnac, qui 
envahissait la Lombardic , et à celte 
occasion Facino Cane obtint la sei- 
gneurie de Çastagnole en Montferrat , 
et celle du bourg Saint-Martin. Après 
la mort de Jean Galeaz, et pendant 
la minorité orageuse de ses lils, Fa- 
cino chercha , comme les autres gé- 
néraux du duc de Milan , à se faire 
une principauté indépendante. U s'em- 
xiv. 



FAC 81 

para d'Alexandrie en i4<>4> décla- 
rant cependant qu'il n'occupait cette 
ville que comme lieutenant de Phi- 
lippe-Marie Visconti, à qui son père 
l'avait laissée en héritage. Deux ans 
après il enleva Plaisance à Otto-Bon 
Terzo, autre général qui , comme lui, 
voulait former une nouvelle princi- 
pauté. Les états de Facino Cane con- 



it avec celui de Gènes 



, que 1 in- 
trépide maréchal Boucicaut gouver- 
nait alors au nom de la France ,• ces 
deux capitaines embrassèrent des par- 
tis opposés dans les factions de Lom- 
bardie, et Facino Cane, averti que 
Boucicaut marchait sur Milan , fon- 
dit sur Gènes par la vallée de Bisa- 
guo ; il détermina cette ville à la ré- 
volte, et tous les Français qui y 
étaient demeurés , furent massacrés 
ou chassés de la ville le 6 septembre 
1409. Les intrigues de la cour des 
Visconti forcèrent ensuite Facino Ca- 
ne à tourner ses armes contre ces 
princes. Dans la même année, 1409, 
il força l'aîné, Jean-Marie, à ren- 
voyer de Milan des conseillers qui lui 
déplaisaient. Bientôt après il assiégea 
Philippe-Marie, le plus jeune, dans Pa- 
vic. Il prit cette ville et la saccagea pen- 
dant trois jours. Philippe-Marie, de- 
meuré son prisonnier, lui abandonna 
toute son autorité. La principauté de 
Facino Cane comprenait alors Pavie, 
Alexandrie, Verceii , Tortonc, Varèsc , 
Cassano, et toutes les rives du lac Ma- 
jeur. 11 marchait à de plus grandes 
conquêtes lorsqu'il tomba grièvement 
malade au commencement de mai 
1412. Sur ces entrefaites , Jean-BIa- 
rie Visconti, duc de Milan , que sa fé- 
rocité rendait universellement odieux , 
fut tué par. des conjurés, le 16 mai 
\f\\'i. Facino Cane en apprit la nou- 
velle à son lit de mort , et l'on assure 
qu'il expira comme il jurait d'en tirer 
une sanglante vengeance. Sa veuve 

6 



8-i FAC 

rx Lascaris, fille du comte de 
Tende, épousa en secondes noces 
Philippe Marie, duc de Milan, au- 
quel 'elle porta en dot l'armée qu'av.it 
formée son mari, et les seigneuries 
qu'il avait conquises: l'ingrat Visconli 
la fit ensuite pe'rir sur un échafaud. 
La Vie de Facino Cane se trouvedans 
la Biografia piemontese de Tenivclli. 

o. o —I. 

FACIO ( Voy. Fatio et Fazio ). 

FaCUNDUS, cvèque d'Hcrmiane, 
en Afrique, se distingua sous le règne 
de Justinicn parle rôle qu'il joua dans 
les disputes théologiques qui eurent 
lien au sujet des trois Chapitres, et 
des décisions rendues sur cet article, 
un siècle auparavant, dans le concile 
de Chalccdoine. On désignait , par le 
nom des trots Chapitres , les écrits 
de trois c'vêqucs contemporains de 
NesloCMS, et qui avaient été soup- 
çonnés de partager ses erreurs, mais 
dont le concile de Chalccdoine avait 
admis la justification et reconnu l'or- 
thodoxie. Les ouvrages qui, après tant 
d'années , devenaient de nouveau un 
sujet de scandale et de discorde , 
étaient i". les écrits de Théodoret, 
évéque de Cyrrhej a°. un Traité de 
l'Orthodoxie , composé parThéodore, 
évèqoc de Mopsueste; 5°. une Lettre 
(Tibias , évéqae d'Ephèse. Les Acé- 
phales (secte obscure et sans chef, 
comme le désigne son nom , mais 
formée des secrets partisans de l'Ku- 

LfebssoK et du Nestorianisme 
dirent m piège à Justinicn, et crurent 
infirmer l'autorité du concile deChal- 
I faisant eux-mêmes cou- 

<1 imnerdes propositions quece cou. île 

avait tolérées. Ce prince rendit un edit 

ronde 1rs trois Cnapiti es, et foi 

1er. Plusieurs Vj n-fii- 
! : ce fut à ottte occasion que 

■lus • (pie les aH'.iires de sou 
a? aient amené a Const mtinople } 



FAD 

pre'senta à l'empereur l'apologie des 
ouvrages qu'on voulait condamner, et 
s'exprima avec autant de hardiesse 
que de fermeté. Les menaces et l'exil 
ne purent le faire changer d'avis. Le 
pape Vigile , ayant été appelé à Cons- 
tantinopie, en 547, pour régler cette 
affaire , augmenta le trouble par ses 
variations; et lorsque, pressé par Jus- 
tinicn , il consentit à condamner les 
trois Chapitres , Facuudus et les évê- 
ques d'Afrique se séparèrent de sa 
communion. Ce schisme obscur et peu 
important dura près d'un siècle. Les 
ouvrages que Facuudus a laissés, sont : 
I. Les douze Livres de Tribus capi- 
tula, publiés parle P.Sirmond, io2c^ 
II. Un autre Traité sur le même sujet, 
adressé à Mocianus; III. Une Lettre 
publiée par le père dom Luc d'Achery. 
Les détails relatifs aux trois Chapitres 
se trouvent dans les actes du 5 e . con- 
cile général deConstantinople;Dupin, 
Bibl. eccl., t. V, pag. 189-207 , etc. 
L— S— e. 
FADHEL cl BARHSAKY. Voyez 

YaHYA EL BARMEKY. 

FADL BEN RÉBI , vezyr de Ha- 
roun Errachid, parvint par ses intri- 
gues à renverser les Barmérides, fa- 
mille rivale de la sienne en puissance 
et en crédit , et les remplaça dans le 
ministère vers l'an 187 de l'hég. 
( 8o5 de J.-C. ) Il avait précédem- 
ment occupé la charge de chambel- 
lan sons les khalvfcs Mansour, Mélidi 
it lluli, et il conserva la dignité de 
jusqu'à la mort de llaroun. 
Lors de cet événement, il se trou- 
vait à Thous avec le khalyi 
reprit la route de Baghdâd , avec les 
s de l'armée. Ce 6rt Fadl qui 
suscita la guerre entre les deux ûls de 
11 noiin , \uiin et Mamoun , en enga- 
geant le premjer k enfreindre le ' 
nu nt de son père. Aussi , lorsque Mi- 
luouii eut pris possession de la cou- 



F AD 

ronne,il mena quelque temps une vie 
créante , fuyanl de campagne en cam- 
pagne, pour se sou.straire à la colère 
du khalyfe. Fadl mourut, selon îbn 
Khilcan, en 208 de l'hég., au mois de 
dzoulcandah ( mars, 824 de Jésus- 
Clirist ). Voici le portrait qu'en tra- 
ce un historien arabe : « C'était un 
» homme adroit, et qui connaissait 
» parfaitement la conduite qui convient 
» aux souverains, et les talents qui 
» leur sont nécessaires. Quand il fut 
» devenu vézyr, il se livra avec pas- 
» siou à la culture des lettres ; il ras- 
» sembla près de lui un grand nom- 
» bre de savants , et acquit en peu de 
» temps les connaissances qu'il dési- 
» rait avoir en ce genre. » J — n. 

FADL BEN SaHAL, vézvr du cé- 
lèbre khalyfe Mamoun, l'ut revelu par 
ce prince d'une autorité absolue, et 
eut sous sa dépendance l'adminislra- 
tion civile et militaire, ce qui le fit 
surnommer Dzoul riassetéhi , {pos- 
sesseur des deux directions.) Ou dit 
qu'il conseilla à Mamoun de se choisir 
un successeur dans la maison d'Ali, 
afin de mettre fin aux dissentions 
qu'elle suscitait sans cesse dans l'em- 
pire ; mais ce conseil , loin d'appaiser 
les troubles, en créa de nouveaux, et 
Fadl le paya de sa vie , car les Abbas- 
sides le firent, assassiner dans le bain , 
le vendredi 2 de chaaban , eu 202 
ou 20J de î'iiégire ( 12 février, 818 
de Jésus-Christ ). Fadl descendait, se- 
lon Fakhi -eddyn , des anciens rois de 
Perse; son père avait quitté la religion 
des mages, pour embrasser l'isla- 
misme. Ii rivalisait en générosité avec 
les Jjarmé.' ides , auxquels il avait été 
attaché, et possédait plusieurs de leurs 
belles qualités. Fadl est aussi célèbre 
dans l'histoire pour son habileté dans 
dan^ !a science des astres cl en géo- 
mancie. On rapporte de lui une infi- 
nité de prédictions qui se réalisèrent. 



F A D 85 

Il est auteur d'un Traité d'astrolo- 
gie judiciaire. J — n. 

FADLOUN , frère de Lelkari , 
prince musulman du nord de l'Armé- 
nie, qui, vers le commencement du 

I i e . siècle, fit périr tous les mâles de 
sa famille, et s'empara de la souve- 
raineté des villes d<- Gandsak , B irdaa 
et Schamkor. Il fit périr li plupart 
des princes musulmans ou chrétiens 
qui possédaient des souvrrainelés 
dans le voisinage de la sienne. Il vou- 
lut attaquer David, roi pagralide de 
l'Arménie orientale ; mais il fut vaincu 
et contraint de fuir dans i'Adirbade- 
ean , d'où il revint bientôt avec une 
puissante armée, qui tut mise en dé- 
route, et complètement détruite. Fad- 
loun lui-même périt dans la mêlée. 

S. M— n. 
FADLOUN T r ., riche particulier 
musulman, qui, en l'an 1072, acheta 
du suithân Seldjoukide Alp Arslan , 
pour une somme très considérable, 
la ville d'Ani, capitale de l'Arménie, 
et en fut souverain , sous la supréma- 
tie des princes Se'djoukides de Perse. 

II fit relever les murs et la plus grande 
partie des édifices publics , qui avaient 
été presque entièrement détruits dans 
la guerre des Arméniens et des Grecs, 
contre les Turks. 11 rappela aussi la 
plupart des personnages marquants 
de l'Arménie , que la tyrannie des 
Musulmans avait forcés de s'éloigner. 
Lorsqu'il mourut, son neveu, INIanou 
Sché, lui succéda dans sa souverai- 
neté. S. M — n. 

FADLOUN II , fils d'Abou'l Sewar, 
succéda à son père dans la souverai- 
neté de la ville d'Ani. Il rendit dans 
plusieurs occasions de grands services 
aux sulthâns Seldjoukides de Perse. 
En l'an 1 r>.5, pendant qu'il était dans 
le Khoraçân, Da\ id 1 1 1 , roi de Géorgie, 
après avoir conquis la plus grande 
partie de l'Arménie septentrionale , 

(j.. 



fli 



FAE 



vint attaquer Ani, quj fut prise après 
un long siège ; l'énnr Abou'l Sewar , 
père de Fadloun , fut emmené prison- 
nier à X* flis , où il mourut peu après 
dans la captivité. En l'an 11*26, Fad- 
loun , informé de la conquête de ses 
éîats, revint proniptement de Perse 
avec une nombreuse année, fit al- 
liance avec plusieurs des petits princes 
de l'Arménie, vainquit les Géorgiens, 
et reprit Ani après un an de siège. 
Démet rius il , roi de Géorgie , succes- 
seur de David III , tut contraint , par 
ce revers , de faire la paix avec lui. 
Fadloun prit encore la ville de Tovin, 
qu'il réunit à sa souveraineté. Il mou- 
rut vers Tan 1 1 T> > . S. M — n. 

FADLOUN III, fils de Mahmoud 
et neveu de Fadloun II , succéda à son 
père en l'an 1 1 53 , dans la dignité 
d'émir des villes d'Ani et de Tovin. 
Il gouverna ses états avec la plus 
grande tyrannie, et s'aliéna entière- 
ment l'esprit de ses sujets. George HT , 
roi de Géorgie, le vainquit en 1 161 , 
et s'empara de ses duix villes , et des 
contrées qui composaient sa souverai- 
neté*. Bientôt après, Fadloun et son 
allié, Sokman Schah Armen, roi de 
Khelath, partirent devant Ani avec 
une armée très considérable, et li- 
vrèrent bataille aux Géorgiens. Après 
un combat très acharné , cette armée 
fut mise dans une déroute complète, 
et Fadloun resta parmi les morts. 
S. M— n. 

FAE UNE (Gabriel), célèbre 
poêle latin moderne, était de Crémone, 
et fleurit dans !<■ i(> . poque 

de sa naissance, l'emploi d< 
mières aime ( 1 et ses premk 1 s j as dans 
le monde, sont également ignorés. 
Malgré son extrême modtstie , son 
mente fill enfin connu du cardi- 
nal Jean -Ange de lMcdieis, qui se 
ha, et prit pour lui beaucoup 
d'ailcctiou. Tous ks auteurs qui ont 



FAE 

parlé de Faèrne reconnaissent qu'il 
en était digne, et louent en lui non- 
seulement le talent et le savoir, mais 
une probité singulière et la plus grande 
innocence de mœurs. Le cardinal , son 
protecteur , étant devenu pape sous 
le nom de Pie IV, s'occupa de sa for- 
tune, et chargea son neveu, le saint 
cardinal Charles Borromée, de s'en 
occuper plus particulièrement. Le bon 
Faëine ne profita de cette augmenta- 
tion de crédit que pour rendre service, 
auprès du cardinal et du pape, à tous 
les gens de lettres qui avaient recours 
à lui. Du reste, il vivait à Rome com- 
me s'il eût été à la campagne, étran- 
ger à la corruption et aux intrigues de 
la cour, concentré dans ses études, 
mais toujours accessible et agréable à 
tout le monde par l'égalité de son ca- 
ractère et par sa candeur. Il ne jouit 
pas long-temps de cette heureuse po- 
sition : après une maladie longue et 
douloureuse, il mourut dans un âge 
peu avancé, le 1 7 novembre i56i. 
Celui de ses ouvrages qui lui a lait le 
plus de réputation , est un Recueil de 
cent Fables en vers latins de diffé- 
reiKes mesures , et dont il tira les 
sujets d'Esope et de quelques autres 
anciens auteurs. C'était par ordre de 
Pie IV qu'il avait entrepris ce travail. 
Les fables de Phèdre ne furent retrou- 
vées par Pierre Pi thon que plus de 
vingt ans après; on n'avait point de 
Cables latines qui pussent entrer dans 
l'instruction de la jeunesse, et ce rat 
ce qui donna BU pape l'idée de faire 
iter ce Becueif. '.I les fi: imprimer 
après la mort de l'auteur, en beaux 
caractères el avec de fort belles gra- 
vures , Rome, i50.\ , in-4 • L< savant 

■ Antouiano , qui fut depuis car- 
dinal [voyei \n rOHIAHO), en dirigea 

ion, et l'offrit au cardinal Bor- 
romée par une dégante épître dédi- 
catoire. L'historien De Thou a, contre 



FAE 

son ordinaire, manqué de justice et 
de gravité en accusant trop légère- 
ment Faërne d'avoir caché le nom de 
Phèdre , et d'avoir supprimé ses écrits 
qu'il avait lus et qu'il avait entre les 
mains ( voyez son Histoire , année 
i56i ). Cette accusation était facile à 
réfuter, et l'a été victorieusement. D'a- 
bord le caractère de Faërne , plein de 
candeur et de probité, est universel- 
lement reconnu, et repousse l'idée 
d'un plagiat aussi honteux et aussi 
coupable. Ensuite, il suffit de se rap- 
peler que ses fables sont au nombre 
de cent , et qu'à l'exception d'une 
seule , intitulée dans son recueil Ju- 
piter et Minerva, et dans celui de 
Phèdre, Arbores in deorum tuteld , 
il n'y en a aucune qui puisse faire 
croire qu'il eût eu sous les yeux les 
Fables de Phèdre. Ce sont souvent les 
mêmes sujets, parce qu'elles sont ti- 
rées des mêmes sources grecques , 
mais elles différent totalement dans 
les expressions, dans les pensées et 
dans la forme des vers. Quant à la 
fable unique où l'on voit sous tous ces 
rapports une grande ressemblance 
avec celle de Phèdre, elle avait paru 
précédemment dans le Commentaire 
de Perotti sur le premier livre des 
épigrammes de Martial , publié sous 
le nom de Cornucopia. C'est là que 
Faërne l'avait vue, et non dans un 
prétendu manuscrit de Phèdre. S'il 
avait possédé ce manuscrit, et s'il s'é- 
tait cru intéressé à le supprimer et à 
le détruire, comment un homme as- 
sez avide de réputation pour se por- 
ter à un tel excès, n'avait-il choisi 
qu'une seule fable parmi toutes celles 
de Phèdre ? pourquoi en avait- il choi- 
si une qui non-seulement n'est pas la 
plus élégante, mais qui le cède en 
éîégiiice a presque toutes ; et pour- 
quoi s'était-il abstenu de toucher à 
toutes les autres, dont un grand nom- 



FAE 85 

bre auraient pu lui faire beaucoup 
plus de réputation? Enfin comment 
en avait-il choisi une que Perotti avait 
publiée avant lui , et qui était connue 
de tout le monde , et n'avait-il fait au- 
cun usage de celles que personne ne 
connaissait ? Voyez , entre autres ré- 
futations de Terreur de De 1 hou, une 
longue note du jésuite Lagomarsini, 
tome II des lettres latines de Jules 
Pogiano, Piome, 1756, in-4°», pag. 
563 et suiv. Ce qui augmente le mé- 
rite de l'élégance du style dans le fa- 
buliste de Crémone , c'est qu'il n'a pu 
imiter Phèdre, qu'il ne connaissait 
pas : Piaule etTérence furent ses mo- 
dèles. Ces fables obtinrent, dès qu'elles 
parurent , un applaudissement uni- 
versel ; elles furent réimprimées à Co- 
logne , à Anvers , à Bruxelles. Cette 
dernière édition, 1682, in-12, avec 
des gravures en bois, contient de 
plus , après chaque fable , des senten- 
ces en prose tirées de différents 
philosophes. Perrault traduisit en vers 
les cent fables de Faërne, qu'il fit 
d'abord imprimer à Paris, avec d'au- 
tres poésies ( 1699, in- 12 )j elles 
furent réimprimées, depuis sa mort, 
à Amsterdam , 1718, in- 1 2 , avec les 
mêmes gravures en bois de i'édition 
latine de Bruxelles; les fables sont 
divisées en cinq livres, et dans un 
autre ordre que celui de toutes les 
éditions précédentes. Les deux meil- 
leures du texte latin sont celles de 
Comino, données par Volpi, Padoue, 
1 7 1 8 et 1 700 , in-4°. On y trouve , 
après les fables , d'autres poésies la- 
tines du même auteur, tirées, de diffé- 
rents Recueils; quelques Leitres aussi 
écrites en latin , un petit Traité resté 
imparfait sur les vers que les latins 
employaient dans la comédie, et enfin 
une Lettre critique en italien , qui 
contient la censure des corrections que 
Sigonio avait faites sur le texte de 



86 FAE 

Tite-Livc. On iit en latin le titre de 
cette Lettre dans les additions de 
Teràsifff sus e ot;es de> hommes sa- 
vants, tircé de l'Histoire du président 

De Thon; le Dictionnaire historique 
ino Ta copie fidèle» 
ment; le Dictionnaire universel fran- 
,i *.i pas manqué de le repéter 
après eux, quoique le titre et la Lettre 
de Faërne .soient en italien , dans les 
deux éditions de Volpi. D'après ces 
deux éditions, on en fit une à Londres, 
chez Darres et Dubosc , en 17/^, 
in- V'. On y ajouta la traduction fran- 
çaise de Perrault et cent gravures en 
fai le -douce; cette édition est fort 
belle, mais très incorrecte, tandis 
que les deux éditions de Padoue , 
comme toutes celles des frères Volpi, 
sont d'une parfaite correction. Faërne 
I laissé de plus : I. Deux Livres de 
Corrections sur les Philippiqucs et 
sur trois autres harangues de Cicéron , 
d'après un manuscrit qu'il avait dé- 
couvert dans la bibliothèque du Vati- 
can , et qu'il regardait comme le plus 
ancien de tous ceux qui existaient des 
OKuvres de Cicéron ; II. Des Notes 
sur CfttttUtj sur Plaute, et un Com- 
mentaire p!us étendu sur Térence, 
qui fut imprimé par les soins du sa- 
vant Pierre 'vltoii, Florence, i5(j5, 
in -8.; réimprimé à Paris, îtio'^, 
in- i . G — é. 

PXESCH. Cette illustre famille de 
Baie a produit plnsteu . Je m- 

Jaequex. jurisconsulte estimable, na- 
quit a Bâlt , en 1 "ir.i , et y mourut en 
: il fut profi vm tir des institu- 
tions depuis 1 '")()< 1. Son lil>, .Jean- 
Jacques, teetpa la même 
mourut eu ifl .\t). — ' Henri), 

lia l.i juris- 
prtndenoe a G n , I 

Btplusietirs 

;.c , en Al 
en Italie. Dès l'année t^y> il passa 



FAE 

successivement par les eli verses chaires 
de droit. Il forma une bibliothèque 
nombreuse, un cabinet d'antiquités 
et de médailles des plus riches. Ce 
cabinet existe encore sons le nom de 
Cabinet de Faesch, et il fait un des 
objets de la curiosité des él rangers; son 
fondateur, pour en éviter la distraction, 
en fit un fidéi-commis de famille, et 
substitua l'académie de Baie. En itf'.io 
il avait donné une Dissertation de 
Fœderibus. Il mourut en \i'A\- t . — 
Faescu ( Sébastien ) , ne en 1G47 > 
devint professeur en droit à Baie , en 
1687. On a de lui : 1. Une Disserta- 
tion sur la vie de Cicéron, prononcée 
en 1 < •() 1 ; II. Une Dissertation savan- 
te de insignibus , 167 1 ; III. Une Let- 
tre sur une Médaille très rare de Pa- 
lœmon Evergete , roi de Paphlagonie, 
insérée dans les Recherches curieuses 
de Spon , traduite en latin ( Bàle , 
i(jr>o, in-4°. ), et réimprimée dans 
le Thésaurus anliquit. grœc. deGrœ- 
vius. Il mourut en 1 7 1 2. — Son père , 
Christophe, avait de même occupé 
des chaires à l'université de l'aie ; il 
a publié une Dissertation de Reve?ia- 
ticri,el il mourut eu i(>83. — Faesch 
(Boniface) , né à Bàle , en i(>5 1 , y 
mourut professeur en droit le ïb dé- 
cembre 17 ij. Ou a de lui un grand 
nombre de Dissertations. — Fak-cii 
(Jean-Rodolphe), né à Bâte, en 1669, 
y mourut en i^5t. Il étudia la juris- 
prudence et lut nommé, en IÔ98, 
conseiller du margrave 4< Badcn; en 
171") , l'électeur de Trêves l'avait 
nommé son résidt ni à Paris ; eu 

■ , il fut de même d< 
cour iic France p 1 le duc deWurlcnl- 

. dans i',.( ; | Mitbeiliard. 

11 rendit de très bons services au duc 

ive de 

ri , dont 1! resta le chargé d'al- 
lures en France el près !• Répubhqne 
helvétique, jusque dans un âge tics 



FAE 

avancé, où il se retira dans sa ville 
natale. — Faesch C Jean-Louis ), né 
à Baie; il avait étudié la jurispru- 
dence, et se distingua bieuiot par ses 
talents en peinture. Il s'occupa de 
portraits, et surtout de caricatures et 
d'attitudes théâtrales, il en avait don- 
né plus de cent qui représentent le 
célèbre Garrik. Ses ouvrages lurent 
recherchés. Il mourut à Paris , en 
1778. — Un autre Faesch (Jean- 
Rodolphe), ingénieur et architecte au 
service de l'électeur de Saxe , mort à 
Dresde, en \")l\i, a laissé : I. Un 
Traité de la manière de rendre les 
Fleuves naviguables , Dresde, 17*28, 
in-8'.; II. Un Dictionnaire des In- 
génieurs , ib. , 1 *j55 , in-8*. , et plu- 
sieurs autres ouvrages sur l'architec- 
ture et les fortification*, tous en alle- 
mand. — Faesch (George-Rodolphe), 
probablement iils du précédent , gé- 
néral-major, chef du corps des ingé- 
nieurs saxons, et directeur des forti- 
fications de Dresde, où il mourut le 
I er . mai 1787, âgé de soixante-dix- 
sept ans, a traduit en allemand V Art 
de la guerre , de Puységur ( Leipzig , 
1755, in - 4°. ); les Rêveries du 
Maréchal de Saxe ( ibid. , 17^7, 
in-fol.), etc.; il a traduit d'allemand 
en français les Instructions militaires 
ilu roi de Prusse pour ses généraux 
Francfort ( Paris), 1 76 1 , in-8 '. , et a 
publié : I . Règles et Principes de Vart 
de la guerre ( Leipzig, 1 77 1 , 4 vol. 
in-8.) : il en parut en même-temps 
une traduction allemande; ÏT. His- 
toire de la guerre de la succession 
d'Autriche , de 174° ■ * 7 4*3 , essai , 
Dresde, 1787, gr. in-8'., en alle- 
mand. U — 1. 

FAESï (Jean - Jacques ) , natif 
de Zurich * s'appliqua aux mathéma- 
tiques et à l'astronomie. Outre les at- 
manachs de Zurich qu'il composa 
pendant long-temps, ou a de lui des 



F A G 87 

Deliciœ astronomie 'ce , 1(^97 ; \m 
Planetoglobium , ou Paradcxum 
novum mechanico - astrunomicum , 

I 7 1 5, iu-.y'. U — ï. 

FAESI (Jean Conrad), né à Zu- 
rich en 17^7, mou. ut curé a Flauch , 
village près de Schaffhouse en 1 790. 

II s'occupa pendant toute U vie de 
recherches historiques, et surtout du 
l'histoire et de la statistique de sa pa- 
trie. Écrivain laborieux, ila publié 
un grand nombre d'ouvrages utiles 
et remplis d'érudition. Su Description 
géographique et statistique de la, 
Suisse a paru en 4 vol. in 8°. , en 
allemand, de 17'Jo à 1768; en 
1765 il avait fait paraître 1 volumes 
de Mémoires sur divers sujets de 
ïhistoire ancienne et moderne ; en 
1 790 a paru son Histoire de la paix 
d'Utrecht. Il a traduit en allemand 
l'Histoire d'Afrique et d'Espagne de 
Gardone; et les journaux historiques 
soignés par Meusel contiennent quan- 
tité de ses Mémoires. Il a laissé deux 
fils, qui ont hérité des qualités esti- 
mables de leur père. U — 1. 

FAGAN ( Christophe - Barthe'- 
lemi ), né à Paris en 170-2 , était 
iils du premier commis au grand bu- 
reau des consignations, il eut lui- 
même dans ce bureau un emploi qui, 
l'occupant fort peu , lui laissait tout le 
loisir nécessaire pour s'occuper de 
littérature , et particulièrement de 
théâtre. Né paresseux et insouciant , 
il avait en aversion non seulement 
les affaires , mais encore les devoirs 
de la société. Comme il ne pouvait 
porter dans le monde qu'un exté- 
rieur négligé et des manières peu 
agréables , il fréquentait de préfé- 
rence les lieux où j l'on goûte des plai- 
sirs faciles et obscurs : le cabaret 
était son séjour habituel ; il avait ce- 
pendant une femme , et passait pour 
bon mari. S'il eut vu meilleure corn- 



88 



FAG 



pagine, son esprit et son talent se 
Dl étendus ; son style eût ac- 
quis plus île délicatesse et d'élégance. 
11 avait le génie fie la comédie; quatre 
de ses pièces, YEtourrlerie, les Origi- 
naux ( V. Dugazon), le Rendez-vous 
et la Pupile , sont restées au théâtre ; 
la dernière passe pour son meilleur 
ouvrage. Tous les bons juges con- 
viennent que La Harpe , dans son 
Cours de littérature , a traite la 
Pupile beaucoup trop sévèrement, eu 
disant qu'elle n'avait dû son succès 
qu'aux grâces de la Gaussin ; mais 
tout le monde pense, comme lui, 
qu'en général les intrigues de Fagan 
sont forcées. Cet auteur a f.tit pour le 
théâtre français , outre les quatre 
pièces citées plus haut , la Gron- 
deuse , X Amitié rivale, Jocov.de, 
le Musulman , X Inquiet , le Marié 
sans le savoir, Vheureux Retour, 
le Marquis auteur , et X Astre favo- 
rable ; pour le Théâtre italien , ia 
Jalousie imprévue , le Ridicide sup- 
posé , Ylsle des Talents, la Fer- 
mière et les Almanachs ; pour le 
Théâtre de la {foire sept opéras co- 
miques en société avec. Pannard, au- 
teur dont il se rapprochait beaucoup 
par le talent, le caractère et le genre 
de vie. Il a encore fait une parade in- 
titulée: Isabelle grosse par vtrlu , 
l'uue des meilleures facéties de ce 
genre. Enfin il a public Nouvelles 
observations au sujet des condam- 
nations prononcées contre les comé- 
diens , Paris, i 7 m , in-lQ : n 
qui l'ut réfuté par un anonyme, 
me du monde amateui 

lit intitulé : Essai sur la 

die moderne , Paris , i 
i Paria le ai • 
^. Son Théâtre a été 
imprimé en 4 vol. in- 1 

ici en rot éditeur, (t y ajouta un 
tteur. À — g -ii. 



FAG 

FAGE ( Durand ) , fanatique des" 
Cèvcnnes , naquit à Aubais , près 
Sommicres, petite ville du bas Lan- 
guedoc, en 1681. On ne sait rien de 
sa première éducation , et son histoire 
ne commence qu'en 1702. Il avait 
vingt-un ans ; c'est alors que pour la 
première fois , il se trouva à une as- 
semblée d'inspirés qui se tenait en 
plein champ, près de Saint-Laurent de 
Gousc. 11 raconte qu'il y vit une jeu- 
ne fille de onze ans, naturellement 
timide, et qui ne savait pas lire, la- 
quelle fut tout à coup saisie par l'Es- 
prit. Eile éprouva des convulsions , 
des agitations dans la poitrine , et 
bientôt elle s'écria : « Humilie-toi , 
» peuple de Dieu; prosterne-toi de- 
» vaut lui : que le nom de Dieu soit 
» notre secours » Elle fit ensuite une 
longue prière , puis un discours d'en- 
viron trois-quarts d'heure, que Fage 
trouva fort touchant, et qu'il lui sem- 
i-Lit qu'une fille si jeune et si igno- 
rante n'avait pu prononcer sans un 
secours surnaturel. Dans une autre 
assemblée, la jeune fille annonça avec 
le même ton d'inspiration que Fage 
recevrait de grands dons de Dieu, s'il 
fréquentait les saintes assemblées. Ces 
prédictions commencèrent à agir sur 
l'imagination de Fage, naturellement 
vive et portée à l'enthousiasme. Cepen- 
dant , retenu par les divers jugements 
qu'il entendait porter sur les inspirés, 
il n'osait se déclarer. 11 retourna à 
Aubais, et fut contraint de servir pen- 
dant six ou sept mois dans une indice 
contre les camisards. L'année sui- 
vante, se trouvant à Grand Galargues, 
il eut occasion d'y voir une autre fille 
inspirée, âgée de vingt •trois ans, qui 
acheva de lui tourner la tète. Eiie 
s'appelait Margarela Voile; saisie de 
Y Esprit, elle dit à Fage : «qu'à l'épée 
qu'il portait, était réservé l'honneur 
d'exterminer les ennemis de la ?e* 



FAG 

rite. » En même temps elle l'invita 
à faire une lecture pieuse. A peine 
eut-il prononcé ces mots : « Mon 
» Dieu, augmente notre croyance, » 
qu'il sentit comme un grand poids lui 
oppresser la poitrine , et que d'abon- 
dantes larmes lui coulèrent des yeux. 
Il fut plus d'une heure et demie sans 
pouvoir proférer un mot. Margareta 
fut de nouveau saisie de l'Esprit, et 
dit à Fage qu'elle était sûre qu'il était 
touché de repentir , et qu'il pleurait 
ses péchés. Fage en convint : quel- 
ques autres scènes semblables firent 
de lui un fanatique accompli. On n'en 
doutera point parle compte qu'il rend 
lui-même de ce qui se passait parmi 
les inspirés : « Tout ce que nous fai- 
» sions , dit-il , nous le faisions par 
» ordre de V Esprit. Les plus simples 
» d'entre nous , les enfants même 
» sont nos oracles. Arrivait-il quelque 
» chose d'important sur quoi il fallait 
» délibérer? nous nous jetions à ge- 
» noux ; nous demandions à Dieu de 
» nous diriger ; et voici qu'aussitôt 
» plusieurs étaient saisis de Y Esprit, 
» et parlaient sur la chose en ques- 
» lion. S'ils étaient d'accord , nous 
» regardions ce qu'ils disaient comme 
» la décision de Dieu. Devions-nous 
» attaquer l'ennemi, étions-nous pour- 
» suivis, la nuit nous surprenait-elle, 
» craignions-nous quelque embus- 
» cade , fallait-il déterminer le lieu de 
••) l'assemblée ? Seigneur , disions- 
»nous, en nous prosternant, fais- 
)) nous connaître ce qu'il teplailque 
» nous fassions pour ta gloire et pour 
» notre bien, et ['Esprit nous répon- 
» daif. Après cela la mort ne nous ef- 
» frayait pas : nous ne faisions aucun 
» cas de noire vie, heureux de la per- 
» die pour la cause du Sauveur, et 
» en obéissant à ses ordres. Quand 
» nous allions au combat, et que YEs- 
» prit nous avait fortifiés par ces bon- 



F A G Ro 

» nés paroles : n'appréhendez pas , 
» mes enfants , je vous conduirai 
» et vous assisterai , nous nous je- 
» lions dans la mêlée, comme si nous 
» avions été vêtus de fer, et que 
» nos ennemis n'eussent eu que des 
» bras de laine. Avec l'assistance des 
» paroles de ï Esprit , nos petits gar- 
» çons de douze ans frappaient à 
» droite et à gauche comme de vail- 
» lants hommes : la grêle des mous- 
» quetades avait beau siffler à nos 
» oreilles , comme l'Esprit nous avait 
» dit : ne craignez rien , cette grêle 
» de plomb ne nous inquiétait pas 
» plus qu'une grêle ordinaire. » Fage 
fit toute la guerre descamisards. Après 
la capitulation de 1706, Cavalier, 
l'un de leurs chefs , ayant obtenu un 
régiment du roi d'Angleterre, Fage 
alla le joindre en Hollande , et lui de- 
manda du service. Les places étant 
données, il se rendit à Londres où 
l'on sait qu'il était avec quelques au- 
tres chefs vers l'automne de 1 706. On 
ignore ce qu'il devint depuis. Quel- 
ques-uns croient que son imagination 
se calma, et que la raison lui revint. 
L —y. 
FAGEL. Celte maison s'est, pen- 
dant un siècle et demi, illustrée dans 
la république des Provinces-Unies des 
Pays-Bas, par une suite d'excellents 
hommes d'état et de guerre. Les im- 
portantes fonctions de greffier des 
Etats-Généraux furent pendant cent 
vingt-cinq années consécutives ( de 
1670 à 1790) remplies pardesFagel. 
Ils ont constamment été les partisans 
zélés du système stadhoudérien ; mais 
les antagonistes même de ce système 
n'accusaient ni leurs motifs ni leurs 
moyens, et l'on a toujours rendu jus- 
tice à leur moralité. — Fagel ( Gas- 
par), né à Harlem en 1 629, se consacra 
au barreau. En i665 il fut créé con- 
seiller-pensionnaire de sa ville nalale, 



9* F A G 

magistrature singulièrement considé- 

n Hollande, et qui frayait le che- 
miii aux premiers honneurs de la ré- 
publique; (ii 1O70, nommé grelîier 
des E'ats-Généraux, il signala dans 
ce poste la généreuse fermeté de son 
cara ct ère eu plus d'une occasion, mais 
t lors de l'invasion de la Hol- 
lande par Louis XIV, en 167-2. Le 
ao août de la même année , jour de 
désastreuse m ém oire parle massacre 
tics deux illustres frères de Witt, il 
succéda à l'un de ces honorables mar- 
tyrs, dans la place de grand pension- 
naire. Il posa, avec le chevalier Tem- 
ple, les premières bases de la paix 
de Nimèguc, conclue en 1678. Il avait, 
été l'année précédente continué dans 
les fonctions quinquennalles de grand 
pensionnaire; il le fut également en 
if>8\>. et en 1(187. En i(;8'.i le comte 
d'Avant, ambassadeur de Fiance en 
Hollande , ne négligea rien pour mettre 
Fagel dans les intérêts de an cour : il 

uter jusqu'aux movens de la cor- 
ruption; mais Fagel refusa noblement 
nnesoinmede (\cu\ millions que l'ar- 
tificieux négociateur s'était permis de 
lui cfïVi:'. Dans les différends de Guil- 
laume 111 avec la ville d'Amstcrd un , 
en iG83, il se montra peu jaloux de 
complaire à cette métropole du eoin- 
mcrccliollaudais. Mais le triomphe de 
la politique de Fagel fut peut-être dans 

ition de Guillaume III au trône 
d'Anu i lui qui rédigea dans 

1 onjonctui ste de (inil- 

, et qui disposa toutes les ; 

sur son Vdyagè. 1! n'eut pas la sa- 

tion d\ n appn ndre !<• • 
complet , étant mort le i r > décembre 
1O88, svani (jtie la nouvelle officielle 
de ce grand événement lui parvenue 
1 ;i Hollaiidi , nient 

1 5 que 
fait naître l'esprit de parti. Tcm 

iraient rapprécier de 



FAG 

même. Léti l'a trop prône', et il avait 
apparemment d; bonnes raisons pour 
le faire. Wicqtu fort avait personnel- 
lement à se plaindre de Fagel , et il Ta 
trop déprécié. Bu met rend hommage 
à l'ctendue de ses connaissances , à la 
netteté de ses conceptions, à la sû- 
reté de son jugement , à son talent de 
conduire les esprits dans une grande 
assemblée , à son éloquence populaire, 
à son caractère religieux et à sa pro- 
bi'e * mais il le taxe d'emportement, 
d'aigreur, d'un excès d'amour-pro- 
pre. A l'en croire, Fagel se montrait 
quelquefois faible dans le danger ; 
toutefois sa carrière ministérielle fut 
presque, d'un bmit à l'autre, tissuc de 
circonstances critiques et de conjonc- 
tures périlleuses , et peu d'hommes 
ont exercé , pendant seize années con- 
sécutives , plus d'influence que lui sur 
les destinées de l'Europe. Il vécut cé- 
libataire , et ne laissa point de for- 
tune. — Fagel ( François ), neveu 
du précédent, (fui avait eu pour suc- 
cesseur dans la place de greffier des 
Etats-Généraux son frère Henri, y 
la lui-même à son père auquel il 
avait déjà antérieurement obtenu d'ê- 
tre adjoint, et il la résigna au bout de 
soixanlc-qu itre ans de service, en 
1 744- Il cl; " t ne a La Haye en i65ç) , 
et v mourut en 17J6. H avait eu le 
bonheur de trouver un excellent bio- 
graphe dans Onno-Zwier dellaren ; 
mais cette biographie est devenue la 
proie des flammes dans le fatal in- 
cendie du château de \\ 1 

. « u 1777. ll.ten l'a caractérisé 
$ paroles de Tacite dans la \ ie 
d'Agricola : Cultu modicus ,setmtnut 
facilis , uno mut nitero umicorum 
càmk b utplâtUpte , quibus 

tnagmos viros per ambkionem œsti- 
mort adspectoquê 

Mo, qiuvrvrvv.t fammn , pauci inlcr- 
]>reiaraiiur(l'oj . les Notes de Harco 



FAG 

sur son poème des Gueux, tom. II de 
l'édition 4' Amsterdam , 1785, pag«, 
017 ). — Fagel ( François ), né en 
1740, se prépara aux fonctions pu- 
bliques par de bonnes éludes et d'u- 
tiles voyages. De retour de ces der- 
niers , il iiii nommé greffier - adjoint 
des Etals-Géncraux , et ii donnait 
les plus belles espérances , quand 
la mort le frappa , le 28 avril 1773, 
à l'âge de trente-trois ans, au grand 
regret de ses amis et de ceux de 
la chose publique. Le Mercure de 
France, du mois d'octobre 1772, 
contient un excellent morceau inti- 
tulé: Description philosophique du 
caractère de feu M. F. Fageh Ce 
morceau est de la main de Fr. Herns- 
terhuis, et il se trouve dans le recueil 
de ses œuvres , tom. 1 , pag. 21)7 à 
280. Il donne ia plus haute opinion 
du mérite et des qualités de celui qui 
en es! l'objet. — Fagel ( Henri), ne 
à La Haye , en 1 70(3 , a également ho- 
noré dans les {onctions publiques le 
nom qu'il portait. Nommé greffier des 
Etats - Généraux en 1 744 ? "" eut 
une part distinguée à l'élévation du 
stathouder Guillaume IV, en 1748, 
et , depuis cette époque , à toutes les 
affaires du gouvernement. Les temps 
devinrent exeessn ementorageux sous 
Guillaume V , et Fagel eut besoin de 
toute la considération attachée à son 
nom , à ses connaissances et à ses 
qualités personnelles pour se mainte- 
nir en place. Il a pu pressentir l'ex- 
pulsion temporaire de la maison d'O- 
range ; mais il ne fa point vue , étant 
mort eu 1 700. Les sciences et les Bits 
eurent en lui un protecteur distingué, 
et il a laissé une riche bibliothèque 
dont il aimait à communiquer les tré- 
sors. On lui attribue ( en société avec 
MM. Tave! et M.;elaine) la traduc- 
tion française des Lettres de milady 
W. Montagne 7 publiée à Botter- 



FAG oï 

dam, 1764,^ volumes in-8°. , et 
réimprimée eu 1780. Son fiis, M. le 
général Fagel, était en 181 4 ,im ~ 
bassadeur du prince souverain des 
Pays-Bas à la cour de France. — 
Fagel ( François- Nicolas), fils de 
Nicolas, magistrat très -influent de 
Nimègue, et neveu de Gaspar , a 
fourni, depuis son entrée au service 
en 1 (J72 , jusqu'à sa mort , la carrière 
militaire la plus brillante. Honoré des 
bontés de Guillaume 111 , son maître , 
et de celles de plusieurs autres sou- 
verains ; successivement général d'in- 
fanterie au service des Ftals-Géné- 
rnux , lieutcnant-l'eîd-maréchal à celui 
de l'empereur d'Allemagne, rnestre- 
de-camp-général de la Flandre hol- 
landaise , etc. ; les occasions où il 
s'est le plus distingué, sont la bataille 
deFieurus. en 1690 (il mérita les 
éloges du vainqueur , le maréchal de 
Luxembourg ) ; la défensede Monsen 
1 69 ! ( la ville ne se rendit que par le 
soulèvement des habitants); le siège 
de jNamur où il fut dangereusement 
blessé ; la prise de Bonn en ] 703 , la 
campagne de Portugal vers la fin de 
la même année; et, dans cette campa- 
gne, la prise de Valence, d'Albuquer- 
que, etc. (des jalousies et des cabales 
engagèrent Fagel à demander son rap- 
pel en Hollande, malgré les instances 
du roi de Portugal) ; la campagne de 
Flandre en 1711 et* 1712, et la 
prise de Tournai; les batailles de t\a- 
miilies et de Malpîaquet; la prise de 
Bonchain , du Quesnoi , etc., reperdus 
après la bataille de Denain. A la paix 
d'Utrecht, Fagel se retira dans son 
commandement de l'Ecluse, en Flan- 
dre , où il mourut le 'ib février 
1718. Il était d'une rare intrépi- 
dité, qu'il savait ailier à la modes- 
destic, et même à la courtoisie. 
Guillaume III loi ayant reproché un 
jour qu'il s'oubliait trop dans le dan- 



F A G 

gcr, il lui répondit : « Sire, Voire 
» Majesté aime à voir ses torts dans 
» »es généraux. » Il était, au service, 
de l.i plus scrupuleuse exactitude, et 
maintenait avec rigueur la discipline 
militaire. Incorruptible sousi e rapport 
de l'intérêt , il refusa , au siège de 
Lille , une offre de f> 0,000 florins, 
qui lui fut f;iile pour obtenir la dis- 
pense d'une réquisition de grains, et il 
aima mieux nourrir ses soldats que de 
s'enrichir. LaHollandcaeu peu d'hom- 
mes de guerre dont elle puisse se faire 
plus d'honneur que d< Fagrl. M — on. 
FAGG1 , ou de FAGGIIS (Ange), 
appelé aussi quelquefois San^rino , 
parce qu'il était né dans un château 
de ce nom au royaume de Kaples 
vers l'an i5oo, entra dans l'ordre 
de S. Benoît, congrégation du Mont- 
I n , et s'y rendit célèbre non seu- 
lement par de nombreux ouvrages, 
mais encore par des qualités person- 
nelles extrêmement recommandahles. 
Religieux inviol ib'ement attaché à sa 
règle , il remplissait les devoirs de 
son état avec nue exactitude exem- 
plaire. Zélé pour la discipline, de 
moeurs' irréprochables, de la cha- 
rité la plus compatissante envers les 
pauvres, sévère pour lui-même , in- 
dulgent pour les autres, à moins que 
le bon ordre n'en souffrît, habile 
les affaires, Faggi était un mo- 
le toutes les vertus. Son temps 
était partagé entre les offices, au il 
était fort assidu, et le travail auquel 
il se livrai: lie; les lai 

grecque et latine lui étaient aussi fe- 
ue celle de pays où il 
\<. Dans touu i il corn m 

iim étonnante facilite < ? 

sur quelque sujet qu'on lui ; I 

n avait (ait profession au IMonl- 
• n en i5h). Il détint abbé de ce 
monastère et eut la supériorité de 
plusieurs autres. La présidence de sa 



FA G 
congrégation était triennale ; elle lui 
fut déférée à deux reprises, et son 
gouvernement fut remarquable par 
la sagesse qu'il mit dans son admi- 
nistration. Le pape Pie V avait pour 
lui une estime particulière, et le fit 
inquisiteur de la foi. Etant parvenu 
à un grand âge, dom Faggi se démit de 
toutes ses places pour ne plus songer 
qu'à Dieu. 11 mourutan Mont-Cassin en 
1 5q5 , âgé de quatre-vingt - treize ans. 
Ses principaux ouvrages sont : I. 
In PsaUetium Davidis , régis et 
prophetœ clarissimi , paraphrasis 
vario metri génère exculla , Ve- 
nise, in - 4 . , 1 5^5 ; II. Poesis 
christiana in quatuor libros dis- 
tinct a , Padoue, in-4°-, i565. Les 
nombreuses pièces de ce recueil rou- 
lent tontes sur des sujets de piété; 
III. Spéculum et exemplar christi- 
colarum , s eu vita B. patris sancli 
Benedicti , monachorum patriarchœ 
sanctissimi, Florence, in-4 -, l6a6; 
Home, i()8-j;1V. Traité sur V orai- 
son des quarante heures , Flo- 
rence, i583; V. Vita sanctœ Vir- 
ginis Mariée , carminé elegiaco , 
Vérone, 16.^9; VI. Officium 4o 
hor arum, vario metri génère, Flo- 
rence, i5tt5; VII. Sentiments d'un 
pécheur en présence du très Saint- 
Sacrement . en vers héroïques , Flo- 
re uce, 1 585 ; VIII. Psautier de la 
Sainte Vierge , en prose et en vers 
saphiques, IX. Eloge en vers du 
P. dom Paul Picco de Pavie , im- 
primé parmi ceux de Paul Prosper 
Marunengo; Y Dialogues sur les 
noms donnés à Dieu duns les livres 
saints. On a en outre de dom I 
Hymnes , des EU gea , & s \us 
in ta, des Sermons, des Homé- 
- ma- 
nuscrits, et dont on trouvera la liste 
dans la bibliolhi 
vains de l'ordre de S. Benoit. L — y. 



FAG 
FAGGIUOLA ( Uguccione ) , chef 
des Gibelins et seigneur de l'ise au 
commencement du i4'« siècle. Uguccio- 
ne de la Faggiuola était issu d'une fa- 
mille illustre qui possédait dans les 
Apennins des fiefs immédiats de rem- 
pile 11 se distingua dès la fin du i5 e . 
siècle par ses talents militaires. Eu 
1297 les villes gibelines de la Roraa- 
gne le choisirent pour leur général, 
dans une guerre contre les Bolonais ; 
Uguccione remporta sur ceux-ci de 
grands avantages. La situation de ses 
fiefs au milieu des Apennins le mettait 
en relation avec les Gibelins Toscans 
aussi bien qu'avec ceux de la Roma- 
gne ; il fut à plusieurs reprises nommé 
général des Arétins , et il les com- 
inaudrùt en 1D09 lorsque ceux-ci fu- 
rent battus par les Florentins. Cet 
échec ne flétrit pas sa repu ta! ion ; et 
lorsque les Pisans, après la mort de 
Henri VII, se virent abandonnés par 
les armées allemandes et siciliennes, 
et livrés à la vengeance des Guelfes 
qu'ils avaient provoqués, ils appe- 
lèrent Uguccione de la Faggiuola à 
leur secours, et ils le nommèrent 
seigneur de leur ville dans l'automne 
de 1 5 1 5. Uguccione manifesta dans 
cette occasion toutes les ressources 
de son génie militaire. Malgré l'épui- 
sement des finances des Pisans et le 
découragement de leurs armées , il 
leur assura bientôt la supériorité sur 
le roi de Naples , les Florentins, la li- 
gue guelfe et tous leurs ennemis. Il 
fit la conquête de Lucques le 1 4 
juin 1 3 1 4 ? et il remporta sur les 
Florentins , le 29 août 1 5 1 5 , la mé- 
morable victoire de Montccatini , où 
un frère et un neVfu du roi de 
Naples furent lue». Mais il s'en fal- 
lait de beaucoup qu'Uguccione sût 
aussi bien gouverner que se battre ; 
il avait transporté le despotisme des 
camps dans une ville libre , et il se 



FAG 9 3 

rendait odieux aux Pisans par la du- 
reté et la précipitation avec lesquelles 
il infligeait des peines capitales aux 
citoyens les plus considérés. Quoique 
le peuple soupirât après la paix, Uguc- 
cione ne voulait consentir à aucune 
négociation avec les Guelfes; aussi 
plus les Pisans remportaient de vic- 
toires, plus ils s'affl'.g. aient de leurs 
propres succès. Enfin le 5 avril 1 5 16, 
ce seigneur fut chassé de Pise et de 
Lucques , les citoyens de ces deux 
villes ayant profité du moment où il 
marchait avec sa cavalerie de l'une 
vers l'autre, pour se révolter en même 
temps. Uguccione se retira auprès de 
Can Grande de la Seala , seigneur de 
Vérone et chef des Gibelins en Lom- 
birdie, qui lui donna le commande- 
ment de ses armées. Il mourut au 
siège de Padoue en 1 5 1 9 , et son 
corps fut rapporté à Vérone, où il 
est enseveli. S. S — 1- 

F A G G T ( Jacques ) , savant 
Suédois d'un mérite très distingue, et 
qui rendit à son piys des services 
importants. Né dans la province d'U- 
pland, en 1699, il fit ses études à 
Upsal , et entra au département des 
mines. Il fut ensuite placé au bureau 
d'arpentage , et devint directeur de 
cet établissement. Quelques années au- 
paravant , il avait été nommé secrétaire 
de l'académie des sciences dé Stock- 
holm. Il mourut en 1^77. Faggot 
commença sa carrière à l'époque où 
la Suède s'efforçait de réparer, par 
les arts utiles , les malheurs des guer- 
res de Charles Xl l , et il fut un de ceux 
qui contribuèrent le pius à lui faire 
atteindre ce but. Envoyé à Calmar et 
à l'iie d'OEland pour diriger les tra- 
vaux des mines d'alun, il indiqua àes 
procédés nouveaux pour tirer parti 
de cette richesse naturelle. Ce fui lui 
qui rectifia les abus et les erreurs 
nombreuses qui s'étaieut introduits 



\ F A G 

dans les poids et les mesures. Lors 
qu'il lut devenu membre du bureau 
d'arpentage, il obtint le privilège de 
faire lever les cartes des provinces 
du royaume, et son zèle patriotique 
trouva des ressources pour fournir 
aux frais de ce travail. 11 donna une 
attention particulière à la répartition 
du sol sous le rapport de l'agriculture, 
et les observations qu'il présenta , 
comme résultats de l'arpentage, fi- 
rent décréter ia suppression des com- 
munes. Après la guerre de 1 74 * 7 
dont la Finlande avait été le théâtre, 
Faggot fut chargé par le gouverne- 
ment d'examiner l'état de cette pro- 
vince, et d'indiquer les moyens d'y 
ranimer l'industrie. Il donna des pro- 
jets utiles , qu'on exécuta, et qui firent 
naître une nouvelle époque dans l'ad- 
ministration de la Finlande. Plusieurs 
autres objets occupèrent ce citoyen, 
aussi distingué par ses connaissances 
que par s<m dévouement à la patrie. 
Il donna un nouveau plan pour l'éla- 
emenl ^(^ greniers publics, il 
perfectionna la méthode de fabriquer 
le salpêtre, et lit introduire une admi- 
nistration plus avantageuse dans les 
domaines de la couronne. Son Traité 
des obstacles et des ressources de 
l'économie rurale renferme des Mies 
utiles , dont plusieurs ont été mises 
à profit. L'académie des sciences de 
Stockholm, dont Faggot était un des 

Membres Jes plut. actifs, 61 frapper, 

- 1 mort , une médaille a son 
li. Mineur. On peut voir son éloge aca- 
ique,pai Henri Nicander, Stock- 
ho ru . 17 -79, en suédois. G — au. 
FAGIUOL1 .h ri), 

poèti comique et burlesque, naquit à 
i ,ui< m <■. de pan Dis bonnet* t mais 
pain r< s , le 1 \ juia 1 66o - jour de !a 
fête de bt. J' an-Baptiste , duo» on lui 

donna le nom. Il fit de nés bonnes 
études dans le collège desJesiuii l,ft 



FÀG 

se fit connaître de bonne heure par 
des poe'sies faciles et enjouées. Une 
réuni ou des gens de lettres les plus 
célèbres de ce temps-là, s'était for- 
mée dès iri5i dans la maison d'Au- 
gustin Goltellini , alors fort jeune ( V 9 
Coltellini ï, et avait pris en iG58 
le nom d'Académie des Apalistes. Elle 
était devenue très fl orissaute , et 
comptait parmi ses membres des hom- 
mes tels que Fiîicaja , Mag'iabeechi , 
Anton-Rlaria Salvioi , etc. Fagiuoîi y 
lut ses premiers essais; l'académie en 
fut si charmée, qu'e le se l'associa 
malgré sou extrême jeunesse; et com- 
me elle acquit son plus grand éclat , 
et pour ainsi dire une seconde exis- 
tence, lorsqu'après la mort de Coltel- 
lini clic eut été transférée, en 1694, 
de sa maison , où elle s'était toujours 
assemblée, dans l'une des salles de 
l'université de Florence, Fagiuoîi a 
été nus par quelques écrivains parmi 
les académiciens de la première fon- 
dation ( 1 ). Il commença dès - lors 
à composer des comédies, dans les- 
quelles il jouait lui-même de la ma- 
nière la plus plaisante, et à réjouir les 
sociétés les plus distinguées de Flo- 
rence par ses poètes , son humeur 
facétieuse et ses bons mots. L'arche- 
vêque de Sé'.eucie, Santa croce, nom- 
mé , en i(i()o, nonce du pape en 
Pologne, ayant pu juger, en passant 
par Florence, des talents et de l'ama- 



( 1 I m luis ■ 1,1 uti dan» l'ordre le plus exact ; 
il y adouc erreur sur l'< Ipoqae où l'académie prie 
le nom île» ytpatiite' , dans l'or.iisnn^funèlirc di; 
r.i^iuuli . prononcée devant l'académie cil. même 
par le docteor Giuiianelli , l'un île tel membres , 
Je 30 décembre 17^. On y lit ce pauage (\>n 
tjitali esprasioni tli gUtbbUv r a? tmimu tltun.c 
J'urono uditi cd acclamai i 1 piimi moi pvetici 
componimcnli da' chiatiitigti padri di i/uccu 
accitdemia.... e quasi sieur t ■prranzr enonfa(- 
la\ i pi 

ih (juclia virtuoi a conversation», che poi. dalla. 
I tlOtllV fondaton 'juii . in tfltttto 11m- 
pliisimu iita /../ mi (jitcU'i uubilis- 

sima accademia deg ■ ' < rr<iir 

r quelque! lecteur! roiuiiu- < Ile 
nous av.<il d'abord Ire injii » IIOU.-U1CJBC5, Cl ujUi 
OToyOBJ uiilc d'eu avertir. 



FAG 

hilité de Fagiuoli . désira l'emmener 
à Varsovie; et lorsqu'il eut reconnu 
en lui des qualités solides, et une ca- 
pacité pour les affaires que l'usage 
qu'il faisait habituellement de son 
esprit n'annonçait pas, il ne balança 
pointa le prendre pour secrétaire. Ils 
arrivèrent à Varsovie le 'il\ juin , et 
Fagiuoli ne manqua pas de remar- 
quer, dans un sonnet, que le jour de 
son arrivée était le jour de sa nais- 
sance, de la fête de son patron et de 
celle du roi , Jean Sobieski. Lancé 
dans le grand monde et dans les 
grandes affaires , et doué d'un génie 
observateur, il prit dès ce moment 
un usage qu'il conserva tout le reste 
de sa vie et jusqu'à la veille de sa 
mort; c'était d'écrire , tous les jours, 
ses réflexions sur ce qu'il avait vu, 
et son jugement sur les choses dont il 
avait été témoin ou qu'il avait entendu 
raconter. Tl trouvait ensuite dans sou 
recueil, sur toutes sortes de sujets, 
des traits de caractère, des peintures 
de mœurs , et des observations pi- 
quantes , dont il nourrissait ses comé- 
dies et ses autres compositions. Cela 
formait, à sa mort, plusieurs gros 
volumes, qui passèrent avec la plu- 
part de ses manuscrits dans la biblio- 
thèque particuière du marquis Gabriel 
Riccardi. Malgré les agréments dont 
Fagiuoli jouissait , et les espérances 
de fortune qu'il pouvait avoir , sa 
santé ne put s'accommoder de la ru- 
desse du climat. Le premier hiver qu'il 
passa à Varsovie le fit tant souffrir, 
qu'il ne voulut point s'exposer aux 
suites d'un second; il demanda son 
congé , se sépara du légat , qui le 
regretta , mais qui lui conserva ses 
bonnes grâces. Fagiuoli lui écrivit 
quatre ans après, dans un style moi- 
tié sérieux et moitié plaisant, à sa 
manière, pour le féliciter du chapeau 
de cardinal que venait enfin de lui 



FAG o5 

envoyer Innocent XII ; à la mort de 
ce pape, en 1700, il fut emmené h 
Rouie par le cardinal de Médiris , qui 
se rendait au conclave, et il y resta 
jusqu'à la nomination de Clément Xï, 
qui ne fut faite qiu- quatre mois après. 
De retour à Florence, il se trouva 
porté, par le crédit qu'il avait acquis 
auprès du cardinal, à une familiarité 
intime dans toute la famille du grand- 
duc. Il était de tous les" voyages de la 
cour, de toutes les villégiature , de 
toutes les fêtes; il en était l'aine par 
l'enjoûment de sa conversation, par 
ses compositions faciles , par celte 
veine inépuisable qui produisait atout 
propos des comédies, des scènes im- 
provisées, des folies d'autant plus pro- 
pres à égayer une cour polie qu'elles 
ne blessaient jamais la décence. Ce- 
pendant il était pauvre , marié , chargé 
de famille ; et comme il ne savait 
point demander, personne ne s'occu- 
pait de sa fortune. Une place de juge 
dans la juridiction archiépiscopale de 
Florence , fut la première fonction 
qu'il eut à remplir. Le grand -duc 
Cosmc III l'admit ensuite dans le 
conseil des deux cents; c'était de ce 
conseil que l'on tirait les magistrats , 
mais c'était un litre gratuit et qui ne 
donnait que des espérances. Le grand- 
duc Gaston le nomma membre de la 
magistrature des huit {d.gli otto di 
balia ) ou du tribunal criminel , qui 
était composé de huit juges. Quelques 
années après, il le plaça dans celle 
des neuf [de' nove), chargée de main- 
tenir et de défendre les juridictions , 
les intérêts, les droits de toute espèce, 
les terres et les revenus du domaine 
de Florence. Cette charge, qu'il rem- 
plissait avec beaucoup de zèle et d'in- 
tégrité, fut le seul moyen d'exisience 
de sa famille. Il éleva et parvint à 
placer ses fils ; il n'eut pour ses fîdes 
d'autre ressource que des couvents; 




r/î F A G 

mais il rut le chagrin de survivre à 
sa femme et à tous ses enfants. 11 vit 
aussi disparaître dans sa vieillesse 
cette famille de Médicis, qui avait 
beaucoup perdu de sa grandeur, mais 
à laquelle étaient attachés de si grands 
souvenirs. A la mort de Gaston , le 
sceptre de la Toscane passa , en 1757, 
dans la maison de Lorraine. Fagiuoli 
opposa , à toutes ses perles . le cou- 
rage, le calme et la résignation d'un 
sage. Il mourut le 12 juillet l'j^i, 
âgé de quatre-vingt-trois ans , après 
un seul jour de maladie. Il jouit, jus- 
qu'à la fin , de toutes les facultés de 
son esprit, et, peu de jours avant sa 
mort, il écrivit contre les vapeurs noi- 
res ou les affections hypocondriaques, 
un Capitolo qui est imprimé dans le 
dernier volume de ses œuvres. Ses 
poésies burlesques avaient paru en 
1729 sous ce titre : Rime Piacevoli 
di Giambattista Fagiuoli , parle 
prima e seconda, Florence, 2 vol. 
in-8'\ On en fit aussitôt une contre- 
façon , intitulée : Fagiuolaja, ovvero 
Rime facete , etc. , sous la date 
d'Amsterdam, 1729* en trois Livres 
et en deux seuls tomes, in- 12. Elles 
reparurent à Lucques, 17 55 et 1 7 5.^ , 
6 vol. in-8°.; et l'on y ajouta après sa 
mort, ibid. , 1745 , un 7 e . vol. Elles 
sont presque toutes dans le genre 
burlesque. La décence qui y règne 
les distingue de toutes les autres du 
même genre; mais malgré le succès 
dont elles jouirent de son vivant et 
les éloges qu'on en a faits, elles n'ont 
ni l'originalité, ni la verve de celles 
de Berni et de son école. Un en peut 
duc autant médies . qu'il fit 

imprimer à Florence | au 7 vol. is>ia , 
de \y) [ à 1 7"' < ur qui les 

approuva «lit tuac justice que, non- 
seulement il n'y I ii( 11 trouvé qui 
puisse en empéV l.( r L'impn ision , 
Liais qu'il les regarde comme utiles, 



FAG 

et que, dans leur style facétieux et 
burlesque , elles sont une satire con- 
tinuelle du vice; mais le style bur- 
lesque et facétieux peut n'être pas un 
style comique, et ce n'est pas dans le 
style seul que consiste la bonne co- 
médie. Fagiuoli a de plus laissé un 
volume de mélanges en prose ( Flo- 
rence, 1737), qui sont moins esti- 
més que ses vers. G — e. 

FAGIUS (Paul), savant théolo- 
gien protestant, naquit, en i5o4,à 
Saverne , village du Palatinat. Son 
nom de famille était Bûcher, que, sui- 
vant la coutume de son siècle, il tra- 
duisit par Fagius, du mot latin fagus 
(hêtre). Après avoir fait ses premières 
éludes sous la direction de son père, 
qui tenait une petite école à Saverne, 
il se rendit à Hcidelberg , et de là à 
Strasbourg, où il apprit l'hébreu du cé- 
lèbre Wolî'gang Capiton. 11 s'établit 
à Isny, en Souabe, se maria et ouvrit 
une école pour l'enseignement des 
langues anciennes. Cet établissement 
eut si peu de succès , qu'il se déter- 
mina à revenir à Strasbourg après la 
retraite de Capiton. Il succéda à cet 
habile professeur dans la chaire d'hé- 
breu , et développa une connaissance 
si parfaite de cette langue ;lès ses pre- 
mières leçons, qu'il acquit en peu de 
temps une assez grande réputation. Il 
retourna à Isny , vers i557, pour y 
remplir les fonctions de ministre du S. 
Evangile. Le traitement qu'on lui accor- 
da en cette qualité n'était pas suffisant 
pour le faire subsister avec sa famille; et 
il était sur le point de demander 
Ifaite, lorsqu'un magistrat, nommé 
Pierre BuJfler,lui offrit de faire les fonds 
pour l'établissement d'une imprime- 
rie, s'il voulait en prendre la direc- 
tion. Fagius accepta avec reeonnais- 
ir d'Italie le célèbre 
rabbin Elias Levita, et commença à 
imprimer des ouvrages qui, en ac- 



FAG 

croissant sa réputation , contribuaient 
à étendre en Allemagne le goût des 
langues orientales. Fagins revint à 
Strasbourg, vers la fin de l'année 
1 54'2 , pour les affaires de sa commu- 
nion ; il visita ensuite Marbourg , 
Heidelberg; et, à la sollicitation de 
Th. Cranmer, archevêque de Cantor- 
bery, il passa en Angleterre avec Mar- 
tin Bucer, au mois d'avril i549« ^es 
deux ministres, après s'être reposés 
quelque temps de leurs fatigues, fu- 
rent envoyés à Cambridge pour y pro- 
fesser la théologie. Fagius fut à peine 
arrivé dans cette ville, qu'il tomba 
malade, et mourut le ta novembre 
i549, àl'âg* de quarante-cinq ans. 
Son corps fut déterré huit ans après , 
et brûlé publiquement par ordre de la 
reine Marie : sa mémoire fut réhabi- 
litée sous le règne suivant. Fagius a 
•composé plusieurs ouvrages de gram- 
maire et de critique , et en a traduit 
quelques autres de l'hébreu. On se 
contentera de citer les principaux- I. 
Metayhrasis et enarralio perpelua 
epistolœ D. Failli ad Romanos , 
Strasbourg, i536, in-fol. IL P/rsAo- 
avol, seu sententiœveterum sapien- 
lum hebrœorum quas apophteg- 
mata Patrum nominant , Isny, 
1 54 r 7 in~4°. ; très-rare. 111. Expo- 
sitio litteralis in IV priora capita 
geneseos , cui accessit textûs hebraïci 
et paraphraseos chaldaïcœ collalio, 
ibid., l54i, in-4°. ? réimprimée dans 
les Critici sacri. IV. Precationes 
hebraïcce , ex libello hebraico ex- 
cerptœ cui nomen : Liber fidei, ibid., 
i54'2, in-8*. V. Tobias hebraicus 
inlatinum translates , ibid., i54^, 
in-4 ". VI. Ben Syrae sententiœ mo- 
rales cum succincto commentario, 
ibid., i54'2, iu-4°. VII. Isagoge in 
linguam hebraicam , Constance , 
i545, in-4" VIII. Brèves annota- 
tiones in Targum, seu paraphrasis 
xiv. 



FAG 97 

chalâàica Onkeli in Pentateuchum , 
Isny , 1 546 , in-foî. , réimprimé dans 
les Critici sacri. IX. Opusculum he- 
braïeum Thisbites inscriptum ab 
J^lid Levità elaboratum, latinitate 
donatum , Isny, 1 54 1 , in-4°.; nou- 
velle édition , Baie , i55^ , in-4°. X. 
Translationum prœcipuarum Vete- 
ris Testamenti inter se varianiium 
collatio . réimprimé dans les Critici 
sacri. On peut consulter, pour plus 
de détails, la Bibliolheca Viror. il- 
lust. , de Boissard; le petit Traité De 
eximiis Suevorum in orientaient lit- 
teraturam meritis , g. VII, inséré 
dans les Amœnitates de Schelhorn , 
tom. XIII, et surfout l'ouvrage inti- 
tulé : De vitd, obitu, combuslione et 
restitutione Martini Buceri et Pauli 
Fagii , Strasbourg, 1662, iu-8°. 
W— s. 

FAGIUS ( Jean-Nicolas ). Voj: 
Fait. 

FAGNAN ( Marie-Antoinette , 
dame ) née à Paris , dans le 1 8 e . siè- 
cle, semble avoir cultivé les lettres 
plus par délassement que par le désir 
de la réputation. L'obscurité dont elle 
s'est constamment environnée , a 
rendu infructueuses toutes les recher- 
ches qu'on a faites sur sa personne, 
et on ignore même l'époque de sa 
mort, que quelques biographes pla- 
cent vers Tannée 1770. Les ouvrages 
connus de W n ". Fagnan sont : \. Mi- 
net bleu et Louvelle; celte féerie, 
écrite d'un style agréable , fut d'abord 
imprimée dans le Mercure de France. 
L'abbé de la Porte l'inséra ensuite 
dans la Bibliothèque des fées et des 
génies, 1760'; elle a été réimprimée 
dans le Cabinet des fées, X. XXXV, 
et encore dans les Contes merveilleux. 
1 8 1 4 ? 4 vol. in- 1 2. Le b utile ce pe- 
tit conte est de prouver qu'avec un 
bon cœur on ne peut jamais être véri- 
tablement laide. Le choix d'un pareil 

7 



9* 



FAG 



sujet, pour son début, laisse croire que 
M me . Façnan n'était pas bien pourvue 
des charmes de la figure. II. Kanor, 
conte traduit du sauvage , Am.siml.in 
( Paris \ i 750 , in- 1 2. III. Le miroir 
des princesses orientales , Paris , 
j-j55, iu-i'2. Les idées de ces deux 
contes sont eominunes, la marche en 
est embarrassée; aussi n'eun nt - ils 
pas le même succès que le premier. 
IV. Histoire et aventures demilord 
Pet, La Haye (Pans) 1755111-12; 
plaisanterie de mauvais ton , suis en 
être plus piquante, et qui eut peu de 
succès. W — s. 

FAGNANI (Jean-Marc), noble 
Milanais »é sur L tin de l'année 1 5^4, 
cultiva les belles-lettres et la poésie 
avec quelque succès. Cependant il ré- 
sista long-tunps aux sollicitations de 
ses amis qui l'engageaient à publier 
quelques-unes de ses productions. H 
était âgé de quatre-vingts ans lorsqu'il 
consentit enfin à laisser imprimer un 
de ses ouvrages , sans doute celui qu'il 
regardait comme le meilleur, et on ne 
l'accusera pas de s'être pressé de faire 
un choix ; c'est un pt.cmc latiu intitulé : 
De bello ariano. L'auteur y décrit la 
guerre que, suivant une tradition po- 
puraire, S. Ambroise eut à soutenir 
contre les ariens de son diocèse. Ce 
poème, très rare en France, est 
cité avec éloge par Argelati et Tira- 
boschi. Jean - Marc Fagnaui momut 
au commencement de l'année 1609: 
son oraison funèbre fut prononcée 
par Pozznbonelli. Aquilino Coppini 
parle de quelques autres pocsieN du 
im'ine auteur, qui n'ont point été 
imprimées. — Raphaël 1 ag.nani , pa- 
rent du précèdent , moi l en 1*327, a 
P Histoire desplus illustres fa- 
milles de Milan, S fol. m - folio , 
manuscrit conservé dans la biblio- 
ihi lue des avocats de cette ville. 
W— * 



FAG 

FAGNANI ( Prosper ) , canoniste 
long -temps renommé , fut pendant 
quinze ans à Rome le secrétaire de 
diverses congrégations. On le con- 
sultait comme un oracle ; il entreprit , 
par l'ordre d'Alexandre VII, un long 
Commentaire latin sur les Décréta- 
is , publié à Rome, en 1661 , 5 vol. 
in-folio, et réimprimé à Venise en 
1697. La pi emièie édition, qu'il avait 
soignée lui-même, est la plus esti- 
mée : la table de cet ouvrage passe 
pour un chef-d'œuvre. Fagnani fut 
aveugle pendant vingt-huit ans, et ne 
travailla qu'avec les secours d'autrui. 
Il comprit dans son ouvrage ce que 
les anciens avaient dit de meilleur, 
ainsi que le Droit nouveau que les 
Constitutions des papes avaient intro- 
duit. Il mourut en 1678, à l'âge de 
quatre ungts ans. B — 1. 

F A G N A N (Le comte Jules- 
de Charles de), marquis de Toschi et 
deSt.Onorio, né à Sinigagiiaen 1690, 
et mort vers l'an 1760, est un des 
géomètres distingués que l'Italie a 
produits. Nous n'avons pu recueillir 
le moindre détail sur sa vie. On sait 
seulement que, vers Tan 1719, il 
donna, dans les journaux italiens et 
dans les actes de Leipzig , plusieurs 
Mémoires sur des prob'êmes de géo- 
métrie et d'analyse transcendante. Il 
a réuni ces pièces à plusieurs autres , 
qui n'avaient point encore vu le jour, 
et a publié le tout sous ee titre : Pro- 
duzioni malemaliche , Pise, 1750, 
2 vol. in-4 . Le premier volume con- 
tient une Théorie générale, très dé- 
taillée et peut-être trop longue, des 
Proportions géométriques ; le second 
offre d'abord un Traite des Diverses 
propriétés des Triangles rectilignes, 
et ensuite plusieurs pièces relatives 
Mil propriétés et à quelques usages 
de L courbe appelée Lemniscate. Ce 
iceoud volume est iutcicssaut par les 



FAG 

résultats curieux et remarquables que 
Ton y trouve. Il paraît que la Lem- 
niscate était la courbe favorite de 
Fagnano : il l'a retournée dans tous 
les sens, et en a même fait graver la 
figure sur le frontispice de son livre. 
— Fagnano eut un fils (Jean-François 
de Fagnano de Toschi), qui fut 
archidiacre de Sinigaglia, et qui ai- 
mait aussi beaucoup les mathéma- 
tiques; les journaux de Leipzig, par- 
ticulièrement ceux des années 1 774? 
1775 et 1776, contiennent divers 
Mémoires de lui sur la géométrie et 
l'analyse. N — t. 

FaGNIER. V. Viaixnes. 

FAGON (Gui-Crescent), naquit 
le 11 mai i658, dans le jardin des 
plautes de Paris , dont Gui de la Brosse, 
sou oncle , était fondateur et intendant. 
Les premiers objets qui s'offrirent à 
ses yeux furent des plantes, dit Fon- 
tenelle ; les premiers mots qu'il bé- 
gaya furent des noms de plantes; la 
langue de la botanique fut sa langue 
maternelle. Apres la mort de son père , 
commissaire des guerres , qui pordit 
la vie sous les murs de Barcelone , en 
1649 > I e jeune Fagon , placé au col- 
lège de Ste.-Barbe , y fit d'excellentes 
études. La médecine devint ensuite 
l'objet spécial de ses travaux. La plu- 
part des thèses qu'il soutint présentent 
un vif intérêt. Dans l'une , il examine 
s'il existe réellement une génération 
spontanée des animaux et des végé- 
taux; dans l'autre , il préconise la 
diète lactée comme le meilleur moyen 
thérapeutique du rhumatisme et de la 
goutte ; mais il se distingua surtout en 
défendant, avec une rare sagacité, la 
circulation du sang , qui n'était encore 
regardée que comme une hypothèse 
ingénieuse. Sa dissertation : An à san- 
guine impulsum cor salit ( i665) ? 
fut présidée par Nicolas Bonvarlet. A 
peine reçu docteur, Fagon obtint la 



V A Cr 99 

chaire de botafliflue et cèîîe de chimie 
au jardin des plantes. Ce jardin, dont 
la surintendance était confiée au pre- 
mier médecin du roi , avait été singu- 
lièrement négligé par Cousinotet Vau- 
tier. L'archiâtreVallotse montra aussi 
zélé que ses prédécesseurs avaient été 
insouciants. 11 fut puissamment se- 
condé par Fagon, qui fit des excur- 
sions botaniques en Auvergne , en 
Languedoc, en Provence, sur les Al- 
pes, les Pyrénées, les Gévennes et les 
bords de ia mer, où il recueillit une 
abondante moisson. Le Catalogue pu- 
blié eu 1 665 , sous le titre de HorUis 
retins , est précédé d'un petit poëmc 
qui ne manque pas d'élégance. Fagon 
devint, en 1680 , premier médecin 
de madame la dauphine , puis de la 
reine, enfin de Louis XI V en 1695. 
lievêtu de ces dignités , il fut nommé 
en 1699, membre honoraire de l'aca- 
démie des sciences. On voit à regret 
qu'd n'enrichit point les mémoires de 
cette compagnie célèbre; et la répu- 
blique littéraire ne pos ède pas de- lui 
un seul ouvrage; car ce nom ne peut 
être donné à une mince brochure in- 
titulée : Les admirables qualités du 
Quinquina, confirmées par plusieurs 
expériences , avec la manière de 
s'en servir dans toutes les fièvres , 
pour toute sorte d'âge , Paris, 1705, 
in- 12 , ni à diverses thèses sur l'effi- 
cacité de l'eau panée , sur l'utilité du 
café pour les gens de lettres, sur les* 
inconvénients du tabac, etc.; thèses 
que peuvent réclamer les candidats 
qui les pnt défendues. On se trompe- 
rait cependant si l'on juge.ùt que la 
carrière de Fagon fut stérile. Tous les 
moments dont ses emplois lui permi- 
rent de disposer, il les consacra soit 
à l'exercice gratuit de sa profession , 
soit à des actes de justice et de bienfai- 
sance , qui ne peuvent c'tre assez 
loués, pareequ'ils sont excessivement 

7- 



I. 



ioo FAG 

rares. Fagon, transporte à la cour, 
étonna , scandalisa , par des vertus 
qui semblent proscrites de ce séjour 
de corruption. Il diminua considéra- 
blement Jcs revenus de sa charge; il 
abolit les tributs établis sur les nomi- 
nations aux chaires de professeur dans 
les différentes universités , et sur les 
intendances des eaux minérales du 
royaume j il restreignit autant que 
cela lui fut possible, et regretta de ne 
pouvoir anéantir la vénalité des places. 
11 fit supprimer la chambre royale des 
universités provinciales , confirma , 
étendit même les droits de la faculté 
de médecine de Paris, et poursuivit 
avec une louable sévérité les medi- 
castres, les empiriques, les charla- 
tans, qui, de nos jours, pratiquent 
impunément leur art homicide, et dis- 
tribuent sans crainte leurs poisons. 
Un des plus beaux titres de gloire 
pour Fagon est , sans contredit , d'a- 
voir non-seulement estimé, admiré, 
mais recherché et protégé avec une 
sorte de passion, les savants et les ar- 
tistes. Ce fut par ses soins, et sur sa 
recommandation , que Louis XIV en- 
voya Plumier en Amérique , Feuillée 
au Pérou , Lippi en Egypte, Tournc- 
iort eu Asie. Fagon donna surtout à 
ce dernier les témoignages les plus 
éclalauts d'une haute considération : 
il l'appela d'Aix à Paris , et lui pro- 
cura la chaire de botanique au jardin 
du roi. Le célèbre natuialistc proven- 
çal témoigna dignement sa reconnais- 
sance à son MivriK', en lui consacrant 
sous le nom de Fagnnia , uo genre de 
plantes rosacées de la famille des Ru- 
I, de Jussieu et de Ventcnat), 
dont la plupart des espèces sont origi- 
naires du Levant. Fagon était d'une 
constitution très délicate , fatigué par 
un asthme violent, et tourmenté par 
la pierre , dont il fut opéré en I 
par l'habile chirurgien Marcs chai. 11 



FAH 

parvint cependant, à l'aide d'une con- 
duite régulière, d'une sobriété cons- 
tante et scrupulense , jusqu'à l'âge de 
près de quatre-vingts ans ; il mourut 
le 1 1 mars 1718. Son éloge est inséré 
parmi ceux des académiciens , par 
Fontenelle, et beaucoup plus détaillé 
dans la Notice des hommes les plus 
célèbres de la Faculté de Médecine, 
par J. A. Hazon. C. 

FAHLENIUS (Eric), né en 
Suède, dans la province de Vestma- 
nie , devint, en 1701, professeur 
des langues orientales à Pernau , en 
Livonie. Lorsque ce pays eut été oc- 
cupé par les Russes, il retourna en 
Suède. On a de lui : I. Disp. duo 
priora capita ex comment. R. Isaaci 
Abarbanelis in prophetam Jonam 
in linguam lat. translata , 1696. IL 
Disp. historiam Alcorani et frau- 
dem Mahumedis sistens , 1679, III. 
De triplici Judœorum libros sacros 
commentandi ratione, eorumdemque 
scriptorum usu et ulilitale in scholis 
christianorum , 1701. — Un autre 
Suédois, nommé Jouas Fahlenius, fut 
cvèque d'Abo, où il mourut en 1 - jtt , 
laissant quelques Dissertations latines. 

C AU. 

FAHRENHEIT (Gabriel Daniel), 

habile physicien et artiste ingénieux , 
naquit à Dantzig , vers la fin du 1 7°. 
siècle. Son père le destinait à suivre !e 
commerce, mais son goût le portait à 
l'étude des sciences, et le succès de 
quelques instruments qu'il exécuta 
avec d'utiles rectifications détermina 
son penchant pour la physique. 11 
»ea dans les différentes parties de 
L'Allemagne pour accroître -es con- 
nues par la fréquentation <\c$ sa- 
vants; s'établit ensuite en Hollande où 
il acquit l'amitié des hommes les plus 
distingués , entr'autres de l'illustre 
;t en 1 7 [odani 
uu âge peu avancé, il avait entreprit 



FAH 

une machine pour le dessèchement des 
terreins sujets aux inondations , et 
avait obtenu des états de Hollande un 
privilège pour l'exécution. En mou- 
rant , il pria 'sGravesande de termi- 
ner cette machine au profit de ses hé- 
ritiers. 'sGravesande y fit des change- 
ments qu'il jugeait propres à en ren- 
dre le jeu plus prompt; mais, à la 
première expérience, elle se dérangea 
et fut abandonnée. Fahrenheit est 
principalement connu par les aréomè- 
tres et les thermomètres de son inven- 
tion. « L'aréomètre de Fahrenheit, 
» dit M. Libes ( Diction, de physi- 
» que), offie l'avantage d'operer sur 
» des volumes égaux de différents 
v fluides, et conséquemment de faire 
» connaître le rapportexact qui existe 
» entre leurs pesanteurs spécifiques. 
» Les physiciens anglais, dit le même 
» auteur, préfèrent au thermomètre 
» de Réauraur celui de Fahrenheit , 
» qui est à mercure, et qui a pour li- 
» mites de l'échelle les degrés qui ré- 
» pondent l'un à la chaleur de l'eau 
» bouillante, l'autre à la congélation 
» déterminée par le muriate d'ammo- 
» niaque. La distance qui sépare les 
» deux limites est divisée en deux 
» cent douze parties égales; d'où il 
» résulte que le trente-deuxième de- 
» gré coïncide avec le zéro du ther- 
» momètre français, ce qui donne 
» cent quatre-vingts degrés depuis le 
» même terme jusqu'à celui de l'eau 
» bouillante. Neuf degrés du thermo- 
» mètre de Fahrenheit en valent 
» quatre du thermomètre de Réaumur 
» divisé en quatre-vingts parties , et 
» cinq degrés du thermomètre centi- 
» grade. » On attribue à Fahrenheit 
une Dissertation sur les thermomè- 
tres, 1 724 ? et ou trouve de lui , dans 
les Transactions philosophiques de la 
même année, cinq Mémoires sur le 
degré de chaleur de divers liquides 



f 
FAI "toi 

en état d'ébullition , sur la congéla- 
tion de Veau dans le [vide , sur 
les gravités spécifiques dje différents 
corps, sur un nouveau*baromètre f 
et sur un Aréomètre dèjiouvelle in- 
vention; on les trouve*aussi, en la- 
tin , dans les Acta eruditorum. de 
Leipzig. W — s. 

FA1EL, ou FAYEL. V, COUCY 
( Raoul ou Renaud de ). 

FAI GINET ( Joachim ), né à Mont- 
contour en Bretagne, au mois d'oc- 
bre 1700, tre'sorier au bureau de 
Chàlons, fut, sinon l'un des créa- 
teurs en France de la science de l'é- 
conomie politique , du moins l'un de 
ceux qui en propagèrent les principes, 
et en firent ressortir les avantages 
avec le plus de zèle et de constance. 
Les différents ouvrages qu'il a publiés, 
intéressants par le sujet, mais rédigés 
avec trop peu de méthode et de soin, 
n'eurent que peu de succès lors de 
leur publication, et sont depuis long- 
temps oubliés. On y trouve cependant 
des vues utiles, et qui auraient pu 
être mises en pratique. Faignet a 
fourni plusieurs articles à l'Encyclopé- 
die (entre autres l'art. Dimanche), tt 
des morceaux de littérature aux Jour- 
naux du temps. Ce citoyen modeste 
et laborieux mourut vers 1 780, dar.s 
un âge avancé. On a de lui : 1. V Eco- 
nome politique , projet pour enri- 
chir et perfectionner l'espèce hu- 
maine , Paris, 1763, in-i'2. Quel- 
ques catalogues en annoncent une 
nouvelle édition, sous ce titre: VAmi 
des pauvres ou projet, etc. , Londres, 
1767, in- 12. 11. Mémoires politi- 
ques sur les finances , 1 ^()5 , in- 12. 

III. Entretien de nos troupes à la 
décharge de VEtat x 1769, in* 12. 

IV. La légitimité de l'usure réduits 
à V intérêt légal , 1 7 jo , in- 1 'i . 

W— s. 
F AIL ( Noël du ). Voy. Dufail. 



io2 FAI 

FAILLE (Jean Charles de la ), 
jésuite, ne à Anvers, en 1597, mt 
admis dans la société, à l'âge de 16 
ans, et professa ensuite les mathé- 
matiques , avec une grande réputa- 
tion , à Dole et a Louvain. Il fut 
nommé à la chaire de cette science, 
au coilege royal de Madrid, lors de 
sa fondation , et. quelque temps après, 
fut appelé à la cour., pour donner des 
leçons à l'infant don Juan d'Autriche. 
La conversation et les manières du 
savant religieux plurent tellement au 
jeune prince, qu'il ne voulut plus 
s'en séparer. 11 accompagna donc son 
auguste élève dans ses vovages eu 
Catalogne, en Sicile, et à Naplcs. Il 
mourut à Barcelone , le 4 novembre 
i65i. Don Juan lui lit f ùre de ma- 
gnifiques obsèques, et ordonna qu'on 
plaçât sur son tombeau une épitaphe 
qui exprimât ses regrets de l'avoir 
perdu. On a de La Faille : I. Thèses 
înechmicce , Dole , \iri5. II. Tlieo- 
remala de centra gravitatis parlium 
cireuh et ellipsis , Anvers, i03a , 
in-4 . « Ce géomètre, digne d'éloges, 
dit Munlm gne, à la vérité, 

d'une manière fort prolixe etembar- 
jassée, les centres de gravité des dif- 
férentes parties tant du cercle que de 
l'ellipse; il y fait surtout voir la liai- 
son qui existe entre cette détermina- 
tion et celle de l,i quadrature de ces 
courbes, ou leur recuûcalion, et 
comment l'une des deux et mt don- 
née, L'autre l'es| aussi nécessaire- 
jnent- » un doit remarquer que l'ou- 
vrage de La Faille a précédé celui de 
communé- 
ment comme l'auteur de la théorie de 
la gravitation. W — l. 

\li.LK ( Germain et non pas 
Yii m istorien, né 

à C , eu ibiti , ni 

1 ! 101 1 à l'université de Tou- 
louse } et fu> ensuite pourvu de la 



FAI 

charge d'avocat du roi au présidial 
de sa patrie. Il se défît de cet emploi 
en i(>55, pour se fixer à Toulouse, 
où il venait d'être élu syndic. Ce qui 
le détermina, fut l'espoir de trouver 
plus de moyens de suivre son goût 
pour l'étude , dans une ville où les 
lettres étaient depuis long-temps en 
honneur. Lorsqu'il eut fait connaître 
son projet d'écrire Uis annales de Tou- 
louse, il obtint l'entrée de tous les 
dépôts , et on s'empressa de lui adres- 
ser de toutes parts les documents qui 
pouvaient loi être utiles. Les magis- 
trats, après avoir lu son ouvrage, 
décidèrent que l'impression eu serait 
faite aux frais même de la ville , et 
lui donnèrent d'autres marques de 
leur satisfaction. Pendantson troisième 
capitoulat , La Faille engagea ses con- 
frères à faire placer dans une des 
salies de l'hôtel de ville les bustes en 
marbre des trente plus illustres Tou- 
lousains; et on lui laissa le soin d'en 
surveiller l'exécution, il fut nommé 
secrétaire perpétuel de l'académie des 
Jeux floraux, en i6i)\ , et il remplit 
cette place avec distinction, malgré 
son grand âge, jusqu'à sa mort , arri- 
vée le \i novembre 1711. 11 était 
alors dans sa 96 ". année. On a de lui : 
I. Les Annales de la ville de Tou- 
louse (de 1 .\~j\ à 1610 ), premiers 
partie, 1687; a*, partie, 1701, 1 
vol. in-fo!. Le style, dit Lcgendre, en 
est vif et concis ; mais peu correct. 
On y trouve un grand nombre de 
1 urieux, La Faille, isvitéà don- 
ner la continuation de cet ouvrage , 
répondit que son amour pour L 
rite ne lui permettant pas de la 
trahir, il croyait prudent de ne pai 
aller plus loin. Durosoy , le dernier 
aunaliste de Toulouse, 1 beaucoup 
profité des recherches de son prede* 
ir. IL Traite de la noblesse 
des Capiiouls , Toulouse, 1OO7, 



FArl 

167D, Z". édition augmentée, 1 707 , 
in-4'., La Faille entreprit cet ou- 
vrage, pour prévenir les atteintes que 
les commissaires chargés de la recher- 
che des faux nobles, auraient pu por- 
ter au* privilèges du capitulât III. 
Lettre sur Pierre Goudelin, im- 
primée à la tête des poésies de cet 
auteur, Toulouse, i678,in-i'2: et 
dans le Recueil des poètes gascons , 
Amsterdam, 1700, in-8". IV. Des 
Discours et des Pièces de vers dans 
le Recueil des Jeux Floraux. M. 
Barbier attribue à La Faille la Tra- 
duction du Traité de Nicole, de la 
Beauté, des Ouvrages d'esprit , et 
■particulièrement de l'Epigramme , 
imprimée avec le Recueil des plus 
beaux endroits de Martial, trad. 
par Pierre Costar , Toulouse , 1 689 , 
2 vol. in- 11. W — s. 

FAILLE ( Clément de la ), na- 
turaliste, né à la KocheHe, dans le 
18 e . siècle, étudia d'abord le droit, 
et se fit recevoir avocat au parement 
de Toulouse. Il fut ensuite nommé 
contrôli'ur des guerres, et profita des 
loisirs que lui donnait cette place , 
afin de se livrer à son goût pour les 
sciences naturelles et les expériences 
d'abri ulture. Il était en correspon- 
dance avec D.zallier d'Argen ville , 
Alléou Dulac et d'autres savants. La 
société d'agriculture de la Rochelle l'a- 
vait élu son secrétaire perpétuel , et il 
était membre de celles de Rennes, 
Lyon , Tours , Berne , et de l'académie 
d'Ang>bourg. i, avait composé plu- 
sieurs ouvrages dont la publication 
lui aurait assuré une place distin- 
guée parmi les naturalistes français; 
mais la modicité de sa fortune ne lui 
permit p,-is de faire les fr ùs des gra- 
vures dont ils devaient être ornés, et 
il ne put trouver aucun libraire qui 
voulut s'ei. charger, à une époque où 
te guût de l'histoire naturelle était eu-^ 



FAI 



io5 



corc très peu répandu en France. On 
ignore l'époque précise de la mort de 
ce savant modeste ; mais, d'après les 
probabilités, on croit pouvoir la placer 
vers 1770. On a de lui : I. Conchy- 
liographie , ou Traité général des 
coquillages de mer , de terre et 
d'eau douce du pays d'Aunis, in- 
4°., tig. -, manuscrit. On en a extrait 
la Dissersation sur la pholade ou 
Dail, imprimée dans le tome 1 il des 
Mémoires de l'académie de la Ro- 
chelle; et une autre Dissertation sur 
les différentes espèces d' huîtres des 
côtes de la Rochelle, imprimée par 
extrait dans le Mercure de France , 
septembre, 1 -7 5 1 , et dans les Mé- 
langes d'histoire naturelle d'Alléon 
Dulac. IL Mémoire sur les pierres 
figurées du pays d' .tunis , avec la 
description d'un alphabet lapidifi- 
que, pour servir à l'histoire natu- 
relle de cette province , iu-4". , fig. , 
manuscrit. On trouve un extrait de 
cet ouvrage dans le Mercure . octo- 
bre , 1 754 , et dans les Mélanges 
d'Alléon Dulac. III. Mémoire sur les 
pétrifications des environs de la Ro- 
chelle , imprimé dans l' Oryctologie 
d'Argenville. IV. Mémoire sur les 
moyens de multiplier aisément les 
fumiers dans le pays d 1 A unis , la 
Rochelle, 1 76*2 , ii\\'i; réimprimé 
dans le Journal Economique , dé- 
cembre, même année; V. Essai sur 
l'histoire naturelle de la taupe, et 
sur les différents moyens qiCon peut 
employer pour la détruire , la Ro- 
chelle, 1768, iu-12, fig.; nouvelle 
édition, 17O9 , in 8'. : ouvrage es- 
estimé , traduit en allemand pari. P. 
E, avec des augmentations, Francfort, 
1778, in 8., fi-. W— s. 

FAIM ( M m . Diamante ), née 
MeJaglia , poète italienne du 18 e . 
siècle, vit le jour au village de Sa- 
\allo } en la vallée de Sabbio dans le 



io.J FAI 

Bresçian , chez son oncle , qui en était 
cure, et avec Lequel son père et sa 
mère étaient venus jouir des agré- 
ments île la campagne. Elle y testa 
ses premières années, pendant les- 
quelles elle commença à faire remar- 
quer les grâces et la vivacité de son 
esprit. Son père, qui exerçait la pro- 
fession de médecin daus la petite 
ville de Castrczato , vint enfin pren- 
dre sa fille au sortir de l'enfance, et 
l'emmena chez lui, où il lui enseigna 
lui-même les éléments de la langue 
latine , qu'ensuite elie cultiva avec 
succès. Sans avoir d'autres maîtres 
que la lecture des auteurs classiques 
pour apprendre l'art des vers , elle 
parvint a composer, à quinze ans, 
des sonnets qui tirent l'admiration des 
connaisseurs. Lorsque bientôt après 
cllesc rendit àBrescia, oùsaréputation 
l'avait précédée , elle y fut accueillie 
comme une merveille par tous ceux qui 
aimaient les muses ; et dès-lors elle fit 
de la poésie sa principale occupation. 
Ses vers , à cet âge où la nature com- 
mence à disposer la jeunesse à l'a- 
mour, n'exprimaient guère que les 
tendres sentiments de son cœur ; mais 
quand elle fut mariée , refilée à Salo, 
où habitait son mari, ses chants ces- 
sèrent d'être amoureux , malgré ce 
que cette ville , située sur les bords 
enchanteurs du lac de Garde, a de 
romantique. M me . Failli composait des 
sonnets, des stances, des madrigaux 
sans amour, pour des noces , pour des 
réceptions de docteurs, même pourdes 
véturei religieuses j mais ce genre fa- 
dement louangeur , dont tant de be.mx 
esprits itali ni leurs dél 

finît par l'ennuyer à tel point qu'elle 
jura d'y renoncer, en consignant sa 
resolution dansun nouveau MmneL l>< I 
éditeurs de recueil* poétiques vin- 
rent alors mettre sa lyre à contiibu- 
tiun. Il n'arrivait pas un étranger qui , 



FAI 

visitant les bords charmants du lac, 
ne voulût la voir et tenir d'elle quel- 
qu'une de ses nouvelles productions 
poétiques. Elle lut agrégée aux aca- 
démies des Unanimi de Salo , des 
Orditiàe Padouc, des Agioti de Ho- 
\ credo, et des Arcadi de Home. Ses 
compositions en prose n'étaient pas 
moins faciles et moins élégantes que 
ses vers : un Recueil imprimé de 
plusieurs de ses lettres familières , 
et surtout une savante Dissertation sur 
les études qui conviennent aux dames, 
en sont la preuve. Ce qui paraîtra 
singulier , est qu'elle y cherche à dé- 
tourner les femmes de la poésie , vou- 
Icinl qu'elles s'occupent plutôt de la 
géométrie et des mathématiques , aux- 
quelles elle-même s'était adonnée sous 
la direction du comte J. - B. Soar- 
di. Elle écrivait aussi en latin et même 
en français avec une rare pureté. Elle 
possédait assez bien la science as- 
tronomique, les opinions philosophi- 
ques modernes, et même les matières 
théoriques, pour en pouvoir parler 
avec ceux qui en étaient le mieux 
instruits. Vers la fin de sa vie elle 
ne lisait presque plus que les livres 
saints. Elle mourut à Salo, le i5 
juin 1770. Ses amis, J.-M. Fontana 
et Mathias Butturini , firent sur sa 
mort des Elégies dans lesquelles ils 
lui donnèrent de justes louanges. An- 
toine Brognoli , patricien bresçian , 
qui a écrit et publié son Eloge à Brescia 
en 17S5, d'après sa \ ie imprimée à 
Salo, le termine en appliquant à ces 
hommages funéraires le mot d'ilo- 
: i'cimius damutmte vicissim. 
la s Œuvrai de M", ràï 
été imprimées avec sa \n . p. 1 Jo- 
seph Pontara. (» — w. 

FAlBFAXa( Eoouiu , poète an- 
glais , fiis de sir Thomas Fuii'.ix de 
Dette», dans ie comte dTolk , vivait 
à la lin du ili". siècle et au commeu- 



FAI 

cernent du 17 e . Tandis que ses frères 
signalaient leur valeur dans les com- 
bats , sa modestie et son goût pour 
l'étude et pour la vie paisible le retin- 
rent dans son pays natal , où il s'oc- 
cupa de la composition de divers ou- 
vrages en prose et en vers. Celui qui 
fonda sa réputation , est le Gotle- 
froi de Bouillon, traduction de la 
Jérusalem délivrée. Cette traduc- 
tion , où l'auteur s'est attaché à ren- 
dre l'original vers pour vers ^ce qu'il 
a fait avec une exactitude et une fa- 
cilité qu'on rencontre rarement réu- 
nies ) , obtint un grand succès dans 
le temps , et a été long-temps fort 
estimée , malgré la coupe en oc- 
taves , contraire au génie et aux ha- 
bitudes de la poésie anglaise. Le roi 
Jacques mettait cette traduction au- 
dessus de tous les autres ouvrages de 
poésie anglaise,- et Chai les 1 er ., dans 
sa prison, y trouvait une distraction 
au sentiment de ses malheurs. La pre- 
mière édition du Godefroy parut en 
1600, Les autres ouvrages de Fair- 
fax que l'on cite, sont des Eglogues 
ingénieuses , dont une seule a été im- 
primée ( M r \ Cooper's Muse's li- 
brary , 1707); une Histoire (en vers) 
d'Edouard , surnommé le Prince 
noir ; un livre intitulé : la Démono- 
logie, où il parle de la sorcellerie, 
telle qu'elle était en usage dans sa fa- 
mille ; des Lettres à Jean Dorrell , 
prêtre catholique , enfermé dans le 
château d'Yoïk, touchant la supré- 
matie et l'infaillibilité du pape, l'ido- 
lâtrie , etc. Rien de tout cela n'a été 
imprime. Il montre dans ses ouvrages 
de théologie un esprit de paix et de 
modération, et dans ceux de poésie 
un respect pour la morale, qui firent 
dire , à l'occasion de ses églogucs : 

Pagina non minus est quam tihi vita proba. 

Waller le reconnaissait pour son maî- 
tre dans l'art des vers; et Dryden, en 



FAI io5 

le comparant à Spenser, qui paraît 
lui avoir servi de modèle, donne là. 
préférence à Fairfax , sous le rapport 
de l'harmonie. Il mourut, à ce que 
l'on croit , vers 1 65'2. Ce qui pourrait 
cependant faire douter de l'exactitude 
de cette date , c'est que la seconde édi- 
tion de son Godefroi de Bouillon , 
qui parut en 1(324 » n ' a pas été faite 
par lui. L'aîné de ses fils, Guillaume 
Fairfax , a traduit du grec en anglais , 
les Fies des anciens philosophes , 
par Dio gène Laerce. S— d. 

FAIRFAX (Thomas, lord), qui 
joua en Angleterre un grand rôle du- 
rant les guerres civiles du règne de 
Charles 1 er ., et finit par être général 
des troupes du parlement , était le 
fils aîné de Ferdinand lord Fairfax, 
et de Marie , fille d'Edmond Sheffield, 
comte de Mulgrave. Il uaquit à Den- 
ton , dans !a paroisse d'Otley en York- 
sbire, au mois de janvier 161 1. H 
perfectionna son éducation au collège 
de Saint Jean à Cambridge, dont il 
devint le bienfaiteur sur la fin de 
ses jours, et manifesta constamment 
de l'amour pour le savoir, quoique 
ses connaissances ne fussent pas très 
profondes , excepté daus l'histoire et 
les antiquités de son pays. Doué d'un 
caractère martial , il alla seivir en 
Hollande , comme volontaire , sous 
Horace lord Vere , afin d'apprendre 
le métier des armes. De retour en An- 
gleterre, il épousa la fille de ce géné- 
ral , et se retira dans la maison pater- 
nelle : ce fut dans cette retraite qu'il 
conçut pour la cour une aversion ex- 
trême ; sentiment qui prit naissance 
en lui , soit par les suggestions de sa 
femme, presbytérienne zélée , soit par 
l'exemple et les exhortations de son 
propre père, qui devint un des fac- 
tieux les plus actifs et les plus ardents 
contre la cause du roi. Aussi dès le pre- 
mier moment où ce prince essaya de 



io6 FAI 

lever à York , pour la garde de sa per- 
sonne , no corps que les habitants de 
la province supposèrent être le noyau 
d'une armée, soupçon qui fut vérifié 
par l'événe nient , le parti auquel te- 
nait Fairfax le chargea de présenter 
une pétition à Charles, pour le sup- 
plier d'écouter la voix de son parle- 
ment, et de ne pas continuer à lever 
<\e$ troupes. Comme le roi cherchait 
à é\ iter cette pétition , il le suivit avec 
une telle persévérance, qu'il finit par 
la lui présenter en pleine campagne, 
sur le pommeau de la selle de son 
cheval , en présence de cent mille per- 
sonnes. Peu de temps après, quand 
la guerre civile éclata , le père de Fair- 
fax reçut du paremei f nue commis- 
sion de général en chef* dans le Nord , 
et lui une de général de cavalerie. Ils 
se distinguèrent l'un et l'autre dans 
cette guerre , par leur bravoure , leur 
intelligence et leur activité, notam- 
ment à la bataille de Marstdon-IMoore 
et à la prise d'Yoïk. Thomas Fairfax 
fut deux fois blessé 1res grièvement, 
et courut souvent risque de la \ic. 
Ses exploits lui valurent les applau- 
dissements de sou parti, et en i(V\5 , 
lorsque le parlement jugea à piopos 
de donner une nouvelle firme à l'ar- 
mée , et d'ôter le eommandement en 
chef au comte d'Estel , cette assem- 
blée, qui savait que Fairfax était un 
presbytérien zélé , l'élut unanimement 
pour lui succéder. On lui adjoignit 
CromweU avec le titre de lieutenant- 
général ; mais celui-ci n'aecepta le gra- 
de inférieur que dans l'intention d'être 
réellement 1« maître. Dès que Fair- 
fax, qui ét.it dam le noid de l'An- 
gleterre, eut Connaissance des ordres 
du parlement, il vola a Londres, fut 
présenté a U chambre des communes, 

le kj février , pat «pâtre membres, 

et complimenté par l'orateur qui lui 
i finit sa commission. 11 eut le pouvoir 



FAT 

de nommer tous les généraux sous 
ses ordies, et alla , au mois d'avril , 
à Windsor, où il s'occupa d'organiser 
la nouvelle armée que le parlement 
venait de voter. « Mais, comme l'ob- 
» serve Rapin-Thoyras, ce fut Crom- 
» well qui, sous le nom de Fairfax, 
» agissait constamment ; car il avait 
» pris sur lui un si grand empire, 
o qu'il lui faisait faire tout ce qu'il 
» voulait. Il avait eu l'adresse de lui 
» persuader qu'il n'avait en vue que 
» le bien de la religion et de la patrie, 
» et par-là il l'avait disposé à rece- 
» voir ses conseils, et à avoir une en- 
» tière confiance en lui. » Nommé 
gouverneur de Huit , et envoyé par 
le parlement au s< cours de Taunton 
dans le Somerset- Sbire, que les roya- 
listes assiégeaient vivement, Fairfax 
y reçut conlre-ordie, et fut char- 
gé de joindre Cromwell, pour veiller 
sur les mouvements du roi , qui ve- 
nait de quitter Oxford. Après di- 
vers mouvements, les deux armées 
se rencontrèrent, et, le i4 j um > 
se livra la bataille de Naseby dans 
le Northampton - Shire : elle fut dé- 
cisive. Le roi, obligé de fuir, se 
retira dans le pays de Galles. Fairfax , 
victorieux, mit le 16 le siège devant 
Laiftester, qui se rendit le 18. Le 10 
juillet il défit lord Gorimj, qui avait 
été ob igé d'abandonner !e siège de 
Taunton pour venir à sa rencontre; 
le u ii emporta d'assaut Biidgcwatcr, 
pi it ensuite plusieurs autres places, 
(t. le 10 septembre, força Bristol à 
se rendre. Il soumit tout ce qui est à 
l'ouest de Londres, puis marcha dans 
le sud , et lie pouvant, à cause de la 
rigueur de la saison dans 

les foi -mes Bxeter , ville bien forti- 
fiée , il en forma le blocus qui dura 
jusqu'au iS avril l'-'jti. Dans c*t m- 
n i \.,!'e il prit plusieurs p! ic< s , délit 
et dispersa dinvKBtl corps de îoya- 



FAI 

Kstes; et ce parti fut totalement anéanti 
dans les provinces du sud et de l'ouest, 
où était sa plus grande force, et qui 
lui offraient le seul refuge qu'il pût 
trouver en Angleterre. Après avoir 
obtenu ces succès , Fairfax marcha 
à toute bâte à Oxford , où était la gar- 
nison la plus considérable qui restât 
au roi. Ce prince , craignant de se 
trouver enferme , en partit à la dé- 
robée et déguisé, pour aller se jeter 
dans les bras des Ecossais. Oxford 
capitula, et à la fin de septembre 
Charles I tr . n'avait plus en Angleterre 
ni armée ni place forte. Fairfax arrivé 
à Londres le \'i novembre, fut com- 
plimenté et remercié de ses succès 
par les deux chambres du parlement, 
qui se transportèrent chez lui à cet 
effet. 11 eut à peine le temps de pren- 
dre du repos dans la capitale ; on lui 
donna la commission d'escorter les 
deux cent mille livres sterling accor- 
dées par le parlement d'Angleterre à 
l'armée d'Ecosse , pour prix de la per- 
sonne du roi qu'elle avait consenti à 
livrer. Charles I er . fut remis aux com- 
missaires du parlement le 5o janvier 
1646. Fairfax , qui venait au-devant 
de ce prince, l'ayant rencontré au- 
delà de Nottiugham , descendit de che- 
val, lui baisa la main, et, après être 
remonté, discourut avec lui pendant 
la route jusqu'à Iloldenby, où Charles 
fut mené. Le monarque fut sans doute 
satisfait de la conduite de Fairfax ; car 
il dit à un des commissaires du par- 
lement : « Le général est un homme 
» d'honneur, et il tient la parole qu'il 
» m'a donnée. » Mais les historiens 
qui citent ce mot ajoutent que Ton 
n'en a pas connu la signification. 
Fairfax fut reçu à Cambridge avec 
les plus grands honneurs , et créé 
maîlr«- es - arts. Déjà le parlement , 
après de longs débats , l'avait nommé 
général de l'armée crue l'on conserve* 



FAI 107 

rait : car il était question d'en licen- 
cier la plus grande partie , et d'en- 
voyer le reste en Irlande. Tous les 
militaires se montrèrent peu favora- 
blement disposés pour de tels des- 
seins , qui les menaçaient de leur faire 
perdre les avantages que le métier des 
armes leur avait procurés. Ce fut alors 
que Cromwell, qui avait laissé Fair- 
fax jouir, au moins en apparence, 
des honneurs du commandement su- 
prême , de concert avec Ireton, son 
gendre, non moins artificieux, mais 
meilleur orateur et plus habile écri- 
vain que lui, résolut de tirer parti de 
cette disposition de l'armée pour la 
porter à la révolte contre le parle- 
ment. En conséquence, ils répandi- 
rent le bruit parmi les soldats , que 
le parlement ayant le roi en son pou- 
voir , était dans l'intention de les li- 
cencier, de les frustrer des arrérages 
qui leur étaient dus, et de les envoyer 
en Irlande pour y être exterminés par 
les habitants de cette île. L'armée, en- 
flammée par ces discours , nomma 
dans son sein, par la suggestion d'Ire- 
ton , un comité chargé de consulter 
sur son bien-être, d'assister aux con- 
seils de guerre , et d'aviser à la paix 
et à la sécurité du royaume. Fairfax 
vit avec peine que ces agitateurs, ainsi 
qu'on les appelait, usurpaient le pou- 
voir qu'il devait exercer sur l'armée ; 
il reconnut qu'ils étaient les précur- 
seurs de l'anarchie , et que leur des- 
sein ,. comme il l'observe dans ses Mé- 
moires , était , au milieu de la confu- 
sion générale , d'élever leur fortune 
sur la ruine publique. Il se décida, 
en conséquence, à résigner sa com- 
mission ; mais les chefs de la faction 
des indépendants lui persuadèrent de 
la garder. Il coopéra donc à toutes les 
démarches de l'armée qui eurent 
pour but de détruire le pouvoir du 
parlement : en vain les deux cham- 



ao8 FAI 

bres lui firent dire de laisser ses 
troupes à une dislance de quinze 
milles au moins de Londres ; il entra 
dans cette ville en triomphe avec l'o- 
rateur et les soixante membres des 
communes qui, trahissant les privilè- 
ges du parlement, s'étaient retires dans 
son camp, et il les remit en place. 
Il fut récompense' de ce service par 
les remercîments des deux chambres , 
et par la charge de gouverneur delà 
Tour. Bientôt il apprit que le roi avait 
été enlevé avec violence de Holdenby : 
indigné de cette mesure qu'il ignorait, 
il alla trouver ce prince près de Cam- 
bridge, se conduisit avec lui de la ma- 
nière la plus respectueuse, et lui fît 
suivre tous les mouvements de l'ar- 
mée, afin que le parlement ne s'em- 
parât pas de sa personne , car il avait 
reçu l'ordre de le remettre à ceux que 
les deux chambres lui désigneraient. 
Mais son crédit sur les troupes dimi- 
nuait de jour en jour; il n'avait ni une 
volonté assez ferme , ni un caractère 
assez décidé pour s'opposer à ce qu'il 
n'avait pas le pouvoir d'empêcher; et 
quoiqu'il ne souhaitât aucune des cho- 
ses que faisait Cromwell, il contribua 
à les faire toutes réussir. Ce fut sans 
doute par suite de cette faiblesse in- 
concevable qu'il concourut au mani- 
feste de l'armée du mois de janvier 
1647*1648, qui adhérait au vote 
des communes portant que l'on ne 
présenterait plus ni adresses ni mes- 
sages au roi , et qui ajoutait qu'elle 
obéirait au parlement dans tout ce 
qui seras! désormais nécessaire pour 
l'administration et la sûreté du io\au- 
me et du parlement , sans la 1 
contre lui. pareil ton père 

à celte époque, lui succéda dans ses 
titres et emplois, el n'en resta pas 
moins le docile instrument de l'am- 
bition de Cromwell. 11 déploya la 
plus graude activité pour appaiser 



F AL 

des insurrections, et prit Colchcster 
où s'étaient réfugiés les restes du parti 
royaliste ( For. Capel ). A la fin de 
l'année, il revint à Londres pour te- 
nir en respect la ville et le parlement, 
et prit son quartier-général au palais 
deWhitehall. Ses démarches hâtèrent 
la marche des procédures contre le 
roi; il dit lui-même qu'il éprouvait une 
sorte d'engourdissement moral qui al- 
lait jusqu'à la stupidité, el qui l'cmpê- 
chait de réfléchir sur ses actions. Ce- 
pendant, quoique placé en tête de la 
liste des juges du roi , il refusa de sié- 
ger , probablement à la persuasion de 
sa femme qui montra, lors du procès 
de ce prince infortuné, une intrépidité 
et une hardiesse que l'on ne peut assez 
admirer ( Voy. Charles I ). Fairfax 
fit 'même tous ses efforts pour empê- 
cher l'exécution de la fatale sentence, 
et chercha à persuader à son régiment 
d'arracher le roi à ses meurtriers. 
« Cromwell et Ircton , dit Hume, in- 
formés de ses intentions, travaillèrent 
à lui persuader que le Seigneur avait 
rejeté le roi, et l'engagèrent à prier le 
Ciel de le diriger dans cette occasion 
importante; mais ils lui cachèrent 
qu'ils eussent >igné l'ordre de l'exé- 
cution. Harrisson fut la personne dé- 
signée pour joindre ses prières à celles 
de l'imprudent général , et les fit durer 
jusqu'au moment où arriva la nouvelle 
que le coup fatal était trappe. Alors il 
se leva, et soutint à Fairfax que cet 
événement était une réponse miracu- 
leuse envoyée par le Ciel à leurs dévotes 
supplication^. Peu de jours après le 
supplice du monarque, Fairfax fut 
nomme membre du conseil , mais il 
ignerla foi mule de serment 
par laquelle on approuvait tout ce qui 
avait été l'.ut relativement su n>i H a la 
royauté. A lafindemar.s.onluidonna 
le titre de général des troupes 1 
gletcrre et eu Irlande , mais il n'eu eut 



FAI 

pas plus de pouvoir réel. Il marcha 
contre les niveleurs qui, devenus 
nombreux, commençaient à se rendre 
inquiétants, et se seraient bientôt l'ait 
craindre ; il les mit en déroute com- 
plè:e à iiurford, dans l'OxIordshirc. 
Après avoir été reçu docteur en droit 
il Oxford, il courut apaiserdes trou- 
bles dans le H unpshire , reunit l'ar- 
mée à Guilfbrd, l'exhorta à l'obéis- 
sance, et revint à Londres où leçon- 
seil de la cité lui fit don d'un bassin et 
d'une aiguière en or. Lorsqu'en juin 
i65o les Ecossais se déclarèrent pour 
Charles II, le conseil d'état d'Angle- 
terre résolut, pour prévenir une in- 
vasion , d'envoyer une armée en 
Ecosse. Fairfax consulté sur le plan, 
parut l'approuver; mais ensuite les 
conseils de sa femme et des ministres 
presbytériens lui firent répondre qu'il 
ne pensait pas que le parlement d'An- 
gleterre eût un juste motif pour faire 
envahir l'Ecosse par son armée, et il 
résigna sa commission, pour ne pas 
s'engager dans cette expédition , con- 
traire à ses principes religieux. Le 
commandement suprême de l'armée fut 
dounéàCromwell, qui vit avec plaisir 
Féloignementd'un homme dont la pré- 
sence, bien loin d'être encore nécessaire 
à ses projets ambitieux, formait au con- 
traire un obstacle à leur entier accom- 
plissement. Pour dédommager en 
quelque sorte Fairfax, le parlement 
lui accorda un revenu annuel de cinq 
mille liv. sterling. Débarrassé de tout 
emploi public, Fairfax vécut tranquil- 
lement dans sa terre deNunappleton, 
dans l'Yorkshire. Ses vœux , ses 
prières demandaient constamment au 
ciel le rétablissement de la famille 
royale, et il était fermement déter- 
miné à saisir la première occasion de 
pouvoir y contribuer, ce qui le faisait 
regarder d'un œil jaloux par le Protec- 
teur. Dès que le général Monk. l'iu- 



FAI 1 09 

vita à se joindre à lui contre l'armée 
de Lambert, il n'hésita pas un mo- 
ment, et se montra, le 5 décembre 
1659, à la têle d'un corps d'habitants 
de la province ; telle ctait l'influence 
de sou nom et de sa réputation , 
qu'une brigade irlandaise de douze 
cents hommes quitta aussitôt les dra- 
peaux de Lambert pour se joindre à 
lui. Le résultat de cette affaire fut la 
dispersion de cette armée ; ce qui faci- 
lita la marche de Monk en Angleterre. 
Fairfax se rendit ensuite maître 
d'York, et reparut sur la scène pu- 
blique. Le parlement, auquel on avait 
donné le nom de rump , ayant repris 
ses fonctions , le nomma conseiller 
d'état; et, après la dissolution de 
cette assemblée, le comté d'York l'é- 
lut député au parlement réparateur. Il 
fut à la tête du comité chargé par la 
chambre des communes d'aller trouver 
Charles lira La Haye, pour le prier de 
se rend ce au vœu de son parlement en 
venant reprendre au plutôt l'exercice 
de ses fonctions royales. Quand il se 
présenta devant ce prince, tous les 
yeux se fixèrent sur lui , tant on était 
curieux de voir l'homme qui avait si 
long -temps commandé les troupes 
parlementaires. On rapporte que , 
dans une audience particulière, il ob- 
tint de Charles le pardon de sa con- 
duite passée; en effet, ses efforts sin- 
cères pour hâter la restauration méri- 
taient que ce monarque oubliât ce qu'il 
avait fait auparavant. Après la disso- 
lution du parlement réparateur, Fait- 
fax retourna dans sa terre où il passa 
le reste de ses jours dans la retraite. 
Tourmenté par la goutte et par ta 
pierre, il supporta les douleurs de ces 
deux maladies cruelles avec un cou- 
rage et une patience exemplaires. Ces 
maux étaient le résultat des blessures 
qu'il avait reçues et des fatigues qu'il 
avait endurées à la guerre. Fixé sur 



1 1 o FAI 

son fauteuil par la goutte , il ressem- 
blait à un vieux romain; son air mâle, 
qui imposait le respect, eut même 
produit une sorte de terreur, si la dou- 
ceur et lamo iestie extrême de sa figure 
n'eussent tempère Met du premier 
coup-d'œil. Il consacrait presque tout 
son temps aux devoirs de la religion , 
ou à la lecture de bous livres, dans la 
plupart des langues modernes. 11 mou- 
rut le i 2 février 1671 , d'une fièvre 
qui fenieva en peu de jours. Il eut 
deux filles, Marie, l'aînée, avait épouse 
le duc de Buckingham , dont elle ne 
put fixer le cœur inconstant; elle 
mourut en 1704^ Voy. Buckingham). 
Un grand nombre de lettres, de re- 
montrances, et d'autres papiers signes 
du nom de Fairfax se trouvent dans 
la Collection de Ru>hworlh, et dans 
d'autres recueils publiés quand il 
était gcnc'i I. Il desavoue la plupart 
de ces pièces dans ses Mémoires pu- 
bliés en 1699, cn un vo '- in-S"- par 
Brian Fairfax son parent. Cet ouvrage 
ne fait pas beaucoup d'honneur a ses 
principes, à son style, ni à son exac- 
titude; il est vrai qu'il ne destinait 
pas ces Mémoires à voir le jour; il ne 
les avait composés que pour l'usage de 
sa famille. Fait fax était d'une belle 
taille; il avait l'air sombre et mélan- 
colique; il bégayait un peu, aussi 
était il mauvais orateur. Il parlait peu 
<! .un i- -> conseils; mais quand une 
i ut ju le et raisonna- 
ble, rien ne pouvait le taire changer, 
et souvent il d muait des ordresentiè- 
rement opposes à l'avis de son con- 
S 1 bravoure était remarquable, 
ombats il avait l'air si trans- 
I m ir, m agite et même si furieux, que 
• lui parler; et cep, n- 
iit naturellement doux et 
et avait !<• maintien humble et 

- mi déstntéressetnenl était à 

toute épreuve. Son malheur fut de s'ê- 



FAI 

tre laissé duper par Cromwell, et d'à* 
vot été l'instrument et l'agent de cet 
hypocrite ambitieux. Si l'audace et les 
succès qui firent la grandeur de ce der- 
nier n'eussent pas éclipsé les exploits 
de Fairfax, ou l'eût regarde comme 
le plus habile des généraux du parle- 
ment, eteommeundes plus grands hé- 
ros de la révolution, si songénieétroit, 
qui n'était propre qu'à la guerre, ne l'eût 
pas empêché de briller comme homme 
d'état. On a déjà dit qu'il aimait les 
lettres. 11 prévint, pendant la guerre, 
le pillage de plusieurs bibliothèques à 
York et à Oxford ; il (it don à la biblio- 
thèque bodleïennedediflfércnts manus- 
crits. Il contribua à la publication de 
la Polyglotte, et de plusieurs autres 
grands ouvrages , et encouragea 
Dodsworth qni s'occupait de l'étude 
des antiquités de l'Angleterre ( Voy. 
Dod>worth). Lord Oxford a placé 
Fairfax dans son Catalogue des au- 
teurs royaux et nobles, non seule- 
ment comme historien , mais aussi 
comme poète. On conservait de lui, en 
manuscrit, dois la Collection de Tho- 
resby , des Traductions des Psau- 
mes et d'autres parties de l'Ecriture, 
un poème sur la Solitude, des Mor- 
ceaux écrits par sa femme et par sa 
fille Marie, enfin 110 Traité sur la 
brièveté de la vie. Mais de toutes 
les productions de Fairfax , il n'en 
est pas sans doute de plus curieuse 
que les vers qu'il fit à l'occasion du 
cheval sur lequel était monté Charles 
Il le jour de son couronnement, che- 
val qu'il avait élevé , et qu'il présent 1 
à ce prince. Combien Charles, natu- 
reltemeut gai , et peu disposé à garder 
son sérieux dans les occasions qui 
L'exigeaient le plus, ne dût-il pas rire 

en recevant ce singulier hommage du 
héros du républicanisme 1 1 du 
covenanl, si favorisé par la vi I 

On a aussi de Fairfax, dan 



FAI 

thèque de Denton , des Manuscrits 
dont Part a donne une liste dans sa 
nouvelle édition des Auteurs nobles et 
royaux. Le duc de Buckingham . gen- 
dre de Fairfax, lui a fait une épitaphe 
dans laquelle il lui donne les plus 
grands éloges; ils sont mérités , puis- 
que Clarendon et Hume ont aussi 
rendu hommage à ses bonnes qualités 
( Voy Cromwell ). E — s. 

FAIRFAX (Thomas, lord), delà 
même famille que le précédent, na- 
quit vers l'an 1691 ; sa mère, fille et 
unique héritière de lord Culpeper , 
avait apporté en mariage des biens 
immenses en Angleterre et en Virgi- 
nie, dans la partie appelée Northern- 
Heck, entre les rivières de Potowmac 
et de Rappahannoc. Fairfax fit d'ex- 
cellentes études à Oxford, et un de 
ses biographes anglais assure qu'il a 
été un des collaborateurs du Specta- 
teur ; cependant , des philologues qui 
ont fait des notes sur cet excellent ou- 
vrage, n'ont pas pu distinguer ce qui 
était de lui. Il entra dans un régiment 
de cavalerie; mais, chagrin de ce que 
sa mère , restée veuve , et sa grand- 
mère avaient profité de son inexpé- 
rience pour lui faire vendre le château 
de Denton et les biens, de la maison 
Fairfax , en Yorkshire , ce qu'il regar- 
dait comme un outrage fait à ce sang 
illustre; et, jaloux de surveiller par 
lui-même ses propriétés en Amérique, 
il quitta l'Angleterre. La douceur du 
climat de la Virginie l'engagea à s'y 
•établir. Après être retourné dans sa 
patrie pour y terminer quelques af- 
faires, il revint en Virginie en 1747, 
et se fixa dans le comté de Frédéric, 
à l'ouest des monts Apalaches. Il y 
bâtit une maison qu'il appela Green- 
way-Court y exerça noblement l'hos- 
pitalité, encouragea la culture des ter- 
res , devint le père et l'ami de tous 
ses voisins, et exerça l'emploi de gou- 



fai ira 

verneur et de juge du comté. Il vécut 
tranquille et vénéré , et durant les 
dissentions civiles qui déchirèrent 
l'Amérique, ses propriétés furent éga- 
lement respectées par les Américains 
et les Anglais. Le Northern -Heck, 
où il s'était établi , devint le pays le 
mieux cultivé et le plus peuplé de la 
Virginie ; digne récompense de la 
resolution courageuse de Fairfax, de 
renoncer aux honneurs qu'il aurait 
pu espérer en Angleterre pour venir 
répandre la vie dans des régions sau- 
vages. Le voyageur Burnaby, mort 
en 1812, donne sur cet homme esti- 
mable des détails dans la 5 e . édition 
de ses voyages , Londres , 1 798. 
Fairfax mourut en 1782, sans avoir 
été marié. Le comté où est situé 
Alexandrie, vis-à-vis la cité de Wa- 
shington, porte le nom de Fairfax, 
E— s. 
FAITHORNE (Guillaume), 
artiste anglais, né à Londres, vers 
l'année 1616 , eut pour maître le 
peintre Peake , et prit les armes, ainsi 
que lui , pour la défense de la cause 
royale , lors de la guerre civile de 
1640. II fut pris par les rebelles, et 
passa quelque temps dans la prison 
d'Adersgate, à Londres, où il exerça 
son talent dans la gravure. Ayant re- 
couvré sa liberté , mais n'ayant pas 
voulu prêter serment d'obéissance à 
Cromwell , il fut banni de l'Angleterre, 
et vint étudier en France sous Cham- 
pagne. Strutt, dans son Dictionnaire 
biographique des graveurs , prétend 
que cette dernière assertion est au 
moins douteuse. Quoi qu'il en soit , 
Faithorne trouva en France un pro- 
tecteur dans l'abbé de Marolles et un 
guide dans iNanteuil , qui lui apprit à 
faire le portrait au crayon, et perfec- 
tionna son talent pour la gravure. 
Vers i65o, il retourna en Angleterre, 
se maria et ouvrit à Londres, près de 



ii2 FAK 

Temple-Bar, un magasin d'estampes, 
qu'il quitta en 1680. Il gravait poul- 
ies libraires; on cite principalement 
de lui une sainte Cène, le Christ en 
prière dans le Jardin des Olives , 
là Flagellation d' après Diepenbeck, 
et les Noces de Cana en Galilée. 
Ces quatre planches furent gravées 
pour accompagner la Fie de Jésus- 
Christ, de Tayior. On cite aussi de 
son burin une sainte Famille, d'après 
Vouet , et le Christ au tombeau , 
d'après Van Dyek. On remarque que 
les gravures qu'il a exécutées sur les 
ouvrages des autres maître* sont bien 
supérieures à celles qu'il a faitcs'd'aprcs 
ses propres dessins, où il négligeait 
trop le mérite de la correction. Le 
genre où il s'est le plus distingué est 
celui du portrait gravé. On aconservé 
un grand nombre des siens, qui sont 
1res estimés. On a aussi de lui un 
Traité sur Vart de la gravure, im- 
primé en 16G2.ll mourut en 1691. — 
Uu de ses fils, Guillaume Faithornc, 
qu'on a souvent confondu avec lui, 
se borna à la gravure des portraits en 
taille-douce; son inconduite l'entraî- 
na dans la misère , et il mourut à 
l'âge d'environ trente ans. X — s. 

FAKHR- EDDAULAH (Au), fils 
de Rokn -eddaulah, et prince delà 
dynastie des LJouides ( Voy. Adiiad- 
eddaulah et Imad-eddaulaii), reçut 
en partage , à la mort de son père, le 
gouvernement de Hamadan,l*lrac*Ad« 
jeui et du Tabarfttan , mais il devait 
foi et hommage à son frère, Adhad- 
•édanlah. Mécontent «le la part que 
lui laissait sou père, il prit les 
contre Movaid-eddanlab, fat battu 
en plusieurs rencontres, et alla eber- 

bei les princes S 

nides. h la mort de son frère Moviid 
eddaulah , en 5^3 d< rbeg., ( 983 de 

J.-C. ), le célèbre \</.vr [stnail , plus 
. suas le nom de Sulicb lbn Ab- 



FAK 

bad , fit sentir aux principaux Dilé- 
mites la nécessité de placer sur le 
troue un prince de la maison de Bou- 
ïah , et il fit élire Fakhr - eddaulah. 
Ce prince vivait alors ignoré et mal- 
heureux en Khorasan : ayaut appris 
sou élection , il vint à Hamadan avec 
la rapidité de l'éclair , et prit posses- 
sion de la couronne. Son premier soin 
fut de s'attacher Ismail, en le confir- 
mant dans la dignité de vézvr , et ce 
fut à la sagesse de ce ministre que 
l'étatdutsa spIcndeur.Tant que Fakhr- 
eddaulah put profiter de ses con- 
seils, les provinces jouirent de la paix, 
et le trésor public se remplit sans que 
ses sujets fussent vexés. Ismail mou- 
rut ea 585 ( Ç)Ç)5 ). Lorsqu'il sentit 
sa fin approcher, il tint a Fakhr- 
eddaulah ce discours : u Prince, 
» tandis que les rênes de l'état ont été 
» entre mes mains, j'ai fait tous mes 
» efforts pour rendre heureux le peu- 
» pie et l'armée ; les provinces sont 
» florissantes et cultivées. Si vous ne 
» changez rien après ma mort, aux 
» règles que j'ai établies, et que vous 
» suiviez la route que j'ai tracée, on 
» vous attribuera le mérite de mes 
» institutions; mais si TOUS lesdétrui- 
« stz, les sujets diront que j'étais l'au- 
» teur du bien qui se faisait. » Fakhr- 
Eddaulah sentit la sagesse de ce con- 
seil , mais il le suivit peu de temps. Il 
dissipa ses trésors, viola les lois , ren- 
\ ersa l'ordre public , et jetta le trouble 
dans son royaume : bientôt il détruisit 
les fruits de l'administration d'Ismaïl. 
Enfin il mourut subitement d'une in- 
lion dans le château de Tabrck , 
en "),S- : <)()■- d ■ ,i -(.. . Il eut pour 
successeur son fils iMadjad-eddaulah. 
.1— w. 
FAKHR-EDDYlf, la gloire de la 
religion. Sous celte dénomination ho- 
norifique nous connaissons plusieurs 
docteurs musulmans , dont le plus ce- 



FÀK 

Icbve est l'imam Fakhr-eddyn -Razy. ' 
Son nom propre est Mohammed , fils 
d'Omar; il porte aussi le nom d'Ibn 
Alkhathyb {fils du prédicateur). Cet 
imam sortait d'une famille originaire 
du Thabaiïstau , et il naquit à Rei, ville 
de Perse, en Ramadlian , de l'an 5/p 
ou 44 ( janvic 1 *? IJ 49 ou n5o de 
J. - C. ). Voilà pourquoi il est souvent 
appelé Althabaristany et Alrazy. Tant 
que son père vécut, il n'eut point 
d'autre maître que lui. A sa mort il 
quitta Réi et se rendit à Semnan, où 
professait un docteur célèbre, Kemal 
Aîsemnany, pour acquérir par sa fré- 
quentation les perfections del'ame. Au 
bout d'un certain temps il revint à 
Réi , et se rangea parmi les disciples 
de Medjed Aldjyly , élève du fameux 
Algazaly. Ce docteur étant allé s'éta- 
blir à Mcragah , Fakhr - eddyn l'y 
suivit, et étudia sous lui la théologie 
scholastique et la philosophie. Après 
s'être fortifié dans les sciences , la 
ihéologie , la philosophie , la dialec- 
tique , les mathématiques et même la 
médecine , il se rendit successivement 
en Kharizm et en Transoxane , eut 
des disputes très vives avec les doc- 
teurs de ces contrées , puis il revint 
à Réi, et quitta de nouveau sa patrie 
pour aller à Gaznin. Le suithan Gau- 
jide Chchab-eddyn , qui y régnait, le 
combla d'honneurs , de richesses et 
de présents. Si nous devons même 
en croire d'Herbelot , il fonda un col- 
lège en sa faveur à Herat, où Fakhr- 
eddyn professa Jcs principes de la 
secte chaféite qu'il pratiquait , et 
ses propres principes ; car il s'était 
formé une doctrine particulière. Là , 
comme dans les autres lieux où il 
avait habité, Fakhr-Eddyn se fit de 
nombreux ennemis; et ayant confon- 
du , dans une grande dispute , un doc- 
teur fameu^ de la ville , ce docteur 
anima tellement le peuple contre 
xir. 



FAK n3 

Fakhr-eddyn , qu'il présentait comme 
un philosophe et un impie , que celui-ci 
fut obligé de sortir de la ville. Toute- 
fois il y rentra quelque temps après , 
et y mourut le lundi i er . de Chaoual 
606 de l'hégire ( 29 mars 1 1 1 o de 
Jésus-Christ ). Fakhr-eddyn-Razy est 
compté au nombre des plus habiles 
docteurs que l'islamisme ait produits, 
mais non des plus orthodoxes. On 
l'accuse d'avoir mêlé à l'islamisme les 
sciences qui tiennent à la philosophie 
spéculative, lbu Khilcan dit que ses 
ouvrages se répandirent dans les pro- 
vinces, que les hommes les recher- 
chèrent et abandonnèrent pour eux 
les livres des anciens. Toutefois , 
comme il était très éloquent, sa répu- 
tation s'étendit au loin ; de toutes les 
parties de la Perse, de la Mésopo- 
tamie , on se rendait à ses cours ; et 
Khondemir nous apprend que, lors- 
qu'il sortait , plus de six cents élèves 
l'accompagnaient , recherchant avec 
ardeur ses moindres discours. Ibn 
Khilcan assure qu'il détacha un grand 
nombre de chites ( Voy. l'article Ali ) 
de leur secte, et les rendit ortho- 
doxes ou sunnites. Malgré sa piété, il 
ne négligea point les intérêts de ce 
monde, et acquit de grandes riches- 
ses : elles lui vinrent de la généro- 
sité des princes, et surtout de celle 
de Tnach , roi du Kharizm ; mais il 
en perdit une grande partie en s'occu- 
pant d'alchimie. Lorsqu'il revint à 
Réi, après son excursion en Tran- 
soxane, il y fit connaissance d'un mé- 
decin très riche qui avait deux filles , 
et vint à bout de marier ses deux fils 
à ces filles. Le médecin étant mort , 
les enfants de Fakhr-eddyn se trou- 
vèrent possesseurs d'une grande for- 
tune. Fakhr-eddyn a composé de 
nombreux ouvrages sur la théologie 
scholastique , les principes fondamen- 
taux de la jurisprudence canonique, 

8 



n4 FÀK 

la philosophie , les mathématiques , 
l'art de composer des talismans , la 
physiognoroonie, etc. Ses principaux 
ouvrages sont : I. Ossoul - eddyn 
( Principes de la religion). Ce traité 
célèbre se compose de cinquante ques- 
tions avec leurs réponses, touchant la 
philosophie et la théologie. La pre- 
mière a pour objet l'éternité du monde 
et l'auteur la nie ; la dernière roule 
sur l'imamat ; la réponse établit que 
le calife Abbassidc-Nassir, qui ré- 
gnait alors à Baghdàd , était le seul 
chef et pontife légitime des Musul- 
mans. II. Mohsel elafkar ( Traité 
de métaphysique et de théologie 
scholastique ) , commenté par plu- 
sieurs auteurs ; III. Commentaire 
suri 3 Alcoran, en plusieurs volumes; 
IV. Commentaire sur l'ouvrage d'A- 
vicenne , intitulé : Oioun alhikmet 
( Sources de la philosophie ) , etc. 
On trouve la liste des ouvrages de 
Fakhr-eddyn dans les ouvrages sui- 
vants : i°. Bibl. arab. hispan. de 
Casiri, tome I , page 161 ; 'i°. Y Ami 
des biographies , de Khondémir , 
tome II, folio i63 du raanusc. pers. 
de la Bibliothèque impériale; et 5°* 
dans la Biographie d'Ibn-Khilcan. 

J N. 

FAKHR-EDDYN RAZY, tel est le 
nom que porte l'auteur d'un ouvrage 
historique très précieux , intitulé: His- 
toire chronologique des dynasties , 
qui se trouve parmi les manuscrits 
arabes de la bibliothèque impériale. 
Cet ouvrage se divise eu deux parties : 
la première a pour objet les principes 
du gouvernement, les qualités néces- 
saires à un prince, les défauts dont il 
doit être exempt. La deuxième ren- 
ferme l'histoire abrégée de différentes 
dynasties qui ont réuni sous leur obéis- 
sance tout l'empire fondé par les 
iiabes, en commençant par les pre- 
miers khalyfes. L'ouvrage se termine 



FAK 

à la destruction du khalyfat de Bagh- 
dàd , par Holagou , en 658 de l'hé- 
gire ( i25c) de Jésus - Christ ). A 
chaque dynastie, Fakhr-eddyn parle 
d'abord de cette dynastie en général ; 
il trace ensuite le tableau du règne de 
chaque khalyfe en particulier, puis , à 
la fin de chaque règne 7 il donne l'his- 
toire des vézyrs du prince dont il 
vient de parler, et rapporte les traits 
les plus intéressants de leur vie et de 
leur ministère. A la fin de sa préface, 
il déclare qu'il s'est attaché à ne dire 
que la pure vérité , en renonçant à 
tout préjugé et à toute partialité; en- 
fin, à écrire d'un style simple , et qui 
fût à la portée de tout le monde. Nous 
avons traduit pour notre usage une 
grande partie de cette histoire , et nous 
avons reconnu que, quoiqu'elle soit 
abrégée, elle est néanmoins très im- 
portante par les faits qui y sont con- 
signés , et les réflexions de l'auteur : 
elle mériterait de passer dans notre 
langue. M. Silvestre de Sacy en 
a publié trois extraits dans sa Chres- 
tomathie arabe, savoir : I. Y His- 
toire du khalyfat de Haroun Er- 
rachid, suivie de celle des Barme- 
cides; 11. Y Histoire du khalyfat de 
Mostassem, dernier prince abbasside; 
III. le chapitre intitulé : des Droits 
des souverains sur leurs sujets. Ce 
savant a remarqué avec raison que 
Fakhr-eddyn vivait vers la fin du 7 e . 
siècle de l'hégire , et au commence- 
ment du 8'., sans pouvoir dire quel 
était sou nom propre. C'est donc à tort 
qu'on a confondu cet écrivain avec le 
docteur du même nom dont l'article 
précède , et qui mourut un siècle 
avant notre historien. J— w. 

FAK1IK-EDDYN, plus connu sous 
le nom de Facardin, émyr, prince 
dei Dru/.es, peuples qui habitent les 
environs du mont Liban, était maître 
de Bar*!, de Séide, etc. lorsqu'A- 



FAK 
muratb IV songea à le dépouiller 
de ses états et à détruire au sein de 
ses provinces d'Asie une puissance qui 
lui faisait ombrage. Il fit raarcber con- 
tre lui les pachas de Tripoli, de Da- 
mas , de Gâta , d'Alep et du Caire. 
Le vieux Fakhr-eddyn les attendit à la 
tête de vingt cinq mille hommes, com- 
mandés par ses deux fils. Ali, l'aîné 
d'entr'eux , attaqua les Turks et leur 
tua huit mille bommes ; mais, acca- 
blé ensuite par le nombre, il fut forcé 
de se rendre sous la promesse d'avoir 
la vie sauve, et n'en fut pas moins 
égorgé. A la nouvelle de la défaite et 
de la mort de son fils Ali, Fakhr-eddyn 
perdit courage ; il abandonna Séide 
et Barut , et gagna les montagnes avec 
les Maronites et les Druzes qui lui 
restaient. Mais bientôt, cbassé de poste 
en poste, de montagne en montagne , 
il se rendit , à condition qu'il aurait la 
faculté d'aller trouver le sullhân lui- 
même avec ses chariots et ses tré- 
sors , et qu'il ne serait pas conduit en 
triomphecomme un captif. Arrivé près 
de Coustanlinople, il se fit précéder 
de huit cassettes pleines d'or, pour 
préparer le suithân à la bienveillance. 
Satisfait de ses présents , Amurath dé- 
guisé vint trouver Fakhr eddyn dans 
sa tente. Celui-ci, feignant de ne le pas 
reconnaître, se servit de toute son 
adresse pour s'insinuer dans les bon- 
nes grâces du maître qui , d'un mot , 
pouvait disposer de sa vie. 11 y réussit 
assez pour exciter la jalousie des grands 
de l'empire et des favoris d'Amurath : 
ils accusèrent Fakhr-eddyn d'avoir re- 
noncé à la religion mahométaue. A ce 
soupçon, les dispositions du sulthâu 
se changèrent en perfidie et en cruau- 
té : il se fit amener le malheureux 
émyr ; les discours les plus touchants 
ne purent émouvoir son juge, qui se 
contenta de lui répondre que ce n'é- 
tait pas aux chats à essayer de se me- 



*AL n5 

surer avec les lions, et le sullhân don- 
na le signal aux muets, qui étranglèrent 
le vieux Fakhr-eddyn, âgédesoixaute- 
dix ans. Cette scène tragique, qui mit 
fin à sa puissance et à sa vie, se passa 
le 14 mars i655. S — y. 

FAKHR-EJNJNISA (Chohdéh), fille 
d'Ahmed, était originaire de la ville de 
Dinaver en Perse , et native de Bagk- 
dâd. Elle s'adonna à l'éxude de la juris- 
prudence et de la théologie, acquit 
une grande habileté dans ees sciences , 
et les professa avec éclat a Baghdad. 
Ses leçons étaient fréquentées par les 
hommes les plus distingués de sou 
temps, et le désir de l'entendre fai- 
sait cesser la différence des rangs. Ce 
fut sans doute cette grande réputation, 
et son savoir qui lui méritèrent Je nom 
sous lequel nous la citons, et qui si- 
gnifie la Gloire des Femmes. Elle 
mourut à Baghdad , âgée de plus de 
quatre-vingt-dix ans , le 1 3 de mohar- 
rem 5^4 (î* r « juillet, 1 178 de Jésus- 
Christ ). Nous ne connaissons d'elle 
aucun ouvrage, quoique plusieurs doc- 
teurs se soient honorés d'avoir été au 
nombre de ses disciples. J — n. 

FA L BAI RE (Charles -George 
Fenouillot de), auteur dramatique, 
né à Salins, le 16 juillet 1727, fit 
ses études à Paris, au collège de Louis- 
le-Grand, avec un succès qui déter- 
mina sa vocation pour les lettres. Son 
père le destinait à l'état ecclésiastique, 
et il en porta même l'habit pendant 
quelques années. Admis dans la société' 
deïrudaine, il obtint, par son crédit, 
un emploi dans les finances , qui, en 
lui assurant une existence honorable, 
lui permettait de suivre son goût pour 
la littérature. Son premier ouvrage 
fut V Honnête criminel, pièce fondée 
sur un événement réel ( V. Fabre ), 
et qui obtint un grand succès. 11 ne 
fut ni aussi bien inspiré, ni aussi 
heureux dans ses autres productions ? 

8. 



n6 FAL 

dont aucune n'est restée au théâtre, 
excepté les Deux avares. Falbaire 
acquit, eu 1778, la terre de Quingey, 
en Francbe-Comté, et obtint la per- 
mission d'en prendre le nom. Il fut 
nommé , en 1 782 , inspecteur-général 
des salines de l'est , et s'occupa avec 
succès d'eu accroître le revenu pour 
l'état. Lai évolution ,e;i le privant de 
ses emplois, détruisit sa fortune. 11 
se retira avec sa famille à Sainte-Me- 
nehould , et y mourut le 28 octobre 
1800, à l'Age de soixante et treize 
ans. Les OEuvres de Falbaire ont 
été réunies en 2 -volumes in -8., 
Parts, 1787. Il y a des exemplaires 
sur papier fin , ornés du portrait de 
l'auteur et de jolies gravures. On y 
trouve i°,r 'Honnête criminel, drame 
eu cinq actes et en vers. Un passage 
de la relique de Marmontel lui don- 
na l'idée de cette pièce. Il ignorait alors 
que le jeune Fabre, qui en est le per- 
sonnage principal, vivait encore; il 
ne l'apprit même que plusieurs années 
après que son, ouvrage fut achevé. Le 
duc de Choiseul , ministre de la ma- 
rine, avait déjà fait expédier au mal- 
heureux Fabre son congé des galères; 
mais ce lut au zèle de Falbaire qu'il 
dût sou entière réhabilitation. Il y a 
dans ce drame des situations atta- 
chantes, des rôles bien tncés; mais 
le stvlecu est faible, négligé, quoique 
de beaux vers. Cette pie. e , 
Composée en 1767, fut jouée pour 
la première fois, en 1778, SU/ le 
théâtre de 
de de la reine : 

ntee a Parii qu'en 17», 
en a fait un 

lions; elle a été tradi mand, 

en hollandais , 1 betb Gami- 

ner-Turra, en il . le premier 

Navigateur{ 1 

. (0 Celle picce , coyote* J/alwrd «u dem «c- 



FAL 

actes. Philidor avait composé la mu- 
sique de cette pièce, destinée au théâtre 
italien, et demandée ensuite à l'auteur 
par l'administration de l'Opéra. La 
représentation en fut différée sous 
quelques prétextes, et dans l'inter- 
valle parut le ballet si connu qui porte 
le même titre. Le plagi.it et lit mani- 
feste, et Falbaire s'en plaignit amère- 
ment dans une dissertaiion sur les 
ballets-pantomimes, imprimée à la , 
suite de la pièce; 5 . les Deux avares, 
comédie en deux actes et en prose, 
mêlée d'ariettes. Quelques situations 
assez piquantes, et surtout !a musique 
de Grétry, ont fait le succès de cet 
ouvrage , que Grimm juge trop sévè- 
rement dans sa Correspondance. Les 
Deux Avares ont été traduits en al- 
lemand, Francfort, «772, et en sué- 
dois, par Manderslrom . Stockholm, 
1778, in -8'.; 4°« ' e Fabricant de 
Londres , en cinq actes et en prose. 
Ce drame, joué à Paris, le il jan- 
vier 1771 , fut mal accueilli. Au cin- 
quième acte, lorsqu'on vint annoncer 
la banqueroute du Fabricant , un 
plaisant du parterre s'éeria : /"Y suis 
pour vingt sous ( prix de son bi!l< t ). 
Il n'en fallut p is davantage pour faire 
tomber la pièce, que l'auteur relira 
le lendemain; mais elle a été traduite 
en allemand par le célèbre Wieland, 
en italien par Elisabeth Caminer- 
Turra, el représentée avec un grand 
succès sur les théâtres de Vienne 
et de Y 'icenre ; 5 '. VEcole des me 
ou les Suites du libertinage, dr... 
et en ver . 
. repris en 1 7*j'> , sans succès; 



tri fout I- til /-*. dit rrprr- 

mu I 

1>l>ir ,1. » ; . n«:ul- 

L-uo. ^ D.L. 



FAL 

traduit en allemand, Augsbourg, 
1778, et en hollandais, Amsterdam , 
même année; 6. les Jammabos , 
ou les Moines japonais , tragédie 
eh cinq actes. Il ya de la chaleur 
dans l'épitre dédieatoire aux mânes 
de Henri IV, et ou trouve dans les 
notes des anecdotes curieuses; mais, 
conside'rée sous le rapport dramati- 
que, cette pièce, dirigée contre les 
Jésuites, et très faible; 7". de Y In- 
sensibilité ; Description des salines 
de Franche - Comté. Ces deux mor- 
ceaux avaient déjà paru dans l'En- 
cyclopédie; 8'. des Poésies; on 
ne peut rien imaginer de plus médio- 
cre. On a encore du même auteur, 
I. Avis aux gens de lettres , 1 7 7 o , 
in-8'., réimprimé dans les Recueils 
du temps. Ce sont des réflexions sur 
les mauvais procédés de quelques li- 
braires envers les auteurs; 11. Mé- 
moire adressé au roi et à l'assem- 
blée nationale sur quelques abus , 
Paris, 1790, in-8°. L'auteur y entre 
dans de grands détails sur la régie des 
salines de l'est de la France. W — s. 

FALCAiND ( Hugues ) , historien 
du \i v . ^èc è. Ou croit qu'il était né 
en Normandie, et qu'il avait été ame- 
né en Sicile, dans sa jeunesse , par ses 
parents; il a écrit en latin l'Histoire 
des événements arrivés en Sicile de 
1 1 {.O à iiO<). Cet espace de vingt- 
trois ans comprend le règne de Guil- 
laume 1"., surnommé le Mauvais , 
et une partie de celui de Guillaume II, 
c'est à-dire, l'une Aq<, époques où ce 
beau pays a éié le plus agité par des 
troubles. Faleàud avait éîé le témoin 
de tous les faits qu'il rapporte, et l'air 
de bonne foi qu'un remarque dans ses 
récits lui a mç'rité la confiance des 
écrivains postérieurs. Il dedia^on ou- 
vrage a Pierre, trésorier de l'église 
de Païenne, par une epîfrc qui n'est 
pas datée ,. mais que l'on croit n'avoir 



FAL 1 1 1 

été composée qu'en 1189, P eu de- 
temps après la mort de Guillaume II. 
Ce fut Gervais de Tournay, chanoine 
de Soissons , qui publia le premier 
Y Histoire de Falcand, sur un manus- 
crit de la bibliothèque de Mathieu 
Longucjouc, e'vêque de cette ville, 
Paris, i55o, in-4°. ; elle fut insérée 
ensuite, d'après un manuscrit plus 
correct, dans les Rerum sicularum 
scriplores , Francfort, 1 $79, in-f°.; 
elle a été réimprimée depuis dans 
la Bibliotheca sicula de Carusio , 
tom. I er . ; dans les Scriptor. rerum 
ilalicarum de Muratori , tom. VH P ., 
et enfin dans le Thesaur. anliquital. 
Siciliœ de Burmann , V e . part. Tho- 
mas Fazclli, dans son Histoire de 
Sicile , attribue l'ouvrage dont en 
vient de parler à un certain Guiscard 
ou Guichard , fondé sur ce que son 
nom se trouve en tête d'une ancienne 
copie qu'il a eue entre les mains ; mais 
cette preuve ne paraît pas suiïisante 
pour dépouiller Falcand de la pos- 
session où il a été confirmé par tous 
les critiques italiens, d'être regardé 
comme le véritable auteur d'un ou- 
vrage si souvent réimprimé sous son 
nom. W — s. 

FALCK (Jean- Pierre), savant 
de Suède , qui étudia dans son pays 
avec un succès distingué la physique 
et l'histoire naturelle. La réputation 
de ses talents et de ses connaissances 
étant pirvenue en Russie, il fut ap- 
pelé à Bélersbourg par Catherine 11, 
pour faire avec Pdlas, Georgi et plu- 
sieurs autres, des voyages dans l'inté- 
rieur de la Russie. Il partit , et se li- 
vra avec le plus grand zèle au tra- 
vail qui lui était échu; mais une af- 
fection hypocondriaque qu'il avait eue 
depuis long-temps interrompait sou- 
vent ses recherches ; et ne pouvant 
parvenir à s'en délivrer , il prit la 
iésolulion de mettre fin à ses jouis» 



nf» FAL 

Georgi recueillit ses manuscrits , et 
les publia eu allemand sous le titre 
de Mémoires {le J. P. Falck pour 
servir à la connaissance topogra- 
phi que de l'empire de Russie , ïVf- 
tersbourg, 1784-86, 3 vol. in->'. 
Le premier volume contient la des- 
cription topographique proprement 
dite du fleuve Ural, du pays des Kir- 
gises , de la Bukliai ie , etc. ; le se- 
cond l'histoire des minéraux et des 
plantes; le troisième l'histoire des 
animaux et d«s peuples. G — au. 

FALCKEMBFRG (Jean de) , re- 
ligieux dominicain, ne' au 14 • siècle 
dans un village de Poméranie, dont 
il prit le nom, fut députe de son 
ordre au concile de Constance , et 
s'y fit remarquer parle courage avec 
lequel il prit la défense du pape Gré- 
goire XII, même contre Dati son su- 
périeur. Chargé de l'examen des pro- 
positions extraites des œuvres de Jean 
Petit, et dénoncées au concile par le 
célèbre Gersou , il déclara qu'il n'y en 
avait aucune qui fût hérétique , et sou- 
tint publiquement son opinion dans 
trois discours qu'on a réunis aux 
cruvres de Gcrson, tome V, édition 
d'Anvers, 170O. Il fut invité dans le 
nette temps par les chevaliers de Li- 
vonie de prendre leur défense contre 
Jagellon , roi de Pologne, qui leur 
avait déclaré la guerre sans motif ap- 
parent. Fdekemberg publia à ce su- 
jet un écrit par lequel il invitât tous 
les chrétiens a acquérir la vie éter- 
nelle en s'armant pour extermine r les 
Polonais et leur mi. L'archevêque de 
Gnesen porta dos plaintes de CCI écrit 
au concile en i4«7, obtint que l'au- 
teur serait mis en pi ison , et qu'on ins- 
truirait son proe ;i;miss aires 
de différt nies nations chargés de l'exa- 
mrn de l'ouvrage, s'accordèrent à en 
trouver les principes condamnables; 
ïnais les Polonais firent de vaius cf- 



FAL 

forts pour qu'on en déclarât l'auteur 
hérétique. Dati, qui avait à se plain- 
dre de Falckcmberg , fut moins in- 
dulgcut que les Pères du concile; i! le 
cita à un chapitre général composé de 
ses créatures, et le fit condamnera une 
réclusion perpétuelle. Le pape Mar- 
tin V. s'opposa à l'exécution de cette 
sentence, fit venir Falckcmberg à 
Rome, l'y retint en prison quelques 
années pour satisfaire les Polonais,» 
et le relâcha ensuite à raison de l'af- 
faiblissement de sa santé. Dlu'goss , 
historien polonais , assure que Jagel- 
lon avait demandé au pape de lui li- 
vrer Falckemberg pour le faire brû- 
ler vif • mais on n'a aucune raison de 
croire cette anecdote, qui, si elle est 
vraie, ne fait pas honneur à la gé- 
nérosité du monarque polonais. Le 
même historien ajoute que Falckem- 
berg, mécontent des chevaliers de 
Livonie , écrivit contre eux une sa- 
tire très violente ; que des voleurs 
lui enlevèrent son manuscrit qu'il se 
proposait de communiquer aux Pères 
du concile de Bàle, et qu'après la 
session il se retira en Silcsie, où H 
moui^it. Echard démontre fort bien 
que Dhigoss est très suspect en ce 
qui concerne un ennemi déclaré de 
sa nation , et que ses récits n'ét.mt 
appuyés d'aucune preuve ne méritent 
aucune espèce de confiance. W — s. 

FALCKKNMJRG, en latin Fal- 
coburçius (6s>AM>), naquit à Nimè- 
gue. Après avoir fait dans sa patrie de 
bonnes études , i! voyagea en France , 
et fut disciple de Ctijas à Bourges. II 
alliait la philologie à la jurisprudence, 
et acquit une rare érudition dans les 
langues anciennes, Il n'en a public 
qu'un seul monument, savoir ses no- 
tes et ses conjectures sur les Diony- 
si/ira Se NOnmis, qui parurent à An- 
vers die/ Plintm en 1. ■"*><)<), in - 4 • * 
et <jui furent léimpnmécs à Francfort 



FÀL \ 
en 1606, in 8°. Ce début ne se res- 
sentait pas de la jeunesse de Fauteur, 
et donnait des espérances que la fu- 
neste catastrophe arrivée à Falcken- 
burg, en 15*78, empêcha de se réali- 
ser. Pris de vin en route du côté de 
Steinturt , il tomba de chevalet se 
tua. Janus Dousa père, a publié, en 
i582,à la suite de son Schediasma 
surTibulle, quelques poésies grecques 
de son savant compatriote; d'autres 
sont éparses de différents côtés , et la 
bibliothèque de Leyde possède de lui 
quelques manuscrits, tels que des 
notes sur Catulle, citées par P. Bur- 
mnn le second, Anthol. lat.,\m\\. II , 
pag. 57 1 , et des observations sur le 
Promptuarium juris à'huru\énoipu]e, 
mises au jour par M. le baron de 
ÏVIeernun fils, dans le tome VIII du 
Thésaurus novus juris civilis et 
canordci , à La Haye, 1780, in- 
fol. M— n. 

FALCKENSTEIN (Jean -Henri 
de). Une vie de cet écrivain fécond, 
mais prolixe et manquant de critique , 
se trouve dans un ouvrage périodi- 
que allemand, intitulé Journal de et 
pour la Franconie ; nous regrettons 
que cet ouvrage ne soit pas à notre 
disposition. Lus auteurs que nous 
avons pu consulter ignorent le pays 
où il naquit en 1682 ; on le croit 
originaire de la Silésie. Après bien 
des aventures il fut mis, en 1714 P ar 
le margrave de Bayreulh à la tête de 
l'académie noble d'Erlang. En 1718 
il embrassa la religion catholique, et 
entra comme conseiller aulique et 
chambellan au service du prince-évê- 
que d'Eichstett. Ce souverain l'ayant 
renvoyé en 1 750, le margrave d'Ans- 
pach le nomma son conseiller auli- 
que, titre qui ne lui donnait point 
d'occupation, et lui laissait le temps 
de publier ses nombreux ouvrages 
historiques et diplomatiques, CcpeiiT 



FAL inj 

dant il fut envoyé en 1758 comme 
résident du margrave à Erfurt , où il 
passa encore deux ans. Le 5 tevri- r 
1 760 il mourut à Schwabach. Ses 
principaux ouvrages s«mt : I. Anti- 
auitates nordgavienses , avec un re- 
cueil de pièces diplomatiques , 5 vol. 
iu-fol. , Nuremberg, 1733-, II. De- 
liciœ topo-geogr aphicœ Noribergen- 
ses, 1735, ia-fol. Godefoi Slieber 
en donna une seconde édition eu 1775$ 
III. Anliquitales et memorabilia 
Nordgaviœ veteris , 3 vol. in-fol. , 
Schwabach, ï 754-» 74^ , un 4"« vo- 
lume renfermant les diplômes et pièces 
justificatives parut a Ntustadt-sur- 
l'Aisch en 1788; IV. Chronique de 
Thuringe, 5 vol. in-4°. , Erfurt, 
1737-1739; V. Civitatis Erfur- 
tensis historia critica et diplomatica, 
2 vol. in-4'., Erfurt, 1739^1740; 
VI. Chronicon Swabacense , Ulm , 
1740, in-4°» Une seconde édition 
fortement augmentée fut donnée sous 
ses yeux par Jean- George Maurer en 
1756; V 'II. Description de Nurem- 
berg , Erfurt, 1 760 , in - 4°. Falc- 
kenstein publia cet ouvrage sous le 
nom de Joannes ab Indagine ; 
VIII. Antiquitates et memorabi- 
lia marchiœ Brandenburgicœ , 3 vol. 
in-4°., Bayreulh, 1 76 1 ; IX. His- 
toire du duché, ci^devant royaume 
de Bavière y 3 vol. in-fol., Munich, 
1 763. Cet ouvrage posthume fut pu- 
blié par G. W. B. Frever. En 1776 
le baron d'Ickstalt fit imprimer une 
préface avec un nouveau frontispice 
portant lngolstadt et Augsbourg com- 
me lieux d'impression. Tous ces ou- 
vrages sont écrits en allemand, quoi- 
que les titres de quelques-uns commen- 
cent par des mots latins. S — l. 

FALGO ( Benoît di ), littérateur, 
né à Naples vers la fin du 1 5 P . siècle, 
jouissait , dit le ïoppi , de la répnta* 
tion d'un homtoe également sniri- 



1 2o F A L 

tucl et instruit. 11 joignait à la con- 
naissance des langues anciennes celle 
tle l'hébreu , peu cultivée alois en Ita- 
lie, et il en ouvrit un cours à iNaples 
avec quelque succès. On ignore les 
autres circonstances tle la vie de Fal- 
co , et on ne peut même fixer d'une 
manière précise l'époque de sa mort. 
On a de lui : 1. De origine hebraï- 
carum , grœcarum latinarumque 
litterarum, deque numeris omnibus 
libellas, i5io,in-4">; II. De syl- 
labarum poeiicarum quanlitate 
noscendd , iS^q; HT. Rimario , 
Naples, i555, iu-4°. C'est un dic- 
tionnaire de rimes ; il en existai! 
d'autres en Italie ; celui de Faîco a 
l'avantage d'être plus complet , mais il 
contient un grand nombre de mots 
qui ne sont en usage que dans la 
Pouille et la Calabre. IV. la dichia- 
ralione de molti luoghi dubbiosi d' A- 
riosto e d'alquanti del Petrarcha; 
cscusalione fatta in favor di Dante, 
in-4".;V. lu Descritûone de i luo- 
ghi anlichi di Napoli, e del suo 
dislretlo, Naples , i 5")f), in-8 ., ou- 
vrage estime' pour son exactitude, et 
qui a eu de nombreuses éditions. Si- 
gebert Ilavercamp en a fait une tra- 
duction latine sur l'édition italienne 
de JNap'.cs , 1O79, in-4% qui passe 
pour l'une des meilleures , et on l'a in- 
dans le tome IX du Thesaur. 
anliquilat.Italicede 15unn.inn.VV — s. 

FA ICO (Jean ). V. Conciullos. 

l-VLCO ou FALCON (Aymar), 
chanoine n l'ordre de \uyt- 

Antoi: ;nc familh 

. 

lui concilia dès-lo« L'affection « I 
time de ses supérieurs. 11 avait à 
t. rmiuésrscludes, qu'ils lui doin. 

leur confiance, en le 
uiit de la paroisse de la ville de 



FAL 

Saint-Antoine , où était le chef-lieu de 
l'ordre. Le grand - prieur ayant été 
obligé de s'absenter , on jeta les yeux 
sur Faleon pour en exercer les fonc- 
tions jusqu'à son retour. On lui donna 
aussi la comtnauderie de Bar-lc-Duc. 
Dans tous ces emplois, Faleon mon- 
tra tant de sagesse, de prudence (t 
d'habileté dans le maniement des af- 
faires, que l'ordre ayant besoin en cour 
de Rome d'un agent expérimenté, le 
chapitre-général crut ne pouvoir 
mieux faire que de donner à Falco 
cette commission délicate. Celait Clé- 
ment V II (Jules de Médieis) qui oc- 
cupait alors le tiône pontifical. Falco 
partit avec des pouvoirs très étendus, 
et des lettres de recommandation 
pour le pape , remplies de son éloge 
et des témoignages les plus honora- 
bles. Il justifia la confiance de son or- 
dre , revint après avoir complètement 
réussi dans ses négociations , et fut 
comblé de louanges et de marques 
d'estime. Théodore de Chaumont, 
abbé de Saint-Antoine, étant mort en 
1 ">>•-, ce fut encore Falco que l'on 
choisit pour gouverner pendant la va- 
c.inee en qualité de vicaire-général , 
conjointement avec Jean liorrelf l'oy. 
Buteo), commande^ de Ste-Croix. 
Enfin telle était l'idée que ses confrères 
avaient tle sa capacité , que les droits 
et les prérogatives de l'abbaye se 
trouvant menacés , ils (tirent iccours 
à lui pour les défendre , et crci 
exprès pour cela une charge inusitée 
parmi eui sous le titre de dictateur , 
de laquelle lis L'investirent, avec fat* 
Iribulion de tout pouvoir néc< • 
pour remplir cette nouvelle nu 
Quoique Falco ne fût point avance 
r, attaqué de la pierre, il eu 
-> douleurs qu'il 
suppoi tait 1 itione! patience, 

maifl qui abrégèrent sa \ ie, et en ren- 
dirent amèlCI cl pémblcslcs démit. us 



FAL 

années. 11 termina sa carrière mortelle 
l'an i544, âge de cinquante-im ans. 
Maigre les affaires dont il fut presque 
continuellement occupe, il avait trouvé 
du temps pour la composition de plu- 
sieurs ouvrages. Il a laisse I. Une his- 
toire de son ordre sous ce titre : Anto- 
niance historiée compendium, ex va- 
riis , iisque gravissimis ecclesiasticis 
scriptoribus , nec non rerum gesta- 
rum monumentis collectum , unà 
cum exlernis rébus quàmplurimis , 
scilu memoraluque dignissimis , 
Lyon , 1 554, Il y a de cet ouvrage, 
dont la latinité est pure et élégante, 
quoique le style eu soit simple , une 
traduction en espagnol par Fernand 
Suarès, provincial des cannes, Sé- 
ville , 161 5. Le traducteur y a ajouté 
un chapitre qui contient l'histoire des 
commaudeiïes de l'ordre de Saint-An- 
toine en Espagne. II. De tuld fide- 
lium navigatione, inter varias pere- 
grinorum dogmatum , nec non clau- 
dicanUum opinionum varialiones , 
dialogidecem, quibus exipsosacra- 
rum litter arum fonte , universœ hait- 
riuntur sententice , adjunclis passim 
probatissimis velerum Patrurn dictis 
et rationibus , Lyon, i556. III. De 
exhilaratione animi , quem metus 
mortis angit et excruciat, Vienne , 
1 54 1 , in-8'.; IV. De compendiosd 
ratione , qud quis ditari possil dia- 
logus.familiaris ; V. De fœdere cum 
Turcd non ineundo. Falco , n'étant 
point content de ce livre, en sup- 
prima les exemplaires. On voit par 
les monuments de l'abbaye de Saint- 
Antoine que Falco avait composé d'au- 
tres ouvrages qui ne sont point par- 
venus jusqu'à nous. L — v. 

FaLCONBRIDGE (Alexandre), 
anglais, employé comme chirurgien à 
bord des -bâtiments qui font le com- 
merce avec l'Afrique, publia en 1 789, 
in-8"., un Précis de la Traite des 



FAL 121 

Nègres, sur la côte d'Afrique , où il 
met au jour les cruautés qui accom- 
pagnent cet odieux trafic. 11 mourut à 
Sierra -Leone en 1792. Sa femme, 
Anne-Marie Falconbridge , qui l'avait 
suivi dans celte contrée, a écrit la re- 



lation de 



voyag 



T 



l'elle pnbii 



en 1 7ÇP , sous ce titre : Deux Voya- 
mz& à Sierra - Leone , dans les an- 
nées 1 791 , 1 792 et 1 79J, dans une 
suite de Lettres; Londres, in-8 \ (en 
anglais ). Cette relation , qui contient 
un précis historique de Sierra - Leone 
et de ses environs, des opérations et 
des progrès de la colonie qui y a été 
établie dans la vue d'abolir le com- 
merce des esclaves, ainsi que des dé- 
tails curieux sur les mœurs et cou- 
tumes des habitants, est écrite avec un 
ton de simplicité négligée qui n'est 
pas sans agrément , et la lecture en 
fut généralement goûtée. L'auteur en 
donna une 2 e . édition en 17945 en 1 
vol. in- 12 , et une 5 e . en 1 795. 

X-s. 
FALCONCÏNÏ ( Benoît ), né en 
1 657 , à Voltcrra , eu Toscane , fît ses 
premières études au coliége .de cette 
ville, fréquenta ensuite les cours de 
l'université de Pisc , et y obtint une 
chaire de droit canon. Ses talents lui 
méritèrent la protection du grand duc 
Gosme III et du souverain pontife. 31 
fut nommé en 1704 à l'évêché d'A- 
rezzo , gouverna son diocèse avec sa- 
gesse pendant vingt années, et mou- 
rut , dans sa ville épiseopalc , le 20 
mars 1724. On a de ce prélat Vila 
di Rafaello Volaterrano , Rome , 
1 722, in-4". ; elle est estimée. W — s. 
"FALCONER ( Guillaume), poêle 
écossais , né dans l'indigence à Edim- 
bourg . vers l'année 1 735 , et resté de 
bonne heure orphelin , passa très peu 
de temps dans une petite école, où il 
ne montra qu'une capacité très ordi- 
naire; il s'engagea ensuite dans la ma- 



\ii F AL 

rine, et languit dans les emplois les 
plus subalternes. On ne sait pas bien 
par quels moyens il put cultiver le ta- 
lent naturel qu'il avait pour la poésie. 
Le docteur Currie a rapporté seule- 
ment, sur l>» témoiguage d'un chirur- 
gien <le Marine, que Campbell, auteur 
de Lexiphanes y dialogue satirique sur 
le style du docteur Johnson , se trou- 
vant attaché en qualité de trésorier à 
un vaisseau où Falconer servait comme 
simple matelot, l'avait pris à son ser- 
vice , et s'était plu à l'instruire. Quoi 
qu'il en soit, les premiers essais de sa 
muse attirèrent peu d'attention. S'étant 
embarqué à l'âge de dix-huit ans , avec 
le titre de contre-maître, sur la Bri~ 
tannia , ce bâtiment fit naufrage dans 
son passage d'Alexandrie à Venise ; 
Falcouer et deux de ses compagnons 
furent les seuls qui purent se sauver. 
Ce désastre lui fournit le sujet d'un 
poëme en trois chants, intitulé le 
Naufrage, et qu'il publia à Londres 
en l'jG-i. Ce poëme, écrit avec une 
chaleur digne du sujet, fut fort goûté, 
surtout pour la partit- descriplive , et 
il est encore estimé aujourd'hui et pour 
l'intérêt et pour l'instruction qu'on y 
trouve, quoiqu'on y aperçoive un em- 
ploi trop fréqueut des termes techni- 
ques que les habitudes de l'auteur lui 
avaient rendus familiers ( i ). 11 en don- 
na lui-même une deuxième édition en 
j 764 , avec des corrections et des ad- 
ditions qui n'ont pas été généralement 
approuvées; il en donna une nouvelle 
<n 1 '•(')[). Il y en a eu beaucoup d'au- 
tres depuis, notamment une en 1804, 
pu le texte est éclairci par de nouvelles 
notes, avec nue notice biographique 
>.ur Falconer par James StaniirClarkc, 
et avec de jolies gravures. Falconer 
revint en Ecosse après la publication 



(OOn troure dam le Mercure, étrange» ( t. Il, 
p. ii ) une notice inUrcsunle du p>teiue du .\.iu- 



F AL 

de son poëme; et passa quelque temps 
au presbytère de Gîadsmuir, habité 
par son parent, le célèbre historien 
Robertson. 11 publia, en 1769, nu 
Dictionnaire de marine, en un vol. 
in-4°. , bien fait , et composé sur un 
bon plan , puisqu'il a mérité qu'on eu 
donnât, en 1809, une édition nou- 
velle dans le même format, mais con- 
sidérablement augmentée. Ses ouvra- 
ges lui avaient procuré de l'avance- 
ment et une situation plus douce. 11 
avait épousé une femme qui partageait 
son goût pour la littérature , et qui s'é- 
tait donnée à lui contre le gré de ses 
parents. 11 s'embarqua, en 1769, 
avec le titre de trésorier , à bord de 
la frégate V Aurore, pour les Indes 
orientales. On présume qu'il essuya 
un second naufrage où il fut moins heu- 
reux que dans le premier ; car le bâ- 
timent ayant quitté le cap de Bonne- 
Espérance, on n'en reçut plus au- 
cune nouvelle certaine : un mate- 
lot noir se présenta, en 177?», à la 
compagnie des Indes , où il se donna 
comme une des cinq personnes échop- 
pée* au naufrage de Wîurore , sur 
les rochers de Macao. Faieoner .?vait 
alors environ trente-six ans. On a 
aussi de lui un poème sur la mort 
de Frédéric, prince de Galles . pu- 
blié en 17^1 ; une ode du duc d'Y-: k; 
le Démagogue , satire politique, im- 
primée sous le nom suppose de Théo- 
phile Tborn, et dirigée contre Wilkes 
et Churchill, et des chansons. Le 
docteur Anderson a donne' une édition 
des ouvrage* de poésie de Falconer, 
précédée d'une notice sur sa \ ie. 

X-s. 
FALCONET (André), naquit à 
Roanne, le 1 1 novembre i(>i 1 , do 
Charles, qui fut depuis médecin de la 
reine Marguerite de Valois. André lit 
tudes à Roanne, al a étudier la 
médfciue à Montpellier, et fut reçu 



FAL 

docteur en \6o/\. Deux ans après , il 
vint s'établir à Lyon, où il exerça la 
médecine avec succès jusqu'en 1^91 , 
année de sa mort. Il s'était fait rece- 
voir doeleur ru droit en 1 6 \ 1 ; il avait 
obtenu, en i656, ie titre déconseiller, 
médecin ordinaire du roi , et avait éié 
appelé en i665, à Turin, pour la 
maladie de Christine de France, fille 
de H un IV. Falconct cultivait la lit- 
térature, et Lucain était son auteur 
favori. Il fut très lié avec Ch. Spon et 
Gui Patin : ce dernier le qualifie ex- 
cellent médecin , et l'appelle son meil- 
leur ami. C'est à Falconet que sont 
adressées les lettres de Gui Patin , 
imprimées dans le premier Recueil 
(Foyez G. Patin 1, ayant indiffé- 
remment les initiales F. D. M. ; 
F. G M. D. R. ; ou F. M. C. D. R. 
On a d'André Falconet des Moyens 
préservatifs et Méthode assurée pour 
la parfaite guérison du Scorbut , 
1642, in-8°. , réimprimé en 1684. 
A. B— t. 
FALCONET (Noël), fils du pré- 
cédent, naquit à Lyon, en i644- 
Après avoir fait ses humanités à Lyon 
il fut envoyé à Paris , où Gui Patin 
surveilla ses études avec une affection 
vraiment extraordinaire. Gui Patin 
devitnt bon homme toutes les fois 
que, dans ses lettres à André Falconet, 
il lui parle de Noël. Ce n'est pas , au 
reste, le père seul qu'il entretenait 
de son pupile; il en parle aussi dans 
ses lettres à Spon. Il le produisit de 
bonne heure chez l'abbé de Marollcs, 
où se réunissaient Patru, Lamothc- 
Lcvayer. La Miltière, etc. Falconet 
soutint sa thèse de philosophie, le 8 
août 1660, à Paris ; il y fit aussi ses 
cours de médecine, toujours sous les 
yeux de G. Patin , et fut reçu docteur 
à Montpellier en i6G3. Il vint d'abord 
s'établir à Lyon, auprès de son père; 
mais en 1678, il fut amené à Paris 



FAL i2> 

par Louis de Lorraine, comte d'Ar- 
magnac, grand écuyer, qui lui pro- 
cura la place de médecin des écuries 
du roi. Falconet obtint, depuis, le 
titre de médecin consultant du roi, et 
mourut à Paris le 14 mai 1754. On. 
lit dans E!oy que « Hailer dit qu'il 
» fut le premier qui se servit du 
» quinquina en France. » D'abord, il 
parait que, sept ans avant sa récep- 
tion au doctorat, le quinquina avait 
été employé à Paris; car, dans la lettre 
de Gui Patin à Falconet père , du 19 
novembre i656, on lit : « Le kinkina 
» des jésuites de Rome n'a guéri per- 
» sonne ici , et il n'en est plus men- 
» tion nulle part. Barbarus eccejacel, 
» nec erit cum nomine , Pulvis. » 
Mais il faut remarquer qu'Eloi cite à 
faux flaller, qui fait honneur de l'in- 
troduction du quinquina au père de 
Noël, et non à Noël lui - même. 
On a de Noël Falconet : I. Système 
des fièvres et des crises selon la doc- 
trine d'Hippocrate , 1725, i 11-12; 
IL Méthode de Luc(pie sur la ma- 
ladie de M me . ( Dugué ), intendante 
de Lyon, réfutée, Lyon, 1 0^5 , 
in-4'. L'auteur y a joint plusieurs 
lettres curieuses et des remarques sur 
l'or prétendu potable. Niceron dit qu'il 
présida à la dixième édition du Cours 
de chimie de Lémery, Paris, 1 7 1 3, 
in-8°. A. B— t. 

FALCONET (Camille), fils du 
précédent, naquit à Lyon, le 1". mars 
167 1, et ne fut baptisé que le 29 mars, 
ce qui a induit en erreur des bio- 
graphes. Son père, étant venu s'établir 
à Paris, le laissa dans sa ville natale, 
sous la direction de son grand-pcre.Il 
vint ensuite à Paris faire ses études 
au collège du cardinal Lemoine, re- 
tourna faire sa philosophie à Lyon , 
puis alla à Montpellier, où il eut Chi- 
rac pour professeur et Chicoyneau 
pour compagnon d'études. Il alla sa 



rvî FAL 

faire recevoir docteur à Avignon, et vint 
s'établir à Lyon. Son cabinet fut bien- 
tôt le rendez-vous des savants et des» 
étrangers , et il e>t regardé comme le 
berceau de l'académie de cette ville. 
M u,e . Guyon, revenant en 1(187 de 
son exil, alla voir Falconct. Un jour, 
à la toilette de cette dame, une dis- 
pute s'éleva sur son système, entre elle 
et Falconet. La conversation s'anima 
de plus en plus, et M rac . Guyon, toute 
occupée du sujet de la conversation , 
ne s'aperçut pas qu'elle était dans un 
certain désordre. Sa fille-de-chainbre, 
voulant le réparer, lui présenta un 
mouchoir; mais M ;ue . Guyon de s'é- 
crier : « Il est bien question d'un mou- 
» choir.» Eu 1707, Falconet vint à 
Paris auprès de son père, mais ce ne 
fut que quoique temps après qu'il y fît 
venir sa femme, ses enfants et sa bi- 
bliothèque. 11 eut d'abord la survi- 
vance de médecin des écuries du roi; 
à ce titre il joignit ensuite celui de 
médecin de la maison de Bouillon : 
enfin, après la mort de Touruefurt, 
il fut, en 1709, nommé médecin de 
la chancellerie. Ce fut cette même an- 
née qu'il se fit recevoir «à la faculté de 
médecine de Paris. Il était l'ami de 
Maliebranche, de Fontenelle , etc. Ses 
connaissances littéraires le firent ad- 
mcttie, en 17 1O, à l'académie des 
inscription* et belles-lettres, et il a 
fourni plusieurs dissertations cur* 
dans les Mémoires de cette. Société. Il 
était possesseur d'une belle biblio- 
thèque que .M", de Bouillou avait 
bien enrichie , en lui légua. ,t celle 
qu'elle tenait du duc son père. Cette 
bibliothèque, composée de cinquante 
inil!e volumes, était autan» .1 les .unis 
qu'a lui; et plusieurs fois il lui < 
me de racheter 
de livres qu'il avait prêtes, jugeant 

que, puisqu'on ne ies lui rend.nl pas, 
on kl avait perdus ou qu'on eu ayail 



FAL 

encore besoin. Il mourut le 8 février 
i^G-i. a l'âge de quatre-vingt-onze 
ans. On a remarqué que son père 
était mort à 90 ans et sa grand*- 
mère à quatre-vingt-dix-neuf} mais 
la longévité de sa famille ne s'est pas 
étendue jusqu'à sa postérité; il avait eu 
quatre enfants : ils étaient tous morts 
long -temps avant lui. Dès l'année 
17 » .2 , Camille Falconet avait donné 
à la bibliothèque du roi tous ceux de 
ses livres qui n'y étaient pas : il s'en 
était seulement réservé l'usage durant 
sa vie. On porte à onze mille le nombre 
de volumes dont il a enrichi la pre- 
mière bibliothèque du monde. Quoique 
non exposes dans la vente , ces vo- 
lumes ont cependant été compris dans 
le précieux Catalogue de la biblio- 
thèque de feu M. Falconet {voyez 
Barrois), et sont distingués par les 
crochets qui les entourent. Dans l'aver- 
tissement qui précède ce catalogue, on 
trouve un Mémoire sur la vie et les 
ouvrages de MM. Falconet. On y a 
énumeré avec soin les ouvrages que 
Camille a produits dans les différents 
genres ; mais on doit remarquer : T. 
Dissertation hist. et cri t. sur ce que 
les anciens ont cru de Vaiman ( dans 
les Me m. de l académie des insc. y 
tom. IV); II. Observations sur nos 
premiers traducteurs français avec 
un essai de bibliothèque française 
( ibidem, tome VIT; II). Disser- 
tation sur les Assassins ( ibidem , 
tom. XVII); IV. Dissertation sur 
Jacques de Dondis ( voy. Dondi ) , 
( tbtd., tome XX ; V. Wasieurs 
5 de Médecine; VI. Une édition 
des émoars pastorales àe Daphnis 
et Chiné , ir.id. par Amyot {vo)ez 
àmrov); VII. Avec Làncelot, l'édi- 
tion du ('} mbalum mun di ", de > 

; i.ii.us). 11 avait laisse p.us 
de cinquante nulle entes, sur les- 
quelles il avait porté ses extraits do 



FAL 
notes. Rigoley de Juvigny a employé 
celles qui étaient relatives aux Biblio- 
thèques de Lacroix du Maine et 
Duverdier ( voyez Duverdier et 
Lacroix, du Maine). Camille Falco- 
net avait traduit en :atin le Nouveau 
Système , ou Nouvelle explication 
du mouvement des Planètes de Ph. 
Villemotj cure de la Guillolière. Cette 
traduction anonyme a été imprimée en 
regard du texte , Lyon, 1 707 , in-ra. 
A. B— t. 
FALCONET (Etienne Maurice) , 
sculpteur, était d'une famille originaire 
d'Exilles , sur les frontières du Pie- 
mont , et alliée à celle des médecins 
célèbres de ce nom. Il naquit à Paris, 
en 17 16, de parents peu fortunés; 
origine dont il tirait autant de vanité 
que d'au'.res en mettent à appartenir 
à une famille illustre, comme il le té- 
moigna lui-même à l'impératrice Ca- 
therine , lorsque cette princesse lui 
donna un rang qui lui procurait le ti- 
tre de vache vjsokorodie ( qui signi- 
fie votre haute naissance). « Ce titre, 
» dit-il , me convient à merveille ; car 
» je suis né dans un grenier.» Son édu- 
cation répondit à sa naissance : ap- 
prendre à lire et à écrire , fut la seule 
qu'il reçut de ses parents , et pour les- 
quels encore celte étude devint un sa- 
crifice. Placé de très bonne heure ap- 
prentif chez un mauvais sculpteur en 
bois, dont la principale occupation, 
dit-on , était la fab', ication de têtes à 
perruques , il employait les heures de 
ses délassements, et souvent celles du 
sommeil, à modeler en terre, et à 
dessiner d'après d s estampes , à l'ac- 
quisition desquelles il sacrifiait une 
partie de l'argent nécessaire à ses pre- 
miers besoins. 11 avait atteint sa dix- 
septième .innée, lorsqu'ayant entendu 
parler de Lemoine, sculpteur, aussi 
connu par son extrême bonté que par 
ses talents , il parvint à vaincre sa ti- 



FAL H5 

midité naturel 1 e, et se détermina à se 
présenter chez lui , avec quelques-uns 
de ses faibles essais , pour lui deman- 
der de l'appui et des conseils. Le- 
moine qui , à travers la faiblesse de 
ces productions, avait reconnu le 
germe du talent, l'accueillit favorable- 
ment ; et non seulement l'admit dans 
son atelier , mais encore par suite 
l'aida de sa bourse, afin de le mettre 
en état de suivre ses études. Les pro- 
grès de Falconet furent si rapides , 
qu'au bout de six ans , quoiqu'il fût 
obligé d'employer une grande partie 
de son temps à des travaux de compa- 
gnon pour suffire à sa subsistance , il 
composa et exécuta sa figure du Milon 
de Crotone , qui lui mérita , en 1 7/p ? 
son agrément à l'Académie* Cette bel e 
figure , que mal à propos quelques 
critiques ont regardée comme une imi- 
tation de celle du Pujet , ne lui res- 
semble en rien, puisqu'il l'a représentée 
dans l'instant où Milon , renversé, est 
déchiré par le lion , tandis que celle 
du Pujet est debout :1a figure de Fal- 
conet réunit à de belles formes un 
beau caractère ; elle^cst regardée 
comme l'une des meilleures produc- 
tions du ciseau moderne : Falconet , 
sévère pour lu( même dans ses criti- 
ques, trouvait la tête d'un mauvais 
choix, défaut qu'il attribuait à ce 
qu'il avait pris la sienne pour mo- 
dèle : c'est cette même figure qu'il 
a exécutée en marbre en 1754 pour 
sa réception à l'Académie : cette com- 
pagnie savante l'admit successivement 
professeur et adjoint au recteur. Quoi- 
que chargé de famille, s'étant ma- 
rié assez jeune , cet artiste, peu con- 
tent de l'éducation qu'il avait re- 
çue, voulut s'en donner une nouvelle. 
Convaincu qu'un artiste habile, qui 
veut, se faire une réputaf ion durable, 
doit être instruit, il employait une 
partie de son temps à l'étude du latin 



126 F AL 

et de l'italien. Aidé des conseils d'un 
ecclésiastique dont il avait fait con- 
naissance , il s'appliqua aussi à celle 
du grec. Cependant il ne poussa pas 
très loin celte dernière. L'ccclesiasti- 
que,qui s'était fait son instituteur, 
était un fort brave homme , un peu 
entiché de jansénisme : l'élève ne tarda 
pas aussi sous ce rapport à profiter de 
ses leçons. Mais ayant fait connais- 
sance avec les philosophes de la Grèce, 
par la lecture de leurs ouvrages, bien- 
tôt il abandonna Nicole et Sacy pour 
Platon, et pour Socrate auquel il se fai- 
sait gloire de ressembler. Il ne conserva 
cîu jansénisme que la sobriété et les 
autres vertus morales qu'il amalgama 
.îsa manière avec celles de ces der- 
niers. Le goût de Falconet pour les 
lettres marchait de front avec son pen- 
chant inné pour la sculpture; il mit 
au jour ses deux figures de Pygma- 
lion et de la Baigneuse, productions 
gracieuses, qui eurent le plus grand 
succès , qui furent moulées et surmou- 
lées dans toute l'Europe. Sa figure de 
V Amour menaçant ne lui vaiut pas 
moins d'e'logc%Ou trouve dans toutes 
ces productions de la grâce, ( t la mor- 
bides.se des chairs, talent dans lequel 
les anciens ont excellé. Passant de 
suite du profane , de l'erotique même 
au sacré, Falconet consacra aussi son 
art à des sujets religieux; il exécuta 
pour l'église de Saint-Koch un Christ 
agonisant; il décora la chapelle 
de la Vierge de la même basilique 
d'une Annonciation, et des statues 
de Moïse et de David : Un St.-Am- 
Iroii&i sorti de son ciseau, repré- 
M'iilé dans l'instant OÙ il refuse l'entrée 
de la cathédrale de Milan a l'empereur 
Théodose, encore teint du sang de 
Sept mille Thcssaloniciens , décore 
aussi l'église des Invalides. Toutes ces 
figures, traitées dam iVxpreèsion et 
le caractère qui leur conviennent, ob- 



FAL 

tinrent tous les suffrages. Ce fut peu 
de temps après l'exécution de ce der- 
nier ouvrage, en 1766, que Falconet 
fut appelé en Russie par Catherine II , 
comme le statuaire dont le génie avait 
marqué davantage , pour exécuter ta 
statue équestre de Pierre I r . Cet artiste 
fit l'esquisse du projet avant de quit- 
ter la capitale. Cette composition, 
neuve et noble, représente le législa- 
teur de la Russie franchissant à la 
course un rocher escarpé. Un serpent, 
écrasé sous les pieds de son cheval , 
indique les obstacles que cet homme 
extraordinaire a dû surmonter pour 
éclairer et réformer les mœurs de sa 
natiou. Pour donner à ce monument 
tout le grandiose dont il était suscep- 
tible , on choisit pour sa base un bloc 
d'un seul morceau , de trente-sept 
pieds de long sur vingt-deux de hau- 
teur , et vingt-un de largeur , qu'on 
trouva dans un marais à quelques mil- 
les de St. -Pétersbourg ; on y joignit 
encore une alongc de treize pieds. 
Pour la grâce et l'accord de l'ensemble 
du monument. l'arti<te eu diminua, 
dans son atelier, quelques fragments 
sur la hauteur et la largeur seulement. 
On estime que, lorsque ce bloc y entra, 
il pesait près de trois millions délivres. 
Le transport d'une pareille masse a 
fait époque dans les annales de la mé- 
chanique ( Voy. Carbuhi). La fonte 
de la figure et du cheval , qui devaient 
être coulés d'un même jet, ayant man- 
qué a moitié, la maïièn. en fusion 
s'étant échappée par fécheno, Falconet 
fit scier la partie supérieure qui n'a- 
vait pas réussi, et tailler. lins la partie 
inférieure des vides en queue d'aï onde; 
et (it une seconde fonte qui amalgama 
les deux parties , de manière a ne 
I lisser aucune trace de l'accident. Ce 
monument, fui pour immortaliser ton 

auteur, le retint douze ans à M. -Pé- 
tersbourg, pendant lesquels il ne pro- 



FAL 

duisit qu'une petite figure en marbre, 
très jolie, dit-on , représentant l'hi- 
ver, et dont il fit hommage à l'impé- 
ratrice. 11 occupa ses loisirs à la litté- 
rature; ce fut à cette époque qu'il 
composa les différents écrits dont 
il a enrichi la théorie des beaux- 
arts :1a plupart furent corn posés pour 
répondre à diverses critiques qui fu- 
rent f lires de ses ouvrages, et pour 
combattre le systêmeouUéd'un grand 
nombre d'antiquaires et d'artistes, tels 
que Winckelmau, Mengs, Caylus , 
Jaucourt, etc., sur la perfection ex- 
clusive de la peinture des anciens. Ca- 
therine II, qui aimait les savants et 
les artistes, se plaisait dans l'entre- 
tien de Falconet; elle avait goûté son 
genre d'esprit et ses diverses connais- 
sances; aussi, indépendamment de ce 
qu'elle le recevait toutes les semaines 
dans sa retraite de l'Hennitage, elle 
lui écrivait souvent, et ne manquait 
jamais de s'entretenir avec lui dans les 
bals de la cour, oùelle l'appelait son 
compère ou son confesseur. L'impé- 
ratrice avait tant de bonté et même 
d'attention pour Falconet, que, l'ayant 
logé dans l'ancien palais de l'impéra- 
trice Elisabeth, et apprenant un jour 
qu'il se plaignait du bruit que fai- 
saient les ouvriers employés à la re- 
construction d'une p trtie de ce même 
palais , elle vint le surprendre un ma- 
tin pour s'entendre avec lui à ce sujet. 
Le trouvant couvert d'iiîH? très grosse 
redingotte, et la tête affublée d'un bon- 
net de laine , elle le prit par la main 
et le conduisit dans ce costume au mi- 
lieu des travaux; et là, débattit avec 
lui , et conclut , article par article , 
une espèce de traité qui fixait la limite 
jusques où les ouvriers pouvaient s'a- 
vancer, et donna des ordres en con- 
séquence. Cette harmonie entre la sou- 
veraine et l'artiste fut troublée lors de 
la fonte de la statue. Depuis cette épo- 



FAL 127 

que Falconet ne vit plus cette prin- 
cesse ; à son départ même il ne fut 
point admis à lui rendre ses devoirs : 
il ne reçut non plus aucune espèce de 
récompense de ses glorieux travaux, 
qui lui furent payés strictement suivant 
la convention. On peut attribuer cette 
défaveur à la malveillance du con- 
seiller - privé Betski , ministre des 
arts, avec lequel il se brouilla à cette 
époque. Cet homme , qui voulait tout 
diriger, tout conduire, qui préten- 
dait tout savoir, ne pouvait s'accor- 
der avec Falconet, lui-même un 
peu caustique , et très-peu endurant. 
D'ailleurs, dans ces sortes de lutte, 
les hommes à talents n'ont jamais beau 
jeu avec les courtisans. Revenu à Paris 
en 1778, après avoir séjourné quel- 
ques mois en Hollande, et convaincu 
qu'un artiste, qui a acquis unegrande 
réputation par ses travaux, doit sa- 
voir s'arrêter assez à temps pour ne 
pas risquer delà compromettre, il ré- 
solut de terminer sa carrière de sta- 
tuaire , et de s'amuser à compléter et 
à revoir ses différentes productions 
littéraires. Cependant, curieux depuis 
nombre d'années de parcourir l'Italie, 
qu'il n'avait jamais vue, il se disposait 
à partir pour ce voyage ; déjà le jour 
était fixé , la voiture arrêtée , lorsque, 
le 5 mars 178a , une violente attaque 
de paralysie vint mettre obstacle à ses 
projets. 11 survécut encore huit aimées 
a ce funeste accident qui , en éteignant 
ses facultés physiques, n'altéra en rien 
ses facultés morales. Enfin il succomba 
à ses maux le il\ janvier i 791 . Quoi- 
que d'un caractère assez difficile à vi- 
vre , et même dur en apparence , Fal- 
conet était bon, obligeant, et même très 
bienfaisant. Habitué aux privations, 
lorsqu'il était pauvre, il continua à 
vivre frugalement lorsqu'il fut dans 
l'aisance. Mais s'il était très éco- 
nome pour ses jouissances personnel- 



r>8 F AL 

les , il éfaittrcs généreux avrc ses amis 
dans le besoin. On l'a vu Lire ie sacri- 
fice de mx mille francs à la lois pour 
leur rendre service. Quand, par ha- 
sard, dans ses moments d humeur, 
ou lorsqu'il avait l'esprit occupe', il 
avait mai reçu quelqu'un , il cherchait 
ensuite à réparer ce manque d'égards 
par quelques, mots agréables. M. Bri- 
d.:n, habile statuaire , étant venu lui 
faire visite un jour, pour l'inviter , 
suivant l'usage, à voir le morceau 
qu'il comptât présenter à l'Académie 
pour son agrément , Falconet , préoc- 
cupé d'autre chose, le reçut assez mal. 
Cependant s'étant rendu le lendemain 
à son invitation , il lui dit en l'em- 
brassant avec affection : a Pourquoi 
» ne ni'avz-vous pas dit que vous 
v aviez ce talent là. » Il a fait très peu 
d'élèves ; cependant on en compte 
àcux qui lui t'ont honneur, Berruer, 
qui devint son confrère à l'Académie , 
et M 11 *". Collol ? qui épousa son (ils , 
et devint pour lui un ange consola- 
teur pendant ses huit années d'infir- 
mités. Ce fut à elle qu'il avait confié 
l'exécution de la tête de Pierre 1 er . , 
pour le monument de ce législateur 
delà Russie II va différentes éditions 
des œuvres de Falconet, qui contien- 
nent des pièces fort intéressantes rela- 
tives aux beaux-arts. Plusieurs de ces 
morceaux ont été imprimés à part , 
entre autres la suite de différentes di- 
cussions qu'il eut avec les savants et 
les amateurs des arts, ses contempo- 
rains. -lui général son style n'est ni 
brillant, ni correct, mais il est ner- 
veux et pi : ;s ses opinions 
sont systématiques, surtout lorsqu'il 
éprouve quelques contradictions , sou- 
Iles sont neuves et ji. 
et lorsqu'il a i tison . ■ - arguments 
sont irrésistibles. Cet artiste avait une 
telle idée des moyens de son art, 
qu'il prétendait que, dans toutes les 



FAL 

circonstances, il pouvait produire au- 
tant d'illusion «pie la peinture : « dans 
ce cas, lui répondit un jour Dumont 
le Romain , peintre de l'académie et 
son ami , fais-nous donc un clair de 
lune, avec ta sculpture.» Il a publié, 
en 1761 j des Bejlexions sur la 
Sculpture, qui ont été traduites en 
anglais et en allemand; des Obser- 
vations sur la statue de Marc%Au- 
rèle , en 1 7 7 1 ; la Traduction des 
des 54% 55 ., et 56 . Liv. de Pline, 
avec des notes, en 1 y-p; une seconde 
édition de ce même ouvrage, en 1 vol., 
à laquelle il a joint des réflexions sur 
la peinture des anciens, ses observa- 
tions sur la statue de Marc-Aurèle, et 
une révision du même ouvrage, La 
Haye, 1775. C. G. F. Dumas a pu- 
blié un Examen des Livres XXXÎF a 
etc. de Pline , par M. Falconet, 
sans date ni lieu d'impression. Le re- 
cueil des œuvres de Falconet, dans 
lequel il y a beaucoup de Correspon- 
dances, de Réponses à des journalis- 
tes et à des critiques ; plusieurs Let- 
tres, entre autres une de Diderot , 
a paru en 6 vol. Lausanne, 1781; 
un vol. à 1 Œuvres choisies, Paris, 
Didot , 1 78J ; OEwres diverses, Pa- 
ris, 1787,5 vol.; enfin, une der- 
nière édition , Paris, Dentu , 1808, 
5 vol., à la tête .desquels on trouve 
une notice sur la vie et les ouvrages 
de fauteur , par Lévêquc. Toutes ces 
éditions sont in-8°. On trouve encore 
une autre notice sur Falconet , par 
M. Robin , imprimée dans le Recueil 
de la Société des neufs Sœurs. Les 
articles, bas -reliefs, draperies et 
sculpture. m s le grand ar- 

ticle sculpture du dictionnaire des 
de l'Encyclopédie metnodi- 
Falconet. P — i;. 
FALCONIA isa le 

tisul Adelfi ' sousl'em- 

; u Ilunorius, vers l'an J79 de 



F AL 
Fcre chrétienne. Elle se distingua par 
son talent pour la poésie latine. Elle 
avait composé un poème sur les 
guerres civiles de Rome; mais il 
n'est point parvenu jusqu'à nous. On 
lui attribuait aussi un Poème adressé 
à Honorais, fils du grand Théodose; 
mais P. Wesseling a démontré la 
fausseté de cette supposition dans sa 
lettre à H. Veneraan , pag. Ifi et 
suiv. 11 ne nous reste d'elle que le 
Geiiton de Virgile sur l'histoire de 
l'Ancien et du Nouveau -Testament , 
production bizarre , qui suppose plus 
de patience et de mémoire que de 
goût et de jugement; imprimée pour 
la première fois à Venise, in -fol., 
1472, avec Ausone; Bresse et Paris, 
in-4 ., î4q6 et 1499; Leipzig, in- 
4°., 1 5 1 3 ; Lyon, in-8°., i5i6; 
Magdebourg , in-8\, 17 19, édition 
soignée par Jean - Heur. Kromayer. 
Le Centou se trouve aussi dans les 
recueils suivants : i°. Probœ Falco- 
niœ , Lœlii et Julii Capiluporuni , 
aliorumque Virgilio - Cenlones , in- 
8°., Cologne, 1601 ; 2 . Corpus 
Poetarum latinorum, de Micli. Mait- 
taire, in -fol., Genève, 17 15; 5°. 
Mulierum grœcarum fragmenta, 
publié par Wolf,iu-4"-, Hambourg, 
1754. C'est mal à propos qu'on a 
confondu Proba Falconia avec Fal- 
tonia, épouse d'Anicius Probus, et 
accusée d'avoir introduit les Goths 
dans Home par trahison. A. D. R. 

FALCONIERI (Julienne) ,Obla te 
Servite, morte en odeur de sainteté, 
naquit à Florence de parents riches, en 
1270. Elle avait pour oncle Alexis 
Falconieri , homme très religieux , et 
l'un des sept fondateurs de l'ordre 
des servites, ainsi nommé parce que 
ses membres font profession d'un 
dévouement spécial au service de la 
Sainte-Vierge. Alexis Falconieri éleva 
sa nièce dans la pictc ; et lui inspira 
*iv. 



F AL 129 

une tendre dévotion. L'ordre des ser- 
vites admettant des femmes sous le 
nom d'oblates , Julienne désira d'y 
entrer, et y prit l'habit en 1284. Les 
pratiques de l'institut qu'elle avait em- 
brassé ne suffisant point à sa fer- 
veur, elle y voulut, sans doute après 
en avoir obtenu la permission de ses 
directeurs spirituels , joindre des aus- 
térités extraordinaires, et qui sem- 
blent dépasser les forces humaines. 
Elle s'abstenait absolument de toute 
nourriture , les mercredis et les ven- 
dredis, et le samedi elle se contentait 
d'un peu de pain et d'un verre d'eau. 
Quoique ces mortifications soient ex- 
cessives , et qu'il puisse se faire qu'elles 
ne soient pas toujours selon la sa- 
gesse , il est , ce nous semble , un 
peu léger de les traiter de ridicules 
comme le font les auteurs d'un dic- 
tionnaire historique, surtout dans une 
femme dont l'Eglise , loin de désap- 
prouver la conduite, nous propose 
les vertus pour modèle. Eu 1307 ^ u ~ 
lienne Falconieri fut élue supérieure 
des Oblates. Elle composa pour elles 
une règle qui fut approuvée par Mar- 
tin V, et mourut à Florence en i54i, 
âgée de soixante - onze ans. Be- 
noît XIII la béatifia en 1729, et 
Clément XII acheva le procès de sa 
canonisation. Sa fête a été fixée au 
19 juin. L — y. 

FALCONIERI (Octave), savant 
antiquaire , prélat de l'église romaine, 
d'une ancienne famille originaire de 
Florence, mort à Rome en 1676, 
âgé seulement d'environ 3o ans, est 
auteur de plusieurs Dissertations sur 
les antiquités , insérées par Grasvius 
et Gronovius dans le volume IV des 
antiquités romaines et dans le vo- 
lume VIII des antiquités grecques. 
On lui doit la première édition de la 
Roma antica, de Famiano Nardini, 
qui parut à Rome en 1666, in~4°. li 

9 



l9o FAL 

v joignit un discours sur la pyramide 
de G, Gestms et sur les peintures qui 
ornaient la chambre intérieure de ce 
monument; et une lettre à Carlo Dati 
sur une inscription tirée des ruines 
d'un mur antique, abattu lors de la 
restauration du portique de la rotonde, 
en 1661. Il fit paraîfre en 1668, à 
Borne, in-i°. , ses Inscripliones ath- 
lelicœ , avec de savantes notes qui 
jetèrent un nouveau jour sur ce sujet , 
jusqu'alors pou connu. 11 réimprima 
dans le même volume une Dissertation 
non moins savante, qu'il avait déjà 
publiée à part l'année précédente (1), 
sur une médaille d'Apamée, portant 
pour empreinte le déluge deDeucalion. 
Ni le grand succès de cette Disserta- 
tion , ni les éloges qui en furent faits 
pu- les plus célèbres antiquaires , n'ont 
empêché Aposloîo Zcno de consigner 
dans ses notes sur la Bibliothèque de 
Fontanini, un trait de critique qui a 
été répété depuis avec la confiance 
qu'inspiie le nom de ce savant et judi- 
cieux écrivain. « Sur celte médaille, 
» dit-il , Falconieri crut voir repré- 
» sente le déluge universel avec l'ar- 
» che, etc., et il crut lire au-dessous 
» Mii-:, r'c <t-a dire, le nom du pa- 
» triai che Moé, tandis que ces trois 
9 lettres, détachées du reste de l'ins- 
» cription , et placées ici comme iso- 
» lées, ne sont autre chose que la fin 
7» du mot AnAMEilN ; regardées de la 
v droite à la gauche [comme l'écriture 
» orientale ) , elles signifient 
» mais lues de la gauche à la droite , 
» elles ne sont que fa trois dernières 
» lettres du mot entier. » Not. 
Fontamoi, lotoa 11, page ■.»:"»>. lu 

lisant ce trait lancé avec tant m 
janec, il rffSt personne qui n'v voie 
une bonne leeon sur la crédulité des 
antiquaires; in.iis e'i 11 est une, au 

1 . ■ ,:.,,. pièi el M ' 'lan» l«l 



FAL 

contraire, sur la légèreté' des criti- 
ques. L'éditeur de la 4 e . édition de 
la Roma antica de Nardini , Home. 
1771, 4 vol. in -8'., a répondu à 
cette censure par une note dans le 4 e » 
volume. On y voit que Falconieri ne 
donne que comme une conjecture ce 
qu'on Paecuse d'avoir donné comme 
une explication positive; qu'il appuie 
cette conjecture de raisons si fortes , 
que le censeur eût peut-être été force 
de s'y rendre s'il les avait lues, mais 
qu'il n'a même pas vu le dessin de la 
médaille dont il est question , puisque 
cette médaille porte au bas du revers 
le mot entier AlïAMEflN ; que le mot 
MIE , au contraire , est gravé sur le 
corps même du navire ou de l'arche, 
et que , par conséquent , le motif 
donné à la prétendue erreur de Fal- 
conieri est tout-à-fait imaginaire. Au 
reste , cette note renvoie à un passage 
du 6*. volume des Observations du 
marquis Maffci , relatives à cette mé- 
daille et à la Dissertation de Falco- 
nieri. INous avons suivi cette indica- 
tion , et nous avons vu en effet dans 
le passage de Maffci que ce savant 
antiquaire ne doute point de la justesse 
des conjectures de Falconieri; qu'il 
voit comme lui , dans cette médaille , 
le déluge de Deucalion et Pyrrha , 
sauvés dans une barque , une co- 
lombe apportant un rameau, et le 
mot JVoe grave non au-dessous de 
l'empreinte , mais .sur la barque même. 

| ez Hryant\ Il est donc prouve 
que la critique de /.no est non seu- 
lement légère, mais entièrement dé- 
pourvue île fondement. Nous avons 
donne' quelque étendue à cette ques- 
tion, quoiqu'elle soir purement ic- 

ire , parce (pie l'exact auteur de 
¥ Histoire de la Littérature italien- 
ne, Tiialtosehi, a cité, en 1'adop- 
tffRl , Cette critique, tome VIII , page 

de sa première édition ; qu'ap- 



F AL 

puyée sur cette double autorité, elle 
a passé dans le nouveau Diction- 
naire historique italien de Bassano , 
et qu'il n'y aurait pas de raison pour 
qu'elle cessât de se propagerai l'on 
ne se faisait enfin un devoir d'en aver- 
tir. Falconieri était en relation de cor- 
respondance et d'amitié avec les sa- 
vants les plus célèbres de son temps. 
Nie. Heinsius lui a dédié le 3 e . livre 
de ses Elégies, Spanheim son Traité 
des médailles, et plusieurs autres sa- 
vants d'autres ouvrages. 11 était mem- 
bre de plusieurs académies savantes, 
et ne bornait pas ses études aux scien- 
ces et à l'érudition ; il cultivait aussi les 
belle-lettres. Dans le I er . volume des 
Lettres cC hommes illustres, publiées 
par Ange F.duoni , on en a une que 
Falconieri écrivit , le i5 décembre 
iG63, au prince Léopold de Toscane, 
sur la nécessité d'admettre Te Tasse 
parmi les auteurs qui font autorité 
pour la langue, dans la nouvelle édi- 
tion qui se préparait du Vocabulaire 
de laCrusca. En lisant les excellentes 
raisons qu'il donne au prince, tant 
en son nom qu'au nom du cardinal 
Pallavicino , ce qui frappe le plus c'est 
qu'à cette époque il eût encore besoin 
de les donner. G — É. 

FALEDRO ou FAL1ER1 (Vital), 
doge d> j Venise, fut élu par le peuple 
en io84; pour remplacer Dominique 
Silvio, parce que celui-ci avait laissé 
battre, par Robert Guiscard, la flotte 
qu'il commandait. Faledro demanda 
et obtint de l'empereur grec le titre 
de protosébaste, qu'il joignit à ceux 
de duc de Venise, de Dalmatie et de 
Croatie. Ayant retrouvé, en i 09^ , le 
corps de St. Marc l'Evangéliste, qui 
avait été apporté précédemment à Ve- 
nise, mais qui y était égaré, il le fit 
enterrer dans la Basilique de son nom ; 
on fit un secret du lieu choisi pour le 
dépôt, afin que celte relique ne lût 



FAL i5i 

pas volée, et ce secret s'est perdu 
depuis. Vital Faledro mourut en 1 096, 
et il eut pour successeur Vital MicheH. 
S. S— 1. 
FALEDRO (Ordelaffo), doge de 
Venise, succéda, en 1102, à Vital 
Micheli. Pendant son règne, la ville 
de Zara, en Dalmatie , voulut secouer 
le joug des Vénitiens pour se sou- 
mettre aux Hongrois; mais Faledro fit 
le siège de cette vdle , et la reprit en 
1 1 1 5. Deux ans plus tard , comme il 
défendait la Dalmatie contre de nou- 
velles incursions des Hongrois, il fut 
tué dans une bataille. Dominique 
Micheli lui succéda. S. S — 1. 

FAL1ERI (Marin), doge de 
Venise , fut donné pour successeur à 
André Dandolo , auteur des chro- 
niques de Venise , le 1 1 septembre 
i354, à l'époque même où la grande 
flotte des Vénitiens, commandée par 
Nicolas Pisani , avait été détruite par 
les Génois, dans le port de Sapienza. 
Faliéri était alors âgé de soixante- 
seize ans; il était fort riche, et il avait 
occupé des emplois importants, mais 
il avait une femme jeune et belle, dont 
il était excessivement jaloux. Un des 
chefs de la Qiiaranlie criminelle , 
Michel Sténo , excitait surtout sa dé- 
fiance. Dans une mascarade de car- 
naval, Sténo et Falieri s'insultèrent 
mutuellement : le premier fut con- 
damné à un mois de prison par le 
tribunal dont il était président, mais 
cette peine était loin de suffire au 
ressentiment ou à la jalousie du doge. 
11 étendit sa haine sur tout le tribunal, 
sur toute la noblesse, qui n'avait pas 
mieux vengé son injure. Dans son 
courroux , il rechercha l'appui des 
Plébéiens qui, dépouillés quarante 
ans auparavant de la souveraineté 
qu'ils avaient exercée dès l'origine de 
la république , ne pardonnaient point 
à la noblesse son usurpation , et 

9- 



i3î FAL 

aux jeunes patrieieus leur insolence. 
Six cents conjures convinrent de se 
reunir, !e i5 avril 1 355, sur la 
place de St. Marc, lorsque le doge 
ferait sonner la cloche d'alarme; et 
comme, à cette cloche, tous les no- 
bles devaient accourir pour se ran- 
ger autour de la Seigneurie , tous 
devaient être massacres à mesure 
qu'ils arriveraient sur la place. Mais 
le complot fut révèle au conseil des 
Dix, la veille de son exécution; plu- 
sieurs des coupables furent mis à la 
torture, et le doçc lui-même, ayant 
été convaincu d'être entré dans un 
complot contre le gouvernement dont 
il était le chef, fut condamné à mort. 
11 eut la tête tranchée le 1 7 avril 1 555 , 
sur l'escalier du palais Ducal, au lieu 
même où il avait prêté serment de 
fidélité à la république. Presque tous 
ses complices périrent ensuite par 
différents supplices, tandis que son 
dénonciateur fut anobli etjargcmcnt 
récompensé. On sait que tous les por- 
traits des doges sont rangés dans la salle 
du grand-conseil : à la place où devait 
être celui de Falieri , on a fait repré- 
senter un trône ducal couvert d'un 
voile noir , avec cette inscription : 
C'est ici la pince de Marin Falieri , 
décapite pour ses crimes. On mit sur 
son tombeau l'épitaphe suivante : 

Dut Ycnetum jacethJc , patriam qui perdere Irnlani 
Sccptra, decu* , ceaaum perdidit atque caput. 

S. S— 1. 

FALISCUS. Voyez Gratius. 

FALK ( Jean-Pierre ), médecin 
suédois, naquit en 1727, dans la pro- 
<le Westrogothie. Il manifesta 
de bonne heure un /.Me ardent poul- 
ies science*» et une profonde hypo- 
condrie. Etudiant à l'université d'Up- 
sal , il eut l'avantage d'être honora- 
blement distingué par Linné qui lui 
confia l'éducation de son fils. L'irn- 
mortcJ naturaliste prenait au sort de 



FAT, 

Falklcpîus affectueux intérêt; ce fut 
pour lui procurer une distraction utile 
et agréable, qu'il le chargea d'aller re- 
cueillir les pi ntes etloszoophytesque 
produit l'île de Gôtland. Cette excur- 
sion prouva les connaissances éten- 
dues deFalk , mais ne remplit qu'im- 
parfaitement l'espoir de son Mécène , 
qui désirait sur-tout le guérir de sa 
mélancolie. Falk suivit Forskal à Co- 
penhague , et fut vivement affligé de 
ne pouvoir être désigné pour l'accom- 
pagner en Arabie. De retour à Upsal , 
Faik reçut , le 23 juin 1 762 , le doc- 
torat des mains de son protecteur , 
qui inséra sa thèse : Planta alstroe* 
meria , dans l'excellent recueil inti- 
tulé : Amœnitates academicœ. Le 
riche possesseur d'un cabinet d'his- 
toire naturelle , à Pétersbourg, pria 
Linné de lui choisir un directeur. Cet 
emploi fut confié à Falk, qù bientôt 
après obtint la chaire , long-temps va- 
cante , de professeur au jardin de 
pharmacie. Lorsque l'académie impé- 
riale des Sciences forma, en 17O8, 
une société de voyageurs destinés à 
enrichir le domaine de la géographie 
et de l'histoire naturelle, Falk reçut 
un diplôme qui lui assignait un des 
principaux rangs. 11 fit des efforts in- 
concevables pour remplir avec hon- 
neur cette missiou importante: efforts 
superflus ! Accablé sous le poids d'une 
mélancolie toujours croissante, Falk 
se vit obligé d'interrompre sa course 
scientifique. Les bains deKislar, dont 
il fit usage , semblèrent apporter 
quelque soulagement à ses douleurs. 
Cette légère amélioration ne dun 
qu'un moment, les svmplôni 
plus alarmants se manifestèrent. De 
retour à (las 111, au mois de novembre 
1 770, Falk offrait l'image repoussante 
d'un squelette. Tourmenté la nuit par 
des insomnies cruelles, il prenait à 
peine chaque jour uuc bouchée de bis- 



FAL 

cuit de mer trempé dans une tasse de 
thé. Si par lois il rompait le silence, 
c'était uniquement pour proférer des 
accents plaintifs sur l'horreur de ses 
maux. Enfin il refusa toute consola- 
tion , toute espèce de visite , excepté 
celle de son ami Jean-Théophile Geor- 
gi, quel'académie lui avait donné pour 
adjoint. Ils restèrent ensemble le 5o 
mars 1774 jusqu'à minuit, et Falk 
ne laissa point entrevoir le dessein 
qu'il méditait. Le lendemain matin 
Georgi trouva son infortuné compa- 
gnon de voyage privé de vie, et cou- 
vert de sang, li avait près de lui un 
rasoir , avec lequel il s'était fait une 
légère blessure au cou, et le pistolet 
dont il s'était servi pour terminer sa 
pénible existence. La balle, après 
avoir traversé la tête de ce malheu- 
reux, s'était fichée dans le plafond de 
l'appartement. Falk avait les petits 
défauts et les grandes qualités qui sont 
ordinairement l'apanage des hypocon- 
driaques; il était morose, capricieux, 
irritable, défiant, susceptible, amant 
de la solitude, sobre, bienfaisant et 
vertueux. Ses papiers, quoique com- 
posés de notes éparses, contenaient 
une foule de recherches curieuses, de 
faits intéressants, d'observations uti- 
les. Chargé par l'académie de recueillir 
ces manuscrits , de les mettre en or- 
dre , et de suppléer les lacunes, le 
professeur Laxmanu s'acquitta digne- 
ment de cette tâche , et l'ouvrage pa- 
rut en allemand sous ce titre : Mémoi- 
res topographiques sur la Russie, 
Pétersbourg, 1785, 3 vol. in-4".fig. 
Thunberg a consacré à la mémoire de 
son savant compatriote un genre de 
plantes qui, sous le nom de Falkia , 
est rangé par Jussicu dans la famille 
des borraginées, et n'offre encore 
qu'une seule espèce, indigène du cap 
de Bonne-Espérance. C. 

FALKL&NO ( Lucius Cary, 



FAL i33 

vicomte de ), fils aîné de Henri, 
vicomte de Falkland, naquit vers l'an 
16 10, à ce qu'on croit, à Burford , 
dans le comté d'Oxford. Il fut élevé 
d'abord à Dublin , puis à Cambridge. 
Etant très jeune encore , quelques 
légèretés le firent enfermer dans la 
prison de la Fleet; mais il fallait 
qu'elles n'eussent pas leur source dans 
aucune disposition naturelle, car il re- 
vint de ses voyages parfaitement cor- 
rigé, et rapportant ce caractère qui 
l'a fait célébrer par ses contemporains 
comme l'honneur de son temps et de 
son pays. Devenu , avant vingt ans , 
héritier d'une fortune considérable, 
que lui laissait un de ses grands-pères, 
il n'usa de son indépendance que pour 
se livrer à des occupations solides. 
Quelques circonstances le détour- 
nèrent d'embrasser l'état militaire, 
auquel le portait naturellement son 
goût ; il se livra à l'étude avec une 
telle ardeur , qu'ayant formé le projet 
d'apprendre le grec, il se résolut 
à ne point aller à Londres, dont le 
séjour lui plaisait infiniment , qu'il 
ne fût venu à bout de son entre- 
prise. Outre les historiens grecs , il 
avait lu, avant l'âge de r ib ans, tous 
les poètes grecs et latins. A une forte 
mémoire, à une facilité prodigieuse, 
il joignait beaucoup d'esprit naturel et 
un goût passionné pour la littérature. 
Il s'éloignait souvent de Londres , et 
allait s'établir soit à Oxford, soit à 
une de ses terres située près de cette 
ville, pour y jouir de la société des 
savants qu'attirait autour de lui son 
caractère affable, doux et modeste. 
Heureux du genre d'occupation qui 
remplissait ses loisirs , il avait cou- 
tume de dire : « Je plains sincèrement 
» un gentilhomme ignorant, les jours 
» de pluie. » A la mort de son père , 
arrivée en r653, il fut fait gentil- 
homme de la chambre du roi j eî> 



i"4 FAL 

lois de l'expédition contre les Ecos- 
sais, en »<>><), trompé dans la pro- 
messe qu'on lui avait faite de lui don- 
ner un commandement de troupes, il 
n'eu fit pas moins la campagne en 
quali c de volontaire. En i G40 , il lut 
nomme membre du parlement. Lord 
Falkiand apportait dans les alt-nres 
un esprit éclairé, et eette innocence 
de cœur, partage assez ordinaire de 
ceux que l'étude des plus billes pro- 
ductions de l'esprit humain a fait vivre 
au milieu d'un monde meilleur, d'où 
ils n'ont point songe à descendre pour 
examiner les hommes tels que les 
présente la vie ordinaire. Fortement 
attaché aux lois de son pays , sans 
peut-être les connaître beaucoup , il 
se laissa facilement persuader que 
ceux qui les défendaient contre les 
usurpations de la cour , ne pouvaient 
avoir que des intentions pures; il fut 
entraîné par eux dans des mesures 
contraires à la douceur de son carac- 
tère, en particulier contre l'infortuné 
comte de Straflord. Désabusé ensuite, 
il n'en conserva pas moins, pen- 
dant quelque temps, de l'eloi^nement 
pour la cour , et surtout une telle crain- 
te qu'on ne le supposât entraîné vers 
elle parle désirde la faveur, qu'il affec- 
tait envers ton! ce qui y tenait, une sorte 
d'humeur et de rudesse. Cependant , 
avant éié nommé secrétaire -d'état , 
I quelque hésitation, il accepta, 
par des motifs de générosité et de 
justice, pour un parti que commençait 
à accabler la fortune, bon caractère 
rendait ce choix hojior;.ble poui la 
cour; s<5 tinpières !>• faisaient rc- 

garder comme utile; [nais les luinicn s 
de lord Falkiand, d'accord avec les 
BffltMPWtl «ie son aine , ne pouvaient 
l'être avec les hommes el 
auxquelles il a! \liuc Son 

CSprtt était trop élevé et son MM 
trop droite. « Mou secrétaire, disait 



FAL 

» Charles T rr . en parlant de lui, ha- 
» lu ie si bien mes pensées que je ne 
» les reconnais plus. » On ne put, 
durant son ministère, le résoudre à 
se servir d'espions , ni à violer le 
secret des lettres ; mais , dès - lors 
fidèle au roi comme il l'avait été d'a- 
bord au parti qu'il avait cru le plus 
juste, il partagea les diverses chances 
de sa destinée. Après la bataille d'Ed- 
gehill, que gagna l'armée royale, il 
courut les plus grands dangers pour 
sauver la vie à ceux des ennemis qui 
avaient mis bas les armes; partout il 
s'exposait avec le plus grand courage, 
mais son ame était abattue. Le spec- 
tacle des maux qui se préparaient pour 
son pays , et plus encore celui des 
injustices et des crimes, suites inévi- 
table* de la violence des partis , était 
trop foFt pour cette ame douce et pure. 
Sa ganté, la vivacité naturelle de son 
esprit l'avaient abandonné. Le soin de 
sa personne, qu'il avait porté jusqu'à 
l'excès , avait fait place à la plus 
étrange négligcnce;son humeur s'était 
aigrie : il manquait à sa vertu la force 
nécessaire pour supporter la vue des 
crimes et des malheurs des hommes. 
Souvent, au milieu de ses amis, après 
un morne silence, interrompu seule- 
ment par de profonds soupirs, il 
s'écriait douloureusement : « La paix! 
» la paix! » Quand tout espoir fut 
perdu à cet égard, la vie lui devint 
insupportable. Le matin de la pre- 
mière bataille de jScwIm rv, il de- 
manda une chemise blanche, disant 
que, s'il était tué, « il ne voulait pis 
» qu'on trouvât son corps dans du 
» linge sale. » Ses unis, le sollicitant 
de M pas l'exposer a un danger au- 
quel ne l'appelait point son tic 

: Vil n était pas militaire, il ré- 
pondit : « Ou'il était le des U mps où 
» il vivait; qu'il prévoyait de grands 
>• malheurs, mais qu'il croyait qu'il 



FAL 

» en serait dehors avant la fin de la 
» journée. » En 'iïet, s 'étant mis au 
premier rang du régiment de lord 
Byrou , il reçut » dans le bas-ventre, 
une balle de mousquet, dont il mourut 
sur-le-champ, le '20 septembre i645, 
âgé de trente-qualt e ans. On ne trouva 
son corps que le lendemain matin. Ou 
raconte que peu de temps auparavant, 
lord Falkland étant à Oxford avec le 
roi, ils allèreut ensemble visiter la 
bibliothèque do l'université. On leur 
montra un Virgile imprimé avec grand 
soin et magnifiquement relié. Lord 
Falkland proposa eu badinant , au roi, 
de tenter les sorts virgiliens , mode 
de divination fort en usage dans le 
moyen âge, et qui consistait à appli- 
quer, comme présage à la chose que 
Ton désirait savoir , les premiers vers 
de Virgile , que l'on trouvait à l'ou- 
verture du livre. Le roi, suivant la 
plaisanterie , ouvrit le Virgile , et tom- 
ba sur ce passage des imprécations de 
Didon : 

Al bello audacis populi vexatur et armis. 
(Aïneid., lib. IV, v. 614.) 
Si c'est l'arrêt du sort, la volonté des cieux , 
Que du moins assailli d'un peuple audacieux, 
Errant dans les climats où sou destin lexile , 
Implorant des secours , mendiant un asvbj , 
Redemandant son fils arr ché de ses bras, 
De ses plus cbers amis il pleure le trépas. 

Lord Falkland, qui le vit frappé de 
cette rencontre, voulut consulter, à 
son tour, ['Enéide, espérant trouver 
uu passage tout-à-fait inapplicable à 
la destinée du roi, et qui réduirait 
ainsi ce hasard à sa juste valeur; mais 
le sort trompa son attente : il ouvrit le 
livre à ce passage où Evandre déplore 
la mort prématurée de son fils : 

Aon hae, CPallas, dedera.<promisfaparenti,cic. 
{JEneid.,\\b. XI, v. i5i.) 

O Pallas! est-ce ainsi que ton cœur téméraire 
Epargne ta jeunesse et les vieux ans d un père ? 
Àh ; i ai dU le prévoir ; et pouvais-je oublier 
Combien ont de pouvoir sur un jeune guerrier 
Les premières faveurs que promet la victoire , 
Le début du courage et l'essai de la gloire. 

les vers de Virgile offraient une alhi- 



FAL i55 

sion si frappante à la situation de 
Falkland !ui même, que cela ne put 
que confirmer Charles dans le prévue 
qu'il avait pu tirer du premier pas- 
sage. Peu d'hommes ont été aussi re- 
grettés que lord Falkland , et peu mé- 
ritaient autant de l'être ; ses mœurs 
étaient pures comme son cœur ; son 
intégrité concevait à peine le soupçon 
de la mauvaise foi. On a dit de lui 
« qu'il possédait uue étendue de cou- 
» naissances auxquelles parviennent 
» rarement les plus âgés, et un degré 
» d'innocence que les plus jeunes ap- 
» portent rarement dans le monde. » 
Toutes les vertus douces et humaines 
remplissaient son ame;son esprit était 
aimable , sa conversation charmante. 
Attentif à ne jamais blesser ni affliger, 
il conservait de la modération et de la 
bienveillance jusques dans les dis- 
putes de religion. Empressé à secou- 
rir le mérite dans l'infortune , il 
joignait la familiarité au bienfait, et 
il encouragea les lettres en ami, non 
en protecteur. 11 a laissé quelques poé- 
sies et plusieurs discours sur les af- 
faires du temps , imprimés séparé- 
ment. On croit qu'il a beaucoup aidé 
Chillingworth dans son Histoire du 
Protestantisme. S — d. 

FALKJNER (Thomas), mission- 
naire jésuite, était fils d'un habile 
chirurgien de Manchester en Angle- 
terre. Après avoir étudié sous son 
père la chirurgie , pour laquelle il 
montra constamment beaucoup de 
dispositions, il alla à Londres pour 
se perfectionner par la pratique dans 
les hôpitaux. Comme il était, logé dans 
une rue près de la Tamise, il fit con- 
naissance d'un capitaine qui navi- 
guait à la cote de Guinée. Celui - ci 
persuada au jeune chirurgien de l'ac- 
compagner en cette qualité. Falkner 
après ce premier voyage en lit un 
autre à-Cadix r où il s'embn qua pour 



i56 FAL 

Buenos -Ayres. Il tomba malade dans 
cette ville , et fut réduit à une telle 
extrémité qu'au départ de son na- 
vire il ne put s'embarquer. Les jé- 
suites qui le soignaient avec une assi- 
duité affectueuse dans sa longue ma- 
ladie jugèrent que ce serait un avan- 
tage inappréciable pour leurs mis- 
sions d'Amérique d'avoir pour cou- 
frère un homme aussi versé que Falk- 
ner dans la médecine et la chirur- 
gie. En conséquence ils n'épargnèrent 
rien pour gagner son attachement et 
sa confiance, et s'emparèrent telle- 
ment de son esprit qu'ils lui per- 
suadèrent d'entrer dans leur collège , 
et finalement de faire profession dans 
la société. Il exerça son ministère 
parmi les Indiens qui habitent la 
vaste étendue de pays comprise dans 
la vice-rovauté de Bucnos-Ayres et 
plus loin au sud du ttio de la Plata. 
Son habileté à guérir les maladies , 
sa dextérité dans les opérations chi- 
rurgicales et sa connaissance de la 
mécanique contribuèrent à faire 
réussir sa mission au-delà de toute 
espérance. 11 séjourna près de qua- 
rante ans dans le Chaco , le Para- 
guay , le Tucuman et les Pampas, 
et fut une des personnes chargées par 
le gouvernement espagnol de faire 
par mer le relevé de la côte com- 
prise entre le Brésil , la Tierra del 
Fncgo , etc. A l'époque de la dissolu- 
tion des jésuites , Falkner fut en- 
voyé en Espagne, d'où il revint dans 
sa patrie. Un catholique de ses com- 
patriotes qui demeurait à Spetchley , 
près de Worcestei , le prit pour cha- 
pelain. Ce fut dans cet asyle qu'il 
écrivit en anglais : Description de 
la Pataçonie et des pays voisins 
dans V Amérique méridionale , He- 
reford et Londres, 1774» ur ' V(, l- 
in-4"., avec des cartes. Ce livre fut 
traduit en allemand et abrégé, Go- 






FAL 

tha, 1775, un vol. in - 8°. On en a 
aussi une traduction française abré- 
gée sous ce titre: Description des 
terres Magellaniques et des pays 
adjacents, trad. de l'anglais par 
M. B***., Genève et Paris ,1788, 2 
vol. in- 16. Le livre de Falkner offre 
des notions très précieuses sur les 
contrées que l'auteur a décrites, sur 
les mœurs des peuples qui les ha- 
bitent , sur les productions de la na 
ture que Ton y trouve. On recon- 
naît cependant qu'il n'était pas assez 
versé dans l'histoire naturelle , ce 
qui rend ses descriptions bien moins 
utiles. L'ouvrage est terminé par un 
chapitre assez détaillé sur la langue 
des Puelches , et orné de deux cartes , 
dans lesquelles Falkner corrige celle 
de d'An ville, qui a fait l'extrémité 
sud de l'Amérique méridionale trop 
étroite, et donne les noms de plu- 
sieurs peuplades entièrement incon- 
nues à l'époque où parut cette des- 
cription. Les figures d'animaux sont 
mal dessinées. Falkner a vu des in- 
digènes qui lui ont paru avoir sept 
pieds et quelques pouces, mesure an- 
glaise, d'autres dont la taille lui a 
semblé encore plus haute. 11 ajoute 
que les Puelches ou Patagons sont 
grands et bien proportionnés; mais 
il n'a point entendu parler de la race 
gigantesque dont on a fait tant de 
bruit. Non seulement il a vu des 
hommes de toutes les tribus, mais il 
a consulté des Espagnols qui avaient 
voyagé ou avaient été prisonniers chez 
les Indiens. C'est un auteur judi- 
cieux , et dont le livre est d'autant 
plus intéressant que nous avons bien 
peu de ressetgnementi positifs et ori- 
ginaux sur les peuples et les pays 
qu'il a visités. Il fait des réflexions 
très sensées sur l'importance politi- 
que des possessions espagnoles dans 
cette partie du monde, et sur les dan- 



FAL 

gers que pourrait leur faire courir un 
établissement tente par une nation 
entreprenante. 11 ne donne pas le 
jour»! de son voyage; mais d'après 
quelques dates qui se trouvent dans 
son livre , on peut conjecturer qu'il 
arriva en Amérique après 1730, et 
qu'il y resta jusqu'au moment où les 
jésuites en furent expulses. Falkner , 
dit son biographe anglais, avait l'es- 
prit vif, des connaissances variées , 
une très bonne mémoire. Les méde- 
cins donnaient les plus grands éloges 
à son savoir et à son habileté. 11 avait 
dans ses manières quelque chose de 
singulier et d'ingénu qu'il devait à son 
long séjour parmi les peuplades sau- 
vages , et jusqu'à son dernier moment 
il conserva une teinte des habitudes 
indiennes. Il mourut en 1780. E — s. 
FALLE (Philippe), auteur anglais, 
né dans l'île de Jersey en i655, y 
fut quelque temps recteur de la pa- 
roisse de Saint - Sauveur. La crainte 
d'une invasion des Français , qui n'eut 
pas lieu cependant , ayant décidé les 
états de l'île à solliciter du gouverne- 
ment des mesures et des moyens de 
défense pour l'avenir, il fut un des 
deux députés envoyés à cet effet au- 
près du roi Guillaume et de la reine 
Marie , dont il reçut un accueil très 
honorable , et dont il obtint aisément 
l'objet de sa mission. Ce fut quelque 
temps après qu'il rédigea , eu partie 
d'après un manuscrit de Jean Poing- 
destre , savant magistrat, et son corn- 
patriote , un ouvrage qu'il publia en 
anglais , sous ce titre : Cœsarea , on 
Tableau de Jersey, la plus étendue 
des îles qui restent à la couronne 
d'Angleterre, de V ancien duché de 
Normandie, 1684, in-8'., avec une 
carte de l'île, et une vue du château 
d'Elisabeth. Ce livre eut beaucoup de 
succès alors, et ne le dut pas seule- 
ment aux circonstances, mais aussi au 



F AL i3 7 

mérite qui le distingue. C'est l'ouvrage 
d'un bon esprit comme d'un bon ci- 
toyen. On y trouve de l'intérêt , de 
l'érudition , beaucoup de recherches , 
et des vues utiles. L'île de Jersey 
n'était guère connue, avant lui, que 
par une relation fort imparfaite qu'en 
avait donnée le docteur Heylin, et qui 
était presque oubliée. Falle démontre 
l'importance trop peu sentie dont était 
pour l'Angleterre la conservation de 
Jersey et des autres îles adjacentes. 11 
donna en 1 704 , en un volume in-8°., 
une seconde édition de la Cœsarea, 
revue et considérablement augmentée, 
et où il ajouta une Lettre à lui adressée 
par Philippe Morant de Jersey, et 
contenant des remarques sur le 19". 
chapitre du 2 e . livre du Mare clau- 
sum de Selden. On cite aussi de Falle 
quelques sermons. 11 mourut dans un 
âge avancé, mais nous ignorons en 
quelle année. X — s. 

FALLET (Nicolas), né à Lan- 
gres en 1753, se lia dans sa jeu- 
nesse avec Duruflé et Gilbert, et, 
comme eux , cultiva la poésie. Sa vie 
n'offre aucune circonstance remar- 
quable; il mourut le 11 décembre 
1801. On a de lui: I. Mes Pré- 
mices, 1 773 7 in -8°., recueil de 
Poésies; II. le Phaéton, poërne hé- 
roï-comique en six chants , imité de 
l'allemand de Zacharie, 1775, in- 
8 a . , reproduit en 1776; 111. les 
aventures de Chœréas et de Calli- 
rhoé, Irad. du grec, 1775-76, 
huit cahiers in-8°., formant un vo- 
lume, réimprimé en 1 784 ; IV. mes 
Bagatelles , ou les l^orts de ma 
jeunesse , recueil sans conséquence, 
1776, in-8°.;on y retrouve le poème 
de Phaéton; V. de la Fatalité, 
épître, précédée d'un discours sur 
quelques objets de littérature et de 
morale, 1779, in-8°.; VI. Tibère 
et Sérénits , tragédie en cinq actes 



i38 F AL 

et en vers y 1782, in-8°.; elle n'eut 
que dix représentations, et peu de 
succès; cependant on en fit une se- 
conde édition, 1 785 , in-8". Le Théâ- 
tre italien lui accorda même les hon- 
neurs de la parodie en jouant le Ti- 
bère, parodie de libère et Séré- 
mu,par M. Radet. La tragédie de 
Fallet n'a jamais été reprise; elle est 
oubliée aujourd'hui : Grimm et La 
Harpe (correspondance) s'accordent 
pour ne pas en faire l'éloge. Les 
auteurs du petit Almanach des 
grands hommes disent : « On a 
» aimé M. Fallet dans Tibère , et 
» Tibère lui-même y a beaucoup ga- 
»>gné; il fallait bien du talent pour 
» rendre Tibère aimable; » V11I. 
Mathieu , ou les deux Soupers , 
médie en trois actes et en prose 
(mêlée d'ariettes, musique de Dalay- 
rac), 1 ^8f> , in-8'. Cet ouvrage , re- 
présenté a Fontainebleau le \i sep- 
tembre 1 785 n'y eut point de suc- 
cès; on dit même « qu'il n'y avait 
» pas un seul plat de passable dans 
» ces deux soupers. » Gette pièce re- 
mise en deux actes fut représentée «i 
Paris sur le Théâtre italien le 8 mai 
1 784 , sous le titre de : les d; ,.v 
Tuteurs. Fallet avait donné sur le 
même Théâtre le 2C août i 786 les 
fausses Nouvelles , opéra comique , 
dont Champcin avait fait la musi- 
que , et sur le Théâtre français , le 
19 juin 1788, une tragédie en cinq 
6t en vers, intitulée: Alphée 
4t Zarine (toutes deux restées ma- 
nuscrites ). Le sujet des Fausses nou- 
velles n'était autre chose que le Dou- 
ble veuvage de Dufrcsnv; la pièce de 
Fallet n'était qu'en deux actes, lia tra- 
vaillé pendant quelque temps a la C.u- 
zclte.de France, a fourni des articles 
au Journal de Paris , des Po&iea a 
Y Almanach des Muses : enfin il a 
coopéré au Dictionnaire universel, 



F AL 

historique et critique des mœurs, 
lois , usages et coutumes civiles , 
1772, 4 vol. in-8 . Costard en avait 
rédigé un volume ^t demi, FalM en 
rédigea un demi-vo!ume , et Con- 
tant les deux dcFniers. A. B — t. 

FALLOP Ei Gabriel), ou plus exac- 
tement Falloppio, anatomiste et chi- 
rurgien célèbre du 1 G 1 , siècle, naquit 
à Modène en 1 5)3. Quoiqu'il ait pro- 
fessé avec beaucoup d'éclat, et joui 
d'une immense réputation , les détails 
de sa vie ne sont pas exactement con- 
nus : ils ont été très diversement ra- 
contés par les divers biographes. Quel- 
ques - uns , tels que Tommasini et 
Ghilini , le font naître en i4qo» ce 
qui est une erreur manifeste, démen- 
tie par Fallope lui - même. D'autres 
prétendent qu'il fut disciple de Vesalc, 
tandis que Martine et Haller attestent 
le contraire. Quoi qu'il en soit , Fallope 
fît d'excellentes études médicales , d'a- 
bord à Ferrare, où il eut pour princi- 
pal guide Antoine Musa Brasavola , 
puis à Padoue. Il posséda pendant 
quelque temps un canonicat à la ca- 
thédrale de Modène; mais il renonça 
bientôt à ce titre , qui ne lui permet- 
tait pas de se livrer a son goût pour la 
dissection. Après avoir enseigné l'ana- 
tomie à l'université de Ferrare, pen- 
dant un petit nombre de mois, et du- 
rant trois années à celle de Pise , il fut 
choisi, en 1 55 1 , par le sénat de \ c- 
nise. pour occuper à Padoue !a chaire 
de chirurgie et d'anaiomie. On lui con- 
fia ( 11 outre la démonstration des plan- 
tes médicinales, et l'inspection du jar- 
din de botanique , qu'il enrichit de 
plusieurs végétaux rapportés de ses 
M en Italie, en France et dans 
ce. Il parcourait avec autant de 
7.Mc que de gloire cette triple cai rière , 
lorsqu'il fut moissonné avant l'âge de 
quarante ans, le 9 octobre i5fjjt. Il 
n'avait encore publié qu'an seul ou- 



FAT, 
vrnge peu volumineux , mais plein de 
recherches curieuses, défaits intéres- 
sants, de découvertes utiles : I. Ob 
servationes anatomicœ , in-8 . , Ve- 
nise , 1 5(3 1 ; Padoue , 1 5(ri ; Paris , 
i ■>< i x ; Cologne . 1 56a . Helmstadt , 
i588. Jean Siegfried, à qui nous de- 
vons cette dernière édition , a disposé 
systématiquement les observations de 
l'auteur. Ce livre fait époque dans les 
fastes anatonuques. En effet , c'est le 

Î)remicr dans lequel on trouve l'ostéo- 
ogie et l'angiologie exactes do fœtus; 
des notions parfaitement justes sur les 
épiphyses; une description lumineuse 
de l'organe délicat et compliqué de 
l'ouïe. L'illustre auteur fait bien con- 
naître le limaçon, les canaux demi- 
circulaires , et le canal tortueux ou 
aqueduc qui porte encore le nom de 
Fallope. 11 décrit avec un soin jusqu'a- 
lors inconnu , les os ethmoïde et sphé- 
noïde , les alvéoles dans lesquelles 
sont enchâssées les dents , les artères, 
les veines et les nerfs qui s'y rendent. 
Il a pareillement légué son nom au li- 
gament qui va de l'épine antérieure de 
i'iléon à la syniplnr.e du pubis. Il si- 
gnale , tantôt peur la première fois , 
et tantôt avec plus d'ordre et de nou- 
veaux détails , les muscles occipitaux , 
palatins , laryngiens , pharyngiens , 
pyramidaux de l'abdomen , auricu- 
laires, oculaires, faciaux, ie releveur 
de la paupière supérieure, le sphinc- 
ter de la vessie. Moins profond dans la 
connaissance des vaisseaux , il enri- 
chit pourtant cette branche de l'anthro- 
potomie. On était avant lui dans une 
ignorance absolue, ou Ton n'avait que 
des idées confuses, inexactes . sur les 
sinus de la moelle épinière, sur les ar- 
tères carotide , méningée etethmoïda- 
le , sur les veines jugulaires et verté- 
brales, sur l'origine di- l'artère du pé- 
nis. La névrologie n'est pas moins re- 
devable aux recherches de Fallope : il 



FAL ix) 

a découvert la quatrième paire , énu- 
méré les trois rameaux de la cin- 
quième, et complété 'a description 
de la huitième. Enfin , il a porté le 
même esprit de critique, et répandu 
plus de lumière encore sur la splaneh- 
noiogie en général , et notamment sur 
les appareils sécréteurs delà bile, de 
l'urine et de la semence; il a tracé une 
excellente description du clitoris, des; 
ligaments ronds et des trompes de la 
matrice , auxquelles on a , peut - être 
avec trop de condescendance , attaché 
son nom, puisque la découverte ne lui 
en appartient réellement, pas. A cette 
énumeration très incomplète des tra- 
vaux anatomiques de Fallope , il con- 
vient d'ajouter qu'il fut puissamment 
secondé par les chefs de l'état : cri 
apprendra même avec une sorte d hor- 
reur jusqu'où s'étendait la protection 
que lui accordait le grand-duc de Tos- 
cane : Princeps j'ubet ut nobis dent 
hominem , quem nostro modo inter-* 
ficimus , et illum anatomisamus. Ces 
hommes, à la vérité, étaient des cri- 
minels ; cependant il est difficile de 
ne pas frissonner à la lecture de cette 
phrase. Les leçons de Fallope furent 
publiées après sa mort par divers dis- 
ciples, dont la plupart ne remplirent 
point cette tâche d'une manière ho- 
norable. Il suffira d'indiquer isolé- 
ment les opuscules qui , par leur mé- 
rite ou par leurs défauts, seront sus- 
ceptibles de quelques annotations. Il* 
De corporîs humani anatome corn- 
pendium , Venise, 1571, in - 8°. ; 
Padoue. 1 585 , in - 8°. ; rapsodic in- 
signifiante, dont le compilateur a mu- 
tilé plutôt que retracé la doctrine de 
son maître; II î. Lecùones départi- 
culis similaribus humani corporis, 
( Voy. Coiter ) ; I Y. Départe medi- 
cinœ quœ chirurgiamincupatur, nec* 
non in librum Hippocratis de vuhie- 
ribus capitis dilucidissima interpre- 



lqt> 



F A h 



tatio, Venise, 1 5y i , in-4°. La C/«- 
mrçie de Fallope a été traduite en 
italien, par Jean -Pierre Maffet, Ve- 
nise, 1657 , in - 4°. ; V. Libelli duo ; 
alter de ulceribus , alter de tumori- 
busprœter naturam , Padoue, 1 563, 
in-4". Bruno Seidel a donne une édi- 
tion plus complète du Traité des Ul- 
cères , Erfurt, 1077, in -4°. Ces 
écrits , bien qu'altérés par les copistes, 
prouvent que l'auteur n'était pas moins 
habile chirurgien que savant anato- 
miste ; aussi Douglas a-t-il dit : In do- 
cendo maxime melhodicus , in se- 
cundo expedilissimus , in medendo 
felicissimus. Le dernier trait de ce 
tableau , remarquable par sa laconique 
énergie , admet cependant une restric- 
tion ; car Fallope lui-même avoue in- 
génuement qu'il n'a pas été constam- 
ment heureux dans sa pratique. Voici 
comment i! s'exprime, en parlant des 
plaies de tête : Advertatis , quœso , 
ego fui in causa mortis centum ho- 
minum, ignorans causant hanc. Du 
reste, Fallope exerça avec une rare 
dextérité les plus grandes opérations 
chirurgicales , telles que la taille et le 
trépan ; il rectifia le traitement des 
plaies d'armes à feu , et démontra 
qu'elles n'étaient ni venimeuses ni pro- 
duites par combustion. Il s'étend avec 
une sorte de complaisance sur le pro- 
cédé nommé Taliacotien, quoique 
Tagliacozzi n'en soit pas l'inventeur; 
procédé singulier , qui consiste à ra- 
juster, et même à remplacer les ntz , 
les oreilles . les doigts , et quelques 
autres parties totalement séparées du 
corps; VI. Opuscula , edente Petro 
Angelo Agatho , Venise, i566, iu- 
4". ; VII. De morbo gallico tractatus 
cumscholiis margindlibus Pétri An- 
geli Agathi , Venise, i564, in-4"- , 
ibid., i56(>, 1^74 , in - 8". Ce traité 
n'est pas à l'abri de la < -inique. L'au- 
teur regarde comme empirique le tiai- 



FAL 

teraent par le mercure, qui pourtant 
est le seul infaillible, et il assigne le 
premier rang au saint bois, qui ne 
doit être considéré que comme un ac- 
cessoire utile. On est d'ailleurs étran- 
gement surpris de voir Fallope géné- 
ralement si loyal , vanter un préser- 
vatif secret de l'infection vénérienne; 
VIII. De medicatis aquis libri sep- 
lem ; De metallis et fossilibus libri 
duo , nunc primùm editi per An- 
dream Marcolinum , Venise , 1 564 y 
in-4 .; IX. De simplicibus medica- 
mends purgantibus tractatus , nunc 
recens exactissimd curd ab Andréa, 
Marcolino collectus , Padoue , 1 565 , 
in-4".; Venise, i566, in-4°.;X. De 
compositione medicamentorum , Ve- 
nise , 1570, in-4°. Bien que Fallope 
possédât sur l'Histoire naturelle et la 
Thérapeutique , des connaissances 
moins parfaites que sur l'anatomie et 
la chirurgie , il a cependant déterminé 
avec beaucoup de discernement, le 
choix , la préparation et l'emploi des 
principales substances médicamen- 
teuses; il a mérité que Loureiro lui 
consacrât, sous le nom de Fallopia , 
un genre de plantes, dont la seule 
espèce jusqu'à présent connue , est un 
arbrisseau qui croît en Chine, aux en- 
virons de Canton. Tous les écrits qui 
viennent d'être énuraérés, et plu- 
sieurs autres dont une mention spé- 
ciale a semblé superflue, ont été re- 
cueillis et publiés avec ce titre: Opéra 
genuina omnia , tîun praclica quàm 
theorica, in très tomos distribuât , 
Venise , 1 584 > 3 vol. in - fol. ; ibid. , 
1606, 3 vol. in-fol.; Francfort, 1600, 
in-fol.; ibid., 1606, in-fol., etc. En- 
fin , il convient de citer un recueil de 
MCreU attribué à Fallope. Ce fatras, 
sans doute apocryphe, a été plus sou- 
vent réimprime qu'un bon ouvi 
en italien, Venise, l563, in 
1 5B*Jt , 1602, etc., traduit un grand 



FAt 

nombre de fois , et sous divers titres , 
en allemand ; Augsbourg , i $7 1 , in- 
8°. ; Francfort , 1 6 1 6 , in - 8 '. ; Ham- 
bourg, i65i , in-8°., etc. On trouve 
des notices biographiques surFallope; 
dans les Mémoires de Niceron , tom. 
4 et 1 o , dans les Eloges de Tomma- 
sini , et surtout dans la Bibliothèque 
des Ecrivains modenais , par le sa- 
vant Tiraboschi. C. 

FALTONIA PROBA (Anicia). 
Voy\ Falconia. 

FANCOURT ( Samuel ) , théolo- 
gien anglais du 18 e . siècle, fut pen- 
dant long-temps pasteur d'une nom- 
breuse congrégation de protestants dis- 
senlers à Salisbury. Il avait du talent 
pour la prédication et pour rensei- 
gnement; mais l'éloignement qu'il ma- 
nifesta pour le dogme calviniste de 
la réprobation indisposa contre lui ses 
confrères , et il en reçut tant de dé- 
sagréments, qu'il fut obligé de quitter 
sa place. Etant venu à Londres , où il 
soutint encore plusieurs controverses 
et exerça son ministère, mais sans au- 
cun établissement fixe , il y établit , 
entre 1 7 /| o et 174$, les premiers 
abonnements de lecture ( circitlating 
library) qu'on ait connus en Angle- 
terre ; mais cette ressource , à laquelle 
il joignit l'enseignement de la langue 
latine, ne put le sauver de la misère 
qui assaillit sa vieillesse. Il eut bientôt 
une foule d'imitateurs qui furent plus 
heureux que lui , et il ne recueillit de 
ses efforts que des dettes , des repro- 
ches et le découragement. Sa biblio- 
thèque passa dans les mains de ses 
créanciers , et il vécut des secours de 
la pitié jusqu'à sa mort , arrivée le 8 
juin 1768, dans la 90 e . année de son 
âge. X— s. 

FANGE ( Augustin ), bénédictin 
de la congrégation de St. Vannes et 
abbé de Senones, né à Hatton-Châtel 
>rès Verdun, était neveu de dom 



près Vcrdui 



FAN 141 

Calmet par sa mère. 11 fit ses vœux à 
l'abbaye de Munster en Alsace, le 21 
juin 1728. Rien ne lui manquait des 
vertus religieuses. A un maintien mo- 
deste et réservé , il unissait un esprit 
sage , de la piété , l'amour du travail, 
et le goût de ces études cultivées dans 
l'ordre de St.- Benoît , qui acquirent 
une si grande réputation à son oncle. 
Il professa avec distinction les huma- 
nités , la philosophie et la théologie 
dans sa congrégation. Dora Calmet 
était abbé de Senones , monastère de 
Lorraine. Le gouvernement de la Lor- 
raine étant sur le point d'éprouver de 
grands changements par la cession de 
ce duché à la France , il craignit qu'on 
ne mît son abbaye, en commende. Il 
ne vit d'autre moven de la conserver à 
sa congrégation que de demander la 
permission de se faire élire un coad- 
juteur. 11 l'obtint du duc François et 
de l'empereur, et dom Fange fut d'une 
voix unanime élu coadjutcur de Se- 
nones le 6 septembre 17^6. 11 reçut 
ses bulles le 7 octobre de la même 
année , et fut béni le 6 mai suivant 
par M. Sommier, archevêque in parti- 
bus de Césarée et grand-prévôt de Sh- 
Diez. 11 ne devint abbé titulaire qu'en 
1755, après la mort de son oncle. On 
a de dom Fange : I. un Traité ( en la- 
tin) des sacrements en général et en 
particulier, ouvrage profond et es- 
timé; II. Iter Helveticum , avec li- 
gures : c'est le récit de ce que dom 
Fange avait trouvé de remarquable 
dans un voyage qu'il avait fait en Suisse 
en 1748; Iîf. le i". volume de la 
Notice de Lorraine ; IV. Vie de 
dom Calmet, 1760, in -8\ Quel- 
ques - uns lui attribuent : Mémoires 
pour servir à l'histoire de la barbe 
de l'homme , Liège, 177$, in-8 ". 
Dora Fange , en outre , acheva 17/iV- 
toire universelle commencée par son 
oncle, arrangea ses œuvres posthu- 



jj>. FAN 

mes, et publia ses ouvrages en 1762. 
L — Y. 

FANlERouFAGNIERDEVIAlX- 
NES (doni Thierri). Voy. Viaixives. 

FANNIUS - STIUBON (Caius ) , 
fut élu consul de Rome avec M. Va- 
lériu> Messala, l'an 161 avant J.-C. 
Son consulat est fameux par la pu- 
blication de deux règlements desti- 
nes à arrêter les progrès du luxe, 
niais qui ne purent recevoir qu'une 
exécution incomplète chez un peu- 
ple parvenu à un liant degré de 
puissance et de richesses. Le pre- 
mier , dont Aulu-Gelle a conservé le 
texte (Noct. ait., lib. XV, cap. XI) 
autorise le prêteur à faire sortir de 
Rome les philosophes et les rhétori- 
eiens. Le second, qui fixe les dépenses 
de li table, après avoir été adopté 
parle sénat, fut converti en une loi, 
- qui prit le nom de Fannia, du con- 
sul qui l'avait proposée. C'est la plus 
ancienne loi somptuaire des Romains. 
Aulu-Gelle en rappelle les princi- 
pales dispositions [iXoct. ait., lib. II, 
cap. XXIV) , elle interdit l'usage 
des vins étrangers, et fixe les dé- 
penses de la table pour les plus ri- 
ches citoyens à dix as par jour , à 
trente as pour les jours de fêtes et à 
cent as pour les juins de la célébra- 
tion de* grands jeux. — Fannius 
(Giius),iils du précédent, était ami 
de Scipion L'africain , et le conduisit 
par ses conseils pendant sou tnhu- 
11.1t. Il fut élu consul avec (ai. l)o- 
milius Ahenobarbus , 1 2V. ans 
J.-C. Vtlleius Pasercukis (liv. Il, 
eh. IX J, net Faniuui Ml nombre 

plu* ilhiSli 
temps. Il prou . cnu-ut (ou- 

tre C. Gracchu* une harangue qui 
fut juge* >i belk qu'un prétendit 

qu'elle avait été composée |).u 

Ici suis. (/'oj . OU (pie 

plusieurs personnes y avaient Ua- 



jius 
cita 



FAN 
Vaille. Cicérou regardait Fanni 
comme le véritable auteur de cette 
harangue, la meilleure qu'il eût com- 
posée; mais il ne l'en place pas moins 
parmi les orateurs médiocres qui fré- 
quentaient alors la tribune. W — s. 

FANNIUS (Caius), neveu de 
Fannius Strabon, fut élu questeur 
l'an i-ifj avant J.-C, et préteur au 
bout de deux ans. Il avait servi dans 
la guerre d'Afrique sous Scipion le 
jeune , et dans celle d'Espagne sous 
Fabius-Maximus Servilius. Il épousa 
Tune des filles de Lélius, et se plai- 
gnit amèrement de la préférence que 
sjn beau- père donna à Cn. M. Seé- 
voia pour la place d'augure ; mais il 
paraît que Fannius s'apaisa , et qu'il 
continua de vivre en bonne intelli- 
gence avec son beau-père. "Ce qui le 
fait conjecturer c'est que Cicéron les 
a choisis tous les deux pour les inter- 
locuteurs de son dialogue de l'amitié. 
Fannius appartenait à la secte des 
Stoïciens, et il avait eu pour maître 
Panaetius, l'un des plus grands phi- 
losophes de ce temps-là. Son élo- 
quence avait quelque chose de plus 
sévère que celle de son cousin ; mais 
il est moins connu comme orateur 
que comme historien. Il avait com- 
posé des annales dont Cicéron loue 
le style, et que M. BrutOfl trouvait si 
intéressantes qu'il en entreprit l'abré- 
gé. Les Annales de Fannius ne sont 
point parvenues jusqu'à nous , et on 
ignore même le nombre de livres 
dont elles étaient formées. Priscien en 
cite le 1 er . livre, et li. Susipater le 
H . Danieâ-Guill. Mollera publié une 
Dissertation en latin sur Caïus Fan- 
nius l'annaliste, Altdoril', i(> ,5. 

W— s. 

I VYMIS-QUADRAIUS, poète 
latin, obtint que sun poi 
(Mi\i.i-rs fussent phi-:-, dans la biblio- 
thèque établie par Auguste dans le 



FAN 
temple d'Apollon. Horace le nomma à 
ce sujet beatus Fannius ( Satir. IV, 
Lib. 1 er . }, expression qui a embarrassé 
quelques traducteurs, et dont Boileau 
a évidemment emprunté le bienheu- 
reux Scudéry. Fanuius ne se conten- 
tait pas d'être un détestable écrivain , 
il était encore médisant et cherchait à 
égayer, aux dépens de ses confrères , 
les tables où il était admis. Horace lui 
reproche cette conduite ( Satir. X), 
mais en homme qui n'est guère tou- 
ché des injures d'un aussi méprisable 
ennemi. — Fannius- Cepion faisait 
partie d'une conspiration contre Au- 
guste , qui fut découverte avant qu'elle 
éclatât. Il s'enfuit, et parvint à échap- 
per quelque temps à toutes les recher- 
ches par les soins d'un de ses esclaves. 
Macrobe rapporte les circonstances de 
sa fuite ( Lib. I. Cap. XL ); mais un 
passage de Dion {Lib LIV) nous ap- 
prend que Fannius, après s'être caché 
quelques mois, fut enfin découvert par 
la trahison d'un autre esclave , et mis à 
mort. Ce n'est donc pas , comme on le 
croit, à ce Fannius que s'applique 
l'épigramme de Martial : 

Hostem cum fugt-ret, se Fannius ipse peremit, 
Hic, rogo, non furor est ne moriare mon. 

W-— s. 

FANNIUS (Caius) , historien , était 
l'ami de Pliue le jeune; il joignait à 
beaucoup d'esprit des manières agréa- 
bles , et le talent de parler en pu- 
blic avec autant de grâce que de f !ici- 
lité: ces qualités avaient dû lui pro- 
curer de nombreux clients. Cependant 
il lui restait encore des loisirs qu'il 
employa a composer un ouvrage inti- 
tule : Exitus occisorum aut rêlega- 
torum à Nerone. Il en avait déjà ter- 
miné trois Livres, et il travaillait au 
quatrième, lorsqu'il mourut si subite- 
ment , qu'il n'eut pas le temps de 
changer des dispositions faites depuis 
plusieurs années . et que des hommes, 



FAN 143 

dont il avait à se plaindre, devinrent 
«es héritiers «î la faveur de son ancien 
testament. Fannius avait eu quelque 
pressentiment de sa mort. Néron, dont 
il avait l'imagination remplie , lui était 
apparu dans un songe, et après avoir 
feuilleté les trois premiers Livres de 
l'ouvrage de Fannius, s'était retiré 
sans donner la moindre attention au 
quatrième qui était commencé. Ce rêve 
frappa Fannius, et il crut y voir la 
preuve que son ouvrage ne serait ja- 
mais achevé. Si l'amitié que Pline avait 
pour Fannius ne lui a pas fait exagé- 
rer le mérite de son ouvrage , on doit 
regretter qu'il soit perdu. Ausone 
Popma en a recueilli des fragments 
publiés à la suite du Salluste , édit. 
d'Amsterdam, 1661. W — s. 

FANSHAW (sir Richard ) , né en 
1607 dans le comté d'Hertford, d'une 
famille noble, étudia à Cambridge, et 
termina son éducation par des voyages 
sur le continent. Envoyé par Char- 
les Y r . à la cour d'Espagne, en qua- 
lité de résident, et rappelé au com- 
mencement des troubles, il s'attacha 
au parti de ce prince, qu'il servit uti- 
lement en différents emplois, ainsi 
que son fils Charles II. Fait prisonnier 
par les rebelles en 1 65 1 , à la bataille 
de Worccster, il fut d'abord conduit 
à Londres et étroitement enfermé. 
Elargi ensuite sous caution , il n'ob- 
tint son entière liberté qu'au com- 
mencement de 1660. Après la restau- 
ration , il fut fait maître des requêtes, 
conseiller-privé pour l'Irlande, puis 
envoyé extraordinaire , ensuite am- 
bassadeur en Portugal , ou il négocia 
le mariage de Charles II avec l'infante 
Catherine; enfin, en 1664, il fut 
nommé ambassadeur à la cour d'Es- 
pagne, où il mourut le 16 jura 
1666 , comme il se préparait à retour- 
ner en Angleterre , après avoir con- 
clu et signé la paix, de i6t>5 entre 



i44 FAN 

l'Angleterre et l'Espagne. Sir Richard 
Fanshaw se fitcstimer de son temps, 
non seulement par son habileté dans 
Jes affaires, mais encore par son sa- 
voir et son talent poétique. On a de 
lui plusieurs traductions en vers an- 
glais , entr'autres celle du Pastor 
jfido, Londres, 1646, iu-4°., et 
in - 8°. ; et de la Lusiade , Lon- 
dres, i655, in-fol. II a traduit aussi 
quelques Odes d'Horace, le quatrième 
Livre de l 1 Enéide , deux Comédies de 
l'Espagnol Antonio de Mendoza , pu- 
bliées après sa mort en 167 1 , in-4°. 
Il n'a guère laissé de poésies originales 
qu'une Ode «et quelques Stances. Ses 
vers , en général , quoiqu'on y re- 
marque du talent, se ressentent de la 
précipitation et de la négligence qu'a 
dû apporter dans les travaux, de ce 
genre un homme dont toute la vie 
s'est passée au milieu des dangers ou 
des affaires : la plupart furent d'ail- 
leurs publiés sans son aveu et avant 
qu'il eût pu y mettre la dernière 
main j il faut cependant en excep- 
ter son Pastor fido. C'est à l'oc- 
casion de cet ouvrage que Deuhain , 
qui, le premier en Angleterre, a 
donné les bons principes de traduc- 
tion , lui dit, en le comparant aux au- 
tres traducteurs : 

They but preierve the tiixei , thon the flamc : 
True to bii «crue , but truer to bis famé. 

a Ils conservent les cendres de l'ori- 
» ginal, et toi sa flamme : (idèlc au 
» sens de l'écrivain , tu l'es encore 
» plus à sa gloire. » On a publié des 
Lettres originales écrites pendant ses 
ambassade en Espagne et en Portu- 
gal, précédées do sa Vie, Londres, 
11 aimlais. X — S. 

FANTETT1 I 1 - km), gravrm- Lu- 
lien, né ■ Florence, vers 1660, fini 

s'établir a Rome, OÙ il grava trcutr- 

iepl sujets «ic li Bible de Raphaël. 

Les autres morceaux de cette suite, et 



FAN 

qui sont supérieurs à ceux de Fan- 
tetti , sont d'Aquila. On a de lui aussi 
la mort de S le. Anne , d'après An- 
dré Sacchi ; ce même tableau a été 
gravé par Frcy. Il a gravé encore plu- 
sieurs frises et Bas- Reliefs antiques et 
différentes autres pièces , d'après des 
maîtres italiens. Fantetti ne gravait 
guère qu'à l'eau forte; son faire est 
facile , annonce du goût , mais il est 
ordinairement assez incorrect. P — e. 
FANTONI( Jean), célèbre méde- 
cin et anatomiste , né à Turin en 
1675, se rendit, par les ordres et 
sous les auspices de son souverain , 
dans les villes d'Allemagne, de France 
et de Hollande , les plus fameuses par 
leurs écoles ou leurs académies. Il eut 
partout uu soin particulier de fré- 
quenter la société et les leçons des pre- 
miers anatomistesde son temps, avec 
la plupart desquels il se lia d'amitié , 
et il établit une correspondance qui 
dura presque toute sa vie, etnecessa 
que lorsqu'il se trouva en même temps 
accablé par le poids d'une extrême 
vieillesse et des maladies. A son retour 
en Piémont, il fut nomme professeur 
d'anatomic à l'université de Turin, 
place qu'il occupa avec honneur pen- 
dant une longue suite d'années. Il 
mourut le i5 juin 1758, âgé de 
quatre-vingt-trois ans. Ses démons- 
trations étaient suivies par un grand 
nombre d'auditeurs qui ne pouvaient 
assez admirer sa profonde érudition , 
la richesse et l'importance i\cs faits 
nouveaux qu'il leur présentait con- 
tinuellement, son éloquence naturelle 
et cette latinité exquise et élégante 
qu'on remarque dans tous ses ouvra- 
ient les principal» sont les sui- 
vante: I. Brevis manuductio ad las- 
toriam anatomicam, Turin, iti<)<), 
petit in-4". II. Dissertationes anato- 
micœXl, ib., 1 70», in- 12. \\\.Ana- 
tomia corporishumani ad usum thea- 



FAN 
tri medici accomodata , pars la. ib. , 
1 7 1 1, in-4°- IV- Disserlationes ana- 
tomicce septem renovatœ , ib. 17^ » 
in-8 n . V. Dissertationes duce de 
structura et usu meningis ad Pac- 
chionum ; VI. Opuscula medica et 
physioîogica , Genève, 1^58, ia-4°. 
Ce recueil contient quelques disserta- 
tions que Fantoni avait déjà publiées 
avec moins de détail , quelques obser- 
vations de son père, l'analyse des eaux 
minérales d'Aix en Savoie, d'Àufion, de 
St.-Jean de Morienne,de Saint-Genis, 
d'Acqui, etc. VIT. Commentarius de 
quibusdam aquis medicatis , et his- 
torien dissertaiio defebribus conti- 
nuis , Turin, 1 747-» in-8°. VIII. 
Dissertatio continuala de antiqui- 
tateetprogressufebrium tniliarium , 
ibid. , 1747, in-8°.; reimprimée en 
1765, in-8'. IX. Novum spécimen 
observationum de orlufebris milia- 
ris , JNice, 1762, in-8°. Tous ces 
traités, tous ces opuscules sont très 
savants , et on les consultera avec 
fruir. — Fantoni (Jean« Baptiste), 
père du précédent , médecin , biblio- 
thécaire et conseiller de Victor Ame- 
déell, duc de Savoie et roi de Sar- 
daigiie, fut premier professeur de 
médecine théorique à l'université de 
Turin , où il brilla autant par les sa- 
vantes leçons qu'il donna , que par la 
pratique de la médecine qu'il fit avec 
un succès constant. C'était un homme 
très estimable par les qualités de son 
cœur et de son esprit^ il avait des 
connaissances universelles, et il fut 
vivement regretté lorsqu'on sut qu'il 
était mort d'une fièvre maligne au 
siège de Chorges , ville du diocèse 
d'Embrun , en itiçp, âgé d'environ 
quarante ans. De tout ce qu'il a fait , 
nous n'avons que les Observationes 
anatomico-medicœ selectiores, édites 
et scholiis illustratœ , à Johanne 
Fantoni fdiOj Turin ? 1G99; ln ,2 > 

XIV.. 



FAN i45 

Venise, 1713, in - 4°. j Genève, 
1738, in-4"., avec les opuscules de 
Fantoni fils. Ces observations , qui 
sont au nombre de trente-une dans la 
première édition et de trente sept dans 
les autres , sont intéressantes , ins- 
tructives , et dignes de la célébrité 
dont jouissait leur auteur. — Fantoni 
(Pie), mathématicien italien, mort à 
Bologne , le 26 janvier 1804 , à l'âge 
de quatre-vingt-trois ans , était né en 
Toscane l'an 1721. Son savoir fit 
désirer aux étrangers de l'attirer chez 
eux. Quelque spécieuses que fus- 
sent leurs propositions à cet effet, 
elles ne purent le gagner. Il aima 
mieux continuer de vivre sous le gou- 
vernement de Pierre Léopold, auquel 
cependant il finit par devenir suspect 
sous le rapport de ses opinions. Ad- 
mirateur de la révolution française , 
il s'attira des persécutions qui le dé- 
cidèrent, lors de rétablissement de 
la république cisalpine, à chercher 
un asyle dans son sein. Il se retira 
dans la ville où il a terminé ses 
jours , laissant plusieurs ouvrages im- 
primés, et d'autres en manuscrit, 
dont sa nièce Julie Paillot de Rome 
est restée dépositaire. G — n. 

FANTUCCI (le comte Marc ), 
littérateur italien, mort le 10 janvier 
1806 , à Ravenne, où il était né d'une 
très noble famille en 174$, alla dans 
sa. jeunesse à Rome , auprès de son 
oncle paternel , le cardinal Gaétan. 
Les douze ans qu'il y passa furent 
employés très avantageusement pour 
son instruction; et quand il revint 
ensuite dans sa patrie, il fut jugé di- 
gne d'en occuper les plus importantes 
magistratures. Animé du désir de voir 
Ravenne reprendre son ancien lustre , 
il rechercha les causes de sa déca- 
dence , et les exposa dans un mé- 
moire adressé au pape Clément XIV. 
Ce mémoire fut imprimé à Rome en 
10 



i{G FAN 

17G1. Lorsque le cardinal Valentin- 
Gonxaguc fut, en 1778, agrège nu 
grand conseil de Ravenne, Fantucci 
prononça nu éloquent discours qui 
devint pour lui une source de désagré- 
ments , parce qu'on persuada au pré- 
lat que l'orateur avait été trop réservé 
dans ses éloges. Le dégoût que cette 
tracasserie ne laissa pas de donner à 
Fantucci pour la carrière des magis- 
tratures, ne refroidit cependant point 
son amour pour sa patrie. 11 pro- 
posa, en 1781 , pour l'avantage de 
ses concitoyens , un projet ingénieux 
qui tendait à rendre plus utile , et 
même plus beau, le canal navigable 
qui dédommage un peu Ravenne de 
ses anciennes perles. Ce projet éprou- 
va des contradictions. On mit la main 
à son exécution ; mais elle fut con- 
trariée : les travaux restèrent incom- 
plet». Alors Fantucci renonça à la 
première magistrature qu'il remplis- 
sait , et même à toutes les autres, sans 
îciionccr néanmoins à servir son pays, 
qui lui fui redevable, en 1784, d'une 
machine hvdraulique très utile pour le 
territoire de Ravenne. Une épidémie 
étant venue, en 1780, ravager cette 
pioviuce, il publia, à ce sujet, un 
excellent ouvrage, dans lequel il dé- 
montra combien il était urgent de des- 
sécher les marais des vallées méridio- 
nales de celte contrée. Il avait com- 
pose trois savants mémoires, Sopra 
i Benejizj comunitaùvi , et un plan 
jnilitahc, que les instances de Pie VI 
«léciderenl l'auteur à publier en 17^(1. 
jl en composa plusieurs nulles rela- 
tifs ,mi\ iiim-m'In Je son pays ; mais il 
.lut pas (prou !( s imprimât de 
BOB vivant. Ils n'ont paru qu'api 

m ut, et sou> le litre vague de Me- 
motie di varia argomento del conle 
Fantucci ( in-4". , Venise, 1S0.4 ). 
C'csl et même encore aux 

dépenses qu'il fil à cet effet, qu'on est 



FAN 

redevable de la magnifique e'ditîon ro- 
maine des Papiri diplomatici rac- 
colli ed illustrati dalV abate Gaè- 
tano Marini, dont plusieurs appar- 
tiennent à Ravenne. Mais ses ouvrages 
les plus importants sont : I. De 3 Mo» 
numenii Ravennati , 6 tom. in-4°. ; 
II. De gente Honestia, Césène, 1 786, 
in-fol. Pic VI avait pour le comte 
Fantucci une prédilection toute parti- 
culière ; et il en était digne par ses 
vertus, qu'il portait jusqu'à l'austé- 
rité, et par son dévouement pour 
l'utilité publique et pour la gloire de 
sa patrie. (i — n. 

FAINTUZZI, noble et illustre fa- 
mille de Bologne, fut dispersée par 
les troubles qui y régnèrent dans le 
14 e . et le 1 5 e . siècles, et se partagea 
en plusieurs brandies. Elle a fourni 
un grand nombre d'hommes distin- 
gués dans la carrière des lois et dans 
celle des lettres. Jean Fantuzzi , 
surnommé le vieux , célèbre juris- 
consulte , professait en 1577 dans 
l'université; il eut souvent à remplir 
des missions et des fonctions politi- 
ques , et fut plus d'une fois choisi 
pour terminer les différends élevés 
entre Bologne et d'autres villes. Il 
mourut en i5ç>i , sans laisser d'au- 
tres ouvrages que des Consultions 
et des Commentaires sur des sujets de 
sa profession ; ils n'ont point été im- 
primés. On voit dans son épitaphe , 
comme dans celles de plusieurs autres 
membres de la même famille . que 
leur nom latin était Elepliantutius , 
d'où l'on lit d'abord en italien EU- 
ftirttuzzi, et ensuite, par abréviation , 
Fantuzzi. — Jkan-Baptiste, dont 
Orlamli , ilni.s ses notices sur les ecn- 
bo'.onais , cite un ouvrage de 
philosophie peripiteticienne, imprimé 
à BologttC en l536, v fut reçu doc- 
teur en philosophie et en médecine en 
1 ;i">, I année même de la mort de 



FAN 
Jean- Antoine , son père , qui était 
aussi docteur clans les deux mêmes 
facultés. — Gaspard, mort en 1 532 , 
«'adonna surtout à la poésie latine , et 
fut disciple et intime ami du poète la- 
tin Jean-Antoine Flaminio , dont le 
fils, Marc -Antoine Flaminio, aussi 
poète latin , fut plus célèbre que son 
père. • Gaspard Fantuzzi entretenait 
avec son ami et son maître une cor- 
respondance latine , pour s'exercer 
continuellement en cette langue; on 
trouve une partie de cette corres- 
pondance parmi les lettres de Flami- 
nio, imprimées à Bologne, en 1 744- 
—Jean Fantuzzi, surnomme le jeu- 
ne, fut reçu en 1608 docteur en philo- 
sophie et en médecine; il remplit dans 
l'université la chaire de logique, et en- 
suite celle de philosophie. Il fut plu- 
sieurs fois du nombre des magistrats 
qu'on nommait à Bologne les Anciens, 
et y mourut en i64t>. On a de lui : I. 
Universi orbis structura et partium 
ejus motus et quietis peripaleiicis 
principiis constabilita,e\£. , Bologne, 
i65v ; II. Eversio démons trationis 
ocularis loci sine localo pro vacuo 
imaginario dando in jistuld vilrea, 
mercurio in ed descendente , etc. , 
Bologne , i638. C'est une réfutation 
du traité du Père Yaleriano Magni , 
intitulé: Ocularis demonstralio loci 
sine locato corporis successive moti 
in vacuo luminis nulli corpori in- 
hœrentis. — Paul Emile, sénateur, 
mort en 1661 , ne se livra qu'à la 
poésie et aux belles-lettres. Il était 
membre de la célèbre académie de' 
Gelatl de Bologne, dans laquelle il 
prit par singularité le nom de l'Ar- 
dente. Il a laissé en italien une Orai- 
son funèbre de François d'Esté , 
duc de Modène , imprimée dans un 
Recueil de prose et de vers sur ce 
même sujet , Bologne, i65(), et uu 
Recueil de Poésies lyriques , dédiées 



FAR 147 

à ce même prince, Bologne, 1647, 
in-4 .-— Paul-Emile le jeune , neveu 
du précédent, sénateur comme lui, 
et membre de la même académie ? 
dont il fut président en 1703 , mou- 
rut à quarante-neuf ans à Venise , en 
1721. On n'a de lui qu'un discours 
oratoire en italien sur Y Immaculée 
Conception , prononcé dans l'Aca- 
démie , Bologne, 1706, in-4 ., <* 
deux poèmes latins récités aux funé- 
railles de deux nobles Bolonais , l'un 
de la famille Benlivoglio , et i'autre de 
celle d'Aldrovande, imprimés séparé- 
ment , Bologne, 1708 et 1709, 
in fol. — Enfin , Jean Fantuzzi, le 
dernier de cette noble famille qui en 
ait illustré le nom , a consacré sa vie 
à un ouvrage qui a beaucoup contri- 
bué à la renommée littéraire de Bo- 
logne , sa patrie. Cet ouvrage , inti- 
tulé : Notizie degli scrittori Bolo- 
gnesi , imprimé à Bologne en 9 vol. 
in-folio, est exécuté sur le plan que 
Mazzuchelli avait tracé pour les écri- 
vains de toute l'Italie , et dont il a 
laissé 6 volumes in-folio qui ne con* 
tiennent que les deux premières lettres 
de l'alphabet. Fantuzzi a eu la satis- 
faction et la gloire de terminer le sien. 
Le premier volume parut en 1 781 , le 
huitième, qui va jusqu'à la fin de la 
série alphabétique , en 1 790 , et le 
neuvième et dernier , qui comprend 
les additions et conections , en 1 794. 
Les articles de chaque auteur contien- 
nent souvent des détails qu'on peut 
trouver superflus; mais ils sont vrais , 
puisés dans des sources authentiques , 
et rédigés avec une extrême bonne foi. 
La notice des ouvrages est exacte et 
aussi complète qu'il est possible. C'est 
un des livres de ce genre les plus re- 
marquables , et dont quelqu'un qui 
étudie l'histoire littéraire d'Italie peut 
le moins se passer. G — je. 

FARABY.^.Alfarabius. 

10.. 



i43 FAR 

FARADJ, fi's de iiarkok, deuxième 
sulthan des Mainlouks-Circassiens ou 
Bordjiîes , succéda à sou père le 1 5 
de ch.iwal 801 do l'hégire ( 20 juin 
1 599 ), n'étant âgé que de dix ans. Eu 
moulant sur le trône , il reçut les sur- 
noms de Nassir-eddin , défenseur de 
la religion ; Zéin-eddin, ornement de 
la religion; Abou-Séadet, père de la 
félicité. Aucun titre ne lui convenait 
moins que ce dernier , car l'empire 
ne jouit d'aucun repos pendant sou 
règne. L'année même où il fut inau- 
guré , Bajazetet Tauirrlan menacèrent 
la Syrie; l'un prit Malatbia ; l'autre se 
rendit maître de Bagdad et se dirigea 
vers Alep; la division éclata parmi les 
émirs. Ainsi les sujets de Faradj furent 
en proie aux maux qu'entraînent les 
guerres extérieures et les guerres intes- 
tines. Parmi les émirs mamlouks , il 
se forma deux partis; les uns se dé- 
clarèrent pourltmich, lieutenant-gé- 
néral du royaume; les autres pour 
Yachbak , émir très puissant. On en 
vint aux mains, et api es de rudes 
combats , la victoire resta à ce der- 
nier, llinich se réfugia en Syrie , où 
«11 parti de rebelles le reçut, et em- 
brassa sa cause. Dans le même temps 
diverses séditions éclatèrent dans la 
liautc Egypte. Le sulthan essayait en 
vaiu de comprimer les rebelles. Les 
émirs refusaient de marcher ; il ache- 
tait leurs services au poids de l'or. 
Faradj marcha à la rencontre des re- 
belles de Syrie, et les battit. De nou- 
veaux troubles s'élevèrent au Caire, 
lorsqu'il y fut de retour. Les factions 
des émirs se livrèrent chaque jour 
quelque combat, elles malheurs pu- 
blics vinrent à leur comble par l'arri- 
vée de Tamerlan en S) lie. Ce « <»nqnt*- 
rant se rendit maître d'Alep et de Da- 
mas : les Tartares entrèrent dans Alep 
à la suite d'un combat, en relu i". 
Voj del'heg. (oct. i4oo de J.-C), ety 



FAR 

firent un horrible carnage. Les enfants 
furent massacrés , les femmes violées 
en présence de leurs maris ou de leurs 
pères, et exposées toutes nues dans 
les carrefours. Les mosquées et les rues 
étaient jonchées de cadavres : le car- 
nage dura trois jours entiers. On éleva 
plusieurs tours avec les têtes des vic- 
times ; ces tours avaient dix coudées 
de hauteur et vingt de circuit. Cepen- 
dant le sulthaa ayant rassemblé ses 
troupes , s'était avancé contre Tamer- 
lan. Dans un premier combat , la vic- 
toire resta indécise , et le prince tar- 
larecmt prudentde demander la paix : 
on la lui refusa. Au moment où les ar- 
mées allaient en venir aux mains une 
seconde fois , une forte division de 
mamlouks quitta le sulthan, et le 
reste des troupes se débanda. Faradj , 
enlevé par quelques mamlouks, reprit 
la route de l'Egypte. Ce fut après cet 
événement, que Tamerlan entra dans 
Damas par ruse et perfidie. Après 
avoir extorqué, à l'aide de ces moyens, 
des sommes considérables, il livra les 
habitants aux plus cruels tourments 
pour en arracher les sommes qui leur 
restaient. Ou prit les femmes et les 
enfants; on exerça descruautés inouïes 
sur les hommes , puis on mit le feu à 
h ville. Après ces barbares exploits, 
Tamerlan s'en retourna vers l'Orient : 
quant à Faradj, il était rentré au 
Caire. Dès que l'on apyrit la retraite 
des Tartares , l'ambition des mam- 
louks se développa avec plus de force, 
la guerre civile se raluima avec plus 
d'ardeur. Nous n'enti crons point dans 
le détail d:> ces événements qui ont 
tous la même physionomie. Kn 807 
de l'heg. ( 1 /\o.\ dc.l.-C. ), deux émirs 
menacèrent lérieusement la puissance 
et la rie de Faradj; c'étaient ce Yach- 
bak , dont il a été OJUesti 11 plus haut , 
d le cheikh Mahinomlv , lesquels 
étaicut parvenus à se former un parti 



FAR 

puissant en Syrie et menaçaient l'E- 
gypte. Faradj voulut les combattre, 
mais il fut vaincu. Les rebelles ayant 
été ensuite battus par deux généraux 
du Sulthan, il se soumirent. Un mois 
après cette affaire, il s'éleva une nou- 
velle sédition dans laquelle le sulthan 
fut déposé , et remplacé par son frère 
Abdelazyz, !e 26 de rébi i Pr . 808 
( 21 septembre i4o5 ). Le nouveau 
prince ne régna pas longtemps, et le 
même Yachbak replaça Faradj sur le 
trône au bout de deux mois et demi. 
Les emplois furent distribués aux 
émirs qui l'avaient suivi , et Yachbak 
devint lieutenant-général du royaume. 
Ces changements excitèrent de grands 
troubles en Syrie; Faradj se rendit 
dans celte province , visita Alep et 
Damas, sans pouvoir rétablir la paix. 
•Un émyr rebelle ( Djakain) se fit pro- 
clamer sulthan à Alep , et étendit sa 
domination sur toute la Syrie; mais il 
périt en combattant Cara Yloug, prince 
d'Amid. Faradj revint de nouveau en 
Syrie, et entra à Damas. Au lieu d'user 
de la clémence exigée par les circons- 
tances , il fit enfermer Yachbak et 
cheikh Mahmoudi, serviteurs peu 
fidèles. Mais ces deux officiers s'étant 
échappés de leur prison , devinrent de 
très dangereux ennemis , et furent en 
peu de temps à la tête d'un parti puis- 
sant. Enfin après plusieurs guerres et 
séditions dans lesquelles Faradj dé- 
ploya le plus rare courage et une grande 
énergie ; après diverses vicissitudes 
dans sa fortune, ce prince fut aban- 
donné de ses troupes, déposé et as- 
sassiné à Damas le 2S de moharrem 
81 5 (7 mai i4i^deJ.-C.).Son corps, 
dépouillé de tout vêtement , resta plu- 
sieurs jours exposé aux insultes de la 
populace. Il eut pour successeur 
cheikh Mahmoudv. J-— n. 

FARADY. F. W-Alfarady. 
FARDELLA (Michel -Ange), né 



FAR *4$ 

en i65o , à Trapani en Sicile , de pa- 
rents nobles , reçut une éducation con- 
forme à sa naissance. Après avoir ter- 
miné le cours de ses études avec au- 
tant de succès que de rapidité, il entra 
à l'âge de quinze ans , dans le tiers- 
ordre de St.- François. Il s'appliqua , 
quelque temps , à la théologie , mais 
son goût le portait vers les sciences 
naturelles, et ses supérieurs ne vou- 
lant point gêner son inclination , le 
chargèrent d'enseigner ce qu'on nom- 
mait alors la philosophie. Lorsqu'il 
eût reçu les ordres sacrés, on l'envoya 
à Messine , où il suivit les leçons du 
célèbre Borelli, avec tant d'applica- 
tion , qu'il se trouva bientôt en état d'en 
donner lui-même sur toutes les parties 
de la physique et des mathématiques. 
Il fut mandé à Rome , en 1 676 , pour 
y professer la géométrie , au collège de 
St. - Paul ad arenulam , et peu de 
temps après, on lui permit de faire un 
voyage en France, chose qu'il avait 
toujours désirée ardemment. Pendant 
trois années qu'il demeura à Paris, il 
vécut dans la plus grande intimité avec 
Arnauld, Régis , Mallebranche , Lamy, 
et acquit dans leurs entreliens une 
connaissance parfaite des principes de 
la philosophie de Descartes , dont il 
fut dès-lors un des plus zélés partisans. 
De retour à Rome, il fut fait docteur 
en théologie et nommé à la chaire de 
cette science au couvent de SS Cosrae 
et Damien ; mais son goût le ramenait 
toujours à l'étude de la physique. C'é- 
tait le sujet de toutes ses conversations. 
Dans ses moments de loisir , il n'était 
occupé qu'à imaginer de nouvelles ex- 
périences , et les hommes les plus ins- 
truits se faisaient un plaisir d'assister 
aux conférences qu'il tenait sur cette 
science, deux fois chaque semaine. La 
réputation de Fardella s'étendit bien- 
tôt dans toute l'Italie. Le duc de Mo- 
dene lui fit offrir, et il accepta la 



ijo FAR 

chaire de philosophie à l'académie de 
cette ville. 11 se démit de cette place 
au bout de quelque temps , pour se 
rendre à Venise , où il se charge;) de 
l'éducation de quelques jeunes gens. 
En 1695, le pape le releva de ses 
vœux, et Tannée suivante, il succéda 
à Geminiano Montanari , dans la 
chaire d'astronomie et de physique de 
l'université de Padoue. Il remplaça , 
en 1 700 , Charles Kinaldini , premier 
professeur de philosophie , fut nommé 
docteur de cette faculté et de celle de 
médecine, et les présida alternative- 
ment avec un égal succès. En 1709, 
Fardella suivit à Barcelone l'archiduc 
d'Autriche , qui lui avait donné le titre 
de son mathématicien, avec une pen- 
sion considérable. Ce fut dans cette 
ville qu'il éprouva , en 1 7 1 1 , une pre- 
mière attaque d'apoplexie si violente, 
que sa santé et ses facultés morales en 
restèrent très affaiblies. D'aprèsle con- 
seil de ses amis, il se rendit à Naples 
dans l'espoir de s'y rétablir. Il y lan- 
guit quelques années , et une seconde 
attaque d'apoplexie y termina ses 
jours le -i janvier 1 718. Fardella était 
doué de beaucoup d'esprit et d'uue 
imagination très brillante, mais l'ha- 
bitude de la méditation avait altéré sa 
physionomie , au point de lui donner 
l'apparence d'un imbéeille. Il ne s'était 
jamais occupé de M fortune, et n'avait 
jamais rien pu refuser à ceux qui lui 
étm andaient; aussi il vécut et mou- 
rut dam un état voisin de la pauvreté. 
On a de lui quelques ouvrages loués 
dan-» les journaux lorsqu'ils parurent ; 
mais très peu connus aujourd'hui , 
- dont ils traitent 
ont fait depuis d'immenses prOf 
ce sont : 1. Uan'csc pfulnsophiœ 
syslema in guo nova quada m ci ex- 
tricatd mtlh'ulo naturalis scientiœ 
et muralis fundamenta explicanlitr , 
Venise, 1Ô91 , Lcydc, 1O91 , Auis- 



FAR 

terdam i6q5 , in- 12. Cet ouvrage de- 
vait avoir une suite qui n'a point été 
publiée. 11. Universœ usualis ma- 
iliematicœ theoria ; tomus primus 
qui dialecticam mathemathicje , seu 
organum ad universalis quantitatis 
naiuram experiendam comparatum 
complectilur , Venise, 1691, Leyde, 
1691 , Amsterdam, 1695, in 12. Ce 
volume est Je seul qui ait para. III. 
Anime humanœ nalura ab Augus- 
tino détecta, Venise, 1698, in- fol. ; 
IV. des Lettres en italien , imprimées 
dans la Qalleriadi Minerva, Venise, 
1696 et 1697. Deux de ces Lettres 
ont pour but de repousser les attaques 
de Mathieu Giorgi , contre le Carté- 
sianisme; V. des Opuscules peu in- 
téressants. Mongitore donne la liste 
des ouvrages que Fardella avait en 
manuscrit en 1 708, mais aucun n'a été 
livré depuis à l'impression. W — s. 

FAKDULFE , 16". abbé de St.-De- 
nis, fut amené en France avec Didier, 
dernier roi des Lombards , dont il était 
le favori. Il découvrit à ChaHcmagne 
un complot tramé contre ses jours , 
par Pépin , son fils aîné. Celte preuve 
d'attachement lui mérita la confiance 
du roi , qui le pourvut de plusieurs 
bénéfices , lui donna l'abbaye de St.- 
Denis, après la mort de Maginaire, 
en 790; et le chargea avec Etienne , 
comte de Paris , de visiter les provin- 
ces du royaume, pour entendre les 
plaintes de ses sujets et les lui rappor- 
ter. Fardulfe employa une partie de 
ses revenus au soulagement d<\s pau- 
vres, et l'autre à embellir l'église de 
son abbaye. La pureté de ses mœurs 
de son administration lui 
méritèrent les éloges du s.ivml \lcuiii 
et dcThéodnlfe, éveque d'Orléans. 
Fardulfc était lui -même très instruit, 
cl il composait des vers latins ; mais 
on n'a conserve de lui que trois pièces 
publiées par Duchcsne, sous le nom, 



FAR 

«TAlcuin ( Rerum francorum script, 
coœtan. , toni. 1 1 , pag. 64") et 646 ) , 
la i re . est une inscription pour la fa- 
çade du pilais que Fardulfe avait fait 
construire dans l'enclos de son abbaye 
pour y recevoir l'empereur; la I e . est 
relative à la consécration d'une cha- 
pelle dédiée à St. Jean-Baptiste , et la 
5 e ., une épître k Charlernagne. Far- 
dulfe mourut le '21 décembre 806, et 
fut itihumé dans son abbaye. W — s. 

FARE (Ste.) ou BURGUNDO- 
FARA, vierge, d'une f «mille noble de 
lirie , mais originaire de Bourgogne, 
était fille d'Agneric, un des principaux 
officiers de la cour de Théodebert II, 
roi d'Austrasie. Elle eut pour frères 
St. Faron , évêque de Meaux , et St. 
Cagnoald , qui devint évêque de Laon 
en 52o. Elle eut aussi une sœur , Ste. 
Agnétrude. Agnéric fournit l'emplace- 
ment et fit, vers 61 5, construire les bâ- 
timents du monastère de Faremoû- 
lier, dont Ste. Fare fut la première 
abbesse. Elle mourut le 3 avril 655 , 
âgée de près de soixante ans , ayant 
donné au monde des exemples qui 
avaient étendu sa réputation de sain- 
teté jusque dans les contrées les plus 
éloignées. L — p — e. 

FARE (Charles -Auguste, mar- 
quis delà), naquit en 1644, àVal- 
gorge ( en Vivarais) , d'une ancienne 
et illustre maison de Languedoc (1). 
Il était mestre-de-camp d'un régiment 
d'infanterie qu'avait son père, lors- 
qu'il partit, en qualité de volontaire, 
pour la Hongrie, avec le renfort que 
Louis XIV envoyait à l'empereur , 
alors en guerre avec les Turks. Il se 
trouva à leur défaite, au passage du 
Raab, en i(i64. A son retour , étant 
devenu sons-lieutenant des gendarmes 



(0 U y avait de ce nom un des grands du 

royaume, dès le c<>miuene ement du onzième sîè- 

"s le rjgne de Henri 1er. , petit-fils de 



FAR i5i 

de monseigneur le dauphin , il prit 
part aux combats de Senef, de Mul- 
hausen , de Turklieim , etc. , depuis 
1672 jusqu'à la paix de Nirnègue. 
Monsieur, frère de Louis XIV, le 
choisit en 1684 , pour un de ses capi- 
taines des gardes-du-corps, et il rem- 
plit la même charge sous le Régent. A 
la valeur et au mérite militaire , le 
marquis de la Fare joignait l'imagina- 
tion la plus enjouée, l'esprit le plus 
délicat et le caractère le plus aimable. 
Ses ouvrages le montrent tel que nous 
venons de le peindre. Comme poète , 
il a associé son nom à celui d'un ami 
dont il partage en quelque sorte la ce- 
lébrité {Voy. Chaulieu.). Tous les 
biographes ont répété, d'après Vol- 
taire, que le talent de la Fare ne s'é- 
tait développé qu'à l'âge de près de 
soixante ans , et que ses vers étaient 
incorrects , qu'ils manquaient surtout 
de précision. Ce jugement, quoique 
rendu dans le Temple du Goût, 
pourrait bien ne pas avoir été ap- 
prouvé par le diert qui y préside. 
Ceux qui n'ont suivi que son inspira- 
tion pour prononcer sur les poésies 
légères de la Fare, y ont trouvé, et 
nous y trouvons encore l'élégance 
quelque fois ; mais toujours la douceur, 
la facilité, l'abandon, qui sont de l'es- 
sence de ce genre, porté au degré de 
perfection dont il est susceptible. Saint- 
Marc, dans l'édition qu'il a publiée 
en 1 757 , des OEuvres de Chaulieu , 
relève avec raison la critique trop peu 
judicieuse de Voltaire. Il est plus na- 
turel d'admettre que Ci milieu , recon- 
naissant dans le compagnon de sa jeu- 
nesse le germe d'un talent aimable, lui 
donna l'idée de se livrer à un genre 
de poésie dans lequel lui-même vit 
quelquefois ses succès balancés parce 
compagnon, cet ami. D'ailleurs, est- 
ce à soixante ans qu'on exprime pour 
la première fois ses pensées avec cette 



5* 



FAR 



fraîcheur de coloris, celte modeste 
franchise qui faisait dire à la Fare, 
en parlant de ses propres vers : 

Présents de la seule nature , 
Amusements de m-jn loisir , 
Arts aisés , par qui je m'assure 
Moins de gloire que de plaisir, 
Coule* . enfants de ma paresse; 
Mais , si d'abord on voui caresse , 
Refusez-vous a ce Lniheur; 
Dites qu'échappés de ma veine , 
Par hasard . sans force et sans peine, 
Vous méritez peu cet honneur. 

Presque- toutes les poésies du même 
auteur ( et on croit qu'il y en a eu beau- 
coup de perdues), portent ce carac- 
tère de douce insouciance et d'aimable 
gaîté, qui rappellent à l'esprit le molle 
alque facetum d'Horace. Il est négligé 
comme Ciiaulieu ; en un mot , il a quel- 
ques - uns des défauts , de même qu'il 
a plusieurs dos qualités poétiques de 
son modèle ; mais la physionomie du 
talent, si l'on peut s'exprimer ainsi , 
est beaucoup moins marquée dans l'i- 
mitateur. Les meilleurs vers delà Fare 
sont indubitablement ceux qu'il a faits 
pour madame de Caylus. On pourrait 
même se borner à les citer , ainsi 
qu'une de ses e'pigrammes : autrefois 
la raillerie , etc. , pour indiquer ses 
principaux titres littéraires à la pos- 
térité. Les Mémoires qu'on a de lui 
sur les principaux événements du 
Règne de Louis XIV ( Roterdam, 
1716^ in-8 ., Amsterdam ( Paris ) , 
1^5/4, in- 1*2 ), sont écrits avec une 
sincérité et une liberté qui ont fait 
dire que c'était quelquefois l'ouvrage 
d'un courtisai) mécontent. Ils sont fai- 
bles de plan et de style ; mais oh y 
trouve de la justesse et de la raison. 
Ce qu'on doit regretter, c'est que T'ins- 
foiicn n'ait pu consacré plus df 
douze pages à la Fronde. .Si I 
fut sensible ani jouissances de l'esprit, 
il le fut encore plus .1 eeilei de l'amour 
et de l'amitié. Il eut, dit-on, un. pas- 
lion tendre, constante et Jélicale pour 
madame de la Sgbitère. CUaulwu , 



FAR 

arec lequel il avait sympathie abso- 
lue de goûts et de sentiments, fut pour 
lui un véritable ami, et le pleura sincè- 
rement lorsqu'il le perdit, en 171*2, 
à l'âge de soixante- huit ans. Les tra- 
ductions de la Fare sont la partie fai- 
ble de son très mince bagage poéti- 
que. On a encore de lui un opéra, 
Fenthée , dont le duc d'Orléans avait 
fut en partie la musique. Il laissa un 
fils qui devint maréchal de France , et 
un autre évèque de Laon. L — p — e. 

FARFDïl. F. Ibn Faredu. 

FAREL ( Guillaume) , né à Gap 
en 1489, vint de bonne heure à Pa- 
ris, régenta quelque temps au collège 
du cardinal Lemoine , et se fit chasser 
de Meaux , où il semait les principes 
de Luther. Après les avoir prêches 
et excité des troubles par son zèle fa- 
natique dans le Dauphiné, à Bâle, à 
Berne , à Montbelliard, à Strasbourg, 
à JNeufchâtel, à Metz, dans le bailliage 
de Morat , dans l'abbaye de Gorze , 
il vint s'établir à Genève, et fut un des 
principaux instruments de la réforma- 
tion de cette ville , où il attira Calvin. 
11 y acquit assez d'autorité pour ren- 
verser les autels et briser les images 
en plein jour, sans épargner dans son 
zèle iconoclaste une statue deCharle- 
magne, placée au frontispice de la prin- 
cipale église. On l'avait vu à Mont- 
belliard arrachcr.au milieu d'une pro- 
cession une statue de S. Antoine des 
mains du prêtre qui la portait, et la 
jeter dans la rivière. 11 apostrophait 
dans les rues les piètres qu'il trouvait 
portant le viatique aux malades. 11 iu- 
Miltait publiquement les prédicateurs 
en ch.ùre, cl interrompait leurs ser- 
mons ; cependant une dispute sur la 
( jènc le lit chasser de Genève en 1 558. 
11 se relira à Bâle, puis à Neufchàtel, 
na à l'âge de soixante-neuf ans, 
eut même un fils au bout de cinq ISS, 
et mourut en 1 505. Ou l'avait accusé 



FAR 

d'arianisinc et de sabeliianisme ; mais 
il fut justifié par les synodes de Lau- 
sanne et de Berne. C'était un homme 
d'un savoir médiocre et d'un fana- 
tisme outré, que ses partisans avaient 
bien de la peine à modérer. On a de 
lui quelques ouvrages peu intéressants. 
T— ï>. 
FARET ( Nicolas ) , un de ces au- 
teurs médiocres qui durent toute leur 
célébrité aux satires de Boileau. Cha- 
cun se rappelle ces vers : 

Ainsi , tel autrefois qu'on vit avec Faret 
Çharbonner de ses vers 1rs murs d'un cabaret, 

et beaucoup de personnes, prenant à 
la lettre ce trait épigrammaùque , ont 
pensé que Faret était un ivrogne. 11 ne 
haïssait pas les plaisirs de la table , 
mais il ne donnait dans aucun excès , 
et il était même d'assez bonne com- 
pagnie. Il dit à ce sujet dans un de 
ses ouvrages, « que la commodité de 
» son nom, qui rimait trop bien avec 
» cabaret , était en partie cause de la 
» réputation de buveur que les poètes 
» du temps, entr'autres St.-Amand , 
» son ami , s'étaient aviséde lui faire. » 
Faret, né a Bourg-en-Bresse ( les uns 
disent en 1 600 , les autres en 1 5q6 ), 
languit quelque temps à Paris sans 
pouvoir trouver de l'emploi. Ayant fait 
connaissance avec Byisrobert, qui était 
alors en crédit, il entra comme secré- 
taire chtz le comte d'Harcourt, à la 
fortune duquel il eut le bonheur de 
contribuer. On raconte que le cardi- 
nal de Richelieu , sentant la nécessité 
d'abaisser la maison de Lorraine, dont 
l'oigueil et le pouvoir lui portaient 
ombrage, suivit le conseil que Faret 
lui fit donner par Boisrobert, et sema 
habilement la division dans cette il- 
lustre famille, en comblant de biens 
les princes cadets au préjudice de la 
branche aînée. Par ce moyen, le comte 
d'Harcourt se vit prompt ement élevé 
aux premiers emplois , et il ne fut 



FAR i55 

point ingrat envers l'adroit secrétaire 
à qui il était redevable de cette rapide 
fortune. Faret était lié avec Vaugelas, 
qui lui avait d'abord rendu le service 
de le produire dans le monde , et en- 
vers qui il se comporta, dans la suite, 
de la façon la plus généreuse. Il fut 
également l'ami de Molière le tragique, 
de St.-Amand dont il a été parlé plus 
haut , et surtout de CoëfFeteau. Pélis- 
son nous le représente sous les traits 
d'un gros homme de bonue mine, qui 
avait les cheveux châtains et le visage 
haut en couleur ; nous ne voyons pas 
trop ce que le portrait , ou plutôt le 
signalement d'un mauvais écrivain en 
prose et en vers peut avoir de cu- 
rieux aujourd'hui ; aussi l'abrégeons- 
nous de moitié, S'il fallait en croire 
ce même Pélisson, Faret aurait eu 
« l'esprit bien fait, beaucoup de pu- 
» relé et de netteté dans le style, bc-au- 
» coup de génie pour la langue et pour 
» l'éloquence.... » Beaucoup de génie î 

Et voilà justement comme on écrit l'histoire î 

Heureusement nous savons à quoi nous 
en tenir sur les jugements des contem- 
porains. Faret mourut à Paris, d'une 
fièvre maligne, dans le cours du mois 
de septembre 1 646. Les bibliographes 
nous donnent cette liste de ses ouvra- 
ges : I. Histoire chronologique des 
Ottomans, 1621; II. Histoire ro- 
maine d' Eulropius , traduite en fran- 
çais, 162 1 ', III. Des vertus néces- 
saires à un prince pour bien gouver- 
ner ses sujets, i6s5j IV. Recueil 
de lettres nouvelles , 1627 ( le même 
Recueil en 2 vol. avec des augmen- 
tations, iG54); V. Préface au-devant 
des œuvres de St.- Amnnd, 1629; VI. 
Y Honnête homme, ou KArt de plaire 
à la cour, i65o,in-4°«> VIL Poé- 
sies diverses insérées dans les re- 
cueils du temps. Faret fut membre de 
l'académie française } à la fondation 



i54 FAR 

de laquelle il contribua beaucoup , et 
dont il rédigea même les premiers sta- 
tuts. F. P — T. 

FAREYDY ( Voyez Khalyl ben 
Ahmed ). 

FARGANI (Al ). V. ALFERGAN. 

FARGES, munitionnairc- général 
des vivres sous Louis XIV. Il mérita 
h reconnaissance publique par un trait 
de générosité trop rare pour ne pas 
être cité : c'était en 1709. On sait 
qu'alors une cruelle disette ajoutait à 
tous les fléaux dont la France semblait 
accablée. Le ministre de la guerre se 
voyait dans l'impossibilité de faire 
dans l'intérieur les «approvisionne- 
ments nécessaires pour la campagne 
prochaine. Fargès, sans attendre du 
gouvernement ni argent ni garantie , 
sans en demander même, se procura 
chez l'étranger et par son seul crédit 
tous les grains nécessaires à l'année. 
Les fourrages ne pouvaient être ache- 
tés que sur les lieux et au comptant ; il 
emprunta plusieurs millions. En 17 10, 
il avait amassé assez de fourrages pour 
nourrir durant toute la campagne cent 
mi!lc chevaux; il répéta la même opé- 
ration en 1714* 800 intégrité fut telle, 
qu'il mourut sans fortune. G. G. 

FARGUE. FI Lafargue. 

FARGUES ( BALTnASARDE). Cet 
aventurier fut d'abord simple soldat; 
puis employé dans les vivres, où il 
commit toute sorte de déprédations , 
donnant aux soldats un pain pesant 
r t malsain qui les rendait ma'ades. 
Il devint major du régiment de Belle- 
brune, s'enferma dans Hcsdin 
le sieur de la Rivière, son beau-frère , 
major de la place, en fit fetrner |< s 
portes au comte de Moret qui en était 
gouverneur; la vendit a dom Juan 
d'Autriche , toucha le prix, refusa du 
li lui livrer, et s'y rendit indépendant 
«tus vouloir entrer en négociation avec 
\c cardinal Mazariu. Il leva des tu u- 



FAR 

pes, rasa tous les forts qui auraient 
pu l'arrêter dans ses courses, pilia et 

démantela Sl.-Pol, échoua sur Abbe- 
ville, fit tirer sur l'armée du roi. Un 
boulet porta même assez près du ca- 
rosse de sa majesté. 11 se comporta 
dans Hesdin comme un tyran vicieux 
et cruel. Les maris et les pères étaient 
obligés de lui cacher leurs femmes et 
leurs filles. D'un mot, il envoyait à la 
mort tous ceux qui lui paraissaient 
suspects. 11 désignait ses victimes en 
leur frappant sur l'épaule d'un air ami- 
cal , et en leur disant: « Mon ami, 
» il faut que nous mourions, toi ou 
» moi. » Comme il était attaché au 
prince de Condé, il se fit comprendre 
dans la paix des Pyrénées , et sortit 
de la ville emportant quatre millions. 
Il vint étaler ta Paris un luxe insultant, 
Louvois le fit arrêter, soit pour le re- 
chercher à cause de ses déprédations 
dans les vivres, comme l'annonce son 
procès , soit pour le punir d'avoir fait 
tirer sur l'armée du roi , et pour don* 
ner une mortification au prince de 
Condé auquel il était attaché, comme 
on le disait alors dans le public. 11 
fut conduit a Abbeville , mis aux fers, 
tt livré à une commission composée 
des juges du présidial, qui le fit pendre 
le -j>.n mars i(i()5. S*m arrêt porte qu'il 
est condamné pour crime de péculat, 
larcins, faussetés . abus rt malversa- 
tions commises à la fourniture du pain 
à la garnison d'ilesdin et autres trou* 
pes. T — d. 

FARIA (Antoine de ), laineux 
aventuriir portug il . n tquil à Lis- 
bonne vers l'an ï5o5. Sans fortune 
11 ope , il alla aux Indes , en 
• , chercher des ressources près 
d'un gentilhomme à» ses parents . qui 
était alors gouverneur de Malaca. 
Arrivé dans cette Ville, il y trouva 
aussitôt des marchandises el du cré- 
dit. Il équipa uu petit bâtiment, et 



FAtt 

•vec dix-huit Portugais, ses compa- 
gnons dp voyage , fit voile pour Lu- 
gor , viilc de la dépendance du royau- 
me de Siam , où il espérait débiter ses 
marchandises avantageusement. Mais 
à l'embouchure de la rivière de Lu- 
gor , il fut attaqué par un corsaire 
maure, qui, après lui avoir tué qua- 
torze de ses Portugais et pris ses mar- 
chandises, coula à tond son bâtiment. 
Faria , avec quatre de ses compa- 
gnons, put à peine se sauver à la 
nage. Ayant gagné le rivage , ils vi- 
rent, au point du jour, une barque 
qui côtoyait la rivière. Les rameurs 
entendirent leurs cris de détresse et 
vinrent à leur secours. Une charitable 
Indienne qui se trouvait parmi eux , 
et qui faisait sur ces côtes un com- 
merce de sel , amena les Portugais 
chez elle , et , après les avoir bien 
traités pendant plusieurs jours , les 
recommanda a un capitaine qui les 
conduisit à Patane. Faria avait appris 
que celui qui lui avait enlevé avec sa 
fortune toutes ses espérances , et qui 
l'avait mis dans l'impossibilité de 
s'acquitter avec ceux qui lui avaient 
fait crédit à Malaca, ne pouvait être 
que le fameux corsaire Caja-Azem , et 
il avait juré de le poursuivre par terre 
et par mer jusqu'à ce qu'il en eût tiré 
la vengeance la plus complète. A Pafanc 
il trouva le moyeu d'équiper encore 
un autre bâtiment, et, suivi par quel- 
ques jeunes gens que ses discours 
avaient enflammés , il commença à 
parcourir les mers à la recherche de 
Caja-Azem. Devenu corsaire lui-mê- 
me, il se signala par un grand nom- 
bre d'exploits. Son nom était la ter- 
reur de tous ces pirates indiens, et au 
bout de quelques années , après beau- 
coup d'aventures , de combats et de 
dangers, il rencontra enfin celui à 
qui il avait juré une haine éternelle , 

Ïtua de sa propre main, et s'enri- 



FAR i5:ï 

chil de ses dépouilles. Nous ne rap- 
porterons pas tous les exploits de Fa- 
ria ; nous nous contenterons de rap- 
peler deux de ses faits les plus re- 
marquables. Devenu riche, Faria na- 
viguait avec une petite escadre com- 
posée de plusieurs jonques. Une tem- 
pête les ayant dispersées, une de ces 
jonques alla se briser contre la côte. 
Les naturels, s'emparant des Portu- 
gais qu'elle contenait , les menèrent à 
la ville de Nonday. Le mandarin qui 
y commandait condamna ces mal- 
heureux au supplice. Faria, qui avait 
aborde au même rivage , ayant appris 
cette triste nouvelle , écrit au man- 
darin pour réclamer ses compagnons. 
Celui-ci ne répondit que par des in- 
jures, et ordonna qu'on les fustigeât 
cruellement. Faria, outré de cet af- 
front , se met à genoux, implore le 
secours du ciel ( c'était toujours sa 
coutume avant de se battre ), fait la 
revue de ses soldats , qui pouvaient 
monter à trois cents, puis il s'avance 
jusqu'à la vue des murs de Nonday, 
et jeta l'ancre. La descente s'étant 
faite sans aucune opposition , on mar- 
cha vers la ville. Tout à coup des 
troupes , composant à peu près 1 5oo 
hommes, et commandées par le man- 
darin , vinrent s'opposer à leur pas- 
sage; mais le feu des jonques et celui 
des troupes de débarquement les dis- 
sipèrent bientôt; le mandarin fut tue' 
d'un coup de mousquet. Les Portu- 
gais alors , tout en poursuivant les 
fuyards , entrèrent dans la ville. Faria 
s'étant fait conduire aux prisons , dé- 
livra ses camarades, et ayant accordé, 
pendant une demi-heure , le pillage à 
ses soldats , il fit mettre le feu à la 
vilic qui fut bientôt réduite en cen- 
dres , n'étant bâtie que de sa pins. Fati- 
gué de mener uue vie errante , com- 
blé de richesses , a la prière de deux; 
riches Portugais ? Faria clla s'établit 



i56 FAR 

à Liampo , où le Portugal avait alors 
le même établissement qu'il a eu de- 
puis à Macao. Les grandes victoires 
de Faria, les services qu'il avait rendus 
à sa nation en délivrant les mers des 
plus fameux pirates, le firent rece- 
voir avec les honneurs les plus dis- 
tingues. 11 y vécut six mois au milieu 
de l'abondance et des plaisirs ; mais 
bientôt son esprit turbulent lui fit 
chercher de nouvelles aventures. Il se 
proposa d'enlever des trésors immen- 
ses renfermés, disait-on, dans 1 7 tom- 
beaux d'autant de rois de la Chine; 
ils devaient se trouver dans l'île de 
Calempbny. Il s'embarqua de nou- 
veau, et, après quatre-vingts jours de 
recherches , il mouilla devant cette 
île, qui n'était habitée que par trois 
cents bonzes. Une partie de ses gens 
et Faria lui-même y étant descen- 
dus, s'emparèrent d'une espèce de 
temple et d'un ermite qui le gardait ; 
ils en emportèrent quelques richesses 
avec l'espérance d'en prendre bien 
d'autres le lendemain. Mais n'ayant 
pu emmener l'ermite ni pensé à le 
faire garder , celui-ci avertit ses trois 
cents compagnons. Des feux qu'ils 
allumèrent pendant toute la nuit ins- 
truisirent les habitants des pays voi- 
sins du danger où ils se trouvaient; 
de façon que le lendemain Faria, 
à son retour, voyant devant lui plus 
de 5ooo ennemis , s'embarqua à la 
hâte avec ses Portugais ; mais, pour 
comble de malheur , il s'éleva une 
furieuse tempête qui le jeta contre 
les rochers, où il périt misérablement 
avec une partie de ses compagnons. 
Faria pouvait avoir alors près de qua- 
rante-cinq ans. Son caractère avait été 
un mélange de bravoure et de cruau- 
té , de générosité et d'avariée , de 
piété et de libertinage : il aurait eu 
de grandes qualités s'il leur avait 
donué une autre direction. Tous ces 



FAR 






faits sont tirés des Mémoires de Men- 
dcz Pinto, qui l'accompagna dans tous 
ses voyages et fut témoin de sa mort , 
lui seul s'étant sauvé de la tempête 
avec quelques Portugais. B — s. 

F ARIA ( Thomé de ), né à Lis- 
bonne , y mourut le 20 octobre i6'i8. 
Il était carme, et, après avoir passé 
par les dignités de son ordre , il fut 
nommé coadjuteur de l'archevêque de 
Lisbonne, avec le titre d'évêque de 
Targa. Il est auteur d'une traduction 
de la Lusiade en vers latins. Un Por- 
tugais , homme de goût . dont nous 
adoptons le jugement avec une entière 
confiance , trouve que cette traduction 
est d'une rare exactitude , qu'elle est 
écrite avec élégance et pureté ; mais 
que bien souvent la force et la con- 
cision duGamoëns disparaissent sous 
la plume un peu diffuse de Faria. La 
Lusiade latine a paru pour la pre- 
mière fois à Lisbonne, en 16*22, iu- 
8". ; e le a été réimprimée dans le 
5°. volume du Corpus illastrium poè- 
tarum Lusitanorum. L'éditeur, le P. 
Dos Reis, a joint à cette réimpression 
une notice sur la vie de Paria; on y 
trouvera le catalogue de ses autres ou- 
vrages, que nous nous dispenserons 
d'indiquer ici , parce qu'ils sont on 
sans importance , ou encore inédits* 
B— ss. 

FARIA DE SOUSA (Manoel), 
célèbre historien et poète castillan , 
naquit à Souto en Portugal , dans la 
province d'entie Minho-y- Douro, 
d'une ancienne et illustre famille. Ses 
talents lurent très piécoces, et quoi- 
que fort infirme dans .sou enfance il 
apprit parfaitement à dessiner et à 
peindre. A l'âge de neuf ans son 
père l'envoya à l'université de Braga, 
où il fit de grands progrès dans la 
grammaire et la philosophie. Il irak 

à peine atteint l'âge de quatorze ans 
qu'il entra en qualité de gentilhomme 



FAR 

chez dom G. Gonzalcs , évêqnc d'O- 
porto , sous la direction duquel il se 
perfectionna dans les sciences. C'est 
dans cette ville que s'étant épris d'une 
jeune personne l'amour développa son 
talent poétique. Faria en fit les pre- 
miers essais dans un poëme où , sous 
le nom d'Albania, il célèbre la beauté 
de celle qu'il aime. Il se maria en 
1618, et la mort lui avant enlevé son 
protecteur, il passa à Madrid avec sa 
famille. Tl fît son premier début à la 
cour; mais son humeur indépendante, 
son ton brusque et son abord sé- 
vère n'étaient pas des moyens pro- 
pres h lui attirer les grâces et la fa- 
veur. Désirant revoir sa patrie, il 
retourna en Portugal , où les désagré- 
ments qu'il essuya l'obligèrent à re- 
venir a Madrid en i65i. Dans la 
même année il suivit, en qu ilité de 
secrétaire, le marquis de Castel-Ro- 
drigo dans son ambassade à Rome. 
Ses vastes connaissances lui méri- 
tèrent la considération de tous les sa- 
vants qui entouraient Urbain VIII et 
celle de ce pontife lui-même. Quel- 
ques différends s'étant élevés enîre 
lui et le marquis, il le quitta inopiné- 
ment, et revint en Espagne. Arrivé 
à Barcelonne il trouva que ce sei- 
gneur, piqué de son brusque dé- 
part, avait obtenu un ordre pour le 
faire arrêter; heureusement la pro- 
tecùon de ses amis de Madrid lui fit 
bientôt rendre sa liberté. De retour 
dans la capitale il se livra entièrement 
aux lettres, qui lui firent toujours né- 
gliger sa fortune. Il obtint cependant 
une modique pension de Philippe IV 
et la croix de chevalier de Chrisl. Fa- 
ria était un homme un peu singu- 
lier. Non content de penser et d'écrire 
en philosophe , il en avait adopté un 
peu trop scrupuleusement le cos- 
tume ; et comme une certaine origina- 
lité est presque toujours inséparable 



FAR i5r} 

des grands talents, ni les prières de 
sa femme , ni les instances de ses 
amis ne purent jamais le faire con- 
sentir à se défaire d'une longue et 
épaisse barbe qu'il porta tant qu'il 
vécut, et qui ne rendait pas son ex- 
térieur bien prévenant. Cependant il 
était franc et sensible, et malgré son 
abord sévère, quand il se trouvait 
au milieu de ses amis, il dérogeait 
de ses principes , et se livrait à 
l'enjouement. Son application assi- 
due et sa vie sédentaire lui causèrent 
une rétention d'urine dont il mourut 
à Madrid en 1 647 , âgé de cinquante- 
neuf ans, dans un état peu différent 
de l'indigence. Après la dissection de 
son cadavre on lui trouva dans la ves- 
sie cent cinquante pierres tant grosses 
que petites. Des deux filles qu'il laissa 
l'une se distingua par son talent dans 
la peinture, talent qu'elle ne devait 
qu'à son génie et à son application. 
Faria n'a écrit qu'en espagnol. Ses 
principaux ouvrages sont : I. Dis- 
cursos momies f polilicos, 1 part. 
in-12, Madrid, 1 6*5 et 1626 ; 11. 
Comentarios sobre la Lusiada , 
Madrid, i65g, 2 vol. in -fol. Ces 
Commentaires , auxquels Faria tra- 
vailla pendant vingt-cinq ans, ser- 
virent de prétexte à ses ennemis pour 
l'accuser devant l'inquisition. Us pré- 
tendirent que Faria avait expliqué 
dans ce poëme les divinités du paga- 
nisme d»ns un sens qui faisait allu- 
sion aux vérités de la religion chré- 
tienne. Mais ce tribunal, ayant exa- 
miné l'ouvrage, reconnut et déclara 
l'innocence de l'auteur. Il fut moins 
heureux avec l'inquisition de Lis- 
bonne, qui, par l'ignorance des ré- 
viseurs , condamna l'ouvrage, <t 
n'accorda à Faria que la liberté de 
se justifier. 11 le fit dans l'ouvrage 
suivant; HT. Defensa por los Co- 
mentarios sobre la Lusiada, Ma- 



r5tf FAR 

drid , i6/jO, info!.; mais le livre 
resla toujours détendu ; IV. Epi- 
tome de las Historias Portugue- 
sas (Histoire de Portugal), Madrid, 
1626 , 167 i ; Bruxelles , 1677 , 
1-/26. Cette Histoire conduit jus- 
qu'au règne du roi Henri, et est très 
estimée pour la véracité et impartia- 
lité de l'auteur, ainsi que pour l'éru- 
dition et les sïgcs réflexions qu'elle 
renferme. Dans l'édition de 1781 , 
in-fol., qui est la meilleure, elle est 
continuée jusqu'à 1730. Outre cela 
un y a joint une relation très circons- 
tanciée des expéditions de dom Sé- 
ha->ticn en Afrique, et à la fin de 
chaque chapitre on trouve une suite 
chronologique des histoires sacrée, 
ecclésiastique, profane et des princi- 
paux événements; Y. Imperio de 
la China y cultura Evangelica por 
lus Beligiosos de la Compafiia 
de Jésus jusqu'en i635 , d'abord 
écrite par Samcdo , publiée et mise 
ea ordre par Faria, Madrid, i645, 
iu-4". ; Lisbonne, 170a, in-fol. Les 
ouvrage* suivants sont posthumes ; 
VI. El Asia Portuguesa, 5 vol. 
iu-ibl., Lisbonne; le r r . en 1666, 
le 2 e . en 1674, le 3*. en 1675. Dans 
le I er . volume Faria suit l'histoire 
jusqu'où Barros l'a conduite; la con- 
tinue dans le *2 e . depuis le temps 
où celle de Barros finit (quelques 
biographes prétendent que dans ce 
•2 e . volume il a suivi l'histoire de 
Couto); le 3 . contient ce qui s'est 
passé sous les trois Philippes; VII. 
la Europa Portuguesa jusqu'en 
1 v>7 , Lisbonne; le i cl . volume en 
1G78, le 'i'\ en 1O79. Ce livre es! 
partagé en 4 parties; le i' r . con- 
tient depuis le déluge jusqu'à Henri 
ointe de Portugal, et le 4- Gmbl 
les trois règnes des Minées de la nui- 
son d'Autriche; VIII. Bl Africa 
Portuguesa, Lisbonne, a parties, 



FAR 

1681 ; IX. El America Porto* 
guesa, qui n'a pas été imprimée, 
quoique Lenglet en suppose une édi- 
tion de 1674. L'Asie portugaise con- 
tient l'histoire de l'établissement des 
Portugais aux Indes orientales depuis 
le premier voyage entrepris par Vas- 
co de Gama eu 1497 j US( I u ' en 1640. 
Cette histoire curieuse et intéres- 
sante a été traduite en italien , en an- 
glais et en français. Indépendam- 
ment de ces ouvrages Faria a en- 
core laissé sept volumes de poésies , 
sous le titre de Fuente de Aga- 
nipe rimas varias ( la fontaine 
d'Aganipe, ou Poésies diverses ). Les 
quatre premiers volumes ont paru à 
Madrid en 1644 ? 1646. Ces poésies 
consistent en six cents sonnets , 
douze poèmes, vingt églogues et une 
grande quantité de chansons et de 
madrigaux , la plupart sur des su- 
jets encore neufs. Dans ces composi- 
tions l'auteur se dislingue en général 
par la beauté des images , l'éner- 
gie et la pureté de son style. Il y au- 
rait cependant quelque défaut à lui 
reprocher dans ses compositions poé- 
tiques. Dans son poème d'Albanie il 
prodigue trop les figures ; dans ses 
chansons il est souvent entortillé, et 
plusieurs de ses sonnets manquent 
de naturel, et tout en visant au su- 
blime il tombe dans le gigantesque et 
l'exagéré. Si le mérite de Faria ne 
put lui obtenir la protection des 
grands ni la faveur des rois , il lui 
procura tant qu'il vécut la considéra- 
tion de tous les savants et l'estime 
de ses amis. I> — s 

F.UUA ( Manoel-Severim de), 
m portugais , naquit a Lisbonne 
en 1 58 1 ou 82. Dans sa première jeu- 
nesse il passa a Fvora , où , sous la 
direction d'un oncle qui était chantre 
rf chanoine de la cathédrale de cette 
ville, il lit ses cours de philosophie 



FAR 

et de théologie, et fut reçu docteur 
dans ces deux facultés. Son oncle le 
reconnaissant digne, et par sa con- 
duite et par ses lumières, de lui suc- 
céder dans ses dignités, les lui résigna 
en 1609, et se relira dans un cou- 
vent. Tranquille sur son sort, Faria 
ne vit pas pour cela ralentir son ar- 
deur pour l'étude; il chercha au con- 
traire à acquérir de nouvelles con- 
naissances , et s'appliqua particulière - 
ment à l'étude des saintes écritures, 
delà théologie mystique, de l'histoire, 
de la politique, de la géographie et des 
antiquités romaines et portugaises. Il 
obtint dans ces dernières une grande 
réputation , et passa pour un des 
hommes les plus savants de son temps 
dans la numismatique, il employa une 
grande partie des riches revenus de 
ses bénéfices à l'acquisition de livres 
rares et précieux , parmi lesquels 
on remarquait les ouvrages du Père 
Louis de Grenade, traduits en japonais, 
quelques anciens manuscrits en pa- 
pyrus, d'autres en feuilles de palmier. 
Faria avait formé chez lui un petit 
Muséum de toutes sortes d'antiquités , 
et enrichi surtout d'une suite consi- 
dérable de monnaies romaines et por- 
tugaises. Faria mourut à Evora, le 16 
décembre i655. On a de lui deux ou- 
vrages, qui n'en forment qu'un , im- 
primés en même temps : I. Noticias 
de Portugal , 1 vol. II. Varios dis- 
cursos politicos , 1 vol. , Lisbonne , 
16^4 » ibidem, 1791, 5 e . édition. 
Dans le premier de ces ouvrages l'au- 
teur , après avoir proposé des moyens 
pour porter le Portugal à l'état le plus 
florissant , traite de l'origine des titres 
et des armoiries des familles nobles 
de ce royaume ; des monnaies an- 
ciennes , soit portugaises , soit gothi- 
ques, arabes et romaines, et il eu 
donne les empreintes. Il parle ensuite 
des différentes universités d'Espagne, 



FAR 1^9 

en rappelant les époques de leur éta- 
blissement; de la propagation de la 
religion dans la Guinée ; de la navi- 
gation des Portugais aux Indes-Orien- 
tales. Il finit son second volume par 
donner les vies de vingt cardinaux de 
sa nation. Les Discursos politicos , 
qui forment le troisième volume de 
son ouvrage, et qu'il ne faut pas con- 
fondre avec ceux qu'écrivit presque 
dans le même temps un autre Faria 
( Voy. Faria de Sousa), roulent 
sur des matières peu intéressantes de 
nos jours , et contiennent les vies de 
quelques Portugais illustres, comme 
celles de l'historien Couto , du poète 
Camocns, qui sont des plus exactes. 
A la partialité près, sentiment trop 
patriotique qu'on remarque toujours 
dans les auteurs portugais, l'ouvrage 
de Faria est curieux et intéressant. 
L'auteur y déploie beaucoup de dis- 
cernement , une grande érudition sur 
l'histoire et la philologie anciennes et 
modernes. Son style pur, élégant, rap- 
pelle le beau siècle de la littérature 
espagnole. B — s. 

FARINA (Fof. Borromee). 
FARINACC1 (Prosper), célèbre 
jurisconsulte, né à l\ome,eu i554, 
de parents pauvres, fut néanmoins 
envoyé à l'université de Padoue , où 
il acheva ses études avec beaucoup de 
distinction. Après avoir pris ses de- 
grés, il revint à Home, et y exerça 
la profession d'avocat. I! comptait tel- 
lement sur sa facilité et sur l'art dan- 
gereux de présenter les objets sous la 
point de vue le plus favorable, qu'il 
se chargeait indistinctement de toutes 
les causes qu'on lui apportait. Il acquit 
de cette manière, en assez peu de 
temps, une fortune considérable, 
qu'il employa, partie à se faire de* 
protecteurs, et partie à satisfaire son 
goût pour ie:> vices les plu* honteux. 
Lorsqu'il fut parvenu ,dit Tiraboschi, 



iGo FAR 

à la place de procureur fiscal, jamais 
magistrat ne se montra plus actif dans 
la recherche des coupables, ni plus 
sévère dans leur punition. Cependant, 
il eut besoin pour lui-même de cette 
indulgence qu'il refusait aux autres. 
Accusé d'un crime odieux, il ne dut 
qu'aux instances du cardinal Saiviati, 
îa grâce qu'il obtint de Clément VIII; 
et on pre'tend que le pontife dit à cette 
occasion , faisant allusiuu au nom de 
Farinacci: Je conviens que la farine 
est bonne, mais le sac qui la contient 
est bien souillé. Farinacci rachetait ses 
défauts par des qualités brillantes. Il 
joignait à un esprit vif, une mémoire 
étonnante, et une ténacité extraordi- 
naire dans le travail. Les ouvrages de 
droit qu'il a publiés, ont servi long- 
temps de règle dans les tribunaux 
d'Italie; mais à mesure que la juris- 
prudence italienne s'est dépouillée de 
l'antique barbarie, on a cessé d'en faire 
la même estime , et on ne les consulte 
plus aujourd'hui. Renazzi a osé, I'uq 
des premiers , attaquer les fondements 
d'une réputation que le temps sem- 
blait avoir consacrée. Farinacci , dit-il, 
n'avait qu'une érudition peu com- 
mune; il avait moins appris par l'é- 
tude que par la pratique, et ce n'est 
pas dans les sources , mais dans les 
traductions ou dans les recueils indi- 
gestes des jurisconsultes du moyen 
4ge qu'il avait étudié les principes du 
droit. Farinacci mourut à Rome en 
iGi8, le 5o octobre, jour de sa nais- 
sance. La collection de ses ouvrages 
a été publiée à Anvers, 1620, et à 
Francfort, 1670, 167(5, i5 vol. in- 
fol. Elle renferme : Tractatus de 
hœresi ; De immunitale ecclesiœ ; 
Decisiones rolœ romanœ; Réperto- 
riant deconlraclibus; Repertorium de 
ullimis voluntatibus ; Praxis et 
theoria criminalis ; Repertorium ju- 
êUciale; Consilia; Fragment*; De- 



F4R 

cisiones; Farice quœsUones ; Trac* 
tatus de testibus ; Decisiones pos- 
thumes* W — s. 

FARINATO (Paul), peintre, né 
à Vérone en io25, descendait de la 
famille florentine des Farinala degli 
Uberti , qui avait joué un grand rôle 
dans la guerre des Guelfes et des Gi- 
belins. On dit qu'après avoir étudié 
sous Giolfino, il alla à Veuise voir les 
ouvrages du Titien et du Giorgion. 
S'il faut en juger par son style, il se- 
rait permis de croire qu'il a eu Jules 
Romain lui-même pour maître de des- 
sin. Il mourut en 1606, âgé de quatre- 
vingt-un ans; toujours gai, il se vantait 
de sa vieillesse, et dans son tableau 
placé à Saint-George, près de celui 
de Félix Brusasorci , il annonce qu'il 
a fait cet ouvrage à soixante-dix-neuf 
ans. Cette composition représente la 
multiplication des pains dans le dé- 
sert, et offre une grande quantité de 
portraits de ses amis et de ses pa- 
rents. Ce maître est du petit nombre 
de ceux qui , en avançant en «âge , 
n'ont pas dégénéré. On n'en peut pis 
dire autant de l'Albane, qui mourut 
très-vieux , et vit tous les jours dé- 
cliner sa réputation pendant les der- 
nières années de sa vie. Il est même à 
remarquer que Farinato , qui avait été 
quelquefois un peu sec et un peu froid, 
ne laissa rien à désirer plus tard , par 
la finesse des contours , l'exactitude, 
la vérité, et même par l'étude du 
paysage. Ses dessins sont estimés. On 
recherchait même, du temps de Ri- 
dolfi , ses premières pensées et les 
modèles de cire qu'il faisait pour ses 
ligures. On lui attribue un S. Onuphre 
assis, imité très savamment du Torse 
du belvédère. Ses carnations ont une 
teinte bronzée qui ne déplaît pas. Il a 
travaillé pour Mantoue, Plaisance et 
Padoue. On observe souvent dans un 
coin de ses tableaux un limaçou qu'il 






FAR 

avait pris pour devise. Paul eut un 
fils, nommé Horace, qui s'appliqua à 
h peinture. Il vécut peu de temps, et 
n'acquit pas une grande réputation. 
A — D. 
FARÏNELLÏ , célèbre chanteur ita- 
lien, naquit à Naples le 24 janvier 
i -;o5 ; son véritable nom était Char- 
les Broschi : ses premières leçons de 
musique il les reçut de son père. Ce- 
lui-ci, trouvant dans Charles toutes 
les dispositions requises pour former- 
un grand musicien, se décida ( ainsi 
que le font plusieurs autres pères en 
Italie) à outrager la nature pour don- 
ner à son fils une voix plus souple, 
plus moelleuse, et faire, par ce moyen, 
sa fortune. Farinelii se forma alors à 
l'école du fameux maître Porpora. A 
Page de dix- sept ans il fit son premier 
début à Rome en qualité de première 
chanteuse dans le théâtre iïAli- 
berti (i).Il y chantait un air de flûte , 
Obligé; l'artiste qui jouait cet instru- 
ment passait pour être un prodige 
dans son art. Farinelii, cependant, 
par la douceur de sa voix et la rapi- 
dité de ses sons, obtint sur lui h vic- 
toire. Alors tous les théâtres de l'Italie 
se le disputèrent ; et mis d'abord au 
rang des Elisi , des Gizzielli et des 
Gaffarelli , il les surpassa bientôt en ré- 
putation et en mérite (2). En 1 70.4 il 
passa a Londres où il fut reçu avec un 

(1} A Rome et dans les villes des états du 
pape où réaidait un légat, c'étaient des hommes 
qui, dans les théâtres , remplissaient les rôles de 
femmrs C- pendant, sans le règne de Pie VI, 
ce pontife accédant ans sollicitations de sa nièce, 
madame la princesse Braschi, un permit que des 
femmes pussent jouer sur les théâtres de la capi- 
tale ainsi que sur ceux des légations. 

(al Voila à peu prés comme ^.'exprime , à l'égard 
de Farinelii , le docteur Burney dans son Histoire 
de la Statique :« On trouvait dans sa voix toutes 
» les qualités réunies, la force , la douceur et la 
» mesure, et sa méthode était à la fois gracieuse, 
» tendre et d'une étonnante rapidité. Il était .iu- 
» dessus de tout ce qui avait paru de chanteurs 
» avant lui ; il subjuguait tous ceux ( jui Tenten- 
» daient , les savants . les ignorants, ses amis et 
»> ses ennemis. » Le célèbre Père Martini, en par- 
lant île ce chanteur extraordinaire , se sert a peu 
près des mêmes expressions. 

XIV. 



F AH 161 

enthousiasme général, mais où il trou- 
va un redoutable adversaire; c'était 
Gaffarelli. Ces deux célèbres chan- 
teurs jouaient sur deux différents théâ- 
tres. Pour mieux juger de leurs ta- 
lents, on les réunit dans une seule 
salie, en les faisant chanter dans une 
même pièce. Dans cette pièce Cafïà- 
rclti représentait un tyran farouche, et 
Farinelii un héros malheureux courbé 
sous le poids de ses chaînes. Caffa- 
relli d'abord obtint tous les suffrages; 
mais quand le morceau de Farinelii 
arriva , le premier fut tellement saisi 
de plaisir et d'admiration , qu'oubliant 
tout-à-fait son rôle, il courut à sou 
prisonnier et l'embrassa tendrement. 
Les effets étonnants que produisait, 
ainsi que nouslc verrons dansla suite, 
la voix de Farinelii sur tous les audi- 
teurs, rendent assez vraisemblables 
ceux qu'on raconte des musiciens de 
l'antiquité; et on ne doit plus douter 
que Timothée et Terpandre n'aient pu, 
par le charme de leur musique, arra- 
cher des larmes aux cœurs les plus 
endurcis. Farinelii quitta enfin Lon- 
dres, comblé d'éloges et de pré- 
sents^). Le roi d'Espagne, Philippe V, 
se trouvait chargé d'infirmités depuis 
plusieurs années; on crut que le talent 
de Farinelii pourrait faire quelque dis- 
traction à ses maux. Il fut appelé à la 
cour de Madrid; et sa voix produisit 
plus d'effet sur le monarque infirme 
que n'avaient fait jusqu'alors tous les 
remèdes de l'art. Devenu nécessaire à 
la santé de Philippe , on lui assigna 
aussitôt des appointements considéra- 
bles. Son unique tâche fut, pendant 
plusieurs années , de chanter tous les 
soirs quatre ariettes , constamment 
les mêmes, d'après les ordres et l'u- 
niformité du goût du roi. Durant le 
règne de Philippe, les manières aima - 

( 1) On a évalué à 5«oo liv. sterl. la totalité d« 
«e qu'il y gagnait anuuellenu-nt. 

1 I 



i62 FAR 

blcs elle talent de Farinelli lui avaient 
attiré l'estime et la considération de 
toute la cour; mais il n'exerça une vé- 
ritable influence que sous le règne de 
son successeur. 11 la dut en grande 
partie à la faveur dont il jouissait au- 
près de la reine, lorsqu'elle n'était 
encore que princesse des Asturies, 
faveur qui augmenta toujours quand 
elle occupa le trône. Non contente de 
voir son protégé riche etbien accueilli, 
elle voulait l'élever ; l'occasion ne tarda 
guère à se présenter. Le bon et sage 
Ferdinand VI avait hérité des infir- 
mités de son père. Dans le commen- 
cement de son lègue, surtout , il fut 
tourmenté d'une profonde mélancolie 
dont rien ne pouvait le guérir. Seul , 
enfermé dans sa chambre , à peine il 
V recevait la reine ; et pendant plus 
d'un mois, malgré les instances de 
celle-ci et les prières de ses courtisans, 
il s'était refusé à changer de linge et 
à se laisser raser. Ayant inutilement 
épuisé tous les moyens possibles , on 
eut recours au talent de Farinelli. Fa- 
rinelli chanta; le charme fut complet. 
Le roi ému , touché par les sons mélo- 
dieux de sa voix, consentit sans peine 
à tout ce qu'il voulut exiger de lui. La 
reine alors se faisant apporter une 
croix deCalatrava, après en avoir ob- 
tenu la permission du monarque , l'at- 
tacha de sa propre ni;iin à l'habit de 
Farinelli. C'est de cette époque que 
date son influence à la cour d'Espa- 
gne , et ce fut depuis ce moment qu'il 
devint presque le seul canal par où 
roulaient toutes les grâces. Il faut ce- 
pendant avouer qu'il ne les accorda 
qu'au mérite, quelles n'étaient pas 
pour lui l'objet d'une spéculation pécu- 
niaire , et qu'il n'abusa jamau »le 
son pouvoir. Ayant observe lYHit 
qu'avait produit la musique sur l'esprit 
du roi, il lui persuada aisément d'éta- 
blir un spectacle italien dans le palais 



FAR 

de Ruen-Retiro , où il appela les plus 
habiles artistes de l'Italie. Il en fut 
nommé directeur ; mais ses fonctions 
ne se bornaient pas là. Outre la grande 
prépondérance qu'il continuait à exer- 
cer sur le roi et la reine, Farinelli était 
souvent employé dans les affaires po- 
litiques; il avait de fréquentes confé- 
rences avec le ministre La Ensenada, 
et était plus particulièrement considéré 
comme l'agent des ministres de diffé- 
rentes cours de l'Europe qui étaient 
intéressées à ce que le roi Catholique 
n'effectuât pas le traité de famille que 
la France lui proposait( Foy. Ferdi- 
nand VI ). Dans cette occasion les 
vues de Farinelli étaient des plus jus- 
tes; ce traité ne pouvant alors conve- 
nir à l'Espagne , uniquement occupée 
à cicatriser les blessures que luiavaient 
causées les guerres de la succession. 
Tant de grandeur et de bonheur fu- 
rent cependant troublés par quelques 
nuages. La reine , la meilleure protec- 
trice de Farinelli, eut une fois la fai- 
blesse d'écouter ses ennemis. 11 s'en 
aperçut , et n'ayant pu trouver le mo- 
ment de l'entretenir, Farinelli, par 
l'entremise d'une de ses dîmes , se fit 
introduire dans une chambre qui com- 
muniquait à celle de la reine; là, ac- 
compagné de sa guitare , avec des sons 
touchants il expliqua la douleur qu'il 
ressentait de l'injuste courroux de sa 
souveraine. Celle-ci, attendrie, ne 
tarda pas à reconnaître le musicien 
dont la voix avait apaisé tout-a-fiit sa 
colère. On l'écouta, et son innocence 
ayant été reconnue, ce ne fut que 
pour céder à ses instances, que la 
reine consentit à pardonner à ses en- 
nemis. Farinelli, sans être précisément 
un homme instruit, avait cependant 
obtenu de la nature ce tact fin , cet es- 
prit délicat et < ette éloquence simple, 

et s. mis apprêt, qui tiennent sou- 
vent lieu de science et de talent. Qu'on 



FAR 

ajoute à cela un caractère doux , bien- 
faisant, un ton noble et aise dans les 
manières , et l'on ne s'étonnera plus 
qu'un simple chanteur soit parvenu à 
exercer une aussi grande influence 
dans une cour alors une des plus flo- 
rissantes de l'Europe. Loin d'écouter 
pour cela un vain orgueil , ce fut sa 
modestie surtout qui désarma ceux 
qui auraient pu être un obstacle à sa 
fortune. Sa déférence et son respect 
pour les grands lui captivèrent l'amitié 
de la plupart d'entre eux. A l'égard 
de ses ennemis , il ne cherchait à les 
connaît!^ que pour les obliger : les 
traits suivants développeront mieux la 
noblesse de son caractère. Un grand 
seigneur de la cour sollicitait depuis 
long-temps une ambassade que le roi 
n'avait jamais voulu lui donner* Fari- 
nel'.i n'ignorait pas que ce grand , 
quoique doué des talents nécessaires 
pour occuper cette place, avait cherché 
à lui nuire dans plusieurs occasions. 
Malgré cela, oubliant tout ressenti- 
ment, il sut si bien agir près du mo- 
narque en faveur de son ennemi, 
qu'il obtint enfin pour lui la place qui 
était l'objet de ses désirs. « Mais ne 
» savez-vous pas , dit le roi à Farinelli , 
» qu'il n'est point de vos amis? qu'il 
» parle mal de vous? — C'est ainsi, 
» Sire, répondit Farinelli, que je dé- 
» sire me venger.» Une autre fois, tra- 
versant une des salles du palais pour 
se rendre chez le monarque , il enten- 
dit un garde qui le maudissait à haute 
voix, tout en plaignant la faiblesse du 
souverain d'accorder sa faveur à un 
misérable musicien. Farinelli prit à 
l'instant des informations sur ce garde, 
et il apprit qu'il servait depuis trente 
ans sans avoir pu obtenir un avan- 
cement quelconque. En sortant de 
l'appartement du roi , Farinelli lui 
présent.) un diplôme de colonel de la 
paît de S. M. Le garde confus 7 stu- 



FAR i65 

péfait , se jette dans les bras de son 
bienfaiteur qui, pour toute réponse à 
ses expressions d'excuses, de recon- 
naissance , lui dit : <; Un garde n'est 
» pas assez riehe pour fournir aux 
» équipages d'un colonel ; nous ar- 
» rangerons cela demain , car de- 
» main je vous attends à dîner chez 
» moi. » Quand on a de si nobles 
sentiments , on aurait tort de regret- 
ter une illustre naissance. L'anecdote 
que nous allons rapporter donnera 
une idée de l'affabilité et des manières 
de Farinelli. Son tailleurvint un jour 
lui apporter de riches habits com- 
mandés pour un jour de gala : Fari- 
nelli lui demanda son mémoire. Le tail- 
leur hésita un peu, dit qu'il ne l'avait 
pas , mais que s'il daignait lui faire 
l'honneur de chanter quelque mor- 
ceau , il estimerait celte faveur au-delà 
de toute récompense. Farinelli , sans 
mot dire, le prit par la main , le con- 
duisit dans son cabinet de musique, 
déploya devant lui tous ses talents 
comme il aurait fait devant le roi lui- 
même. Le tailleur extasié , après bien 
des remercîments , allait se retirer; 
Farinelli l'arrêtant l'obligea de recevoir 
une bourse qui contenait le double de 
ce que pouvaient coûter les habits (i). 
La mort de la reine et du roi, arrivée 
dans l'intervalle d'un an , jeta Fari- 
nelli dans l'accablement le plus pro- 
fond. Il quitta l'Espagne , et se retira 
en l'jô'î à Bologne, où il fit bâtir une 
superbe maison de campagne hors de 
la porte dite de Sarragosse. Là i! me- 
nait une vie tranquille, et recevait tous 
les étrangers de marque qui désiraient 
le connaître. Loin du tumulte des cours, 
ses principales occupations étaient sa 
harpe et la culturede son jardin. 11 en- 
couragea le Père Martini à écrire son 

(i) Cette anecdote a fourni à M. Gonflé le sujet 
d'un joli opéra en un acte, intitulé le Bouffe et /« 
'Â'tiiUnur.l ou* au théâtre des Variétés «n 1.80-j. 

I !.. 



164 FAR 

Histoire de la musique , et l'aida de 
sa fortune à tonner ia plus belle col- 
lection d'ouvrages sur la musique qu'on 
eût encore xuc^Foy. Martini). Après 
avoir répandu des bienfaits sur (ous 
]es malheureux qui l'environn tient , 
Farinelii mourut le i5 juillet 1782, à 
l'âge de 78 ans. Il ne laissa qu'un ne- 
veu , héritier de sa fortune, et c'est 
de ce dernier qu'on a appris (en 1 792) 
les principaux faits de cet article {V. 

DlTTERS DE DlTTERSDORF ). B S. 

FAB1SSOL ( Abraham, fils de 
Mardochée), rabin, plus connu sous 
le nom de Peritsol , qui n'est qu'une 
prononciation corrompue de Farissol , 
comme Ta prouve M. de' Kossi , na- 
quit à Avignon , vers le milieu du 1 5 e . 
siècle. Il quitta sa ville natale vers 
l'année 147 1 , et se transporta à Fer- 
rare : il y fixa , à ce qu'il paraît, son 
domicile, sans cependant abandonner 
tout-à-fait Avignon , où demeurait sa 
famille, et où on le retrouve en i5i8. 
Ce fut à Ferrare qu'il composa ses 
principaux ouvrages, et notamment, 
ainsi qu'il l'assure lui-même, celui qui 
a pour titre Iggheret orechot olam , 
c'est-à-dire, Petit Traité des che- 
mins du monde, et qui a été publié 
d'abord en hébreu, à Venise, en 1 587, 
et ensuite eu hébreu et en latin, par 
Hyde , à Oxford en 1 69 1 . Il a été de 
nouveau imprimé en hébreu seule- 
ment à OfTcinbach, en 1720 , et à 
Oxford, en 1767 , avec la traduction 
et les notes de Hyde, dans le tome l". 
du recueil intitulé : Syntagma dis- 
sertationum , quas ofim.... Th. Ih de 
separatim edidit. Ugolini l'a aussi in- 
séré dans le tome YJ! de son Tesoro 
délie antichità sacre. L'édition de 
Venise, 1587, wttrè* raie Farissol 

composa cet ouvrage en 1 :V» > : il pa- 
raît s'être proposé pour but principal 
tic faire voir qu'il existait en dr 
contrées de l'Asie des communautés 



FAR 

de juifs, vivant sous leurs lois et sous 
des princes de leur nation, et il éta- 
blit cette assertion sur des récits f»- 
buleux ou exagérés , ou enfin dé- 
tournés de leur véritable sens. Ce 
traité, qui pouvait avoir quelque uti- 
lité pour les juifs à l'époque où il fut 
composé, parce qu'il rendait compte 
des découvertes faites deputs un demi- 
siècle par les navigateurs portugais et 
espagnols, serait aujourd'hui dépour- 
vu de tout intérêt, sans les notes sa- 
vantes que Hyde a jointes à sa tra- 
duction. La lecture du texte est peu 
agréable, à cause du grand nombre 
de mots étrangers qu'on y rencontre, 
et parce que le style en est assez sou- 
vent obscur. Farissol est encore au- 
teur de divers ouvrages : ce sont , 
i°. un Commentaire inédit sur le Pen- 
tateuque , intitulé : Pirchè schoscha- 
nim, ou les Fleurs des Lis; 2". un 
Commentaire sur Job , imprimé dans 
la grande Bible rabinique de Venise, 
1 5 1 7 , et dans celle d'Amsterdam, 
1 724 ; 5°. un Commentaire inédit sur 
l'Ecclésiaste; 4°« une Défense de la 
religion juive contre les chrétiens , 
ayant pour titre : Maghen Abrah un , 
ou le Bouclier d'Abraham. M. de' 
Rossi ajoute à ces ouvrages diverses 
lettres et dissertations , et un abrégé de 
Ylsagoge de Porphyre et des livres 
des Cathégories et de Y Interpréta- 
tion d'Aristote. On ignore l'époque 
de la mort de ce rabin. S. d. 5> —Y, 
FAHJAT ( Benoît ), graveur, na- 
quit à Lyon en i()j(>; il suivit à Rome 
Guillaume Château, son maître, cp'il 
a sorpassé . ei se fixa dans cette ville, 
où il épousa ia fille du Uolognèse. Ses 
principaux ouvrages sont : la Com- 
munion de S. Jérôme, d'apri 
chef-d'œuvre du Dominiquin, le mê- 
me tableau que Fiev 1 gravé; nnc 
Sainte Famille, d'après Piètre de 
CortonC; le Baptême de Jésus -Christ 



FAR 

d'après C. Maratte ; la Course d'Hip- 
pomèneet d'Atalanle, d'après Luca- 
telli ; le Mariage de Ste. Catherine 
et la Tentation de S. Antoine, d'a- 
près Annibal Carraclie : ce dernier 
sujet a été grave aussi par G. Audran 
et Claude Stella. On a encore de Far- 
jat beaucoup d'autres estampes d'après 
Solimène , Giro-Ferri , J.-B. Gauli , 
l'Albane et autres. P — e. 

FARMER (Hugues), théologien 
anglais non conformiste , était issu 
d'une très bonne famille , et naquit 
en 1714? P lcs d c Shrewsbury. Il 
termina ses études théologiques à 
Korthampton , sous le respectable 
docteur Doddridge. Sa première si- 
tuation fut celle de chapelain d'un 
riche dissenter nommé Coward, con- 
nu par les singularités de son carac- 
tère autant que par sou zèle reli- 
gieux. Ce fut lui qui fit construire à 
Walthamstow un temple où se réunit 
bientôt une congrégation composée 
des hommes les plus riches de la secte, 
et dont Farmer fut nommé ministre. 
Une de ses bizarreries était de fer- 
mer de très bonne heure dans l'après- 
dinée la porte de sa maison , et de ne 
plus l'ouvrir à qui que ce fût jusqu'au 
lendemain matin. Son chapelain ayant 
un jour oublié l'heure fixée, fut obli- 
gé d'aller chercher un gîte ailleurs. Il 
le trouva chez un M. Snell , solliciteur 
et homme de mérite, et depuis ce mo- 
ment n'eut pas d'autre domicile pen- 
dant plus de 5oans. Farmer fut nom- 
mé en 1761 l'un des prédicateurs d'une 
congrégation de dissenters , à Lon- 
dres. Son caraclère tt son éloquence 
lui acquirent une grande réputation , 
quîs'sccrut encore par la publication 
de ses ouvrages. C'est en 1761 que 
parut sa Recherche sur la nature 
et le but de la tentation de Notre 
Seigneur dans le désert , où il s'at- 
tache à démontrer que cette teutalioii 



FAR i65 

n'eut lieu que dans une vision qui 
présenta au Sauveur la vue des tra- 
vaux de son ministère futur. On re- 
marqua dans cet ouvrage une pro- 
fonde connaissance de la littérature 
sacrée et profane, un jugement sain, 
beaucoup de clarté et de force de rai- 
sonnement. L'auteur y ajouta de nom- 
breux arguments dans une seconde 
édition qu'il en donna en 1 ^65. Il 
publia en 1771 une Dissertation sur 
les miracles , qui a pour objet de 
prouver quils sont les arguments 
d'une interposition divine et des 
preuves absolues de la mission et 
de la doctrine d'un prophète. Il fut 
accusé d'avoir , dans la composition 
de cet ouvrage, profité , sans en 
faire l'aveu , d'un traité sur le même 
sujet , publié par Lemoine ; mais 
cette imputation était très injuste, 
comme on en put juger par V Examen 
de ce traité , qu'il fit imprimer en 
1772. Farmer donna en 1775 un 
Essai sur les démoniaques du Nou- 
veau - Testament , où il cherche à 
prouver que les maladies attribuées à 
des possessions du démon sont l'effet 
de causes naturelles, et non de l'ac- 
tion de quelque malin esprit. Cet 
essai fut attaqué avec chaleur par un 
théologien anglican , le docteur Guil- 
laume Worthington , dans sa Recher- 
che impartiale au sujet des démonia- 
ques de V Evangile y etc., 1777. 
Farmer y répondit en 1 778 , par ses 
Lettres au docteur Worthington. 
L'ouvrage ayant été également atta- 
qué avec habileté , mais avec beau- 
coup d'aigreur , par un non confor- 
miste , le docteur Fell , dans un traité 
intitulé les Démoniaques, 1779, Far- 
iner , en y répondant d'une manière 
indirecte dans le eours de son dernier 
ouvrage, The P revalence, etc., c'est- 
à - dire , l'opinion de la croyance 
universelle de l'adoration des w 



jG6 FAR 

prits humains chez les anciennes na- 
tions païennes , établie et démontrée , 
traita ce théologien avec une sévérité 
qui parut excessive aux yeux du pu- 
blic. Fcll répliqua en publiant , en 
1785 , Y Idolâtrie de la Grèce et de 
Rome , distinguée de celle des au- 
tres nations païennes , dans une 
lettre au révérend Hugues Farmer. 
Fanner, qui n'aimait pas la contro- 
verse, ne reprit point la plume. Il ré- 
signa successivement ses fonctions 
ecclésiastiques , après avoir été qua- 
rante ans pasteur de la Congrégation 
de Walthamstow. Il mourut dans ce 
hameau , le février 1 787 , et fut 
enseveli dans le même tombeau que 
son ami Snell. Hugues Farmer unis- 
sait aux qualités éminentes qui distin- 
guent ses ouvrages , les qualités aima- 
bles qui brillent dans le monde et font 
rechercher la société. On ne lui a re- 
proché qu'une réserve déplacée dans 
l'aveu de ses opinions religieuses. 
Tous ses ouvrages avaient pour but 
commun d'établir que l'univers est 
gouverné par Dieu seul , et ils pas- 
sent pour les meilleurs qui aient éié 
publiés dans le même but. Il avait 
laissé un grand nombre de lettres , de 
sermons et autres manuscrits de sa 
composition, qui furent livrés aux 
flammes après sa mort, conformé- 
ment à ses désirs. Ils lurent long- 
temps regrettés; mais il ne paraît pas 
qu'on y ait beaucoup perdu, s'il faut 
en juger par quelques extraits, tels 
qu'un fragment de Dissertation sur 
l'histoire de tialaam, qui ont été 
publiés en i8o r >, a la suite de IMé- 
juoii < s sur la vie et lei < ; <ii!> dr Hll 

gués Farmer, par un de ses amis, 
Michel Dodson. 8 — u 

FARMER ( KicuAnn), célèbre 

tique anglais, né en 1 7 » "» . était filf 
d'un bonnetier de Leicestcr; il com- 
mença sou éducation dans l'école pu- 



FÀ1 

blique de son pays natal, et vint l'a- 
chever au collège Emmanuel de l'uni- 
versité de Cambridge. Il se fanait re- 
marquer par la douceur de sou ca- 
ractère , son application à l'étude et 
la vivacité de son esprit ; il montra 
même dans sa jeunesse quelque talent 
pour la poésie. 11 obtint en 1 760 
l'emploi d'instituteur particulier dans 
son collège , emploi auquel il était 
plus propre par son savoir que par 
son exactitude. Il desservait en même 
temps la cure de Swavesey , à huit 
milles de Cambridge. La société des 
antiquaires de Londres le reçut au 
nombre de ses membres en 1765. En 
1766 il fit paraître le prospectus de 
V Histoire et les Antiquités de la ville 
deLeicesler,recuei\\ics originairement 
par Thomas Staveley. Cet ouvrage de- 
vait être publié par souscription, sur le 
manuscrit de l'auteur, avec des addi- 
tions , etc. , par Richard Farmer; mais 
d'autres occupations, et plus encore 
sou amour pour le repos , favorisé 
par l'aisance dont il jouissait, l'em- 
pêchèrent de mettre la dernière main 
à cet ouvrage, qu'il avait déjà com- 
mencé de livrer à l'impression : ce 
ne fut qu'eu 1789 qu'il y renonça 
entièrement , et il remboursa aux 
souscripteurs l'argent qu'ils avaient 
déposé. Les matériaux ont été depuis 
remis à M. Jean Nichols, qui a dû en 
faire usa-e pour la composition de 
son Histoire du comté de Leiee-ter. 
Fariner donna en i^><>, tO un vol. 
iu-8". de 8 1 pag. seulement, son Essai 
sur térudttkm de Shakespeare , l'un 
des meilleurs morceaux de critique 
que possède la littérature anglaise , et 
qui a décidé une longue et vive dis- 
on qui s'était < : ..\ce sur la me- 
sure des connaissances que le barde 
de l'Avon avait acquise-* par la l<e- 
tuie. Fanner pense que Shakespeare 
avait fort peu de ce qu'on appelle 



FAÏt 

proprement érudition ; qu'il ne con- 
naissait l'histoire et la mythologie des 
anciens que par des traductions an- 
glaises de leurs ouvrages , et il re- 
trouve même dans ses pièces des ex- 
pressions et des bévues de ces tra- 
ductions. 11 prouve que Shakespeare 
ne savait pas mieux le français et l'ita- 
lien, et qu'enfin son talent était presque 
uniquement l'ouvrage de la nature. 
Cet essai est d'un homme profondé- 
ment versé dans l'ancienne littérature 
dramatique de l'Angleterre , d'un es- 
prit plein de sagacité , heureux dans 
ses recherches comme dans ses con- 
jectures. Il fut réimprimé l'année sui- 
vante (1767), et l'a été depuis en 
1789, en 1793, dans l'édition de 
Shakespeare, donnée par Stevens , 
en i5 volumes, et en i8o3, dans 
celle de Reed, en i\ volumes, toutes 
deux in-8°. Il lui procura , ainsi que 
«on attachement aux principes du 
ministère, des protecteurs puissants 
et zélés. En 1 769 le docteur Terrick, 
e'vêque de Londres , choisit Farmer 
pour un des prédicateurs de la cha- 
pelle royale à Whitehall ; il fut nom- 
mé en 1775 principal du collège Em- 
manuel, l'année suivante vice-chan- 
celier, et en 1778 principal biblio- 
thécaire de l'université , dont il con- 
tribua beaucoup à améliorer l'état, 
ainsi que celui de la ville de Cam- 
bridge. Il obtint de l'université, en 
1780 , la place de chancelier de 
Lichtfield et Coventry ; en 1782, une 
prébende dans l'église de Cantorbery, 
que lui fit obtenir le lord North , et 
qu'il échangea ensuite pour un cano- 
nicat de l'église de St.-Pau!. Il mou- 
rut à son collège le 8 septembre 1 797. 
Farmer était d'un naturel extrême- 
ment indolent , qui a nui beaucoup à 
ses intérêts et à ceux de la littéra- 
ture, qu'il encourageait dans les au- 
tres , mais qu'il aurait pu enrichir lui- 



FAR 1C7 

même. Son extérieur était fort né- 
gligé , et ses manières peu polies ; il 
fut cependant étroitement lie avec le 
célèbre poète Gray , connu par la 
recherche de ses manières, et qui por- 
tait le soin de sa toilette jusqu'à la fa- 
tuité. Sa plus douce récréation était sa 
pipe; l'avantage de pouvoir se livrer 
plus eu liberté à son goût pour le spec- 
tacle et pour la taverne , le décida 
à refuser l'épiscopat qui, dit -on, 
lui avait été offert deux fois par 
M. Pitt , dont il était un des plus ar- 
dents admirateurs. Il avait une sorte 
de passion pour les livres rares, sui- 
tout pour les livres gothiques , ce 
qui lui a valu une place dans la Bi- 
bliomanie de M. Dibdin. On disait de 
lui, qu'il aimait également le porter 
vieux , les vieux habits et les vieux 
livres. Mais des ridicules personnels _, 
quelques singularités de caractère , 
suite, à ce qu'il paraît, d'un dérange- 
ment d'esprit que lui avait causé autre- 
fois un amour contrarié, ne peuvent lui 
ravir l'estime que méritaient son zèle 
actif pour le bien, sa libéralité, le 
charme de sa société , attesté par des 
hommes du plus grand mérite, parti- 
culièrement par le docteur Parr, qui 
professait cependant des principes po- 
litiques absolument opposés aux siens. 
Ou doit regretter qu'il ait écrit ou pu- 
blié si peu; car on n'a guère de lui, 
après son Essai sur Shakespeare, 
que quelques poésies et autres écrits 
de peu d'étendue, dont nous ne cite- 
rons que des directions pour étudier 
V histoire d'Angleterre, im primées 
dans KEuropean magazine de 1 791 , 
et dans un Recueil publié par M. 
Sward , sous le ûlveàeBiographiana. 
On lui a attribué, sans doute par er- 
reur , des Remarques faites à la 
hâte sur l'édition de Shakespeare 
publiée par Edmond Malone , 1792, 
iu-8'\ X— s\ 



i6S FAR 

FARNABY ou FARNÀBIE ( Tho- 
mas) , célèbre maître d'école anglais, 
fils d'un charpentier du pays de Cor- 
DOtiaiiles , mais dont la famille était 
originaire d'Italie, naquit à Londres 
vers \5"5, et fut d'abord attache 
comme serviteur au collège de Mcrton 
d'Oxford; il abandonna bientôt et son 
paye et sa religion, passa en Espagne, 
et fut reçu dans un collège de jésuites; 
mais la discipline sévère de cet ordre 
ne put l'y retenir long-fcmps. Après 
avoir accompagné sir Francis Droke 
et sir John Hawkins dans leur der- 
nière navigation en iopS, il prit du 
service comme volontaire dans les 
Pays-lias. De retour en Angleterre, il 
continua d'errer pendant quelque 
temps sous ic nom de Thomas Dain- 
raf , anagramme de son propre 
nom. Il se fixa enfin à Martock , dans 
le comté de Sommersct, où l'indigence 
le réduisit à tenir une école de petits 
enfants; il vint ensuite à Londres, y 
ouvrit également une école qui acquit 
une telle vogue , qu'on y vit à la fois 
plus de trois cents élèves. S'étant fait 
connaître dans le même temps par 
des ouvrages de critique , il prit des 
grades dans les universités d'Oxford 
et de Gimbridge; en iG56, les ma- 
ladies fréquentes qui régnaient dans 
la capitale, l'engagèrent à aller s'éta- 
blir à Sevenoaks dans le comté de 
Kent. Il acheta des terres dans ce 
comté, ainsi que dans le comté de 
Sussex , continuant néanmoins de se 
Iivk r à renseignement auquel il avait 
dû sa fortune. Pendant !a guérie ci- 
vile, il M rendit suspect au parle- 
ment pour avoir dit a l'occasion du 
Ferment de protestation, qu'il valait 
mieux avoir un roi que d'en avoir 
cinq cents. Soupçonné ensuite d'avoir 
favorisé le soulèvement qui eut lieu 
aux environs de Ton bridge en laveur 
du roi, il fut renfermé à Newgate eu 



FAR 

1 643 , et transféré de là à Ely-house , 
où il demeura plusieurs années. 11 
mourut le 12 juin 1647 > ^& e ^ e 
"•1 ans. On a de lui quelques ou- 
vrages de critique et de grammaire : 
I. Index rheloricus scholis accommo- 
daius , 1 ( i 1 5 , auquel on a joint par 
la suite , Fonnulœ oratoriœ et Index 
poëticus. II. Florilegium epigram- 
maium grœcorum , eoriunque latino 
versu à variis redditorum , 1 6-29. 

III. Sjstema grammaticum, 1 64 » ; 

IV. Phrasœologia anglo-lalina. V. 
Tabula* linguœ grœcœ. Mais il est 
beaucoup plus connu par les notes ou 
commentaires qu'il a donnes sur un 
grand nombre d'auteurs classiques. 
Son Juvenal fut publié pour la pre- 
mière fois eu 1 6 1 *2 , avec Perse ; Sé- 
nèquele tragique en 161a, Martial 
en ! 6 1 5 , Lucain en 1618, Virgile 
en i654, etc. 11 a aussi commenté les 
Métamorphoses d' Ovide , et les qua- 
tre premières comédies de Térence. 
Ce dernier travail a été continué 
par Meric Casaubon , qui a publié 
l'ouvrage entier à Londres en i65t. 
Les Commentaires de Farnaby ontéîé 
très-souvent réimprimés; ils sont re- 
commandes par Maillet et par Baylc , 
comme pouvant être utiles aux étu- 
diants; mais Saxius, d'après les meil- 
leurs philologues modernes, l'appelle 
Criticus minorum çentium. X — s. 

FAKNESE , maison illustre d'Italie 
que le pape Paul 111 a élevée avant le 
milieu du i(> . Siècle à la souveraineté 
de Parme et de Plaisance. Sa géo 
gie est connue dès le milieu du 1 V. 
siècle; elle possédait à cette époque 
le château «le Farncto, dans le terri- 
toire d'Orvièle; elle a donné quelques 
généraux à l'Eglise et à la république 
florentine, avant de produire Alexan- 
dre Farnèse qui fut pape sous le nom 
de Paul II!. S. S— 1. 

FARNESE ( Piekre) , général des 



FAR 

Florentins au quatorzième siècle. 
Simple gentilhomme d'Orvieto , il 
avait acquis , dans les guerres de l'E- 
glise , la réputation d'un bon capi- 
taine, lorsque les Florentins firent 
choix de lui , au printemps de 1 565 , 
pour commander l'armée qu'ils en- 
voyaient contre Pise. Farnèse livra 
bataille aux Pisans le 1 1 mai ; il les 
vainquit, et fit prisonnier leur gé- 
néral avec la plus grande partie de 
leur armée; mais le 19 juin suivant il 
fut atteint delà peste qui désolait alors 
la Toscane, et il mourut la même 
nuit. 11 fut vivement regrette par les 
Florentins. S. S — 1. 

FAR3NESE (Pierre-Louis ), fils 
du pape Paul III , premier duc de 
Parme et de Plaisance où il régna de 
i5/p à 1547. Pierre-Louis était né 
d'Alexandre Farnèse, avant que ce- 
lui-ci eût reçu la pourpre , en i4<P ? 
des mains d'Alexandre Vï. Ce cardi- 
nal , ayant été fait pape en 1 554 » ^ ' a 
mort de Clément VII , s'occupa dès- 
lors avec passion du soin d'agrandir sa 
famille. Pierre-Louis fut en i557 
nommé gonfalonier de l'Eglise, sci- 
gneurde Népi et duc de Castro. Il 
avait cinq enfants de sa femme Hié- 
ronime Orsini ; le pape s'efforça de 
les pourvoir tous richement. 11 ac- 
corda, dès le 18 décembre i554, le 
chapeau de cardinal à l'aîné, Alexan- 
dre , quoiqu'il fût à peine âgé de qua- 
torze ans ; il fit épouser , en 1 538 , au 
second, Octave, Marguerite d'Autri- 
che , fille naturelle de Charles-Quint, 
çléjà veuve du duc de Florence, et en- 
suite gouvernante des Pays-Bas. En 
même temps il obtint pour Octave la 
ville de Novare avec le litre de mar- 
quisat; l'année suivante il lui donna 
aussi le duché de Camerino , sur le- 
quel il avait acheté les droits d'Hercule 
Varano. Le troisième fils, Horace, 
épousa , en 1 547 ? Diane ? ^ e nalu- 



FAR i6<> 

relie de Henri II , roi de France , et 
fut en même temps nommé duc de 
Castro; le quatrième , Ranuce, fut fait 
cardinal à i'âp;e de quinze ans, et Vic- 
toire, sœur de ces princes, futmariée 
au duc d'Urbin. Mais c'était surtout 
Pierre-Louis que Paul III désirait pla- 
cer au rang des souverains ; il ne se 
laissait point rebuter par les vices 
odieux de cet homme farouche qui , 
par ses mœurs infimes, son orgueil 
et sa cruauté , s'attirait la haine uni- 
verselle. Pierre-Louis, avec un mé- 
lange inouï de la plus honteuse dé- 
bauche et de la plus scandaleuse pro- 
fanation , avait enlevé l'évêque de 
Fano , en 1 557 , de son siège episco- 
pal , et lui avait fait violence dans ses 
habits pontificaux ; il lui avait ainsi 
communiqué d'affreuses maladies dont 
l'évêque, âgé seulement de vingt-qua- 
tre ans , mais renommé pour sa sain- 
teté, était mort au bout de quarante 
jours. Pierre -Louis fut chargé , en 
i54o, de soumettre Pérouse, qui s'é- 
tait révoltée contrôle pape; il dévasta 
son territoire, et se rendit maître de 
la ville , où il bâtit une forteresse , 
tandis qu'il fit périr par différents 
supplices les citoyens les plus consi- 
dérés. Pendant ce temps, Paul III 
s'efforçait de lui faire adjuger par 
Charles-Quint le duché de Milan, dis- 
puté entre l'empereur et la France , et 
que ni l'une ni l'autre de ces puissan- 
ces ne voulait céder à la puissance ri- 
vale. Paul III fit un voyage , en 1 543, 
auprès de l'empereur pour le sollici- 
ter; il lui offrit des sommes énormes 
pour prix de cette acquisition ; mais 
voyant enfin que Charles ne voûtait 
pas se dessaisir de cet état, même en 
faveur de son gendre et de sa fille,, 
Paul III résolut d'ériger en duché 
les deux états de Parme et de Plai- 
sance , que Jules II avait conquis 
sur le duché de Milan pendant les 



170 FAR 

guerres de la ligue de Cambrai. Pour 
déterminer le sacre' collège à con- 
sentir à cette aliénation, il réunit à 
la chambre apostolique les. duchés 
de Camerino et de Nepi , qu'il avait 
auparavant donnés à son fils; il greva 
Parme et Plaisance d'un tribut annuel 
de neuf mille ducats; et, après avoir 
acheté le suffrage de plusieurs des car- 
dinaux , il créa , au mois d'août 1 545, 
son fils , Pierre-Louis Farnèse , duc 
de Parme et de Plaisance. En même 
temps il envoya deux de ses petits- 
iils avec un corps nombreux de trou- 
pes, pour combattre la ligue de Smal- 
calde, afin de mériter ainsi la protec- 
tion de l'empereur. Pierre-Louis Far- 
nèse s'établit à Plaisance où il fit bâtir 
une citadelle. Il chercha de bonne 
heure à faire plier sous le joug la no- 
blesse de ses nouveaux états, que l'E- 
glise avait laissé jouir d'une grande 
indépendance. II enleva aux nobles 
leurs armes, limita leurs privilèges, 
et les contraignit à venir habiter la 
ville, sous peine de confiscation de 
leurs biens : donnant un effet rétroac- 
tif à ses lois, il rechercha dans leur 
conduite tout ce qu'il y avait eu de 
réprébensible avant l'époque de son 
gouvernement , pour les en punir par 
des amendes ou des confiscations. Les 
chefs de la noblesse de Plaisance , les 
Pallavicini, Landi, Ànguissola et 
Confalonieri , ne pouvant supporter 
davantage le joug odieux de ce tyran , 
s'entendirent avec don Ferdinand de 
Gonzague, gouverneur de Milan, qui 
détestai! aussi Farnèse. Trente-sept 
conjurés , avec des armes cachées sous 
leurs habits, s'introduisirent l'un 
après l'autre dans la citadelle de Plai- 
sance, le 10 septembre i5/J7 , comme 
pour faire leur com au dm -, et .s'élant 
emparés des principaux pasatC s da 
palais, Jean Anguissola entra dans la 
chambre du duc, et le poignarda , 



FAR 

sans que celui-ci , qui était rendu im- 
potent par ses honteuses maladies , 
pût faire un mouvement pour se dé- 
fendre. Les conjurés ayant par deux 
coups de canon averti Ferdinand de 
Gonzague de leur succès , celui-ci leur 
envoya aussitôt un renfort, et vint 
bientôt après lui-même prendre pos- 
session de Plaisance au nom de l'em- 
pereur. S. S — 1. 

FARNESE ( Octave ) , second 
duc de Parme et de Plaisance, fils et 
successeur de Pierre-Louis, était à 
Permise , auprès de Paul II J, lorsqu'il 
apprit que son père avait été assassiné 
à Plaisance, le 10 septembre 1 547 » 
que Ferdinand de Gonzague, lieute- 
nant de l'empereur à Milan , avait pris 
possession de Plaisance au nom de 
Charles-Quint, qu'il avait promis de 
réformer les abus du gouvernement , 
de diminuer les impôts , et de pardon- 
ner à tous les coupables; enfin que les 
forteresses de San-Donnino, Val-di- 
Taro, et Castel-Gueifo s'étaient ren- 
dues à lui. D'autre part, cependant , 
les Parmesans avaient proclamé pour 
duc Octave Farnèse: celui-ci accourut 
au milieu d'eux avec l'année du pape; 
mais se sentant trop faibie pour atta- 
quer Plaisance, il fut contraint «à si- 
gner une trêve avec Gonzague, en 
même temps qu'il négociait avec Henri 
II pour s'assurer l'appui de la France. 
Cependant Octave Farnèse, gendre 
de l'empereur et petit-fils du pape, se 
voyait également dépouillé par tous 
deux. Gonzague faisait à Milan des 
préparatifs pour attaquer Parme; et 
Paul III , pour mieux défendre cette 
ville, résolut de la réunir de nouveau 
au domaine immédiat de l'Eglise. 11 
rappela son petit -fils à Rome eu 
1549, <l '1 ^ occuper P.. une pat- 
Camille Orsini , général de l'Eglise. En 
donnant cette nouvelle à Octave, il 
lui annonça qu'il lui rendrait le duclui 



FAR 

de Camerino, dont il l'avait précé- 
demment investi, mais auparavant il 
voulait terminer des négociations com- 
mencées soit avec l'empereur, soit 
avec le roi de France. Le pape était fort 
vieux , et Octave courait risque de 
le voir mourir tout à coup sans avoir 
pourvu à son sort. Il le pressa long- 
temps de se décider, puis marchant 
sur Parme à l'irnproviste , il essaya 
de surprendre cette ville , afin d'être 
nanti de quelque chose. N'ayant pu y 
réussir , il entra en traité avec Ferdi- 
nand de Gonzague pour recouvrer la 
faveur de l'empereur; mais Paul III 
conçut tant de douleur de ces demain 
ches précipitées, qu'il en mourut le 
i o novembre 1 549. Octave, dépouillé 
de tous ses états, et privé de l'appui 
de son grand-père, paraissait perdu 
sans ressources; mais Paul III, pen- 
dant un pontificat de seize ans , ayant 
créé soixante-dix cardinaux , avait as- 
suréà sa famille un parti puissantdans 
le sacré collège. Le pape Jules III fut 
à peine consacré, que pour témoigner 
sa reconnaissance au parti Farnèse , 
il fit rendre Parme avec tout le duché 
à Octave, le 'i!\ février 1 55o ; il le créa 
gonfalonier de l'Eglise, tandis qu'il 
confirma son frère Horace dans la 
charge de préfet de Rome. Jules 111 
avait cru être agréable à l'empereur 
en rendant un état à son gendre; m is 
les généraux de Charles-Quint haïs- 
saient Farnèse, et voulaient le ruiner. 
Celui-ci fut obligé de recourir cà la 
protedion de la France, et le traité 
qu'il signa, le 27 mai i55i , avec 
Henri II , attira sur lui l'indignation 
du pape et de l'empereur ; ses fiefs 
furent confisqués , les cardinaux ses 
frères furent obligés de sortir de Home; 
cependant il se défendit avec coura- 
ge , et au bout de deux ans , il obtint 
une trêve honorable. Sur ces entre- 
faites , Horace Farnèse, duc de Castro 



FAR 1 7 r 

et frère du duc de Parme, fut tué le 
18 juillet i553 en défendant Hesdin, 
contre les impériaux; c'était lui qui 
avait rapproché la maison Farnèse de 
la France. Comme il mourait sans en- 
fants , Octave recueillit sa succession , 
et chercha en même temps à se récon- 
cilier avec la maison d'Autriche. Son 
traité avec Philippe II fut conclu le 
i5 septembre i556. Les villes de 
Plaisance et de Novarc lui furent ren- 
dues; le monarque espagnol s'en ré- 
serva cependant les forteresses , et il 
ne restitua celle de Plaisance que trente 
ans après. Quant à Novare , cette ville 
avait servi de dot à Marguerite d'Au- 
triche, et ne passa point à la maison 
Farnèse. La réconciliation de Farnèse 
avec Philippe II fut consolidée par les 
services que sa femme , Marguerite 
d'Autriche , et son fils Alexandre ren- 
dirent à la monarchie espagnole dans 
les Pays-Bas. Marguerite ne paraît pas 
avoir désiré vivre avec son époux. 
Philippe II la nomma, en 1 55g, gou- 
vernante des Pays-Bas ; et cette prin- 
cesse, par sa modération et sa dou- 
ceur , aurait probablement conservé 
ces riches provinces aux Espagnols , 
si Philippe avait écouté ses conseils 
plutôt que de suivre son propre génie 
soupçonneux et cruel. Il la rappela , 
en 1067, lorsqu'il envoya en Flandre 
leducd'Albe. Marguerite, après avoir 
rendu une visite à son mari à Parme , 
se retira dansl'Abruzze , où elle mou- 
rut au mois de février i586. Son fils 
Alexandre avait habité en Flandre 
avec elle; il y fut rappelé en 1577 
pour prendre le commandement que 
Philippe II avait ôté au duc d'Albe; 
il y était toujours , et s'était déjà illus- 
tré par les exploits les plus glorieux , 
lorsque son père Octave Farnèse mou- 
rut le 18 septembre i58G. Octave 
Farnèse avait joui pendant les trente 
dernières années de sa vie d'une paix, 



1^ 



FAR 



non interrompue; il en avait profite 
pour réparer les desordres des admi- 
nistrations précédentes , et soigner le 
bonheur des peuples qui lui étaient 
soumis. Il fit prospérer les deux du- 
chés de Parme et de Plaisance, et sa 
mémoire a été long-temps chère aux 
habitants de ce pays. S. S — i. 

FARNÈSE ( Alexandre), général 
de Philippe II, en Flandre, troisième 
duc de Parme et Plaisance , était le 
fils aîné d'Octave Farnèse et de Mar- 
guerite d'Autriche. Il accompagna sa 
mère en Flandre, lorsqu'elle tut nora- 
Inée gouvernante des Pays-Bas, et il 
y épousa, le 18 novembre i565, 
Marie , nièce du roi Jean de Portugal. 
ïl n'était cependant encore âgé que de 
dix ans. Il fit ensuite ses premières 
armes sous don Juan d'Autriche , et il 
se distingua à la bataille de Lepante , 
le iG septembre îS^i. Dès-lors, il se 
consacra uniquement à l'éinde de l'art 
militaire , et comme il joignait un cou- 
rage brillant et beaucoup de présence 
d'esprit à la vigueur du corps, à l'a- 
dresse, et à toutes les qualités qnyieu- 
Vent plaire aux soldats , i! se fit bientôt 
un nom parmi les milices espagnoles. 
A la fin de l'année 1377 , Philippe II 
l'appela de l'Abruzze, où il était auprès 
de sa mère, pour ramener en Flandre, 
h don Juan d'Autriche , les troupes es- 

Sagnolcs que celui-ci avait été obligé 
e renvoyer. Alexandre trouva la santé 
de don Juan presque détruite, et en 
effet, il mourut le 1". octobre de l'an- 
née suivante. Les affaires du roi d'Es- 
pagne, dans les Pays-Bas , semblaient 
ruinées, et les insurgés avaient par- 
tout le dessus. La victoire de Gem- 
blours , rcmpoitee en 1 >8 , par 
Alexandre, .sous les ordres de don 
Juan, qui vivait encore, commença 
à rétablir la répntatio! ignols. 

Alexandre Farnèse fut investi par Phi- 
lippe 11 , après la mort de don Juan , 



FAR 

du gouvernement des Pays-Bas; ce 
prince, après avoir pris Maastricht et 
plusieurs autres villes, entra en négo- 
ciation avec les insurgés; il sut profiter 
habilement des dissentions que la reli- 
gion excitait entre eux, et il engagea , 
en i58o , presque tous les catholiques 
à se réconcilier avec Philippe II , tan- 
dis que les protestants conclurent en- 
tre eux la fameuse union d'Utrecht. 
Les Provinces-Unies, se voyant trop 
faibles pour résister au prince de 
Parme, appelèrent en i58i un nou- 
veau défenseur, le duc d'Anjou, frère 
de Henri III de France; celui-ci, avec 
une armée de vingt-cinq mille hommes, 
força Farnèse à lever le siège de Cam- 
brai; mais il ne sut pas tirer parti de 
la supériorité de ses forces, et dans 
la même année, Alexandre prit Breda, 
St.-Ghilain et Tonrnay. 11 eut de nou- 
veaux succès l'année suivante, et il en 
eut plus encore après 1 585 , lorsque 
le duc d'Anjou eut aliéné les états- gé- 
néraux, par son entreprise sur Anvers. 
Dunkerque, Bruges, Ypres, Gand et 
Anvers, ouvrirent leurs portes au 
prince de Parme, après autant de siè- 
ges par lesquels il enseigna le premier 
à l'Europe que les plus fortes places 
doivent toujours finir par succomber 
devant un habile ennemi. Ce fut au 
milieu de ces triomphes, qu'Alexan- 
dre Farnèse reçut la nouvelle de la 
mort de son père, survenue ■ Parme 
le 18 septembre 1 586. Il demanda 
aussitôt ou congé au roi catholique 
pour venir prendre le gouvernement 
de ses étala; mais n'ayant pu l'obte- 
nir, il continua la guerre en Flandre; 
et il ne revit jamais le pays dont il 
était devenu .souverain. Il semblait 
sstblequcles Provinces-Uni 
nilusscnt pas lorsque tout* 
1 de la monarchie espagnole 
étaient dirigées par un général aussi 
habile que Farnèse, Ujii s:.\ait secon- 



FAR 
cilier l'amour des peuples, en même 
temps qu'il remplissait ses ennemis de 
terreur , mais les guerres civiles de 
la France firent le salut des Hollan- 
dais. Le prince de Parme entra en 
France en i5go, pour forcer Henri IV 
à lever le siège de Paris, et il atteignit 
son but, tout en refusant de livrer ba- 
taille. A son retour en Flandre , il y 
trouva Maurice de Nassau , qui , for- 
tifié par son absence , avait enlevé 
plusieurs places aux catholiques. Les 
soldats d'Alexandre Farnèse s'étaient 
mutinés phis d'une fois , faute de paie, 
le roi Philippe ne faisant jamais arri- 
ver les subsides au moment où ils 
étaient promis. Cependant Farnèse te- 
nait en échec en même temps les deux 
plus habiles généraux de son siècle , 
Maurice de Nassau et Henri lV,cti! for- 
ça encore ce dernier à lever, en 1 592, 
le siège de Rouen (1). A son retour 
de cette expédition il fut blessé au bras 
devant Caudebec , et le 'i décembre 
1 5gi , il mourut dans Arras à l'âge de 
quarante-sept ans , des suites de cette 
blessure qu'il avait trop négligée. Il 
laissa deux fils , Ranuce qui lui succéda 
et Ed uiard , que le pape Grégoire XIV 
avait créé cardinal en 1 5gi . S. S — 1. 
FARNÈSE (Ranuce I r .), qua- 
trième duc de Panne et de Plaisance, 
fils aîné d'Alexandre Farnèse , était en 



(1) Le duc de Parme ayant ru l'imprudence de 
se laisser enfermer dans le pays de Caux, aurait 
été infailliblement obligé de mettre bas les armes, 
si , par une manœuvre hardie , et conduite avec 
toute la prudence possible , i! ne se fut tire- de ce 
mauvais pas , en faisant passer la Seine à son ar- 
mée à la vue du roi, qui, trompé par une nouvelle 
ruse, ne put jamais l entamer Farnèse, à sou ar- 
rivée devant Rouen , avait Lissé échapper l'occa- 
sion de prendre le monarque f rane.iis . qui s'expo- 
sait témérairement. Comme on lui reprochaitdans 
la suite cette faute , il répondit: «Je la ferais en- 
» eore , parce que )'ai cru avoir affaire a un géné- 
y> rai , et non a un carabin. » Le roi , piqué de ce 
jugement, dit: « (1 est bien aisé au duc de i'arme 
» d'être prudent, pnree qu'il ne risque que de ue 



fai 



des conquêtes dont il peui se pa 



» au lieu que moi je défends ma couronne . et il 
» est bien naturel que, rebuté d'une si longue 
» Kuerre , je prodigne mon sanj; et hasarde tout 
« pour en voir ia tiu.i» 



FAR i 7 3 

Flandre auprès de son père, et il lui 
servait de lieutenant, lorsque ce grand 
général mourut en i5g2*, mais quoi- 
qu'il eût montré de la bravoure dans 
les combats, il n'avait hérité d'aucune 
des qualités héroïques de son père ; il 
était sombre, sévere, avare et défiant*' 
Il ne voulait inspirer à ses sujets que 
de la terreur ; mais celte terreur se 
changea bientôt en une haine achar- 
née. Ranuce Farnèse remarquant le 
mécontentement de la noblesse, l'ac- 
cusa d'avoir conjuré contre lui : les 
chefs des familles Sati Vitali , Simo- 
netta , Coreggio , Mazzi et Scoli , après 
avoir été soumis à un procès secret , 
eurent la tête tranchée le 19 mai 
1612, et leurs biens furent confis- 
qué^ un grand nombre de leurs clieas 
et de leurs domestiques furent pendus 
comme complices de la prétendue con- 
juration. Cependant Ranuce s'aperçut 
bientôt que personne en Italie ne 
croyait à la réalité du complot qu'il 
avait puni. Pour convaincre Cosme II, 
grand due de Toscane , il lui envoya 
une copie du procès qu'il avait fait ins- 
truire , mais celui-ci pour toute ré- 
ponse fît compiler un prétendu pro- 
cès criminel contre le ministre de Far- 
nèse , duquel il résultait que ce minis- 
tre, qui n'avait jamais été à Livourne , 
y avait commis un mcurlre de sa pro- 
pre main; lui donnant ainsi à enten- 
dre que les dépositions écrites de té- 
moins secrets prouvent la volonté du 
juge et non le crime de l'accusé. Le 
duc de Mantoue était lui-même impli- 
qué dans ce procès, et il témoigna 
hautement son mécontentement de 
cette accusation injurieuse. Une guerre 
paraissait inévilabîe entre les deux 
états , mais Vincent de Gonzague , et 
son fils François , moururent la même 
année, et le cardinal de Mantoue, qui 
leur succéda, fut détourné de sa que- 
relle avec Farnèse par ses différents 



J74 FAR 

avec le duc de Savoie. Ranuce Farnèse 
avait épousé, en 1600, Marguerite 
Aldobrandini , petite nièce du pape 
Clément VIII. Une brouillerie entre 
les deux époux les tint long-temps sé- 
parés l'un de l'autre, et l'on croyait 
que ce mariage demeurerait stérile. A 
cette époque , Ranuce voulait appeler 
à la succession son bâtard , Octave 
Farnèse, mais Marguerite lui ayant 
ensuite donné plusieurs enfants , le 
duc de Parme ne sentit plus pour son 
bâtard que de la haine ou de la jalou- 
sie : il voyait que ses qualités bril- 
lantes lui avaient gagné l'amour de la 
noblesse et du peuple , et de peur qu'il 
ne troublât Tordre de la succession , il 
]e fit enfermer dans l'affreuse prison 
de la Roquette à Parme, où Octave 
périt misérablement au bout de quel- 
ques années. Ranuce mourut au com- 
mencement de mars 1622, laissant 
cinq enfants , Alexandre , qui se trou- 
vant sourd et muet , fut écarté du trône 
ducal; Edouard qui succéda à son 
père ; François - Marie , qui fut car- 
dinal , et deux filles qui toutes deux 
furent duchesses de Modène. Ce fut 
pendant le règne de Ranuce I er . , que 
le fameux théâtre de Parme fut cons- 
truit par l'architecte Jean - Baptiste 
Aleotti , sur le modèle des théâtres 
romains. Ranuce, malgré la férocité 
de son caractère, avait du goût pour 
les lettres et les arts, et il accorda sa 
protection ;mx savants. S. S — I. 

FARNESE (Edouard), cinquième 
duc de Panne et de Plaisance, second 
fils de Ranuce I er ., auquel il suc- 
céda en 1033 , avait un esprit sa- 
iinque et mordant, beaucoup d'élo- 
quence, mais plus de présomption 
encore; il voulait tout faire par lui- 
même, et il demandait à ses mi- 
nières de la soumission non des con- 

( )n l'empêcha cependant de pren- 
dre part à lu guerre pour la succession 



FAR 

de Mantoue ; mais impatient de se si* 
gnaler par les armes, pour lesque'Ics 
il croyait être fait, il s'allia en\635 
aux Français contre les Espagnols , et 
il fit , avec peu de succès , sur Va- 
lenza et sur Crémone , des entreprises 
qui attirèrent les représailles des en- 
nemis dans l'état de Parme, et qui 
l'épuisèrent d'hommes et d'argent. Les 
Espagnols , de leur côté , n'avaient 
plus ni énergie ni persévérance , et ils 
lui accordèrent la paix en 1657 , dès 
que Farnèse consentit à la demander. 
Pour ces entreprises guerrières , Far- 
nèse avait emprunté à Rome de grau- 
des sommes d'argent , qu'il avait hy- 
pothéquées sur les duchés de Castro 
et Ronciglione. Son irrégularité dans 
le paiement des intérêts, lui attira une 
nouvelle guerre avec le pape Urbain 
VIII ( Voj \ Barberini). Edouard, 
dans cette guerre, qui éclata en 164 1, 
signala de nouveau son caractère 
aventureux et inconsidéré, tandis que 
les Barberini, neveux du p.ipe, don- 
nèrent des preuves de leur lâcheté ; 
mais le duc de Parme après avoir fait 
trembler le pape dans Rome , se laissa 
désarmer par de trompeuses négocia- 
tions. Les ducs de Toscane, de Mo- 
dène et les Vénitiens , prirent cepen- 
dant la défense de Farnèse, et lui pro- 
curèrent en 1644 une paix qui le ré- 
tablissait dans les limites qu'il avait 
avant la guerre. Une extrême corpu- 
lence rendait Edouard Farnèse peu 
propre au inéii» r des armes, qu'il ai- 
mait avec tant de passion. Il transmit 
à ses ralenti cette constitution deve- 
nue ensuite fatale à la maison Farnèse. 
Il mourut âgé de quarante ans , le 11 
septembre i<>i<>, laissant quatre fils 
et deux filles , de Marguei ite de Médi- 
as, fille de Cosme H. L'aîné de ses en- 
fants, Kanuce 11, lui succéda. S.S — 1. 
FARNESE (Kamh II), sixième 
duc de Parme et de Plaisante , liis et 



FAR 

successeur d'Edouard Farnèse, ré- 
gna de 1646 à i6(j/|. Il n'était point 
féroce comme son aïeul ou présomp- 
tueux comme son père; mais, faciie 
et faible, il se laissait gouverner, 
et se confia plus eTirte fois à d'in- 
dignes favoris. Un maître de langue 
française, nommé Godefroi, devint 
son premier ministre, et reçut de lui 
le titre de marquis. Cet aventurier en- 
gagea lf duc dans une guerre avec la 
cour de Rome, en faisant assassiner 
en 1649, ' e nouvel évêquede Castro, 
que Farnèse ne voulait pas recon- 
naître. Le pape Innocent X, indigné 
de cet attentat, fit raser Castro, et ne 
laissa qu'une colonne avec une inscrip- 
tion, au milieu des ruines de cette 
ville. L<' marquis Godefroi qui con- 
duisait contre Rome une armée , fut 
battu dans le Bolonais. Ses ennemis 
profitèrent de son absence pour le per- 
dre dans l'esprit de sou maître. Ra- 
nuceà son retour, lui fit trancher la 
tête, et confisqua tous ses biens. 11 fut 
ensuite obligé, pour faire sa paix avec 
l'Eglise , de lui céder les deux états de 
Castro et de honciglionc. Ranuee II 
e'pousa en 1 660 Marguerite de Savoie ; 
après la mort de celle-ci, il épousa 
Isabelle d'Esté, et enfin Marie, sœur 
de la dernière. L'aîné de ses fiis, 
Edouard , mourut avant lui , le 5 sep- 
tembre iGçp , suffoqué par son exces- 
sif embonpoint. Le fils de celui-ci, 
Alexandre, mourut aussi, mais sa 
fille Elisabeth, née le 25 octobre 1690, 
fut ensuite reine d'Espagne, et c'est 
elle qui a transmis l'héritage des Far- 
nèse à la maison de Bourbon. Ra- 
nuee II mourut le 1 » décembre 1694, 
laissant deux fils , François et Antoine, 
qui tous deux régnèrent après lui. 
S. S— 1. 
FARNÈSE ( François ) , 7 . duc 
de Parme et de Plaisance, ayant suc- 
cédé à Rajiuce II son père, le 1 1 dé- 



FAR i 7 5 

cembre 1694» épousa Dorothée de 
Neubourg, veuve d'Edouard Farnèse, 
son frère aîné; mais il n'en eut point 
d'enfants , et son embonpoint exces- 
sif lui laissait peu d'espérance d'eu 
avoir. Le duc de Parme s'efforça de 
maintenir sa neutralité pendant la 
guerre pour ia succession d'Espagne. 
Il se mit sous la protection de l'Église 
dont il était feudataire; mais les Im- 
périaux , mécontents du pape Clé- 
ment XI , ne voulurent pas recon- 
naître Parme et Plaisance pour fiefs de 
l'Eglise, et violèrent plusieurs fois ce 
territoire. Le 16 septembre 171^, Phi- 
lippe V, roi d'Espagne, épousa Elisa- 
beth Farnèse , fille d'Edouard et nièce 
de François, duc de Parme. Comme 
on pouvait déjà prévoir que ce dernier 
n'aurait pas d'enfants, les premières 
puissances de l'Europe , pour éviter 
que sa succession n'occasionnât une 
guerre, disposèrent d'avance, en 1 720, 
de l'héi itage de la maison Farnèse en 
faveur d'un fils de Philippe V et d'E- 
lisabeth Farnèse, qui ne fût pas roi 
d'Espagne. Le même fils devait re- 
cueillir aussi l'héritage de la maison 
de Médicis , également sur le point de 
s'éteindre. Cependant François Far- 
nèse, qui voyait ainsi régler sans le 
consulter sa succession de son vivant 
par la quadruple alliance, évitait les 
regards du peuple et les occasions de 
se montrer en public. Il était bègue, 
et il avait de lui-même une défiance 
méritée; néanmoins on vantait sa pru- 
dence et sa justice. Il mourut le 26 fé- 
vrier 1 727 , âgé de quarante-neuf ans. 
Son frère don Antoine, qui était d'une 
année plus jeune que lui, lui succéda. 
S. S— 1. 
FARNÈSE ( Antoine ), 8 e . duc de 
Parme et <ie Plaisance, frère et suc- 
cesseur de François, régna de 1727 
à f 751. 11 n'avait jamais pu obtenir 
de son frère, un revenu suffisant pour 



176 FAR 

pouvoir se marier; il le fit enfin lors- 
qu'il lui eut succède. Il épousa, eu fé- 
vrier 1728, Henriette d'Esté, 5'. fille 
du duc de Modène ; mais son âge et 
son extrême corpulence ne lui permi- 
rent point d'en avoir d'enfants. Le rè- 
gne d'Antoine fut une période d'humi- 
liations et de dépendance. Les puis- 
sances étrangères disposaient de ses 
états, de ses biens, de ses affaires de 
famille; on exigeait déjà qu'il reçût 
garnison dans Parme , et l'infant d'Es- 
pagne don Carlos devait venir se mon- 
trer à lui comme son héritier. La mort 
d'Antoine Farnèse , survenue le 20 
janvier 1701, délivra ce prince de ces 
humiliations. En mourant, il crovait 
sa femme grosse , et celle-ci continua 
jusqu'au mois de septembre de se flat- 
ter qu'elle donnerait un héritier à la 
maison Farnèse; mais elle fut enfin 
obligée de reconnaître qu'elle s'était 
trompée, et six mille Espagnols vin- 
rent au nom de don Carlos prendre 
possession de Parme et de Plaisance. 

FAKNÈSE ( Elisabeth ) , reine 
d'Espagne. Voy. Elisabeth. 

FARlNEWORTH ( Ellis ), ecclé- 
siastique anglais, né à ce qu'on croit 
à Bonteshall , dans le comté de Der- 
by, était recteur de Carringlon lors- 
qu'il mourut dans la misère, Je 25 
mars 1 765. On lui doit des traduc- 
tions anglaises de quelques ouvra- 
ges italiens: I. Fie du pape Sixte 
F, de Grégorio Leti, avec une pré- 
face , des prolégomènes , des notes 
tt un appendix, 1754, in-lb!.; II. 
Histoire des guerres civiles de Fran- 
ce , de Davila, 1757, 2 vol. in-4°.J 
III. la Traduction des OEuvres de 
Machiavel, eclaircie par des notes, 
des dissertations , et quelques plana 
nouveaux sur l'art de la guerre, 1 761, 
a vol. in-4°., et 1775, 4 vol. in -S ., 
avec des corrections , et le portrait et 
la vie de Machiavel. X — s. 



FAR 
■' FARON ( S. ), ou BURGUNDO- 
FARO, e'vêque de Meaux, passa ses 
premières années à la cour du roi 
Théodebert 1 1 , et ensuite du roi Thier- 
ri, son frère et son successeur; puis 
il s'attacha en 61 5 à Clotaire II. Ce 
fut Stc. Fare, sa sœur, qui le déter- 
mina à se consacrer à Dieu, en se 
séparant, avec un consentement mu- 
tuel, de sa femme, et renonçant au 
monde. Il devint en 626 évêque tic 
Meaux, et assista au concile qui se 
tint à Sens en 65o. S. Faron mourut 
le 28 octobre 672, âgé de près de 
quatre-vingts ans. L — P — e. 

FARQUHAR ( George ) , naquit 
en 1678 à Londonderry, en Irlande, 
où il paraît que sa famille était assez 
connue. Cette famille était trop nom- 
breuse pour être riche ; ensuite que 
ses parents ne purent lui donner au- 
tre chose qu'une bonne éducation, il 
fut élevé ta l'université de Dublin ; 
mais, incapable de songer à s'y avan- 
cer par la lente et régulière progres- 
sion des degrés de l'université, il choi- 
sit une autre carrière plus conforme 
à ses goûts : il se fit comédien. Sa fi- 
gure, son esprit, son talent devaient 
lui assurer des succès de plus d'un 
genre dans une profession à laquelle 
n'est point attachée en Angleterre , 
comme en France, cette espèce de dé- 
faveur que peut à peine ellaccr un 
grand talent; mais sa voix et ses ma- 
nières trop douces ne convenaient pas 
au genre d'effet que demande le théâ- 
tre anglais, et un accident l'en dé- 
goûta pour jamais. Jouant une tragédie 
(le Drydon, l'Empereur indien, où 
le personnagcqu'il représentait, Guyo- 
mar, tue un général espagnol, il ou- 
blia dTémousser son épéc; le pauvre 
général pensa è;re tué tout-a-fait j il 
fut du moins dangereusement blessé, 
et Farqubar tellement frappe de ce 
ma heur, qu'il ne put se résoudre à 



FAR 

s'y exposer de nouveau. Mais cet es- 
sai avait achevé de développer son 
goût et son talent pour la littérature 
dramatique. D acteur, Farquhar de- 
vint auteur , et s'étant rendu à Lon- 
die>, il y donna avec succès, en 
1 698, sa première comédie, Love and 
a Bottle ( V Amour et le Vin ). A 
peu près dans le même temps, le 
comte Orrery , de qui Farquhar était 
déjà connu par ses talents littérai- 
res et estimé pour son caractère , 
lui donna une commission de lieute- 
nant dans son régiment, alors en Ir- 
lande. Farquhar put alors se livrer 
sans obstacle à son talent, à son goût 
pour le plaisir et surtout pour la so- 
ciété, où l'aménité de ses manières , la 
douceur de ses mœurs le faisaient ai- 
mer et rechercher. Plusieurs comé- 
dies, données dans l'espace de quelques 
années , nous attestent ses travaux , 
et le recueil de ses lettres, la plupart 
adressées à une maîtresse, que l'on 
croit être la célèbre inistriss G'dfields , 
qu'il avait contribué à faire recevoir au 
théâtre » l'âge de 16 ans, nous prou- 
vent que le travail n'avait pas été sa seu- 
le occupation. L'amour , à ce qu'il pa- 
raît , tenait une grande place dans sa 
vie, du moins si l'on en croit un por- 
trait qu'il a laissé de lui , où l'on voit 
en même temps qu'il s'était arrangé 
pour vivre commodément avec un hôîe 
si familier chez lui : « Je suis, dil-il , 
» tics réservé à promettre, surtout 
» sur le grand article de la constance, 
» d'abord parce que je n'ai jamais es- 
» sayé mes forces à cet ép;ard , et que 
» je crois en second lieu qu'un homme 
» ne peut pas plus répondre de sa oons- 
» tance que de sa santé.» On croit qu'il 
s'est peint sous les traits d'un person- 
nage reproduit dans deux de ses co- 
médies , sir Harry Wildair, gai, lé- 
ger, insouciant. Ce serait donc ainsi 
qu'il faudrait se le représenter ; si l'on 
xiv. 



FAR 177 

!» 'avait lieu de penser que, pour rendre 
le personnage plus à la mode et en 
même temps plus comique , il a char- 
gé les traits d'extravagance, et di- 
minué le fond de sensibilité et de bon- 
té qui faisait le charme du carac- 
tère de l'auteur* Ce mérite et ces agré- 
ments lui coûtèrent bien cher : une 
jeune femme qui s'était prise de pas- 
sion pour lui, voulant l'épouser, n'en 
imagina pas de meilleur moyen que 
de se faire croire fort riche ; elle était 
aimable, belle, et Farquhar trouva 
qu'une grande fortune n'y gâtait rien. 
Il l'épousa , et lorsqu'il s'aperçut qu'on 
l'avait trompé, trop heureux de ne 
l'être que sur la fortune , ou trop bon 
et trop paresseux pour se fâcher, il 
n'eu vécut pas moius très bien avec 
elle ; mais l'économie lui était incon- 
nue, la contrainte impossible. Jeté 
dans des embarras pénibles , il ne sut 
d'autre moyen pour y p3rer que de 
vendre sa commission, sur la pro- 
messe que lui fît un homme de la cour 
de ses amis de le pourvoir plus avan- 
tageusement. Celui-ci ayant manqué à 
sa parole, Farquhar succomba au cha- 
grin de sa position ,et mourut en avril 
1707, n'ayant pas encore trente ans. 
Sa dernière comédie , the Beaux's 
stratagem ( la ftuse du petit-maître), 
ne fut jouée que peu de jours avant sa 
mort, et il n'eut guère que le temps 
d'en apprendre le succès. Cette pièce 
est regardée comme son chef-d'œuvre. 
Il a laissé un nom dans le théâtre an- 
glais, par l'amusante vivacité de ses 
intrigues, assez naturellement condui- 
tes, quoique fondées presque toutes 
sur des suppositions invraisemblables 
et romanesques ; par la çaité de son 
dialogue, où l'on trouve moins d'es- 
prit qui* dans celui de Congrève, mais 
peut-être un peu moins de recherche, 
quoiqu'il y en ait encore beaucoup. 
Il semblerait que le ton d'hommes de 

12 



i 7 8 FAE 

plaisir et de société, comme Farquhar 
et Congrève, occupés seulement à se 
laisser aller aux jouissances de la vie , 
dût être le naturel et la facilité; mais 
ce n'est pourtant point ce caractère 
qui se fait remarquer chez les écri- 
vains les plus adonnés aux plaisirs 
oisifs de la société. La recherche des 
mots est une affaire que se fait l'es- 
prit quand il n'en a pas d'autre, et 
la simplicité est un fruit de la réflexion 
qui met aux choses leur véritable prix. 
Le ton des personnages de Farquhar 
et de Congrève paraît avoir été celui 
de la société du temps ; on le retrouve 
jusque dans les lettres de Farquhar à 
sa maîtresse : ainsi , il a donc dans ses 
comédies une vérité relative. Quant à 
celle des caractères, Farquhar n'y a 
pas pensé : il n'imagine pas de les 
peindre par ces tiv.its d'où sort le co- 
mique, il lui suffit qu'annoncés une 
fois, ils puissent servir à l'intrigue et 
au mouvement de sa pièce ; et , comme 
un fond d'honnêteté qui perce partout 
à travers les détestables mœurs qu'il 
nous peint, lui permet rarement de 
finir une comédie sans conversion , 
cette conversion arrive quand on n'a 
plus besoin des travers ou des vices 
dont il a fait les ressorts de son ac- 
tion. C'est au reste dans Farquhar, 
plus que dans aucun autre poète co- 
mique du temps, qu'on peut le mieux 
voir l'influence qu'avaient alors les 
modes et les mœurs françaises sur la 
société de Londres. Outre ses lettres 
et ses comédies, au nombre de huit, 
qui se montrent encore avec avantage 
au théâtre, il a laissé quelques poé- 
sies, quelques essais et un discours 
iur la comédie dramatique , où il 
s'élève fortement contre l'assnjétis- 
Mincnt aux règles, et soutient qu'une 
j ièce décente et ennuyeuse , est beau- 
coup plus contraire aux mœurs que 
la comédie la plus licencieuse , parce 



FAR 

qu'elle laisse aux spectateurs beaucoup 
plus de temps pour s'occuper de leurs 
voisins. Nous ne croyons pas les précep- 
tes de Farquhar , en fait de comédie , 
beaucoup meilleurs à suivre que ses 
exemples; mais ils prouvent également 
un grand fonds d'esprit et d'originalité. 
Ses œuvres ont été imprimées pour la 
dixième fois en 1772 à Londres, en 
2 vol. in-12. S — d. 

FAKSETTÏ, famille noble , origi- 
naire de Luni, dont une branche s'é- 
tabliî d'abord à Massa di Carrara, 
puis a Florence, et l'autre branche à 
Venise. Toutes deux ont fourni des 
hommes distingués. — Philippe Far- 
setti , né à Massa , fut un des bons 
poètes latins du 16 e . siècle. — Cosme 
Farsetti , jurisconsulte , né le 1 7 mai 
16 19, à Massa, qui formait encore 
alors une principauté indépendante, 
fut conseiller intime du duc, et son 
ambassadeur auprès de la république 
de Venise, de celle de Lucques , du 
gouvernement de Milan et du grand- 
duc Ferdinand II. Cette dernière am- 
bassade lui fournit l'occasion de se 
fixer à Florence, où il fut revêtu par 
Ferdinand et par Cosme III, son suc- 
cesseur , des premiers emplois de la 
magistrature. 11 y mourut le 23 fé- 
vrier 1689. N na laissé que quelques 
ouvrages sur des questions particu- 
lières de jurisprudence, écrits en la- 
tin et im primés. — André Farsetti, 
son fils , né à Massa , le jo novembre 
i655 , après avoir été professeur de 
droit civil à Pise, suivit à Florence la 
même tanière (pie son père, et lui 
suecéda dans ses emplois. L'estime 
dont il jouissait esl attesta par une 
médaille frappée en son honneur, qui 
M tniuve duis le musée de Ma/zu- 
clielli; elle l'est aussi par le choix que 
le célèbre Magiiabeeeoi fit de lui pour 
cire sou exécuteur testamentaire; mais 
Farsetti ne put pas remplir entière- 



FAR 

ment celte honorable fonction; le tes- 
tament de M igliabecchi était du mois 
de mai 1774 , et il mourut le 12 fé- 
vrier de Tannée suivante. Ce qu'on a 
de lui se borne aussi à quelques ou- 
vrages de sa profession. En lui finit la 
branche masculine de Massa ; celle de 
Venise a jeté plus d'éclat dans les 
lettres et dans les arts. — L'abbé Phi- 
lippe Farsetti, qui était fort riche, 
fit le plus noble emploi de sa fortune. 
Avec des dépenses dignes d'un souve- 
rain, il fit mouler en plâtre, dans 
leur grandeur naturelle , les chefs- 
d'œuvre de sculpture antique et moder- 
ne qui se trouvaient à Rome, à Floren- 
ce , à Naples , et dans d'autres villes 
d'Italie. Plus heureux que Louis XIV, 
dont il imitait en quelque sorte la ma- 
gnificence, il obtint à Home , sans ex- 
ception , toutes les copies qu'il avait 
demandées , et prit la sage précaution 
qu'avait négligée le monarque , de con- 
server les moules de toutes les statues, 
groupes ou autres monuments , pour 
pouvoir , en cas d'accident, faire tirer 
de nouvelles copies. Il rassembla un 
grand nombre de bronzes des meil- 
leurs maîtres , de modèles des plus fa- 
meux sculpteurs, et d'esquisses des 
plus grands peintres. Il fit construire 
en liège et en pierre ponce , des mo- 
dèles de tous les arcs de triomphe et 
des temples antiques de Rome, et fit 
copier, par d'habiles mains, les pein- 
tures de Raphaël dans les loges du 
Vatican, d'Annibal Carrache dans la 
galerie Farnèse, et d'autres morceaux 
de la première réputation. Il y joignit 
un nombre infini de monuments pré- 
cieux des arts du dessin , et il fit pla- 
cer à Venise, dans son palais, toute 
cette riche et immense collection , 
pour la jouissance des amis des arts , 
et surtout pour l'élude des jeunes 
élèves, qui pouvaient ainsi s'instruire 
par l'imitation de l'antique et de chefs- 



FAR 179 

d'œuvre des grands maîtres dans tous 
les genres , sans voyager hors de leur 
patrie. Ce Muséum acquit une grande 
célébrité , surtout lorsque l'abbé Las- 
tesio , ou Dalle Laste , eut écrit à ce 
sujet une savante Lettre latine à l'aca- 
démie de Cortone, et l'eut fait impri- 
mer à Venise en 1 764 , in-4°. ( Voy. 
Lastesio). La poésie contribua aussi 
à en étendre la renommée: — Le bailli 
Joseph-Thomas Farsetti, comman- 
deur de l'ordre de Malthe , cousin de 
Philippe, et celui qui a donné au nom 
de Farsetti le plus d'illustration litté- 
raire , fit un appel à tous les poètes qui 
florissaient alors , et leur proposa de 
composer chacun sur un ou plusieurs 
des chefs-d'œuvre de l'art qui for- 
maient cette collection, une pièce de 
vers italiens ou latins. Il donna lui- 
même l'exemple , et fit trois de ces 
pièces en latin et deux en italien. 
Cette espèce de concours produisit un 
bon nombre de morceaux d'une grande 
élégance dans les deux langues, et 
quoiqu'ils ne fussent point imprimés 
en recueil , comme on en avait d'abord 
eu le projet, l'Italie entière retentit des 
éloges du Muséum et de son proprié- 
taire. Le bailli Farsetti, livré dans sa 
jeunesse au goût des lettres, s'appli- 
qua surtout à la poésie latine, et forma 
son style sur celui de Catulle et des 
autres poètes du bon siècle. Après 
avoir fait les caravanes prescrites par 
les statuts de l'ordre de Malte, où il 
était entré, il vova^ea pendant quel- 
ques années , et publia pour la pre- 
mière fois ses vers latins à Paris, 
1 755 , in 8". Il en envoya un exem- 
plaire au P. Desbillons, jésuite, dont 
il estimait la personne, le goût pur et 
l'excellente latinité. Le fabuliste lui ré- 
pondit : « J'ai trouvé, en général, beau- 
» coup de délicatesse dans 1rs pièces 
» qui composent ce recueil ; il y en a 
» quelques-unes qui pourraient soute- 

12.. 



i8o F An 

» nir le parallèle avec les meilleures 
» de celles qui nous restent des poètes 
)> légers du siècle d'Auguste, surtout 
» de Catulle et de Properce. » Farsetti 
de'dia ce recueil à son cousin Philippe, 
et le fit réimprimer à Venise, i 763 , 
in-8% en même temps qu'il y fit pa- 
raître ses œuvres italiennes en prose 
et en vers , dédiées à l'acade'raie de la 
Crusca , dont il e'tait membre. Parmi 
• les morceaux de prose , on remarque 
dans ce volume un discours académi- 
que contenant la réfutation des ide'es 
de Fontenelie sur la nature de l'Eglo- 
gue. Les poésies italiennes consistent 
en deux trage'dies et en trois petits 
poèmes, dont le meilleur est une très 
jolie fable allégorique sur l'origine de 
Venise, intitulée la Trasformazione 
d'Adria. La première des deux tra- 
gédies est la Mort d'Hercule , tra- 
duite des Trachiniennes de Sopho- 
cle, qu'il avait d'abord fait paraître 
séparément, Venise, 1758, in-12. 
Le sujet de la seconde est l'aventure 
tragique du troubadour Guillaume de 
Cabeslaing et de la femme de Raimond 
de Castel Roussillon , que l'abbé Mil- 
lot a racontée dans la vie de Cabes- 
laing, Ilist. litt. des troubadours , 
tom. I, et qui ressemble tellement à 
celle de Raoul de Couci et de Ga- 
briclle de Vergy, qu'il faut nécessai- 
rement que l'une ait servi d'original à 
l'autre. Farsetti l'a traitée à la maniè- 
re des tragiques grecs et latins. Il a 
fait du comte Raimond un roi , de la 
comtesse Marguerite, qu'il nomme 
Sormonde , une reine ; il leur donne 
un conseiller, une nourrice, et y 
ajoute un messager, un devin et le 
chœur. C'est la Jalousie sous la forme 
d'une ombre qui fait le prologue. Ou 
est seulement averti que le lien de la 
scène est une ville de Provence. Le 
style de ces deux pièces est tic-, bon 
t-t très pur. Il parut une iccoude edi- 



FAR 

tion de ce volume à Venise, 1 567 , 
in-8°. Pailoni , BibL de' Volg. , attri- 
bue aussi à Farsetti une traduction du 
Philoctète de Sophocle, imprimée à 
Venise ( con alcune rime), 1767,111- 
8°. Il peut d'abord paraître singulier 
que l'auteur, ayant donné cette année- 
là même et dans la même ville une 
seconde édition de ses Opère volga- 
ri , n'y ait pas fait entrer son Phi- 
loctète et ses autres poésies italien- 
nes ; mais le titre de celte seconde 
édition , que nous avons sous les 
yeux , porte les mots tomo primo , 
qui n'étaient point sur celui de la pre- 
mière , et quoique le simple mot fine 
termine ce premier volume , il est 
probable que le Philoctète et les poé- 
sies citées par Paitoni , en forment un 
second. Farsetti traduisit aussi en vers 
non rimes , sciolti , les églogues de 
Nemesien et de Calpurnius. La Bu- 
colica di Nemesiano e di Calpurnio 
volgarizzata, \enise, 1761 , in-8°. 
Il dédia celte traduction à M uie . du 
Boccage, qu'il avait beaucoup vue 
pendant son séjour à Paris. Nous ap- 
prenons dans son épître dédicatoire, 
que Nemesien était traduit depuis 
long-temps, et que ce fut à la priera 
de cette aimable française qu'il y joi- 
gnit plusieurs années après Calpur- 
nius. La troisième églogue de Neme- 
sien, intitulée Pane, parut pour la 
première fois l'année précédente dans 
les Quattro egloghe rusticali , \ e- 
nise , 1 760, in-8°. Les poésies latines 
de Farsetti ont été réimprimées plus 
d'une fois, entre autres à Parme, par 
Bodoni, 177G.gr.in-8'., etàLeyde, 
1785, in-8 ■'. 11 laissa en manuscrit un 
grand nombre d'ouvrages , dont les 
plus importants étaient relatifs à l'his- 
toire d'Italie. Il en publia une Notice 
raUonnce, sous le litre de Bibliotheca 
manuscrilta, Venise, 1771 , ii- 
et Lcbrct en donne un extrait daus 



FAR 
son Magazin , 4 e . et 5 e . part. (Ulm , 
1 77 i et années suivantes , in-8\ , en 
allemand). Joseph - Thomas Farsetti 
était aussi rccommandable par Ja dou- 
ccur^de son caractère et la pureté de 
ses mœurs , que par ses talents. Il 
avait recueilli dans ses voyages en Ita- 
lie et à l'étranger , une bibliothèque 
nombreuse et parfaitement bien com- 
poste. Elle était ouverte aux hommes 
studieux, comme le Muséum de Phi- 
lippe l'était aux amateurs et aux élèves 
des arts. Il avait un frère nommé Da- 
niel, et une sœur appelée Eugénie , 
qu'il eut la douleur de perdre; il dé- 
plora leur mort, et surtout celle de 
sa sœur, dans une Elégie touchante 
qu'on lit dans la dernière édition de 
ses poésies latines. Il mourut lui-même 
à Venise dans un âge assez avancé. 
Adelung fixe l'époque de sa mort vers 



FAS 



181 



j 77 :>. 



G— E. 



FARULLI ( George - Ange ) , ca- 
maldule de la maison de Ste.-Marie- 
des-Anges à Florence, où il mourut en 
17*28, ne s'est guère acquis de la cé- 
lébrité que par l'extrême fécondité de 
sa plume. Dans l'éloge que consacrè- 
rent à sa mémoire les PP. Mittarelli et 
Costadoni ? dans les Annales camal- 
dulenses , on se borne à dire qu'il 
avait publié , tant sous un nom em- 
prunté que sous le sien propre , un 
très grand nombre d'ouvrages, pres- 
que tous écrits sans style et sans mé- 
thode , dont plusieurs étaient remplis 
de choses oiseuses, mais dans lesquels 
cependant on pouvait en trouver beau- 
coup d'utiles. Les plus remarquables 
des Œuvres du P. Farulli , sont : I. 
Storia cronologica del nobile ed an- 
tico monastero degli Angioli di Fi- 
renze , delV ordine Camaldolese , 
dalla fondazione sino al présente 
giorno, con la série de* Beau, 20 
vol. in -4°. , Lucques , 1 700 ; II. An- 
nali e Memorie deW antica e nobile 



città di S. Sepulcro , etc. , vol. in- 4°. , 
Foligno, 1 7 ï 3; III. Annali , ovvero 
notizie sloriche delV antica , nobile e 
valorosa città di Arezzo in Tosca- 
na , dal suo principio siîio alV anno 
1 7 1 7 , Foligno , in - 4°. ; IV. Fila 
délia B. Elisabetta Salviati, Bassano 
( Florence ) , 1 723 , in-4°. Cet ouvrage, 
ainsi que les précédents , parut sous le 
nom de l'abbé Pet. Farulli; les deux 
suivants furent publiés sous le nom de 
Fr. Masseti ; V. Notizie sloriche délia 
città di Sienna in Toscana, Lucques, 
1722, in-4°«, suivies d'un supplé- 
ment imprimé aussi à Lucques, ea 
1725; VI. Teatro storico del sacro 
eremo di Camaldoli^ e dei monas- 
terj di S. Salvadore, di S. Maria 
degli An poli, di S. Felice inpiazza 
e di S. Benedetto di Firenze, tutti 
delV ordine Camaldolese , con la 
notizia de* monasteri di monache di 
S. Pietro, etc._, del medesimo ordine 
di Francesco Masetti , Lucques , in- 
4°. ; VIL Cronologia délia famiglia 
de' Canigiani di Firenze , Sienne , 
1 722 , in-4°«, sous le nom de Nicolas 
Caslruzzi, ainsi que le suivant ; VIII. 
Cronologia degliuomini insigni délia 
famiglia de' Giugni di Firenze , 
Lucca , 1 72-3 , in - 4°« ? IX. Cronisto- 
ria delV Abbadia di S. Croce délia, 
fonte delV Avellana nelV Umbria , 
Siena, 1720, in-4°. de i6pag. Voy. 
Cinelli , Biblioleca volante. G— n. 

FASCII ( Augustin-Henri), né à 
Arnstadt, en Thuiïr.ge , le 19 février 
i63g, termina dans cette ville son 
cours d'humanités , puis se rendit à 
l'université de Iéna , pour y étudier la 
médecine. Il suivit de préférence les 
leçons du célèbre Rolfink, qui présida 
sa première thèse : Ordo et methodus 
cognoscendi et curandi causum , 
1664. Reçu docteur en i667 ? Fasch 
obtint en 1 670 la chaire de botanique^ 
et bientôt après celles de chirurgie et 



lS2 



VAS 



d'anatomie. Son temps fut absorbe par 
les travaux de l'enseignement , par 
une pratique très étendue , et par 
l'emploi de médecin de l'électeur de 
Saxe, de manière qu'il ne signala par 
aucun ouvrage sa carrière professo- 
rale , qui pourtant fut de dix sept an- 
nées. Fascb mourut le 22 janvier 1690, 
ne laissant à ia république littéraire 
que le faible souvenir des disserta- 
tions , du reste fort multipliées , dé- 
fendues sous sa présidence. La plus 
renommée est sans contredit celle 
que soutint le 5i décembre 1681, l'il- 
lustre Fiédéric Hofman, qui a été plu- 
sieurs fois réimprimée : Dexvzoyjipix. 
Parmi les autres , il suffira d'en distin- 
guer un petit nombre : I. De morbo 
dominorum et domino morborum , 
1670; II. De vesicatoriis , 1675; 

I I I . De myrrhd, resp. Baker, 1 67 7 ; 

IV. De casloreo , 16775V. De ova- 
rio mulierum, resp. Bertuch, 1681 ; 
VI. av5pa£ pestilens , resp. Slevogt _, 
1681 ; VII. nzfjtoTiozçpIi) siologicè et 
■palhologicè considérâtes , resp. Ger- 
ber , 1 685 ; VIII. De amore insano, 
resp. Backhaus, 1686; IX. Ventri- 
culi* scilicet naturœ coqui , cura 
circà sustentanda humani corporis 
organa et viscera, 1 687 ; X. Defebre 
amatorid, 1690. Jean - Guillaume 
Laier a publié le Programma funèbre 
de Auguste-Henri Fasch, Iéna,i69o, 
in-fol. C. 

FASEL ( Jean-Frederic ) , né le 
^4 juin 1 72 1 , à Berka , dans le duché 
de Weimar , étudia la médecine à l'u- 
niversité de Iéna, devint un des disci- 
ples les plus distingués du savantChar- 
les-Frédéric Kaltschmidt, qui présida 
sa dissertation inaugurale : De san- 
çuinis in venam portarum congesii 
verd naturd, 1 75 1 . Fasel m crut 
point , comme la plupart des jeunes 
docteurs , avoir terminé ses études 
médicales. Il ne vit dans son diplôme 



FAS 

que le droit, à la vérité bien précieux, 
de joindre la pratique à la théorie. 
Domine en 1758 professeur extraor- 
dinaire, et en 1761 professeur or- 
dinaire de médecine, il remplit ho- 
norablement ces fonctions jusqu'à sa 
mort, arrivée le 16 février 1767. Ses 
ouvrages , ou plutôt ses opuscules , 
sont en très petit nombre. Parmi les 
thèses défendues sous sa présidence , 
il en est une non moins remarquable 
par son étendue ( 120 pages iu-j". ) 
que par la méthode lumineuse, bien 
qu'un peu trop scholastique, et par 
les sages réflexions dont elle est en- 
richie; mais Fasel prévient lui-même 
qu'elle a été composée par le candidat 
Jérémie-Daniel Brebis : De morbis 
arteriarum , cum suis causis, ejjec- 
tibus , atque signis tam diagnoslicis 
quant prognoslicis ,léna, 4 juin 1 757. 
IJneautre dissertation, beaucoupmoins 
volumineuse et moins intéressante, se 
rattache à la précédente , dont elle est 
en quelque sorte le complément : De 
arteriis non sanguiferis , resp. C. F. 
C. Cappe, 6 avril 1 765. On pourrait 
encore citer quelques thèses sur la 
structurée et les usages des poumons , 
sur les nerfs exhalants , sur l'absorp- 
tion , sur l'éternuement ; sept pro- 
grammes sur l'ouraque , quatre sur les 
remèdes cordiaux, etc. Fasel donna 
en 1 764 une édition estimée des lus- 
litutiones medicinœ legalis de Teich- 
meyer. Il avait rédigé un opuscule 
sur la même matière, qui fut public 
par Chrétien Rickmann : Elementa 
medicinœ forensis prœlectionibus ac- 
commodata, léna, 1767, in-.'i". , 
tiad. en allemand par Chrcticn-Gode- 
fioi Lange, Leipzig, «7 ( >8, in-8". ; 
Wui/.ltourg, 1770, in-S". C. 

FàSOLO (Jean), en latin Fa- 
seolus , né à Padoue dam le 16'. siè- 
cle, étudia avec succès les langues et 
la littérature anciennes, Il commença 



FAS 
yers i55a à donner des leçons d'élo- 
quence à l'université ; niais il ne fut 
nomme' professeur en titre qu'en 
i5t>7 , après la mort de Robortcl , 
célèbre humaniste. Le jour de son 
installation il voulut , suivant l'usage , 
prononcer un discours de remercî- 
mcnt. Apres avoir adressé quelques 
compliments à l'assemblée, la mé- 
moire lui manqua. 11 fit de vains ef- 
forts pour se rappeler son discours , 
et fut obligé de descendre de la 
chaire sans en avoir pu dire un seul 
mot. Cet accident l'exposa aux rail- 
leries de ses élèves , et ils s'en per- 
mirent de sanglantes. Cependant il 
ne se découragea point , et que/que 
temps après il prononça une allocu- 
tion publique, dans laquelle il se jus- 
tifia de son défaut de mémoire par 
l'exemple des plus grands orateurs 
anciens et modernes. Fasolo mourut 
à Padoue au mois de décembre 1571 
dans un âge peu avancé. On lui doit 
la première traduction latine des 
Commentaires de Simplicius sur le 
traité de l'ame d'Aristote, Venise, 
i545, in-fol. Papadopoli (Hist. de 
Vuniv. de Padoue) cite encore de 
Fasolo trois Lettres latines écrites , 
dit-il , avec autant de politesse que 
d'élégance. W — s. 

FASSONI (Libérât ) , savant re- 
ligieux, mort à Rome en 1767 , fut 
tellement renfermé dans les devoirs 
de son état qu'on ne le connaît que 
par les charges qu'il remplit et les 
ouvrages qu'il a publiés. C'était dans 
l'ordre des clercs réguliers des écoles 
Pies qu'il avait embrassé la vie reli- 
gieuse. En 1754 il était professeur de 
théologie et de littérature grecque 
dans le collège de Siniga^lia, et en 
même temps dans le séminaire de 
cette ville. 11 fut ensuite appelé à 
Rome, où il remplit en 1755 et 1756 
la chaire de théologie dans le uou- 



FAT i83 

veau collège que les piaristes venaient 
d'y obtenir. Eu 1757 il commença à 
prendre a Romo même le litre de 
professeur eméiite , et en 1758 il 
était membre de la congrégation des 
Conciles et associe de l'académie 
étrusque de Cortone. Ce que nous 
avons pu connaître de ses innom- 
brables productions consiste dans les 
Dissertations suivantes: I. De Leib- 
nitiano rationis prîncipio , in-fol., 
Sinigaglia , 1 754 ; IL De grœcd sa- 
crarum litterarum editione à LXX 
interpretibus . in-4'\, Urbin, 17^4, 
réimprimé à Rome avec des correc- 
tions et des additions en 1758; III. 
De miraculis , adversus Ben. Spino- 
sam; la 2 P . édition augmentée parut 
à Rome, in-fol., en 1755 ; IV. De 
voce Homousion , in - 4% Rome , 
1755. Il y fait voir que ce mot ne 
fut point rejeté ou proscrit par le 
concile d'Antioche; V. De cidlu Je- 
sui- Christo à Magis adhibito , ad' 
versus Rich. Simonium et Sam, 
Basnagium, in-fol., Rome, i"]56; 
VI. De puellarum monasteriis ca- 
none 38 Epaonensis concilii ce- 
lebratis, 1 767 , in-fol,; VIL De 
cognitione S. Joannis-Baptistœ in 
matris utero exsultantis , adversàs 
Sam. Basnagium, Rome, 1757 , in- 
4°. J VIII. De veritaie alque divi- 
nitate historiée Magorum, quœ est 
apud Malhœum , cap. '2 , v. 1 - 1 3 , 
adversus Collinsium, Rome, 1758, 
in-fol., etc. G — n. 

FATAH ( Abou-Nasr ), fils de Mo- 
hammed , écrivain arabe d'Espagne ou 
d'Afrique , s'adonna avec ardeur à l'é- 
tude des belles-lettres et de l'histoire 
littéraire, voyagea beaucoup, et fut tué 
à Maroc en 5^9 de l'hégire ( 1 1 55 de 
Jésus-Christ) , ou plutôt 535 ( 1 i4o- 
4i ), par Tordre d'Ali ben Yousef, 
roi de cette ville. Tels sont les faibles 
renseignements biographiques que 



184 FAT 

Pou possède touchant cet auteur; mais 
nous connaissons mieux ses oui i 
En roi< i la nomenclature : I. Catiud 
tlt'if) an , (colliers et or). Ci M unehi* 
littéraire d'Espagne écrite d'un 
itj <• relevé , et qui se divise en quatre 
parties. La première esl cens ten 
princes c»pagnols»musulmauj qui ont 
cultivé la poésie; la a*., iut retirs, 
aux grands, aux 6t riraini , < t sus 
hommes éloquent! ; la 5 . , aux ea- 
dhis, .ni\ jurisconsultes, aux oniV- 
mas e\ auxsékls;]a j ., aux hommes 
de lettres ef eux poètes les plus distin- 

I .1 i'ultl. miji. possède d< u\ 1:11 

uuscritsdc cet 01 iris donne 4 

J.i lisic des personnages qui j occupent 
une place ( BibL ar, hisp, t II . Fa- 
i,ih Sonne ordinairement de long 

. de IV. rirain dont il 
parle; et comme ses extraits ton! bits 
de ^oût, son ouvrage <st 
très estimé des Arabes, et serait très 
mile pour une histoire «le ta littérature 
arabe - espagnole! IL Dlouihmik 
mlanfom , i record des mt 
une autre histoire littéraire qui m di- 
vise en trois livres* \.r i". traite des 

i n i\.iiiis et (1rs lioiniiK s eloi|e< nts ; 

. des Gadhta 1 1 des oulémas: le 

r>'. des hommes de lettres. Ibn Kl:il- 
i «ii « t ll.iil)v Kli.iir.i (lisent qu'il existe 

trois edilions de wtte histoire : une 

le, une moyenne < t une petite) 

qu'elles sont très eues, (.es 011- 

i font honneur su ^oùt , A la 
l'espril de Fata|u J — n, 
i \ l rUMÊQ p fille unique du | rc 
phèie M ihomet, naquit .i la M 
jv.ntt que K t imposteur ne mani estât 
tendue missipndii ine< L'an i de 
npèr< i" maria 
ion cousin , (pu fui lepui 
i e était alors âgée de quim 
•don les unt, on de d*\ huit lelon les 

. Si dot :.' i dm nis on 

pièces ^l'aigcnt, dont un lien lui liuc 



FAT 

en arpent comptant, on tien en 
mates ou senteurs , et l'autre tfc i 
nippes eten meubles. Quelques auteurs 
disent cependant que cette dot se 
composait liroplemenl de donxe onces 
de plumes d'autruches. De télés mu- 
sulmans, roulant relever l'excellence 
de la fille de leur législateur, racontent 
que le jour ou elle fut conduite •>" lit 
nuptial , le marche était ainsi dispo- 

tfabomet mart bail le premier, 
Fathimen le suivait , droite 

Taupe Gabriel, i m be l'ange 

Michel, lesquels étaient accompagnes 

i\,mte-ili\ mille anges , qui, <lis- 

tiilnies en plusii nis i lueurs , ' ban- 

taienl les louanges de Dtexk Ali eut 

trois fils (le cette cjiouse, 11- 

n et IMolisen , mort en ba 
et ne prit point d'antre femm 
qu'elle vécut. C'est par Pan de tes Gis 

(jne prétendait descendre de l'.iîln- 

ineh , l.i dynastie célèbre <i m ■ |(, 'k"^ 
en Afrique et menu- en Syru , al dont 

les princes BOnl connus sous le nom 

de kli.ilsles Fathémites , d'après !<"»• 
origine, Kn général , presque : 
les dynasties qui se sont établie! 
|*Isl imisme, et que nous appelons 
alides ou chérifs, Font remonter leur 
origine à l'un des fils de Fathiméh. 
G tic femme célèbre mourut I Me> 
dine, six mois après son père, dans 

un .ire |i» n i\ .niée. .1 — N. 

I UIOM.DI III I B 

géomètre , naquit i Bâlc le iti 

Mit i i()(i',. Il lut (l( \e .i (.( Iie\e , 

«i reçu bourgeois de »< ttc ulie en 
1678. Il demeure quelque i< npa « 
Paru < t I la H 1 enauue « 

Londres, et adopta l'Angleterre pour 
l'.iti ie. Fatio donna de bonne I 

dis |hi n\( s d'un génie fécond ( I mu • 

rond : i dix-sept ans. il écrivit i 

m une lettrequî renfermait I 

d'une tbéOI ie pOUf la >< cliuclie de l.t 

distance du soleil t II ' i G nue 



FAT 
hypothèse pour expliquer les appa- 
i île l'anneau de Saturne. 11 avait 

à peine vingt-quatre ans quand la so- 
ciété royale de Londres lui ouvrit ses 
portes; ei il aurait été académicien 

français beaucoup plus jeune encore, 

.si sa religion ne s y fût opposée, et 
si Colbcrt, Pabbé Nicaise et l'abbé 
Catalan eussent pu obtenir de vaincre 
l'obstacle qui ['éloignait de l'académie. 
Fatio était bon mathématicien ; il ai - * î r 
: ic propre aux découvertes et à 
l'invention. Il s'occupade la dilatation 
dois prunelle et de sou resserrement} 
et démontra les libres de l'uvée anté- 
rieure ei de la choroïde, dans une 

lettre à Manoîte, du i ~> avril i(i8/|. 

Il trouva une manière de travailler les 

Verrei des télescopes, un moyen de 

mesurer la vitesse d'nn vaisseau, nu 

moyen de percer les rubis et de les 

faire concourir au perfectionnement 
des montres ; indiqua comment «>u 
pourrait profiter du mouvement des 
«•aux , occasionné par le sillage du 
vaisseau, pour moudre le blé, scier, 

leur les ancres, hisser les vcigucs, 
«te Il ima: in.i une chambre d'ob< r- 
Vation tellement suspendue, qu'on pût 

facilement observer les astres dans un 
vaisseau. Fatio a mesuré géométrique- 
ment les montagnes qui environnent 
Genève, en déterminant leur hauteur 
au-dessus du niveau du lac. 11 avait 

projeté une carte du lac l.èman ; tous 

les matériaux < n étaient prêts , mais il 

ne l'a pas exécutée. Fat m est le prin- 
cipal auteur d'une querelle fameuse 
dans l'histoire des mathématiques, Le 

calcul différentiel venait de naîlre : 
LéibnitZ et Newton, par l'entremise 
d'Oidetbbourg , avaient entretenu un 

commerce épistolaire dans lequel ils 
s'étaient communiqués leurs découver- 
tes respectives ; la morl d'( Hdcmbourg 
avait nus (in à la correspondance, 
mai*. |es deux illustres savants nV 



FAT iP>5 

raient pas cessé de s'estimer. Ils ne 
songeaient point à se disputer une dé- 
couverte qoi deva$l les immortali- 
ser; Léibnitz en recueillait paisible- 
ment tous ies honneurs, tandis «pie 
Newton , préférant son repos a sa 

gloire , semblait oublier les droits que 
SS méthode des /huions lui donnait. 
Quelques lettres cuites en Angleterre, 

dans lesquelles Léibuitz paraissait s'at- 
tribuer exclusivement l'invention de 

son calcul, réveillèrent l'attention dea 
savants anglais. Léibnitz \ proposait 
encore des problèmes difficiles, et 

nommait les savants dont il m atten- 
dait la solution Fatio, dit-on, pique de 
ne pas troim r son nom dans la listOj 
donna le signal , et vengea son amour- 
propre offensé, en élevant des doutes 

sur la propriété que Léibuitz avait au 
calcul différentiel : il déclara haute- 
nu m que ce qu'il possédait de cette 
nouvel!) science ne lui venait pas de 

LéibnitZ, et qu'il reconnaissait New- 
un pour en être le p«< mier inventeur* 

LéibnitZ, inculpe SI gravement, sYu 

plaignit à la société ion aie de Lon* 

dret Les journalistes dé Leipzig pri- 
rent le parti de leur compatriote, et 
attaquèrent Newton sans ménagement. 
Keil répliqua avec autant de mala- 
dresse que d'injustice. Les plaintes M 

renouvelèrent à la société i ovale; New- 
ton , toujours tranquille spectateur de 

ce qui SC passait , descendit enfin dans 
l'arène; les partis se prononcèrent , 
et l'incartade de l\itio eut ainsi des 

conséquences qui fixèrent l'attention 

de l'Europe savante, l'atio jouissait 
de l'« Itime de tons les savants de son 
temps. Il avait prouve par (les travaux 
distingues qu'il n'en était pas indigne, 
et il continuait à se rendre utile SUX 
sciences, quand tout à coup son es- 

fuit changea de direction , et moulu 
ecote faible par lequel, trop souvent, 
l'homme que nous avons admire, finit 



186 FAT 

par exciter notre compassion. î! se 
déclara zélé partisan des Cnmisards 
ou fanatiques des Cevennes réfugies 
à Londres, qui avaient publie le re- 
cueil des prédictions de leurs prophè- 
tes. Ils avaient même promis de res- 
susciter un mort : le miracle manqua , 
ce qui commença à les discréditer ; 
mais ce qui acheva de ruiner leur 
parti , ce fut le ridicule que Shaftes- 
bury répandit sur eux dans sa Lettre 
sur l'enthousiasme. La police mit fin 
à ces folies en septembre î 707 : Fa- 
tio , qui s'était fait le secrétaire de ces 
prophètes, et qui avait écrit en leur 
faveur, fut pris avec deux autres fa- 
natiques, et ils furent tous les trois 
condamnés au pilori , quoi qu'en dise 
Sénebier , exposés debout deux jours 
différents , pendant une heure, sur un 
éehafaud , avec cet écriteau attaché au 
chapeau : Nicolas Fatio convicted 
for abbeting and favouring Elias 
Marion, in his wicked and coun- 
trefait prophéties, and causing them 
to be printeg and published , to ter- 
rify the que en s people. Redevenu 
libre, Fatio cessa toutes ses études; 
il se mit en tête de convertir l'uni- 
vers , et entreprit à cet effet un voya- 
ge en Asie pour y commencer sa ré- 
forme. De retour en Angleterre, il 
vécut dans l'obscurité, et mourut dans 
le comté de Worcester, en 1753, âgé 
de près de quatre-vingt-dix ans, et sans 
être revenu de son enthousiasme pour 
les prophètes. On a trouvé dans son 
portefeuille des écrits sur la mécani- 
que, l'astronomie, l'alchimie, la ca- 
bale , les inspirations, etc. Fatio a pu- 
λlié : I. Lettre à Cassini , sur une 
umière extraordinaire qui paraît 
dans le ciel depuis quelques années, 
in-8". , Amsterdam, îGHf) : il s'agit 
de la lumière zodiacale; 11. EpistOUt 
de Mari œneo Salomonis , ad Ber- 
iiardum, in qud ostenditur geometriœ 



FAT 

satisfieri posse mensuris quœ de Ma- 
ri œneo in sacra scriplurd habentur y 
Oxford, 1688; IIÎ. : mit Walls im- 
proved , iu-4 ., Londres, 169g. Hôh- 
mer lui attribue cet ouvrage anonyme 
qui propose une nouvelle espèce de 
terrasses ou murs inclinés à l'horizon 
pour la culture des fruits en espalier ; 

IV. Lineœ brevissimè descensûs in- 
vestigatio geometrica duplex , cui 
addita est investigatio geometrica 
solidi rotundi in quod minima fiet 
resistentia , in-4°. , Londres, 1^99; 

V. la Navigation perfectionnée , in- 
8".,i 728. L'auteur y considère, mieux 
qu'on ne l'avait fait encore , le pro- 
blême pour trouver la latitude par 
deux observations de la hauteur du so- 
leil et le calcul du temps écoulé en- 
tre elles; VI. Excerpta ex sud res- 
ponsione ad excerpta ex litteris J. 
Bernoulli, dans les Acta Lipsiensia , 
1700; VIL Epistola Nie. Facii ad 
Joh. Christoph. Facium qud vindi- 
cat solutionem problematis de inve- 
nlendo solido rotundo seu tereti in 
quo minor sit resistentia ( Transact. 
phil. ,1713). On trouve dans presque 
tous les numéros du Gentlemen s ma- 
gazine , pour les années 1737 et 
1 738, des écrits intéressants de Fatio. 
Il y en a sur la parallaxe du soleil , 
sur la réfraction causée par l'atmos- 
phère de la lune, sur la gravitation 
universelle, sur les orbites stéréogra- 
phiques, les centres de gravité et l'hor- 
logerie. Il eu est un surtout, dans le 
N". d'avril 1 738 , curieux par son ob- 
j(t. L'auteur imagine que les mouve- 
ments célestes se font à rebours ; il 
donne un système rétrograde du mon- 
de, et montre ses usages pour II 11.1- 
vigation »t l'astronomie. — Fatio 
(Jean-Christophe), géomètre, frère 
aîné du précédent, fut aussi membre 
de la société royale de Londres. Il 
eut le savoir que donne le travail et 



FAT 

l'application; et, prive du génie qui 
crée, il fut obligé de suivre les routes 
tracées, sans pouvoir s'en ouvrir de 
nouvelles. Jl a fait quelques observa- 
tions sur l'histoire naturelle des en- 
virons du lac de Genève; elles sont à 
la suite de l'histoire de cette ville, par 
Spon (i), encore dit-cn que son frère 
y a une grande part. N — t. 

FATOUVILLE ( de ) , natif 

de Normandie, conseiller au parle- 
ment de Rouen, vivait à la fin du 
dix - septième siècle , et a travaille' 
pour l'ancien théâtre italien. Il y 
donna successivement, de 1682 à 
1692 : Arlequin Mercure galant ; 
la Matrone d'Ephese , ou Arlequin 
grapignan ; Arlequin Lingère du 
Palais , Arlequin Proihée ( conte- 
nant une parodie de Bérénice ); Ar- 
lequin Empereur dans la lune ( pièce 
qu'il ne faut pas confondre avec Arle- 
quin Roi dans la lune , de M. Bo- 
dard) ; Arlequin Jason , ou la l'oi- 
son d'or conquise; Arlequin Che- 
valier du soleil; Isabelle médecin ; 
le Banqueroutier ; la Fille savante; 
Colombine Avocat pour et contre; 
la Précaution inutile ; le Marchand 
dupé , et Colombine femme vengée. 
Toutes ces comédies étaient en trois 
actes : les quatre dernières sont in- 
sérées en entier dans le Théâtre ita- 
lien de Gherardi , 1700 , G vul. 
in- 12. Le même recueil comprend les 
scènes ies plus remarquables des dix 
autres comédies de Fatouville, qui au 



(1) 11 y rapporte (pag. 458 de l'édit. iu-4°. ) tine 
mesure : ri{< numétrique de la distance de son châ- 
teau de Ouillicr, au sommet du Mont-Blauc, connu 
alors a Gcuève sous le nom de montagne maudite. 
Il trouva cette di;. lance de 4'- o5A toises, et d' An- 
ville a fait usage de cette détermination dans son 
Analyse géographique de l'Italie. Fatio évalua 
la hauteur du Mont-Blanc « a 2000 toises de France 
» pour le moins , pardessus le niveau de la surface 
» du lac, » et il est remarquable que cette évalua- 
tion, grossière en apparence, et la plus ancienne 
qui ait été faite , n'est qoe de 278 toises au-dessous 
de celle de Sausmre , et se rapproche encore da- 
yaatage des calcul* plus récents. 



F AU 187 

reste n'a pas mis son nom à ses ou- 
vrages. Gherardi, en tête des mor- 
ceaux qu'il nous a conservés , n'a mis 
que l'ini.ialeD. La seconde des pièces 
de Fatouville a été imprimée à part 
sous le titre de Grapinian ou Arle- 
quin procureur , \&6^,'m-\'i. Cette 
pièce eut un tel succès dans le temps, 
que Bayle ne dédaigna pas d'en par- 
ler dans ses Nouvelles de la répu- 
blique des lettres , avril , 1684 > ar ~ 
ticle 7 ( ou OEuvres diverses , tom. 1 , 
pag. 5ç) ). Du Gérard, auteur des Ta- 
bles alphabétique et chronologique 
des pièces représentées par V ancien 
théâtre italien ( 1760, in-8°. ), at- 
tribue à un anonyme qu'il désigne par 
l'initiale D, le Marchand dupé, la 
Fille savante et la Précaution inu- 
tile ; mais il n'hésite pas à nommer 
Fatouville comme auteur des onze au- 
tres pièces. A. B — t. 

FATTORE (le). Voy. Penni. 

FAU ( Jean -Nicolas), en latin 
Fagius , religieux minime, né à Be- 
sançon vers la fin du 16 e . siècle, 
fut nommé provincial de son ordre 
en Allemagne, passa ensuite avec le 
même litre dans la Gastille, et de là 
à Naples,où il mourut le 16 juillet 
1 655. Il est auteur de plusieurs ou- 
vrages ascétiques en vers latins, dans 
lesquels on trouve assez de facilité et 
d'élégance pour faire regretter qu'il 
n'ait pas employé son talent à des 
compositions d'un intérêt plus géné- 
ral. Parmi les ouvrages du P. Fan on 
citera les suivants : I. Spéculum vi- 
gilantium , memoria dormientium , 
seu funebris poesis ad instar of- 
ficiijidelium defunctorum , Prague , 
i64o, in- 12. C'est un petit poëine 
dont toutes les parties sont calquées 
sur celles de l'office des morts ; II. 
S. Maria lïberatrix , causa nos~ 
trœ lœlitiœ seu pacifica poësis can~ 
tans officium parvum S. Mariœ x 



i88 F AU 

Munich, i644* in- 12, Gg. de Sade- 
ïcr; III. Florida corona boni mi- 
litis seu encomia P. Gasparis 
Boni ord. Minim. provincialis, Mu- 
nich , 1602, in -8". Ce volume ren- 
ferme l'éloge des quinze vertus pra- 
tiquées principalement par le P. Bon. 
A la suite de chaque discours est 
un hymne sur le même sujet et une 
prière «à J,-G. Le frontispice qui dé- 
core le volume est gravé par Sade- 
ler. W— s. 

FAUCCI (Charles), né à Flo- 
rence en 1729, alla s'établir à Lon- 
dres , où il a travaillé long -temps 
pour Boydell. On a de lui une Bac- 
chanale et un Couronnement de la 
Vierge d'après Rubens : ce dernier 
sujet est le même qui avait été gravé 
par Pontius ; une Naissance de la 
Vierge et une Adoration des ber- 
gers d'après P. de Cortone; un Mar- 
tyre de S. André d'après Carlo 
Dolce. Avant de passer en Angle- 
terre , cet artiste avait gravé à Flo- 
rence plusieurs morceaux du re- 
cueil de la galerie du marquis de 
Gerini. P — e. 

FAUCHARD (Pierre), chirur- 
gien-dentiste , né en Bretagne à la 
fin du 17 e . siècle, mort à Paris le 
v.i mai 1761. Il étudia son art sous 
Alexandre Potcleret , chirurgien-ma- 
jor des armées navales , et s'établit à 
Nantes, où il acquit une réputation 
qui le fit appeler à Paris. Des talents 
supérieurs dans une branche de l'art 
de guérir abandonnée aux ignorants 
et aux charlatans, le placèrent bientôt 
an premier rang et le rendirent cé- 
Jèbre dans la capitale. L'habitude de 
l'observation que Fauchard av.:i t < on- 
tractée dès sa jeunesse, lui ayant bit 
réfléchir que jusqu'à lui la M ienec du 
dentiste ne s'était transmise , pour 
ainsi dire, que par tradition orale et 
par l'expérience manuelle, il entre* 



F AU 
prit , sur îa théorie des maladies des 
dents et des opérations qui leur con- 
viennent, un ouvrage ex professo, 
publié pour la première fois en 1718 
sous ce titre: Le Chirurgien- Den- 
tiste , ou Traité des Dents , où Von 
enseigne les moyens de les entrete- 
nir propres et sames, de les embel- 
lir, d'en réparer la perte et de re- 
médier à leurs maladies , à celles 
des gencives et aux accidents qui 
peuvent survenir aux autres parties 
voisines des dents , avec !\i plan- 
ches en taille-duuce, 'i vol. in- 12. 
Ce livre a été réimprimé en i74G,et 
après la mort de l'auteur, en 1 786. Il 
obtint, lorsqu'il parut , l'approbation 
des anatomistes, des médecins et des 
chirurgiens les plus instruits , et sou- 
tient encore aujourd'hui sa grande 
réputation. Les imperfections qu'on 
y rencontre attestent les progrès de 
l'art , et l'ouvrage néanmoins sera 
consulté avec avantage par tous ceux 
qui voudront être, comme Fauchard, 
de bons chirurgiens-dentistes. Avant 
cet auteur il n'existait aucun écrit qui 
enseignât la manière de limer, tail- 
ler, plomber les dents; sur l'art d'en 
fabriquer d'artificielles, d'exécuter des 
dentiers simples ou doubles , et de 
placer des obturateurs au palais. Il 
en a imaginé cinq différents, qu'il 
employait et qui s'emploient encore 
avec succès. Fauchard a décrit avec 
exactitude les abcès qui attaquent la 
substance intérieure des dents sans 
en altérer la substance corticale. On 
peut regarder ce chirurgien comme 
le créateur de l'art du dentiste. 
M. Suc le jeune, dans son éloge de 
Detaintjdit que cet habile écrivain 
ne fut pis inutile à Fauchard dans 
la rédaction de son ouvrage. Celte 
assertion , fût - elle même prouvée , 
ne diminuerait en rien le mérite de 
Fauchard comme inventeur. F — a* 



FAU 
FAUCHER ( Denis ) , bénédictin , 
ftaquit à Arles en 1487. Il embrassa 
Ja vie religieuse au monastère de Po- 
linore eu Italie , et , ayant acquis par 
ses talents et sa conduite l'estime de 
ses supérieurs , fut envoyé' pour éta- 
blir la réforme dans les maisons de 
l'ordre situées en-deçà des monts. 11 
mourut à l'abbaye de Lerins en 1 56a , 
dans un âge très avancé. On a de lui : 
I. Ecloga de Laudibus insulœ Le- 
rinensis. Elle a été imprimée à la 
«uite du poëme de Grégoire Gortese , 
De situ et Laudibus sacrée insulœ 
Lerinœ , Paris , 1 597 , in -8°. , et dans 
la Chronique de cette abbaye, par 
Barrai. II. De contemptu morlis ele- 
gia , imprimée à la suite du précé- 
dent ; III. La Préface du Traité de 
S. Eucher , De Laudibus eremi , et 
celle de l'Instruction de S. Faust , ad 
Monachos,àans i'édition de ces deux 
ouvrages, Paris, 1578, in-8^. ; IV. 
Annalium Provinciœ, libri V. L'ori- 
ginal de cette histoire de Provence se 
trouvait dans la bibliothèque du mar- 
quis d'Aubais; mais la vanité en avait 
fait altérer plusieurs passages et ajouter 
d'autres. Plusieurs personnes pensent 
que cet ouvrage n'est pas de Faucher, 
par la raison que Barrai n'en a fait 
aucune mention daus la vie de ce re- 
ligieux. V. Quelques pièces de vers 
peu intéressantes. Dom Jean-Augustin 
Gradenigo , bénédictin de la Congré- 
gation du Monl-Cassin , a inséré des 
Mémoires en italien sur la vie de 
Denis Faucher, dans la Nova Rac- 
colta d'opuscoli scientijici de Calo- 
gerà, Venise, 1759, in-12. 

W— s. 
FAUCHER ( Jean ) , médecin , né 
à Mîmes en iôoo, ne se livra pas ex- 
clusivement à l'exercice de sa profes- 
sion: il cultiva en même temps la scien- 
ce de l'antiquité et la belle littérature, 
et acquit dans Tune et dans l'autre 



FAU 189 

des connaissances profondes. II savait 
parfaitement non-seulement le grec et 
le latin , mais aussi l'hébreu et l'arabe. 
Il traduisit de cette dernière langue 
en latin les Cantica Avicenni , et pu- 
blia cette version avec un commen- 
taire et des notes qui déposent de sa 
vaste érudition. Estimé des savants 
de son temps , il dut à son mérite la 
protection spéciale et l'amitié du car- 
dinal d'Armagnac , qui fut, comme on 
sait, l'appui des gens de lettres dignes 
de cette faveur. V. S — l. 

FAUCHET ( Claude ) , historien , 
naquit à Paris en 1529. Il s'appliqua 
de bonne heure à l'étude de nos an- 
ciennes chroniques , et en fit des ex- 
traits dont la publication lui paraissait 
devoir répandre un grand jour sur les 
premiers temps de la monarchie. On 
ignore la plupart des circonstances de 
la vie de Fauchet ; mais on est certain 
qu'il habitait Marseille , puisqu'il y 
avait transporté une partie de ses li- 
vres et de ses manuscrits qui furent 
pillés dans une émeute , de sorte qu'il 
perdit en un instant le fruit des tra- 
vaux de son plus bel âge. Il s'attacha 
ensuite au cardinal de Tournon , qui 
l'emmena en Italie en i554 : il le dé- 
pêcha plusieurs fois au roi pour lui 
porter des nouvelles du siège de 
Sienne. Cette circonstance le fit con- 
naître à la cour ; il y trouva des pro- 
tecteurs, et il obtint enfin, par leur 
crédit , la place de premier président 
de la chambre des monnaies. Il reprit 
alors des études pour lesquelles il avait 
toujours conservé un goût très vif; 
il rassembla ses notes éparses , rem- 
plit les lacunes qui s'y trouvaient en 
s'aidant de sa mémoire et des livres 
qu'il avait recouvrés , et publia suc- 
cessivement plusieurs petits ouvrages 
qui eurent assez de succès. Il avait 
grand soin d'en décorer le frontispice 
du nom du roi ou de quelques grands 



i,,o F AU 

seigneurs dont il espérait en retour 
quelque libéralité; mais ce moyen ne 
lui réussit pas , puisqu'il se vil obligé, 
en i5()9, de vendre sa charge pour 
payer ses dettes ; il était alors â^é de 
soixante-dix ans. Lelong rapporte que 
Fauchet étant allé, cette année-là, à 
Saint - Germain j pour présenter à 
Henri IV un exemplaire de la nou- 
velle édition de ses antiquités gau- 
loises , le roi le remercia froidement , 
et lui dit par moquerie , qu'il avait 
fait placer son buste en pierre dans 
une des niches du nouveau bâtiment. 
Fauchet , de retour à Paris , adressa 
à Henri IV un placet qui commence 
ainsi : 

J'ai trouvé dedans Saint-Germain 
De mes longs travaux le salaire ; 
Le roi île pierre m'a fait faire. 
Tant il est courtois et humain; 
S'il pouvait aussi bien de faim 
Me garantir 'me mon image , 
Oliî que j'aurais fait bon voyage! (i) 

Le roi rit beaucoup de celte plaisan- 
terie, et accorda à Fauchet une pen- 
sion de six cents écus , avec le titre 
d'historiographe de France. 11 n'en 
jouit pas long-temps , étant mort a 
Paris vers la fin de l'année 1601. 
Fauchet est un historien impartial et 
d'une fidélité scrupuleuse : ses ou- 
vrages contiennent des faits impor- 
tants , et qu'on chercherait vainement 



(T Lamare , cité par Joly dans ses Remarquer 
sur Bar le, rapporte autrement cette anceiloïc ; 
il prétend que Faucbet ayant f.iil circuler so.i 
buste en marbre par un sculpteur de Paris . il ne 
ir trouva pas eu elnt «le le |> yer. et <|iie le roi , 
qui 1 lier» hait des curiosités pour S-iul-Ger m.i in , 
ayant va celte télé vénérable et île belL 
tentaliun, I acheta el la (il metlie avec d'autre* 



dans ses jardi 



t comme, ajoute Lamare, le 



iuanclial de bouilli. n invita un jour le roi » faire 

du bien a Faut bel , el île se souvenir de lin 

v tre-iaiiit-^rii . «lit Himiii IV. ]<- m'en su^ 

n un je Pi 1 l.ill meure liai. s mou j rdin d< 

, (.• nu » » • 1 1. Ce que Faut- lie: ayant mi . il coapc o 

les vers qu'on a «iies plus baol Mail m Kavcbel 

avait lait rléf I I "ii buste en iti.i i l>r.-, 

il n aurait pas dit que |ni l'avait lait 

U y aurait eu il 'aillei.it lui n île la 
ni, homme .iui»i pain re .j 

ne son buit euil Savoir s'il 
t le payer. Cet raisons non 
lire.it de Jti.in^, «Jorjl ti.utev lei i ir. "UlUUCC* 

k Ufreutd ailleurs rien que de très naturel. 



FAU 

ailleurs ; mais il manque de goût et de 
critique, et son style est grossier, 
même pour le temps où il a écrit. 
On sait que Louis XIII fut tellement 
rebuté par les OEuvres de Fauchet , 
que depuis ce temps-là il n'ouvrait 
plus de livre qu'avec une extrême ré- 
pugnance. Si cette anecdote prouve 
qu'on choisissait mal les lectures de 
ce prince, elle peut prouver aussi de 
quelle estime jouissaient les OEuvres 
de Fauchet , puisque les précepteurs 
du roi lui en conseillaient l'étude. La 
liste de ses ouvrages complétera cet 
article : I. les antiquités gauloises 
et francoises , contenant les choses 
advenues en Gaule depuis Van du 
monde 33^9, jusqu'à Clovis , Paris , 
1 579, in-4°.*, 2 e . édition , augmentées 
de 3 livres , contenant les choses ad- 
venues jusqu'à Van "jSi , et de la 
Fleur de la maison de Charlemu- 
gne, contenant les faits de Pépin 
et ses successeurs jusqu'à Van 840 , 
Paris, 1 599 et 1 60 1 , 2 vol. in-8 \; Dé* 
clin de la maison de Charlemagne, 
contenant les faicts de Charles- 
'le -Chauve et ses successeurs, de- 
puis Van 840 jusqu'à Van 987 , 
Paris , 1 602 , in-8°. Ce volume est 
une suite nécessaire des deux précé- 
dents. II. Recueil de l'origine de la 
langue et poésie francoises , ryme 
et romans ; plus , les noms et som- 
maires des OEuvres de 127 poètes 
francois vivants avant Van 1 3oo , 
Paris , Pâtisson , 1 58i , in-4". , édi- 
tion rare et recherc hé e d'un ouvrage 
très curieux. Duverdier en a inséré* 
bien <!<••> articles dans sa Bibliothèque 
fninroise. 111. Delà ville de Paris, 
et pourquoi les rois l'ont choisie 
pour leur capitale, Parts, |5qo et 
i<)(>7 , in-.j' . ; IV. Origine des di- 
gnités et magistrats de France , 
Parts, 1600 , in-8". , édition rare; 
V. Origine des chevaliers, armoi- 



FAU 

ries et lier aux , Paris , 1600 , in-8°. 
rare. Cet ouvrage se trouve ordi- 
nairement réuni au précédent. VI. 
Traité des libertés de l'église gal- 
licane , Paris , 1608; in-8'. Fauchet 
avait composé cet ouvrage en i5qi , 
pour répondre aux bulles fulminées 
par Grégoire XIII contre Henri IV 
et les Français qui l'avaient reconnu 
pour leur souverain légitime. 11 est 
mal digéré , dit Lelong , mais plein de 
choses curieuses. Les ouvrages qu'on 
vient d'indiquer ont été réunis sous 
le titre d' OEuvres de jeu Claude 
Fauchet, Paris, 161 o, 1 vol. in-4°. 
Cette édition a été contrefaite à Ge- 
nève en 161 1 ; mais on ne trouve 
pas dans cette contrefaçon le Recueil 
de V origine de la poésie françoise. 
VII. tes* OEuvres de Tacite, trad. en 
français , Paris , 1 582 , in-fol. ; 1 583, 
in-4°. ; 1 584 ? in 8°. Les cinq pre- 
miers livres des Annales ont été tra- 
duits par Laplanche ( ^.Laplanche). 
Huet dit que Fauchet l'emporte, par 
la fidélité et l'intelligence du texte, 
sur tous les traducteurs qui l'avaient 
précédé. VIII. Dialogue des Ora- 
teurs (attribué à Tacite ou à Quin- 
tilicn ) , nouvellement mis en fran- 
çois , Paris . 1 585 , in-8". Fauchet 
annonçait une suite à son Histoire 
de la poésie françoise ; mais ce pro- 
jet est resté sans exécution. Il avait 
terminé en i584 , suivant Lacroix 
du Maine , un Traité du duel ou 
combat singulier, qui n'a point été 
publié. W — s. 

FAUCHET (Claude), né dans le 
Nivernais en 1744? embrassa l'état 
ecclésiastique , et fut d'abord pré- 
cepteur des enfants du marquis de 
Choiseul , frère du ministre ; il entra 
ensuite dans la communauté des prê- 
tres de Saint-Roch , à Paris. Une aven- 
ture qui eut quelque éclat dans le 
temps , lui attira uu interdit de l'ar- 



FAU 191 

chevêque de Paris; mais celte dis- 
grâce ne nuisit point à sa fortune. 
Ayant eu l'honneur de prêcher devant 
le roi, il obtint l'abbaye de Mont- 
fort, et devint grand vicaire de Bour- 
ges , sous M. de Phelipeaux. Il pro- 
nonça l'oraison funèbre de ce prélat, 
mort à la fin de 1 786 , et cclie de 
M. îe duc d'Orléans, Louis-Philippe , 
petit-fils du régent. On a de plus de 
lui , et à la même époque , un Dis- 
cours sur les mœurs rurales. La ré- 
volution vint lancer Fauchet sur un 
plus grand théâtre. 11 en adopta les 
principes avec enthousiasme; ardent, 
doué de plus d'imagination que de ju- 
gement et de prudence, il se jeta dans 
le tourbillon. Il prononça en 1789 
et les deux années suivantes, des dis- 
cours où l'on trouve quelquefois d'as- 
sez beaux morceaux, et des vérités 
assez fortes à côté des plus graves 
erreurs. Son Discours sur la religion 
nationale est de ce genre : il y pro- 
fesse sur l'autorité de l'église, relati- 
vement au mariage , des principes 
assez sains. Trois Discours sur la, 
liberté , un autre sur l'accord de la 
religion et de la liberté, une Orai- 
raison funèbre de l'abbé de VEpée, 
un Eloge civique de Franklin , mon- 
trent de plus en plus le progrès des 
idées révolutionnaires dans la tête de 
l'auteur. Dans l'éloge de l'abbé de 
l'Epée, prononcé à Saint-Etienne-du- 
Mont ic i5 février 1790 , il détaille 
assez bien les procédés et les services 
du célèbre instituteur des sourds- 
muets; mais on pourrait trouver qu'il 
n'a pas toujours séparé avec justesse 
ce qu'il y avait de louable dans cet 
homme bienfaisant, de ce que l'église 
avait droit de reprendre en lui. ÏE~ 
loge civique de Franklin est encore 
plus répréhensible, et Fauchet, qui 
avait mérité d'être membre de la com- 
mune de Paris, y oublie trop fré- 



i9* F AU 

quemment les principes de la reli- 
gion dont il était le ministre. Sous 
prétexte de combattre le fanatisme et 
la superstition, il mène son lecteur 
à l'indifférence pour la croyance , et 
pour louer Franklin sans restriction , 
il dénature renseignement de l'église. 
Cet éloge fut prononcé le 1 i* juillet 
1 790. Fauchet figurait alors dans les 
clubs , et rédigeait un journal ( la Bou- 
che de Fer ) tout-à-fait dans le sens 
révolutionnaire, travestissant l'Evan- 
gile pour le ployer aux idées dé- 
magogiques. Son zèle méritait une ré- 
compense. La constitution civile du 
clergé vint lui en offrir une, et le 
département du Calvados, où per- 
sonne ne le connaissait, le choisit 
pour son évêque. 11 fut sacré en 
cette qualité le i er . mai 1791. On 
dit qu'il se signala dans son dépar- 
tement par des extravagances. Ap- 
pelé à l'assemblée législative qui sui- 
vit la constituante , il y vota pour 
qu'on ne fît aucun traitement aux 
prêtres insermentés , attendu, disait- 
il , qu'on ne doit pas payer ses en- 
nemis. Le 6 avril 1792, lorsqu'un 
décret fut rendu pour supprimer tout 
costume ecclésiastique , Fauchet se 
hâta de déposer sur le bureau sa ca- 
lotte et sa croix, et ses confrères imi- 
tèrent son exemple; c'était le Ven- 
dredi-Saint. Cependant il paraît que 
lorsque Fauchet vit la chute du trône, 
et qu'il ne put plus se méprendre sur 
le but du parti dominant contre la re- 
ligion . il prit une marche un peu ré- 
trograde. Il se déclara contre le ma- 
riage des prêtres par un mandement 
public. Son discours lors du procès 
de Louis XVI, est courageux pour 
le temps où il a été prononcé. Il 
combattit fortement ceux gui vou- 
laient la mort du roi , et leur dit des 
vérités assez hardies, qu'il entre- 
mêla pourtant des phrases alors en 



F AU 

usage contre le tyran et la tyrannie. 
Dans les différents appels nominaux 
qui terminèrent ce procès mons- 
trueux, il vota toujours pour le parti 
le plus favorable. Sur cette question : 
Louis est-il coupable ? il répondit : 
« Oui , j'en suis convaincu , com- 
» me citoyen ; je le déclare comme 
» législateur ; comme juge , je n'en 
» ai pas la qualité, je ne prononce 
» rien.» Il admit l'appel au peuple, le 
sursis, vota pour la détention et le 
bannissement à la paix, et soutint 
son opinion avec courage dans le 
Journal des Amis , qu'il rédigeait 
alors Depuis , Fauchet s'éloigna de 
plus en plus du parti dominant ; il s'at- 
tacha aux fédéralistes et succomba avec 
eus. On l'accusa de complicité avec 
Charlotte Corday, qu'il n'avait fait 
qu'introduire dans les tribunes des 
séances de la Convention ( V. Cor- 
day ). Envoyé à la Conciergerie , il y 
trouva un prêtre vertueux , dont les 
entretiens le firent rentrer en lui- 
même. Voici ce qu'on lit à son égard 
dans les Annales catholiques , tom. 
IV, pag. 169 : « Pour Fauchet, je 
» peux vous dire positivement qu'il a 
» abjuré non seulement ses erreurs 
» sur la constitution civile , mais aussi 
» ce qu'il a prêche* dans le temps à 
» l'église Noire-Dune, ce qu'il a dé- 
» bité dins son club dit la Bouche de 
» fer sur la loi agraire , !^ » rmon de 
» Franklin, etc. , qu'il a fait abjuration 
» do ; 1 erreurs: qu'il révo- 

»> quait son serment impie et son in- 
» trnsion, après avoir ûil sa profes- 
» non «le foi; ce qui occasionnait de» 
1 murmures entre le» gendarmes qui 
» étaient présents, qui me disaient 
» tout haut que je serais an premier 
» jour guillotiné comme loi. L'abbé 
» Fauchet, après s'être « 
» entendu lui-même Mlle ry en eonfes- 
» siuu. » ( Extrait d'une lettre de 



FAU 

l*abbé Lolhringer, du 27 juillet 1797, 
dans le journal ci-dessus.) Traduit au 
tribunal révolutionnaire avec vingt 
autres députés, Fauchet y fut con- 
damné, et exécuté Ie5i octobre 1793. 
Ses écrits ne sont pas dépourvus 
de talent , mais on y remarque sou- 
vent le défaut de goût, la prétention , 
le néologisme et l'exagération. 

FAUCON (Jean), ou FALCON, 
né à Sarinena, bourg du royaume 
d'An agon , étudia la médecine à l'uni- 
versité de Montpellier, y reçut le doc- 
torat, obtint une chaire en i5o2, fut 
nommé doyeu en i5 f 2Q, et mourut en 
i55'2. Faucon n'a produit aucun ou- 
vrage original ; il s'est borné au rôle 
de commentateur. I. Aàditiones ad 
practicam Antonii Guainerii, Pàvie, 
i5i8,in-4°., Lyon, i5'.*5, in-4°. ; 
If. Notabilia suprà Guidonem^Lyon, 
i559 , iii-4 '• Ce commentaire, publié 
après la mort de l'auteur par sa veuve, 
est écrit moitié en latin, moitié en fran- 
çais, et a plusieurs fois été réimprimé 
dans celte dernière langue; il forme un 
volume aussi gros et plus obscur que 
l'ouvrage de Gui deChauliac, si l'on 
en croit Aslruc, bon juge en pareille 
matière. C. 

FAUGERES (Marguerite Bleec- 
rer, femme), naquit en 1771, et 
fut élevée dans un village auprès d'Al- 
bany , dans les Etats-Unis. Elle perdit 
sa mère de bonne heure , et son père 
alors alla s'établir à New-Yorck. Une 
union mal assortie sema de maux la 
vie de Marguerite. Elle épousa un mé- 
decin de celte ville, qui dissipa sa for- 
tune, au point qu'en 1796 M""". Fau- 
gère^ languissait dans on grenier avec 
son époux. Ce dernier mourut en 
1 798 . de la lièvre jaune, et sa veine 
se consacra à l'éducation des person- 
nes du sexe : elle ne survécut que trois 
ans à son muri 7 et termina ses jours 

XIV. 



F AU 19S 

en 1801. On trouve d'elle de nom- 
breuses Poésies dans le Muséum amé- 
ricain et dans le Magasin de New- 
Forck.Eu 1 790 elle publia les œuvres 
de sa mère , précédées d'une Biogra- 
phie de cette dame , éérirè par sa fille , 
et accompagnées de plusieurs pièces 
de sa composition. En 1 795 elle don- 
na une tragédie de B élis aire , qui eut 
quelque succès. Eile a laissé de nom- 
breux manuscrits dont on promettait 
la puh'icdtion. Z. 

FAULCON et non FALCONI ( Ni- 
colas ) , ué en Poitou dans le 1 5 . siè- 
cle , fut secrétaire de Jean Hayton , de 
la famiile royale d'Arménie ( Voyez 
Hayton ) ; il écrivit sous sa dictée en 
ioo5 , une Histoire de V Orient en 
langue vulgaire, et la traduisit en la- 
tin deux ans après. Cette traduction 
resta long-temps cachée dans la pous- 
sière des bibliothèques ; mais Jean 
Molther s'en étant procuré une copie , 
la publia à Haguenau en 1 5'2Ç) , in-4°; 
el!efut ensuite insérée dans le Recueil 
de Gryiiaeus ( Novi orbis ) , Baie , 
1 552-1 555, in -fol. Remeccrâs en 
donna une bonne édition , avec des 
notes, Helrastadt, i585, in-4°«, à la 
suite de l'ouvrage de Marc Polo, De 
regionibus orientalibus . Enfin André 
Muller fit réimprimer ce recueil avec 
des corrections dans le t< xte et des 
additions importantes , Berlin , 1G7 r, 
in-4°. L'ouvrage de Hayton est estimé 
par les faits curieux qu'il renferme , 
et surtout pour l'exactitude des détails 
géographiques; il a été traduit, d'a- 
près la version de Faulcon , en fla- 
mand, en italien, en fiançai' et en 
anglais. On indiquera ces différentes 
traductions à l'art. Hayton. Le tra- 
ducteur latin est ma! nommé Falconi 
dans quelques ma n usais; La Cioix; 
du Maine, d.«ns sa Bibl. franchise , 
le nomme Falcoin. Molther Vossius, 
Mulicr , etc. le nomment Falconi; mais 
j3 



JOi F AU 

Fabricins a très bien prouvé que son 
Véritable nom est celui qu'un iri donne 
au commencement de cil article. La 
famille Fauîcon subsiste encore à Poi- 
tiers, etaprodutt des imprimeurs dis- 
tingues dans leur art. W — s. 

FAULCONNIER (Pierre) , grand- 
bailli héréditaire de !a viileel territoire 
de Dunk< rque , président de la cham- 
bre de commerce , mort dans cette 
ville, sa patrie, le 2.6 septembre 1 ^55, 
a laisse une Desciijition historique 
de Dunkerq e , Bruges, 1700, 1 
vol. in- fol. Cet ouvrage, divisé en dix 
livres , donne l'Histoire de Dunker- 
qne jusqu'en 1718. L'auteur attri- 
but la fondation de la ville à St. Eloi 
qui , étant venu en 6^0 prêcher la 
foi aux Diabintes, bâtit une église 
dans les dunes ; et c'est des noms fla- 
mands Dune-Kcrcke{ église des Du- 
r.es ) , qu'il tire l'eiymologie de Dun- 
kerque. L'ouvrage est orné de petites 
cartes et de planches qui représentent 
soit des monuments, soit des hommes 
ce èbres , tels que Michel Jacopsen , 
Jacques Colaeit, le maréchal de 
Kantxau, Jean Bart,etc; la plupart 
de ces entes et planches sont impri- 
mées sur la même feuille que le texte. 
A.B— t. 

FAULHABEK ( Jean), mathéma- 
ticien allemand, né à Ulm en i58o , 
dans la classe des ouvriers, et mort 
dans la même vile en i635, ensei- 
gnât les mathématiques avec distinc- 
tion dans sa patrie, où il avait la 
charge d'ingénieur, lorsque Descaites, 
alors simple oificier volontaire dans 
les troupes françaises en Allemagne 
«1 passant a Lan, lui fit une visite. 
Le professeui jugea d'abord , a la mi- 
ne et aux d me officier 
français , que c'était un avantageux qui 
ne doutait de rien , surtout lorsqu'il le 
vit lui promettre pour le lendemain 
U solution d'une question qui partit* 



FAU 

sait de la plus grande difficulté. Quelle 
fut sa surprise de voir en effet le len- 
demain son problême résolu de la ma- 
nière la plus élégante ! Celte petite 
aventure établit entre eux des liai- 
sons d'amitié , dans lesquelles , dit 
Montucla, Descartes ne joua pas le 
rôle de disciple. A l'assurance avec la- 
quelle Fanlhaber ne cessait de propo- 
ser aux géomèties de son temps des 
problèmes, qu'il prétendait insolubles 
par toute autre méthode que par celles 
dont il se croyait seul inventeur, on 
serait tenté de croire que si son nom 
ne figure pas à la suite de ceux de 
Cardan et de Tartaglia , parmi ceux 
d<s mathématiciens auxquels on doit 
le perfectionnement de l'algèbre, cet 
oubli ne vient que de ce qu'il n'a écrit 
qu'en allemand, à une époque où tous 
les savants n'écrivaient qu'en lalin. 
Mais quand on voit son Academia 
algebrœ se terminer par un calcul hé- 
rissé de signes, de chiffres et de let- 
tres, dont le résultat est l'explication 
du nombre mystérieux 6(i() de VA- 
pocalj yse , on regrette qu'un talent 
réel ait été si mal employé ( V, Klau- 
sing, De Mathesi sacra non sacra , 
Sdt abusu mathematum in sacris , 
Wisraar , 1 707 , in- 4°. de 5a pages ). 
Faulhabc r a perfectionné la construc- 
tion de plusieurs instruments de ma- 
thématiques , et a publié en alle- 
mand divers ouvrages qui eurent de 
la vogue dans leur tempes; son Arith- 
métique a été souvent réimprimée, 
et l'on recherche encore son Ilimmlis- 
clie geheimde Maçia, oder Kunst- 
imd- ïf'undtr- Bechnung von Gog 
wul Magog, Ulm, i(ii5, in - 4°- 
C'< st un 1 ecuc il de récréations mathé- 
matiques, curieux comme étant l'un 
des plus anciens ouvrages de ce genre. 
L'auteur y annonce avec emphase plu- 
sieurs découvertes merveilleuses dont 
il se réservait k secret. Jean Rcmiuc- 



FAU 

lin , ayant résolu quelques uns de ces 
problèmes , eu publia la solution ( eu 
allemand ) sous ce titre pompeux : 
Victor Sphyngis oderEntdeckung, 
etc. ( Découverte du nouvel art ca- 
balistique de Gog et Magog de J. 
Faulhaber), Augsbourg, 1619, in- 
4°. Parmi les autres ouvrages de Faul- 
haber, nous citerons seulement les 
suivants : I. Mathematîci tractatus 
duo, nuper germanicè editi, con- 
tinentes, prior, novas geomelricas et 
opticas aliquot singularium instru- 
mentorum inventiones , posterior , 
usum instrumenti cujusdam belgœde 
novo excogitalum , dimetiendis et 

describendis rébus aptum latine 

versi per Joh. Remmelinum , Franc- 
fort, in-4°., fig. : la date n'est in- 
diquée que par le chronogramme Do- 
MlnVs tlbï prospICIet (1610). Il 
y décrit une machine assez ingénieuse 
pour dessiner la perspective; II. Mi- 
racula arithmetica, etc. , Augsbourg, 
1622, in-4% en allemand : c'est un 
supplément à son Arithmétique. Il y 
compare les procédés arithmétiques 
de chaque problême avec la méthode 
algébrique dont il faisait usage; III. 
Mechanische Verbesserung , etc. , 
Ulm , 1626, in-4 « ? avec 2 planches : 
c'est la description d'un moulin à ma- 
nège , inventé par Uamelli , auquel 
Faulhaber fit divers perfectionne- 
ments ; IV. Deuxième continuation 
du miroir mathématique, etc., Ulm, 
1626, in-4°., fig» : c 'est une descrip- 
tion de diverses machines assez ingé- 
nieuses, d'une planchette perfection- 
née, d'un compas de réduction à trois 
branches, d'un moulin à bras ou à 
cheval , etc. ; V. Geheime kunstkam- 
mer, etc. ( Cabinet secret de curio- 
sités contenant toutes sortes de stra- 
tagèmes de guerre , de secrets inouïs 
et autres machines admirables ) , 
Ulm , 1628, iu-4°» ? il n 'y donne crue 



FAU 195 

le catalogue de ces secrets merveilleux , 
au nombre de cent, mais sans des- 
cription ni figure; VI. Academia, 
algebrœ , etc. ( ou Continuation des 
inventions miraculeuses dans cette 
science ), Augsbourg, i65i , in-4°. : 
il y développe sa méthode qu'il avait 
déjà annoncée dès l'an 1604, dans 
son Arilhmetische- Cubiccossische- 
Lustgarden (ou Parterre algébrique). 
Voyant, dit-il, qu'aucun mathémati- 
cien n'avait pu résoudre ses problèmes 
ni répondre aux défis qu'il leur avait 
faits depuis quinze ans dans ses di- 
vers ouvrages d'algèbre, il fait voir 
que la méthode de Cardan, ni aucun* 
autre méthode connue jusqu'alors, ne 
pouvait donner cette solution ; VII. 
Inventions pour le tracé des redou- 
tes ( pasteyen ) et fortifications , 
etc., Francfort, 1610, in- 4".; VIII. 
Description d'un nouveau compas 
de proportion , pour Vusage des for- 
tifications , Ulm, 161 7, in-4". ; IX. 
l'Ecole de l'ingénieur , Francfort, 
1610 ; Nuremberg , 1 654 ? ] 657, 
4 parties in-4°. — Christophe Erhard 
Faulhaber, né à Ulm en « 708, y fut 
fait professeur de mathématiques en 
1737, et de théologie en 1 763 ; il mou- 
rut le 16 juillet 1781. Outre un livre 
sur la sainte cène, en allemand, souvent 
réimprimé, on a de lui huit disser- 
tations sur divers sujets de physique 
et de mathématiques. L'une, en al- 
lemand , rapporte les diverses opi- 
nions des savants sur les pluies de 
sang, Ulm, 1 y55 ? in-8°. ; les au- 
tres, en latin , traitent de l'effet des 
lentilles ( ou verres convexes ) , des 
miroirs ardents, de l'incertitude déjà 
variation de l'obliquité de l'écliptique , 
de l'impossibilité du mouvement per- 
pétuel dans dix machines différentes 
proposées pour résoudre ce fameux 
problème , etc. — Albert - Frédéric 
f auwuber, médecin en titre de la 
ï3« 



tçfi FAU 

Tille d'UIm , sa patrie, y mourut le 
26 juin 1770, âgé de trente-deux 
ans. Il a traduit du latin en allemand 
la Nouvelle méthode de traiter la 
petite-vérole, par J.-F. Clossius , 
Ului, 1769, in-8°. — Eiic-Mathieu 
Fàulhàber, frère du précèdent, né 
à Ulm en 1742, y fut fait professeur 
de mathématiques en 1767, de phy- 
sique en 1770, de théologie <fn 1779, 
et y mourut le 28 mai 1794. Il n'a 
publie' que deux dissertations peu im- 
portantes , quelques almanachs , et 
quelques articles dans le Journal 
théologico-litiéraire de Seiler, depuis 
3 777- Foy. les Notices sur les sa- 
vants d'UIm par Weyermanu, pag. 
200-2 17 (en allemand ). C. M. P. 

FAULKNER (George), impri- 
meur irlandais du i8 p . siècle, est le 
premier qui ait exerce sa profession 
en Irlande avec quelque réputation. 
Après avoir fait son apprentissage à 
Londres sous le célèbre Bowyer, il 
vint vers 1727 s'établir imprimeur- 
libraire à Dublin , où il se fit connaître 
par différentes publications utiles. 11 
était l'imprimeur de confiance du 
doyen Swift, et fut lié avec le comte 
deChesterfield, qui lui a adressé des 
lettres ironiques fort piquantes où il le 
compare à Atticus. Ces lettres, ainsi 
que d'autres adressées au docteur 
Mnrsuen, furent imprimées en 1777, 
in-4°. Sa crédulité le rendait souvent 
l'objet des mystifications des beaux- 
esprits qu'il recevait à sa table. Ayant 
eu le malheur de se casser la jambe 
en fuyant, selon son propre aveu, la 
fureur d'un mari jaloux, le poète 
Foote, qui n'épargnait personne, l'in- 
troduisit , sous le nom de Peter Pa- 
rdÇtaphy dans sa comédie des Ora- 
teurs * jouée à Dublin en 176a. Faul- 
kner intenta un pro nique, 
mais son défenseur lui-même apprêta 
à rire à ses dépeus, eu le wmnauut 



FAU 
à Socrate, et son adversaire à Aristo- 
phane. Le lord Townscnd parvint à 
accommoder leur différend. On a con- 
servé de cet imprimeur quelques let- 
tres où perce un ton de pédantisme 
et une excessive vanité qui l'a souvent 
exposé au ridicule; mais ce défaut 
était racheté en lui par une délicatesse 
de procédés qui n'est pas commune. 
Il mourut alderman de Dublin le 28 
août 1775. On trouve dans les Mé- 
moires de Richard Cumherland ( 2 
vol. in-4°. ) des anecdotes curieuses 
sur George Faulkner. X — s. 

FAULKON , Voy. Constance. 
FAULTRIER ( Joacuim ) naquit à 
Auxerre, en 1626, d'une famille an- 
cienne. Né avec des talents qu'il avait 
perfectionnés par de bonnes études , 
et doué des qualités les plus recom- 
raandables, il embrassa l'état ecclésias- 
tique, et d'abord se livra à la profes- 
sion d'avocat. Sa probité et son habi- 
leté dans la conduite des affaires lui 
valurent une brillante clientelle. Un 
procès poui le comte du Lude lui pro- 
cura l'avantage d'être remarqué par 
Louis XI V ;ce prince, qui se connais- 
sait en mérite , crut que l'abbé Faul- 
tricr pouvait être utile à son service, 
et le donna à Louvois qui l'employa 
dans différentes négociations; il les ter- 
mina heureusement, et s'y acquit une 
grande réputation de sagesse , de pi u- 
dence et d'intégrité. L'intendance du 
Hainautlui ayant été confiée, il admi- 
nistra cette province avec tant d'habi- 
leté, qu'il sut se concilier également 
l'estime du souverain et rattachement 
des administrés. Il était pourvu en 
commande de l'abbaye d'Ardennes , 
près Caen, ordre de prémonti 
de celle de Saint-Loup de Ti .v< s ; ré- 
compenses sans doute de les travaux et 
de m 

à avancer, et fatigué des affaires , 1! se 
démit en îGStf, avec la permission 



* FAU 
an roi , de l'intendance du Hainauf, 

C'est alors que, se trouvant libre de violente pour un seigneur anglais; et, 
toute autre occupation , il résolut de 



FAU 197 

cette ville, elle conçut une passion 



consacrer son loisir à la culture des 
lettres qu'il avait toujours beaucoup 
aimées. H avait commencé à former 
mm bibliothèque; il mit ses soins à 
l'augmenter et à la compléter , et par- 
vint à en faire un monument digne de 
son amour pour les sciences et la lit- 
térature. On a le catalogue de cette 
précieuse bibliothèque dressé par 



séduite par ses promesses , le suivit à 
Londres. Trahie par son amant , elle 
se trouva réduite à subsister du pro- 
duit de ses ouvrages , dont quelques- 
uns eurent un instant de succès. On 
ignore l'époque de sa mort, mais on 
sait qu'elle vivait encore à Londres en 
1777, et qu'elle s'y faisait appeler 
M me . Fauque de Vaucluse. Lady Cra- 
ven ( aujourd'hui margrave d'Ans - 



Prosper "Marchand , qui l'a fait préce- pach ) la chargea d'enseigner le fran 



der d'un Elo^e de l'abbé Faultrier. 
( f. Marchand ). Le roi avait donné à 
l'abbé Faultrier un logement à l'Ar- 
senal; il y passa paisiblement le reste 
de sa vie à coté de ses livres , et en- 
touré de ses amis. Le prince lui con- 
serva son estime , l'admettait souvent 
à l'honneur de son entretien , et vou- 
lait bien quelquefois prendre ses con- 
seils. Cet homme recommandai)! e 
mourut le 12 mars 1709, âgé de 
85 ans , et regretté de tous les gens 
de bien. On a de lui une Lettre en ré- 
ponse à l'abbé de Rancé , qui, en 
écrivant la vie d'un de ses religieux, 
ancien militaire, y avait inséré des 
choses peu avantageuses àcet état. 

L— Y. 

FAUQUE ( M lle .), née au com- 
mencement du 18 1 . siècle, dans le 
comtat d'Avignon , fut forcée par ses 
parents d'embrasser la vie religieuse 
dans le couvent où elle avait été élevée. 
Douée d'une a me ardente et que les 
difficultés n'étaient point capables de 
rebuter, elle essaya de faire parvenir 
ses plaintes aux supérieurs ecciésiasti 



çais a ses filles. Le célèbre sir Wil- 
liam Jones reçut aussi d'elle des le- 
çons de cette langue, et lui rendit en 
retour quelques bons offices pour la 
composition de plusieurs de ses ou- 
vrages. On a de M lle . Fauque : I. Le 
triomphe de V Amitié, Londres ( Pa- 
ris), 1 75 1 , in- 1 2. Le style de cet ou- 
vrage ne manque pas de naturel, et on 
y trouve, dit madame Briquet, des 
pensées qui naissent du sujet. IL 
Abassdi , histoire orientale , Paris, 
1 753 , in-12 , trad. en anglais , Lon- 
dres, 1759, 2 vol. Ce roman, dit le 
même auteur, est semé de réflexions 
justes, fines et ingénieuses. III. Côn- 
tes du sérail , traduits du turc , La 
Haye, 1755 ,111-12; ils sont très in- 
férieurs à ceux de M* e . d'Aulnoy , de 
M Ue .de Lr.bert, et de la plupart des 
dames qui se sont exercées dans le 
même genre; IV. Les Préjugés trop 
bravés et trop suivis, Londres (Paris), 
j 755, in-i 2 , réimprimé sous ce titre : 
Danger des préjugés et Mémoires de 
JW Uc . d J Or an , Paris, 1774? lli - l '■>■ • 
Y. La dernière Guerre des Bétes , 



ques, et au bout de dix ans elle ob- fable pour servir à l'Histoire du 



tint un bref qui annuliait ses vœux 
Sa famille refusa de la recevoir, et 
elle se décida à venir à Paris, où elle 
comptait se faire une ressource de la 
facilité qu'elle se sentait pour écrire. 
Peu de temps après son arrivée dans 



siècle , Londres ( Bruxelles ), 
1758, in-S°. , traduit en anglais la 
même année. VI. Frédéric le Grand 
au temple de V immortalité, Londres j 
1758, in-8°., trad. en anglais. "VIL 
Les ZelindienSy in-i2j VIII. Les 



I$B F AU 

Vizirs, ou le Labyrinthe enchanté, 
conte oriental ( en anglais ), i vol. ; 
il est précédé d'une introduction qu'on 
attribue à sir William Jones. Il se 
pourrait que ce roman , que M me . 
Fauque présentait, comme étant son 
premier essai dans la langue anglaise , 
ne fût que la traduction d'Abassaï. 
IX. la Belle Assemblée anglaise , 
ou les Amusements de la bonne 
compagnie , entremêlés d'histoires 
intéressantes et d J anecdotes authen- 
tiques , qu'on suppose avoir été ra- 
contées par différentes personnes de 
qualité retirées du cercle brillant du 
beau monde , 1774» en anglais. X. 
Dialogues moraux et amusans , en 
anglais et en français, Londres ,1777, 
in- 12; l'élégance et la correction du 
style de la partie anglaise de ces dia- 
logues , pourraient étonner si Ton ne 
savait que sir William Joncs s'était 
chargé de l'épurer. Un critique , qu'on 
ne soupçonnera pas d'être favorable à 
JYÏ 1 . Fauque, l'abbé Sabathier, dit 
qu'on ne peut lui refuser de l'esprit et 
du talent pour écrire , mais que dans 
ses ouvrr.ges elle a plus consulté l'ima- 
gination que la nature. Elle a laissé en 
Angleterre la réputation d'une femme 
aussi aimable que spirituelle. 

W— s et X— s. 

FAUH, V. PllîRACetSAINT-JORRY. 

FACJRE ( Charles ), abbé de Ste.- 
Geneviève et premier supérieur géné- 
ral des chanoines réguliers de la con- 
grégation de France , était né à Lu- 
ciennes, près de Saint-Germain-en- 
Layc , en 1 5()4, d'une famille noble, 
originaire d'Auvergne. D'une humeur 
douce, d'un esprit docile, d'un cœur 
sensible et généreux, le jeune Faure 
montra dès son enfance des inclina- 
lions vertueuses et un penchant natu- 
rel vers la piété, qui le faisait se plaire 
aux offices et aux cérémonies de l'égli- 
se. Il c'avait guère que huit ans lors- 



FAU 

que le tonnerre tomba sur lui j on le 
vit tout environné de flammes, et cène 
fut pas sans surprise qu'on trouva qu'il 
n'avait reçu aucun mal. Son père,hom- 
me vertueux et instruit, fut son pi emier 
maître. On l'envoya ensuite à Bourges 
étudier chez les jésuites. Il y fit une 
partie de ses humanités , et revint 
dans la maison paternelle. Dans la sui- 
te, il alla les achever à la Flèche. II 
était à peu près dans l'âge où l'on 
songe à prendre un état, lorsque son 
père mourut, ne laissant point une 
fortune considérable. La mère du jeune 
Faure crut favoriser ses inclinations 
et en même temps pourvoir à son sort, 
en le faisant entrer dans l'abbaye de 
St.-Vincent de Senlis; il y prit l'ha- 
bit de chanoine régulier. Il fit pro- 
fession le i cr . mars 161 5. Cette ab- 
baye , comme beaucoup d'autres , par 
suite des guerres civiles et par l'intro- 
duction de la commende , était tombée 
dans un grand relâchement. Le jeune 
Faure, extrêmement pieux , ne tarda 
point à s'en apercevoir. Sa piété et 
sa régularité contrastaient avec la con- 
duite de presque tous les religieux de 
cette maison, et semblaient les condam- 
ner. Il n'est pas douteux qu'il n'eût 
été renvoyé, si les religieux n'avaient 
pas craint de déplaire à leur abbé, ami 
particulier de la mère du jeune reli- 
gieux. Heureusement pour le frère 
Faure, il fut encouragé et soutenu 
dans ses bons desseins par un res- 
pectable ecclésiastique du diocèse de 
Beauvais, nommé M. Ransson , qu'on 
,i\ ait appelé dans la maison pour avoir 
soin des novices ; circonstance qui 
seule fait voir combien cette maison 
était dénuée de bons sujets, puisqu'on 
1 lit pas trouvé un religieux qui 
pût ou voulût se charger d'un emploi 
dont le premier devoir est de donner 
le bon exemple. Ce M. Ransson lui- 
même fut l'objet de beaucoup de per- 



FAU 

séditions. Au mois d'octobre suivant , 
le frère Finie se rendit à Paris pour 
y faire sa philosophie et sa théologie 
dans l'université. Il se logea au col- 
lège du Mans, alors dirigé par M. Bour- 
doise( V. Bourdoise). Le jeune cha- 
noine régulier mena dans cette maison 
la vie la plus édifiante et la plus péni- 
tente, partageant son temps entre les 
exercices de piété et l'étude. A près avoir 
pris le degré de bachelier en théolo- 
îogie , on le sollicita de faire son cours 
de licence pour prendre ie bonnet de 
docteur; mais , soit humilité, soit que 
des soins plus importants le rappe- 
lassent dans son abbaye, où il sou- 
haitait ardemment que la régularité se 
rétabît, il s'y refusa. 11 s'v était fait 
de grands changements et bien con- 
formes aux vœux du P. Famé. Le 
zèle , l'exemple , les sages conseils de 
M. Ransson n'avaient pasété sans fruit. 
Ils avaient fait une furte impression 
sur deux religieux de l'abbaye de St.- 
"Vincent, les PP. Baudouin et Bran- 
che. Ils avaient sincèrement repris l'es- 
prit de leur état , et souhaitaient 
qu'une bonne réforme s'établît dans 
leur maison. Le prieur et tous ceux 
qui s'opposaient à ce pieux dessein , 
comme par un coup de la Providence, 
étaient morts dans le courant d'une 
année. Le P. Baudouin fut élu prieur, 
et le P. Faure contribua beaucoup 
à son élection. Lui-même fut nommé 
sous-prieur et maître des novices. Tous 
deux mirent la main à l'œuvre. Bien- 
tôt la maison changea de face, et de- 
vint aussi régulière qu'auparavant elie 
l'était peu. On travaillait alors, par or- 
dre de Louis XIII , à la réforme des 
différents ordres religieux ; plusieurs 
congrégations s'étaient déjà réformées. 
Le cardinal de la Rochefoucauld avait 
été chargé par le roi de ce qui con- 
cernait les maisons de chanoines ré- 
guliers, et dès l'au 1622, il avait ob- 



FAU TQ 9 

tenu de Rome un bref qui l'autorisait 
à introduire la réforme dans les mai- 
sons qui en avaient besoin, il con- 
naissait le zèle du P. Faure , et se ser- 
vait de lui avec succès. Déjà , à l'exem» 
pie de St. -Vincent, plusieurs mai- 
sons de chanoines réguliers s'étient 
réformées. On tirait de cette abbave 
des religieux, pour porter l'esprit 
de régularité dans celles où il s'é- 
tait affaib'i. Le cardin .il nomma le 
P. Faure visiteur et supérieur des 
maisons réformées. Le projet de cettô 
éminence était de prendre quarante 
maisons de celles qui étaient les moins 
éloignées de Paris, et de les réunir 
sous chapitre général, avec la déno- 
mination de congrégation parisienne; 
mais le roi l'ayant nommé à l'abbaye 
de Sfe. Geneviève avec l'intention que 
la réforme y fût introduite, le plan 
du cardinal s'agrandit. Il résolut de 
faire de cette abbaye le chef-lieu de 
la congrégation , en lui agrégeant des 
maisons de toutes les provinces du 
royaume , et de lui donner le nom de 
congrégation de France. Cependant 
douze religieux de St. Vinc nt < t quel- 
ques autres tirés des maisons réfor- 
mées, avaient éîé introduits dans l'ab- 
baye de Ste.-Geneviève et en avaient 
pris possession le 17 avril 1 6^4. Le 
zèle du P. Faure ne se relâchait en 
rien : en sa qualité de visiteur et de 
vicaire-général , il p ,rcoi:rait les mai- 
sons, faisait des règlements, insti- 
tuait des séminaires» veillait soigneu- 
sement à l'observation de la règ'e, et 
chaque année la congrégation se gros- 
sissait de nouvelles maisons qui de- 
mandaient, à s'y réunir. D'un autre 
cô'é, on sollicitait à Rome la bul!e 
d'érection de la congrégation ; elle 
fut expédiée !e 5 février 1 f>54- Par 
les dispositions de celte bulle , l'ab- 
baye de Ste.-Geneviève devait avoir 
un abbe régulier après la démission. 



!2oo F AU 

du cardinal. Jusque-là , l'abbé élu n'é- 
tait que son cividjuteur , et il exerçait 
sur la congrégation la supériorité gé- 
nérale pindant son triennat. Le i 7 
octobre de la même année , le chapi- 
tre-général s'assembla a Ste.-Gene- 
viève pour l'élection d'un supérieur- 
général. Tous les vœux se réunirent 
sur le P. Faure. Il fut élu abbc-coad- 
juteur de Sle.-Geneviève et supérieur- 
général de la congrégation. Trois ans 
après, cette dignité lui fut continuée 
dans un second chapitre-général; mais 
comme , par les dispositions de la 
bulle , on ne pouvait pas être élu trois 
fois de suite , quelques instances que 
fissent les religieux pour que le P. 
Faure fût encore continué, il dut se 
démettre après ce deuxième triennat. 
On élut à sa place le P. Boulart. Mcan- 
ïnoins, un acte du ebapitre général 
conserva au P. Faure des pouvoirs si 
e'tendus, que le P. Boulart lui-même 
ne pouvait rien faire que de son con- 
seil. Le triennat du P. Boulart étant 
écoulé, le P. Faure fut de nouveau 
élu, pour la troisième fois, à l'una- 
nimité. C'est au commencement de ce 
troisième généralat triennal , qu'épuisé 
avant l'âge par les fatigues et les aus- 
térités, cet exeelleut religieux, dans 
le cours de ses visites, tomba malade 
d'une manière inquiétante. On le ra- 
mena de Chartres à Paris. Quel que fût 
son état , il continua ses travaux pen- 
dant deux mois que dura sa maladie, 
et eut le courage de mettre la derniè- 
re main à ses constitutions; il dres- 
sa même des mémoires et des ins- 
tructions sur des objets importants. 11 
expira le 4 novembre 1 6\ 4 , àjié de 
cinquante ans. L'ardeur de son zèle 
l'avait porté à étendre le bien de son 
institut jusqu'en Irlande. L'année mê- 
me de sa mort, il avait admis à la pro- 
fession sept jeunes irlandais , qui rc- 
iQurncrcM dans, leur navs prêcher la 



FAU 

foi, et dont quelques uns reçurent la 
palme du martyre. Les ouvrages du 
P. Faure sont: I. ses Constitutions, 
« ouvrage admirable et tout rempli de 
l'esprit de Dieu, » dit son historien ; 
IL le Directoire des Novices , plu- 
sieurs fois réimprimé, et que le P. 
Adam Schirmbech, jésuite allemand , 
a traduit en latin et publié à Munich , 
nous le titre de Pnlestra religiosa ; 
111. différents Traités manuscrits, 
dont un de la persévérance, et un au- 
tre intitule : Idées des choses qui ser- 
viront à conserver l'esprit de piété 
dans la congrégation; IV. Samuel 
christianus , Paris, i658, livre com- 
posé pour les séminaires de la con- 
grégation ; V. des Exhortations et des 
Dissertations sur divers sujets; VI. 
des Lettres inédites en grand nombre, 
où il est traité des matières les plus 
importantes du salut et de la per- 
fection religieuse. Il y a une Fie du 
P. Faure , i vol.in-4". , Paris, 1698. 
Il paraît que ie P. Lallemant, prieur 
et chancelier de Stc.-Gcnevièvc , en 
avait ramassé les matériaux et l'avait 
commencée. Le P. Chartonnet, aussi 
prieur de Ste.-Gencviève, y a mis la 
dernière main et l'a publiée. On y 
trouve l'histoire des chanoines régu- 
liers, dont le P. Faure a été le prin- 
cipal supérieur. L — Y. 

FAUME (François), évè pie d'A- 
miens , était né le 8 novembre lÔlQ , 
à Ste.-Quiiiere, près d'Angonléfne, 11 

annonça dès son enfance un goût très 
vif pour la retraite, et à peine eut-il 
terminé ses études, qu'il sollicita sou 
admission dans l'ordre des Coi délias. 
Les épreuves du noviciat ne le rebu- 
tèrent point, et il prononça ses vœux 
à l'âge de dix-sept ans. Le jeune Faure 
était doué d'un esprit vil et agréable, 
il parlait avec facilité et paraissait éga- 
lement propre à réussir dans les siiin- 
ces ou dans les affaires. Ses supérieurs 



FAU 

jugèrent à propos de l'envoyer à Paris, 
faire son cours de théologie. Il soutint 
ses thèses pour le doctorat, de ma- 
nière à confirmer l'opinion qu'on 
avait de son mérite. Le cardinal de 
Richelieu voulut entendre un homme 
dont chacun lui parlait d'une manière 
si avantageuse; il fut satisfait de la sa- 
gesse de ses réponses , et se déclara 
son protecteur. Après la mort du car- 
dinal , la reine Anne d'Autriche se 
ckargea de la fortune de Faure, et !e 
ht nommer sous-précepteur de Lou;s 
XIV. Les preuves de reconnaissance 
et de dévouement qu'il donna à cotte 
princesse pendant les troubles de la 
minorité , lui valurent 1 evêché de 
Glandeves, d'où il fut transféré cà celui 
d'Amiens en 1 654; Faure se montra 
jaloux de maintenir et d'accroître l'é- 
tendue de sa juridiction. Il eut à ce 
sujet une dispute très vive avec le 
doyen de St. - Florent de Roye , qui 
prétendit pouvoir se passer de l'ap- 
probation de l'évêijr.c pour adminis- 
trer les sacrements , puisqu'il était 
nommé par le chapitre. L'affaire , dé- 
battue dans plusieurs mémoires , fut 
portée au conseil d'état , q ù ne la ju- 
gea point définitivement. L'évêque 
d'Amiens assista à plusieurs assem- 
blées du clergé , et fut presque tou- 
jours chargé d'en présenter les délibé- 
rations à l'approbation du roi. Ii con- 
serva la faveur de la cour jusqu'à sa 
mort , qui arriva ta Paris, le 1 1 mai 
1687. 11 était âgé de soixante-quinze 
ans. Son corps fut transporté à Amiens 
et inhumé dans la cathédrale. Les ou- 
vrages que Faure a publiés sont fort 
au - dessous de sa réputation , et lui 
avaient attiré , de son vivant , des épi- 
grammes assez piquantes. On a de lui : 
un Recueil de statuts synodaux pour 
le diocèse d'Amiens; une Censure 
des Lettres provinciales ; une Or- 
donnance contre le Nouveau Testa- 



FAU 20 1 

ment de Mons , réfutée par Lenoir, 
théologal de Séez; un Panégyrique 
de Louis XIV, Paris, 1680, in-4°. 
et des Oraisons funèbres de la reine 
Anne d'Autriche, sa bienfaitrice , 
d'Henriette Marie , reine d'Angleterre, 
et de Gaspard IV de Colignv. 

W— s. 
FAURE DE FONDAMENTE 
(François de), conseiller au parle- 
ment de Toulouse, né à Mrues, de 
parents protestants, avant le milieu 
du 17 e . siècle, fit son délassemeut de 
la culture des lettres. Son goût et ses 
lumières lui acquirent l'estime des 
beaux-esprits de son temps. Pélisson, 
qui lui était d'ailleurs uni des nœuds 
du sang et de l'amitié, lui dédia son 
Histoire de V Académie françoise. 
11 fut un des premiers membres que 
les fondateurs de celle de ISîmes s'ad- 
joiguirent, avant même que cette so- 
ciété eût une existence légale. Il reçut, 
avec un de ses collègues, la mission 
d'aller solliciter les lettres patentes qui 
devaient consolider cet établissement. 
Ses rapports avec Péiisson, et d'au- 
tres hommes de lettres non moins 
considérés, facilitèrent le succès de 
ses soins. Il fut moins heureux lors- 
qu'on le chargea ensuite de négocier 
l'association de la nouvelle académie 
avec l'académie française : ii réussit à 
intéresser à ce projet , Pélisson , Char- 
pentier , le duc de Saint • Aignan et 
l'abbé Fléchier ; mais leur zèle fut 
impuissant contre les obstacles que 
suscitèrent alors un grand nombre de 
leurs confrères. 11 était réservé à Flé- 
chier d'en triompher quelques années 
plus tard , lorsque , devenu évêque de 
ÎNîmes , et protecteur de l'académie de 
cette ville , il voulut se montrer digne 
de ce dernier titre. Faure n'a publié 
aucun ouvrage , mais on sait qu'il en 
avait composé un sur la Science des 
Médailles; qu'il s'occupait d'une Tra« 



302 F A U 

duction de Quivtilien , et qu'il avait 
aussi traduit YEpilre d'An'slenètc , 
sur le luxe et la mauvaise humeur 
des Femmes. On ignore l'époque pré- 
cise de sa mort ; mais ou voit, par les 
registres de l'académie de Nîmes , que 
son éloge fut prononcé dans le sein de 
cette compagnie , par M. Guiran, le 
9 août 1686. V.S— l. 

FAUST. Fojr. FUST. 

FAUST (Jean), ne vers le com- 
mencement du 16 . sièc'e, était fils 
d'un paysan de Wcimar, d'autres di- 
sent d< Kund'ing. Il fut élevé par un 
de ses oncles , qui le fit étudier en 
théologie. Malgré son penchant à la 
débauche, Faust termina son cours et 
se fit recevoir docteur. Mais bientôt il 
se dégoûta de cette science, cultiva 
la médecine, l'astrologie, et se livra 
surtout à la magie. De ce moment , 
ses historiens ne sont plus que d'in- 
sipides romanciers , qui débitent mille 
absurdités sur son compte. Ils le font 
conjurer le diable, s'asservir un es- 
prit infernal, nommé Méphostophité, 
avec lequel il fit un pacte de vingt- 
quatre ans, descendre aux enfers, 
Î)arcoui ir les sphères célestes , toutes 
es contrées de ce monde sublimai- 
re, s'entourant partout d<- prestiges, 
jouant des tours dignes d'un écolier , 
ayant commerce avec la fameuse Hé- 
lène, femme de Menélas , fusant ap- 
paraître Alexandre- le -Grand devant 
les- Quint, et, pour terminer 
convenablement la scène , ayant le 
col tordu par le diable, à l'expiration 
de son pacte. Bien plus infaillible en- 
core qw l'illustre Malin u Laen>bei'. r , 
Faust débitait tous les ans <-n 
magne des Almanaehs qui , dictés par 
Befeebtith, ne pouvaient manquer 
d'avoir un grand snccès.Tets sont les 
faits merveilleux que rapporte Geor- 
çe-Rodolphe Widman , qui publia à 

l'i ancfort , 1 687 , in-8". , L'histoire de 



FAU 

J. Faust et de Christophe Wagner f 
son valet. Cette histoire, ou plutôt ce 
roman, réimprimé à Berlin, i5go, 
et à Francfort, 1 5q i ; reparut à Ham- 
bourg, 1598*1600, in-Z|°.,3 vol., 
avec des commentaires historiques, 
physiques et moraux , et souvent de- 
puis , mais avec plus ou moins de 
mutilations , disent les pubHcateurs 
àe?, éditions corrigées. Ces commen- 
taires sont le comble de l'ignorance et 
de la bêtise. L'histoire de Faust fut 
traduite en anglais, en hollandais, 
1 592 , in-8". ; 1 G87 , 1 vol. ; 1608 , 
in 4'.; et en français, par Victor 
Palnia Cayet , Pans, i6o5; Rouen, 
1 6o4 ; Paris, 1 f j-p ; Cologne ( Bruxel- 
les), 171 '2, in-i2, etc. Adeiung a 
consacré un article à Jean Faust à la 
fin du dernier volume de son His- 
toire des Folies humaines.. On y 
trouve les Conjurationes Fausti , 
auxquelles il ne manque que les figu- 
res mystérieuses qui doivent y être 
jointes , pour que le lecteur puisse 
opérer les mêmes prodiges que le ma- 
gicien de Wcimar. Les Allemands , 
assez amis du merveilleux, ont sou- 
vent mis sur la scène la descente du 
docteur Faust aux enfers. De ce nom- 
bre semt 'c célèbre Goethe, Klinger 
et J. F. Sehii.k. Tritheme, le plus 
ancien de tous, J.Man'ius, Sehaller, 
Wier, Del Rio, et même Caméra ri us 
et Gessner, eml parlé plus ou moins 
longuement de Faust ri de ses enchan- 
tements; bien plus, Pie rre- Frédciic 
Arj e a donné le catalogue de ses ou- 
vrages magiques. Maigre le témoi- 
gnage de ce* écrivains, beaucoup 
d'autres, et peut-être avec raisem , 
regardent ce personnage comme en- 
tièrement imaginaire, son histoire, 
comme un roman fait à plaisir. Quel- 
ques uns, entre autres Conrad Dur« 
rius , se semt ai i oire que la 

légende de Faust cat une satire fabri- 



FAU 
tjuee par les moines contre Jean Fust, 
un des inventeurs de l'imprimerie , 
irrités qu'étaient ces cénobites, d'une 
découverte qui leur enlevait les utiles 
fonctions de copistes de manuscrits. 
Plusieurs auteurs ont réfuté cette opi- 
nion peu fondée. Zeituer avait com- 
posé sur ce sujet : Schediasma de 
Fausto prœstigiatore ex Joanne 
Fausto à quibusdam jicto. On peut 
encore consulter sur Faust , Struv us , 
dans son ïnlrod. in not. rei lill. , et 
dans sa Bibl. antiq., ainsi que J. 
George Neumaun , qui a publié Dis- 
sertatio historié a de Fausto prœsti- 
giatore , Wittemberg , 1 683 , i 6q$ , 
i7ii,in-4°. D. L. 

FAUST (Jfan- Frédéric), histo- 
rien , né à Aschaffen bourg en Fran- 
conie, daas le 16 . siècle, n'est connu 
que par l'ouvrage suivant : Limbur- 
genses fasti, sive fragmentum Chro- 
nici urbis et dominorum Limbur- 
gensium ad Loheram è manuscrip- 
tis codicibus, Hcidelberg, 16 19, 
in-fol. Cette Chronique est peu esti- 
mée. — Un autre écrivain du même 
nom et de la même famille , et qu'Ade- 
lung croit fils du précédent , a publié 
en allemand, la Chronique de la ville 
de Francfort - sur- le - Mein , 1 660 , 
in- 12. 11 s'était adonné à l'étude de la 
langue hébraïque , et mit en vers la- 
tins la partie du Talmud , qui est rela- 
tive aux mariages. Son ouvrage ano- 
nyme parut sous ce titre : Traclatus 
de contraclibus judœorum matrimo- 
nialibus Talmudicus , latinis dona- 
tus musis , Baie, 1699, in -4°. — 
Maximilien Faust, d'Aschaffenbourg, 
avocat et sindic à Francfort , publia en 
i(>4i , daus la même ville, ses Con- 
silia pro œrario , in-fol. C'était le 
fruit de vingt ans de travaux et de re- 
cherches. W — s. 

FAUSTINA ( Signora ). V. Hasse. 

F A U S T 1 N E ( Aiwia - Galeria- 



FAU ioj 

Faustina), naquit l'an 1^0, d'An- 
nius'Verus, qui avait e'té trois fois 
consul , et qui faisait remonter son 
origine à INuma. Au lieu de conserver 
pur ce beau titre de gloire qu'elle re- 
levait encore par son mariage avec 
Antonin-Ie-Pieux , Faustine suivit la 
pente naturelle quVlle avait pour le 
plaisir, et le plaisir la conduisit au 
vice. Assise sur le trône des Césars, 
Faustine le souilla par ses débau- 
ches , autant que son époux l'illustra 
par ses vertus. Autonin gémissait de 
ses débord, ments , mais le caractère 
de douceur et de modération de ce 
prince lui faisait fermer les yeux sur 
la conduite de l'impératrice. Cet excès 
d'indulgence, qui aurait ramené à sou 
devoir un cœur moins corrompu , ne 
fut pour Faustine qu'une espèce d'en- 
couragement au libertinage. Sure de 
l'impunité, elle s'y livra sans retenue. 
Elle vécut constamment au milieu des 
dérèglements les plus honteux, et tel 
était l'aveuglement du prince, qui to- 
léra ses débauches pendant sa vie, 
qu'il la fit placer après sa mort au rang 
des déesses. Il lui fit élever des autels 
et des temples, et voulut que ses sta- 
tues fussent portées dans la procession 
des jeux du Cirque, avec celles des 
divinités de l'empire. Un grand nom- 
bre de médailles nous ont conservé les 
traits de cette princesse. Antonin ne 
manqua pas de lui donner encore, sur 
celles qu'il fit frapper après sa mort, 
le titre de Diva. Elles font mention de 
la dédicace du temple qui fut construit 
en son honneur, et dont on voit en- 
core aujourd'hui à Rome de belles rui- 
nes, à l'église de St.-Laurent in Mi- 
randa. Une des plus précieuses de 
ces médailles est celle qui rappelle 
l'institution des filles Faustiniennes, 
et qui a pour légende : Puellœ Faus- 
tinianœ. Faustine avait épousé Anto- 
nin avant qu'il eut été adopté par 



an'» F AU 

Adrien , et (lie mourut à l'âge fie 
trente -six ans, trois ans. après qu'il 
eut été crée Auguste. Elle avait eu d'eux 
fils , qui périrent fort jeunes. Les mo- 
numents seuls nous ont transmis leurs 
noms. L'un se nommait Marcus Ga~ 
ierius Antoninus , dont nous possé- 
dons une belle médaille grecque au re- 
vers de la tête de sa mère. Les ins- 
criptions nous donnent le nom du se- 
cond( Aurelius Fulvius Antoninus ), 
et celui d' Aurélia Fadilla, sa sœur , 
qui mourut aussi de bonne heure. Le 
seul enfant qui lui survécut îul Faus- 
tine jeune , épouse de Marc - Aurèle. 
— Faustise jeune ( Annia Fausiina), 
surpassa sa mère par la dissolution 
de ses mœurs. Commode son fils , pas- 
sait pour être le fruit de ses amours 
adultères; souvent elle choisissait ses 
amants dans la classe du peuple la 
plus obscure. Si Messaline n'avait pas 
vécu avant elle, ce seraitFaustine qui 
aurait conservé le honteux privilège 
de prêter son nom aux femmes im- 
pudiques. On engagea souvent Marc- 
Aurèlc à la répudier : « Il faudra donc 
lui rendre sa dot,» disait ce prince trop 
indulgent, et cette dot était l'empire. 
3Sous ne retracerons point ici toute 
l'infamie de sa conduite , les nom- 
breux excès auxquels elle se livrait 
n'échappèrent pas à la raillerie et à la 
censure des Romains; son époux seul 
ne l'en punit point. On blâme Mirc- 
Aurèle de cette faiblesse ; peut-être a 
t-il ignoré une partie de ces désordres, 
ou craint d'imprimer une tache à la 
dignité impériale. En punissant les 
tra\< rs de l'impératrice , il eut justifié 
les bruits populains qui la flétris- 
saient. Faiîstine fut accusée d'avoir 
contribué à la mort de Lueius Ycius, 
son gendre, pour qui elle a\ 
des complaisances criminelles, et qui 
s'en était vanlé. On lui repiorln 
«lavoir excité Avidius Cassius à la ré- 



FAU 

volfe. ( Voy. Avidius Cassius ); mai» 
puisque les auleurs anciens n'établis- 
sent pas ce.fait comme constant , nous 
sommes bien moins en état de l'éclair- 
cir aujourd'hui. Nous savons au con- 
traire , par une lettre de Marc-Aurè'e, 
qu'elle avait engagé ce prince à punir 
sévèrement les complices de Cassius. 
Faustine accompagna l'empereur eu 
Asie, vers l'an i"J\ , et mourut su- 
bitement en Cappadoce, dans un vil- 
lage nommé Halala , situé auprès du 
munt Taurus. Marc - Aurèle pleura 
cette princesse comme s'il avait perdu 
la femme la plus vertueuse; il fonda 
dans le lieu où elle mourut , une ville 
à laquelle il donna le nom de Fausti- 
nopolis , et rendit à sa femme les 
mêmes honneurs qu'Antonin avait 
rendus à la sienne. On peut voir dans 
Dion et Capitolin , jusqu'où fut portée 
à cet égard la faiblesse de Marc-Aui èio. 
Sur ses médailles , elle fut appelée de 
son vivant Mater Castrorum ( Mère 
des Armées ). C'est la première fois 
qu'on v voit paraître ce titre, dont plu- 
sieurs impératrices se décorèrent a j»i es 
elle. Mais rien n'est plus étrange que 
d'y trouver la légende Pudicilia. MA- 
gré tous les honneurs qui lui fuient 
décernés par Marc- Aurèle, on ne con- 
naît encore jusqu'ici aucune médaille 
en or de Faustine , frappée api 
mort. Les autres cependant nous font 
voir qu'elle fut mise au rang des 
Dieux, et Capitolin nous apprend que 
Marc-Auièle lui dédia un nouvel éta- 
blissement des filles Faustjniej 
Faustine eut plusieurs enfants de 
Marc-Aurè'e, Vibia Aurélia, Sabina 
et Fadilla, dont les inscriptions pu- 
bliées par (irntcr et Murateri, nous 
ont conservé les noms ; J.ucile , qui 
épousa Lucius VérilS I l'eoi- 

piie par Marc - Aurèle; deux fils ju- 
meaux, Commode qui Six 
père , et qui hérita de tous les vices 



FAU 

3e sa mère, elAntoninus qui mourut 
fort jeune ; enfin e!!e fut mère d'An- 
mus Férus, déclaré César à Page de 
sept ans , et qui mourut peu de temps 
après. Jl nous reste de ce dernier 
prince quelques médailles et médaiî- 
ions grecs et romains , sur lesquels il 
porte le titre de César, et qui sont de 
la plus grande rareté. — Les médailles 
seules nous font connaître le nom d'u- 
ne autre Faustine ( Annia Faus- 
tina ) , épouse de l'empereur Çlaga- 
bale, qui ne semblait choisir une 
épouse que pour la répudier. Le 
nombre de ses divorces égala celui 
des mariages que son caprice lui 
faisait contracter. Annia Fauslina des- 
cendait de Marc- Aurèle : mariée à 
Pomponius Bassus , elle résista long- 
temps aux sollicitations d'Eiagabale, 
qui prit le parti de faire assassiner le 
vertueux Bassus, pour épouser sa 
femme, aussi célèbre par sa beauté 
que par sa naissance et ses belles qua- 
lités. Les historiens qui parlent de 
cette princesse, sans nous faire con- 
naître son nom , ne sont pas d'accord 
sur l'époque où elle devint épouse 
d'Eiagabale. Dion veut qu'elle ait été 
sa première femme, Hérodien au con- 
traire la désigne comme la dernière. 
Les écrivains modernes sont d'après 
cela demeurés partagés d'opinion ; 
mais l'abbé Beîley, qui a rendu à 
l'histoire et à la numismatique tant 
de services importants , a enfin éclair- 
ci d'une manière victorieuse, par 
le secours des médailles, ce point 
de Chronologie , en établissant que 
Coruelia Paula avait été la première 
femme d'Eiagabale, Aquilia Severa 
la seconde, que celle-ci avait été 
répudiée pour faire place à Faus- 
tine, renvoyée à son tour pour voir 
Aquilia venir reprendre le titre d'é- 
pouse auprès de ce sybarite insensé. 
Les médailles de Paula , d'Aquilk et 



FAU ao5 

d'Annia Fauslina, frappées en Egypte, 
avec les dates de chaque année du 
règne d'Eiagabale, sont les monu- 
ments dont l'abbé Bclley s'est servi 
dans sa dissertation (i ). Les médailles 
d'Annia Faustina sont fort rares ; c'est 
par cette raison que les faussaires se 
sont plu à les reproduire souvent : 
plusieurs coins modernes, qui avaient 
été placés avec confiance dans certains 
cabinets , en ont été exclus à mesure 
que les connaissances numismatique» 
se sont agrandies. T — n. 

FAUSTLNUS ( Perisaule) , de 

est auteur de deux poèmes latins, in- 
titulés l'un : De honesto appetitu , 
l'autre : De triumpho stultitiœ, impri- 
més sans date à Rimini , chez Jérôme 
Soncino. Ce livre est d'une extrême 
rareté. L'exemplaire qu'en possède la 
bibliothèque Mazarine , n°. 21 256, 
porte sur le titre qu'il est d'uue seconde 
édition (itérant excusa ) ; il est in-8°. 
caractères italiques très menus, feuil- 
lets non chiffrés, mais signatures de- 
puis A jusqu'à H inclusivement. Le 
premier poème s'étend jusqu'au feuil- 
D. iiij recto. 11 semblerait, d'après 
Maittairè , tome I er . de son Index an- 
nal, tfpogr., pag. 5q5, que lesRu.s- 
coni de Venise auraient imprimé après 
coup leur nom et la date de 1 5i^ sur 
quelques exemplaires ; mais rien de 
cela ne paraît sur l'exemplaire de la 
bibl. Mazarine. Soncino a dédié le pre- 
mier poëmc à Gorns Gerius, évêq« e 
de fano , et vice-légat de Bologne. Le 
sujet de ce poërne est la modération 
dans les désirs : l'autre , partagé en 
trois livres , peint les folies du premier 



(i> La première médaille de Julia Paula que cite 
l'abbé Belley dans sa dissertation , porte la date 
de l'an trois du règne d'Eiagabale. Nous en possé- 
dons une qui est inélite, avec la date de l'an 
deux; ce qui pourrai t faire remonter de queli 
ques mois l'époque du mariage de cette ririn* 
cesse , telle qu'elle est fixée par l'abbé Belley. 
Voyez Mémoire de V Académie des inscriptions 
«C bilUs-lttlres , Hiiloire, pag, 6w , to». ^%, 



2oG F A U 

âge , colles de l'âge raûr et celles de la 
vieillesse. Le style et la versification 
sont médiocres. Il est peu de portraits 
moins flattes de la femme, que celui 
que trace l'auteur. 11 a été' transcrit 
par un médecin de Padoue, nommé 
Antoine Ulmus, dans son singulier 
ouvrage , intitulé Phjsiologia barba; 
humanœ, où Ton peut le voir p. 1 54 
et 1 55 de la i Q . édition de Bologne, 
i6o5, in-fol. M — on. 

FAUSTO ( Sebastien ) , savant 
italien, surnommér/a Longiano, d'une 
petite ville de la ftomague , où il na- 
quit de parents obscurs , vers le com- 
mencement du 16 e . siècle, passa ses 
premières années dans sa patrie. On 
ignore le lieu où il fit ses études et 
les détails de sa jeunesse. Il était en 
153*2 attaché au comte Gui Kangone 
de Modène, généreux protecteur des 
lettres ; il le fut ensjite au comte 
Claude de la même famille , et fut char- 
gé de l'éducation de son fils. On ne 
peut le suivre en quelque sorte dans 
ses nombreux déplacements , qu'au 
moyen des dédicaces et des préfaces 
de ses ouvrages ; on le voit en i 544 
auprès du marquis Jérôme Pallavici- 
no ; en i556 a Vicence, où il fut reçu 
de l'académie des Costanti; en 1 558 
à Ferrare : on voit même qu'il entra 
dans un eomplot que firent cette an- 
née-là les Espagnols pour s'emparer 
de cette ville. Il était eu i55q à la 
petite cour du seigneur de Piombino. 
Peu de temps auparavant, il était pas- 
sé dans l'île de Corse , d'où il était 
revenu à Cènes, chargé par le gou- 
verneur d'annoncer qu'en dix jours il 
avait délivré Dastia , qui était assiégé 
par les Français. Quand Emmanuèt- 
1 hilibert, duc de Savoie, eut recou- 
vré ses états, Fausto fut appelé à sa 
cour en i. ">()<>. L'année précise <le Ù 
moi test inconnue, comme celle de M 
naissance. Malgré les boarreiief de 



FAIT 

sou caractère et un excès d'amour* 
propre qu'il prenait peu le soin de 
cacher, il était lié avec plusieurs hora- 
mes célèbres de son temps. Il le fut 
surtout avec Pierre Arétiu , qu'il était 
digne, par ces défauts mêmes, d'a- 
voir pour ami. On trouve cinq de ses 
lettres parmi celles de différents au- 
teurs à l'Arétin. Il s'y vante lui-même 
avec une franchise ridicule ; mais il 
y vante aussi excessivement son ami. 
11 lui dit, entr'autres choses, qu'il 
avait un, frère , moine et prédicateur, 
lequel avait déclaré à la fin d'un de ses 
sermons que si la nature et Dieu vou- 
laient réformer la race humaine, ils 
ne pouvaient rien faire de mieux que 
de produire plusieurs Pierre Arétin. 
Fausto a laissé un assez grand nombre 
d'ouvrages; les plus estimés sont des 
traductions : 1. Dioscoride fatto di 
Greco in italiano , Venise, i542, 
in-8'. A la fin de cette traduction de 
Dioscoride , Fausto a mis celle du petit 
traité de Paul Eginète sur les poids 
et les mesures; 11. Epistole dette le 
famigliari di Marco Tullio Cicéro- 
ne, Venise, 1 544 ? i555, in-8°. ; 
III. Le orazioni di Marco Tullio 
Cicérone di latine Jatte italiane , e 
divise per U generi in giudiciali, de- 
liber ative e dimostratwe , Venise, 
i556, 5 vol. in-8\ D'autres auteurs , 
tels qu'Ocfavien Zara , Sébastien Ca- 
vallo, etc., contribuèrent à cette tra- 
duction; celle des Philippiques , con- 
tre Marc-Antoine , est tonte de Fausto, 
et forme un des trois volumes, dont 
on trouve des exemplaires a part. Il 
avait puise dans Cicéron même les iè- 
gtes tic l'ait de traduire, qu'il publia 
sons la forme du dialogue; IV. Dia- 
logo del modo de lo tradurre d'una 
in ultra liiiçna , secondo le regole 
mostrate da Cicérone, \ enise, 
in-8 '. Plusieurs de ses ouvrages don- 
nèrent lieu à deb querelles liuéiuùes 2 



PAU 

ou à des accusations de plagiat et d'im- 
posture ; V. son traité intitule : // 
Duello regolato aile leggi dell'ono- 
re, Venise, i552, in-8°., lui attira 
uneciitique amere, intitulée laFaus- 
tina, de la part du Muzio, qui avait 
aussi écrit sur le duel; Fausto y op- 
posa une Défense, et cette guerre se 
prolongea pendant plusieurs années ; 
Vï. il publia en italien, Venise, 1 543, 
in-B". , une traduction de la Sfor- 
ciade , ou de X Histoire du duc de 
Milan, François Sforce, écrite en 
latin par Sirnonetta, frère du célèbre 
ministre de ce duc; et n'ayant point 
nommé dans son titre l'auteur latin , 
on i'accusa d'avoir donné cette tra- 
duction comme un ouvrage original. 
Apostolo Zeno a fort bien répondu 
dans ses notes sur Fontanini , que si 
le nom de Simonetta n'est pas au titre 
du livre , il est dans le privilège du 
sénat accordé à rimprimeur( i ). 11 pou- 
vait ajouter qu'une première traduc- 
tion de la même histoire avait été 
faite et publiée par Landino, plus de 
cinquante ans auparavant , Milan , 
1 490, in-fol., ce qui rend l'accusation 
de plagiat tout-à-fait absurde; VII. 
Fausto donna sous le nom de son vé- 
ritable auteur une vie du fameux ty- 
ran de la Romagne, Ezzelino : Fita è 
gesli di Ezzelino III da Romano, di 
Pietro Gerardo padovano suo con- 
temporaneo , Venise, i5{4> in-8 J . , 
et l'on prétendit que ce nom d'auteur 
était supposé, et que Fausto n'avait 
publié sous ce voile que la traduction 
d'une vieille chronique latine. Apos- 
tolo Zeno vient encore ici à son se 
cours , avec un ancien manuscrit de 
cette vie, lequel porte en tête et à la 
fin le nom de Pietro Gerardo , qui 
se déclare auteur de l'ouvrage et con- 

(1) Ce privilège porte en effet expressément : 
l' Historié iforzerche del Sunorteta^ traduite 
fer Seùatlian. Faïuta. 



FAIT 407 

temporain d'Ezzclino. Fausto n'avait 
fait qu'en réformer le style et le pur- 
ger des expressions lombardes dont il 
était rempli. Il en publia une seconde 
édition , avec de nouvelles corrections 
et même plusieurs additions : In mol- 
li luoghi accresciuta doue mancava 
nella prima , Venise , 1 552 , in-8°. ; 
VIII. dans un Commentaire sur Pé- 
trarque , qu'il publia en i55 f 2, Ve- 
nise, in-4°. , on l'a accusé d'avoir mis 
à contribution celui de Gesualdo , tan- 
dis que ce dernier ne parut pour la 
première fois que l'année suivante, 
Venise, i533, in-4 .; IX. on a en- 
core du même auteur un traité des 
mariages des anciens : Délie nozze , 
trattato incui si leggono iriti, i cos- 
tumi, l'inslituti , le cerimonie e le 
solennità di dwersi popoli antichi , 
Venise, 1 554 » i n_ 4 J '5 un Essai sur 
l'éducation du fils d'un prince, depuis 
l'âge de dix ans, injino agli anni 
délia discrezione , Venise, i54*, 
in-8\ , et quelques autres écrits sur 
différents sujets. G — e. 

FAUSTUS DE UYZANCE, en 
arménien Piouzant P'hosdos , his- 
torien arménien , qui naquit à Cous- 
tantinopie vers l'an 5io. Il fut d'abord 
évêque dans la Gappadoce, alla eu- 
suite en Arménie , et s'attacha à l'é- 
glise de cette nation, remplit diverses 
fonctions auprès du patriarche, qui 
le chargea de l'administration des 
bâtiments consacrés à l'habitation des 
pauvres. Il fut ensuite évêque du 
pays possédé par le prince de la fa- 
mille Sahazhouni, et mourut vers la 
fin du 4 e « siècle. Il a laissé une His- 
toire écrite en arménien, intitulée 
Piouzantazan badmouthioun (His- 
toire byzantine) ; elle a été imprimée 
à Constantinople, n5o, 1 vol. in- 
4°. Gelte histoire était dans l'origine 
composée de six livres; les deux 
premiers sont perdus ; les quatre der- 



ao8 F A V 

iiiers contiennent le re'cit des événe- 
ments qui se sont passés eu Arménie 
depuis Tan 54o jusque vers l'an 590 
île notre ère , sous le règne des rois 
Khosrou II , Dinrn II, Arschak H, 
JBab. Varaztad, Arschak III, Vag- 
Jiarschak II et Khosrou III. Cet écri- 
vain est très prolixe. Son style dur 
jet barbare fait connaître facilement 
que la langue arménienne n'était pas 
sa langue naturelle. Il contient une 
très grande quantité de faits qu'on 
lie pourrait trouver ailleurs. S. M — n. 
FAUVEAU ou FULVIUS (Pierre), 
poète latin, naquitàNoailléen Poitou, 
dans le 16 e . siècle. Il ne vit dans la 
culture des lettres qu'une occupation 
«igrcable , et ne chercha point à se 
faire de son talent un moyen d'acqué- 
rir de la fortune et de la réputation. Il 
était lié d'unc-amitié très étroite avec 
Muret et Joachim du Bellay. Scévole 
de Ste.-Martbe rapporte que ces trois 
poètes ayant établi entre eux un con- 
cours , le prix en fut adjugé à Fan- 
veau , par Macrin. II avait composé 
des poésies dans le goût antique, dont 
on vantait la pureté de style et la fi- 
nesse des pensées , et des tragédies 
dont Sénèquc lui avait fourni le sujet ; 
mais que ses amis trouvaient supé- 
rieures à son modèle. On n'a conservé 
des ouvrages de Fauveau que quelques 
petites pièces recueillies d'abord par 
Roland Betaulaud, son contemporain , 
et insérées ensuite dans le tome I er . des 
Deliciœ poétarum Gallorum , de 
Ciiutcr. Fauveau mourut à Poitiers en 
t56a, non, connue ou l'a répété d'après 
Ste.- Marthe, du saisissement que lui 
causa la vue des désordres commis 
par les calvinistes, mais d'une maladie 
qui est la suite ordinaire du d< 
ment des mœurs. \\ — l. 

LD'OUDEAUYILLE. V. 

MANEL. 

FAUYELET DU TOC (Antoine), 



FAU 

secrétaire des finances de Monsieur f 
frère de Louis XIV, a publié : I. V His- 
toire des secrétaires d 'estât , con." 
tenant l'origine , les progrès et réta- 
blissement de leurs charges , Paris, 
1668, in-4 . ; elle commence à l'an- 
née 1 J47 > où Henri II partagea l'ad- 
ministration du royaume entre quatre 
secrétaires , qui furent Iiocbetel % 
Gausse, de TÂubepisne et Dulhicr; 
mais on sait que ce ne fut que sous le 
règne de Charles IX que les secré- 
taires d'état commencèrent à signer 
pour le roi. Il y a des recherches 
dans cet ouvrage, et des particularités 
qu'on ne trouve pas ailleurs ; II. His- 
toire de Henri , duc de Rohan , Pa- 
ri?, 16G6, Cologne, 16G7, in - 12. 
Fauvclct a retouché le style de cet ou» 
vrage , et en a signé l'épître dédica- 
toire j mais il en existe des manus- 
crits portant des initiales qui cachent 
le nom du véritable auteur , que l'on 
n'est pas encore parvenu à découvrir. 
W— s. 
FAVART ( Charles - Simon ) , au- 
teur dramatique , né à Pari-; le 1 5 no- 
vembre 1710, était fils d'un pâtissier 
en renom, qui se glorifiait d'avoir in- 
venté les échaudés , et qui, dans ses 
moments de loisir, s'amusait à chan- 
tonner les mœurs du temps. Favatt 
fit une partie de ses études au collège 
de Louis-!e-Grand , et commença de 
bonne heure à Caire d< s vers. Sou 
coup d'essai , intitulé : Discours sur 
la difficulté du réussir en poésie , 
était loin d'annoncer un talent capable 
de surmonter cette difficulté; mais il 
réussit un peu mieux d im son poème 
<le la France délivrée par la Puceilc 
d' Orléans , ouvrage oui loi valut un 
prix a l'académie des jeui 

1 1 , tout, fois , n'eut (!<• glands 
s qu'au théâtre, particulièrement 
à l'opéra-comique et aux italien 
il donna plus de soixante pièces p 



FAV 

presque toutes remplies d'esprit , de 
délicatesse et de gaîté. On dislingue 
parmi ces jolies productions , la Cher- 
cheuse d'Esprit , Acajou , la Fête 
du Château, A miette et Lubin (il 
composa cette pièce si connue et si 
spirituelle en société , avec M me . Fa- 
vart et M. Lourdet de Santerre ) , XAs- 
trologue de Pillage , Ninette à la 
Cour, Bastien et Bastienne, Isa- 
belle et Gertrude , la Fée Urgèle , 
les Moissonneurs, V Amitié à l'é- 
preuve , la Belle Arsène , les Rêve- 
ries renouvellées des Grecs , etc 

Sa comédie de Soliman II , ou les 
Trois Sultanes , qui fut long - temps 
jouée aux Italiens , et qui est mainte- 
nant au répertoire du théâtre Français, 
prouve qu'il était en état de s'élever au- 
dessus du genre de l'Opéra -Comique. 
Ce n'est pas que cet ouvrage ne se res- 
sente un peu du goût qu'on avait alors 
pour le jargon des boudoirs; mais ce 
léger défaut , bien moins sensible dans 
les Trois Sultanes , que dans les au- 
tres pièces représentées à la même 
époque , se trouve racheté par une 
grande intelligence de la scène, par 
des situations piquantes traitées avec 
art, et surtout par l'enjouement qui 
règne dans tout le dialogue, étince- 
lant de traits ingénieux. On en peut 
dire autant de sa comédie de l'Anglais 
à Bordeaux ( en un acte et en vers 
libres), composée, ou plutôt impro- 
visée à l'occasion de la paix de 1763. 
Favart, dont la fécondité était prodi- 
gieuse , voulut aussi s'élever au çenre 
du grand opéra ; il refit, pour l'Acadé- 
mie royale de musique , une de ses 
anciennes pièces , intitulée Cjthère 
assiégée ; mais malgré tout le talent 
de Gluck , à qui il s'était associé, cette 
allégorie , d'un genre un peu libre , 
n'eut pas le succès qu'il en attendait. 
Le théâtre de l'Opéra-Comiquc , dont 
Favart était le plus ferme soutien ; 

XlY. 



F A V 209 

ayant porté ombrage aux Italiens , fut 
supprime en 1745, et l'auteur delà 
Chercheuse d Esprit, se trouva trop 
heureux d'obtenir la direction de la 
troupe ambulante qui suivait en Flan- 
dre le maréchal de Saxe. « J'étais 
» obligé, dit-il, dans une de ses lettres, 
» de suivre l'armée, et d'établir mon 
» spectacle au quartier - géuc'ral. Le 
» comte de Saxe, qui connaissait le 
» caractère de notre nation , savait 
» qu'un couplet de chanson , une plai- 
» santciïe, faisaient plus d'effet sur 
» l'ame ardente du Frauçais, que les 
» plus belles harangues. 11 m'avait ins- 
» tit ne chansonnier de l'armée ; et j'é- 
» tais chargé d'en célébrer les événe- 
» inents les plus intéressants. » 11 fau- 
drait trop d'espace pour rappeler ici 
les impromptus de tous genres que 
Favart eut occasion de faire pendant 
cette campagne, tantôt pour annoncer 
aux officiers de l'armée qu'ils allaient 
attaquer l'ennemi ; tantôt pour féli- 
citer ces braves des lauriers dont 
ils venaient de se couvrir. « A Ton- 
» grès, la veille de la bataille de Ro- 
» coux, dit l'auteur des Anecdotes 
» Dramatiques , le maréchal de Saxe 
» donna ordre à M. Favart , directeur 
» de sa comédie, de faire un couplet 
» de chanson pour annoncer cet évé- 
» nement comme une bagatelle dont 
» le succès n'était pas même douteux. 
» Ce couplet fut fait tout de suite , 
» entre les deux pièces , et chanté par 
» une actrice fort aimable, sur l'air : 
» de tous les Capucins du Monde : 

Demain nous donnerons relâche, 
Quoique le directeur s'en fâche. 
Vous voir comblerait nos désirs ; 
On doit céder tout à U gloire f 
Nous ne songeons qu'à vos plaisir! , 
Vouj, ue songez qu'à la victoire. 

» Ensuite on annonça , pour le surlen- 
» demain , le Prix de Cylhère et les 
» Amours grivois , qu'on représenta 
» effectivement comme un prélude des 
» réjouissances publiques , ce qui fil 

4 



aïo FAV 

» dire au camp que le maréchal avait 
» préparé le triomphe avant la vie- 
il) toire. » Ce fut à cette époque que 
l'illustre vainqueur de Fontenoy et de 
Rocoux, épris d'amour pour madame 
Favart , essaya tous les moyens de 
vaincre les scrupules de celte char- 
mante actrice, er alla même , dit la 
chronique .jusqu'à quelques abus d'au- 
torité. Madame Favart fit d'abord , à 
ce qu'il paraît , uue résistance hé- 
roïque. En vertu d'une lettre-de-ca- 
chet, on la sépara de son mari, qui 
prit la fuite, et on la renferma dans 
un couvent de province, où elle lesta 
plus d'une année : 

Mais l'ame la plu» ferme a ses jours de faiblesse. 

Cette intéressante captive obtint la li- 
berté de se rendre à Paris ; les persé- 
cutions dirigées contre l'honnête Fa- 
vart cessèrent aussitôt; et, loin de s'en 
féliciter , il n'en conçut, avec raison , 
que plus d'inquiétudes. De retour dans 
la capitale, où il se fixa, il se voua en- 
tièrement à la culture de l'art drama- 
tique. L'abbé de Voisenon , avec le- 
quel il se lia (et qui devint chez lui 
Y Ami de la Maison ) , s'associa à 
quelques-uns des ses travaux. On ne 
peut nier que cet abbé n'ait réellement 
eu part à l'Amitié à V épreuve, et au 
Jardinier supposé; il lit de légers 
changements , il ajouta quelques vers 
de sa façon, à la jolie pièce des Mois- 
sonneurs, ainsi qu'a la Fée Urgèle ; 
mais ce fut à tort qu'on voulut dans le 
monde lui faire honneur des meilleurs 
ouvrages de son ami. « Favart, dit 
» Laharpe, trait beaucoup plus d'es- 
» prit que l'abbé de Voisenon; mais il 
» se laissait bonnement protéger par 
» celui qui, dans le fond, lui devait 
» sa petite réputation. » Ce ne fui qu'à 
la longue que l'on s'aperçut, en com- 
parant les ouvrages imprimés de l'un 
et de L'autre, que ceux de Favart étaient 



FAY 

tous de la même main et du même 
goût, c'est-à-dire faciles, délicats, na- 
turels, tandis que les productions de 
Voisenon n'étaient guère remplies que 
de jeux de mots , de jargon et de faux 
esprit. En 17G9, la Comédie italienne 
offrit à Favart une pension annuelle 
de 800 fr. , en lui imposant l'obli- 
gation de donner au moins deux piè- 
ces par an , et de renoncer à tra- 
vailler pour les autres spectacles. 
Blessé d'une proposition qui ressem- 
blait plus à l'offre d'un marché qu'à 
un témoignage de reconnaissance , il 
la refusa noblement en disant : a L'hon- 
» ncur m'est plus cher que l'argent ; 
» je ne sais pas vendre ma liberté. » 
Les comédiens , un peu confus , lui 
accordèrent alors , sans condition , 
cette faible rente, dont il jouit tout le 
reste de sa vie. 11 mourut le 12 mai 
1792, des suites d'un catharre pul- 
monaire. De tous les auteurs qui ont 
travaillé pour l'Opéra • Comique , Fa- 
vart est, sans contredit, celui qui a 
peint avec le plus de vérité et de sen- 
timent les amours de village , et qui a 
le plus constamment uni la fraîcheur 
des idées, l'élégance, la flexibilité du 
style à la connaissance de la scène. 11 
n'était pas moins estimable par ses 
qualités sociales que par son talent ; 
et l'extrême bonté avec laquelle il se 
laissait injustement dépouiller d'une 
partie de sa gloire littéraire, fait assez 
l'éloge de sa modestie. On a publié 
en 1809 le Théâtre choisi de Fa" 
vart , 5 vol. in-8°. , et l'on a eu soin 
d'y donner la liste chronologique de 
tousses ouvrages dramatiques. Ses piè- 
ces de théâtre ont été réunies en 1 76 3 
(ii y, volumes in-8°. avec un frontis- 
pice imprimé pour chaque volume, et 
en 177*1 par le même moyen, on 
forma les tomes IX et X de cette col- 
lection. — Son fils, Charles-Nicolas- 
Joseph-Justiu Favart, né en 1 7 4«^> 



FAV 

mort le I er . février i3o6, acteur du 
theâlre italien , a donné aussi quelques 
pièces : le Diable boiteux, opéra co- 
mique en un acte (1782); le Démé- 
nagement d'Arlequin , comédie en 
prose, mêlée de vaudevilles (1783); 
la Famille réunie, 1 791 , 111-8*.; les 
Trois Folies, 1786; le Mariage 
singulier , 1 787 ; les trois premières 
au moins sont imprimées. Il a aussi 
composé quelques poésies fugitives. 
En 1808, M. A. P. C. Favart, son 
petit - fils , et M. H. F. Dumolard , 
publièrent un ouvrage en 3 volumes 
in-8°. , intitulé : Mémoires et Cor- 
respondance littéraire , dramati- 
que et anecdotique , de C. S. Fa- 
vart. On y trouve des détails qui ont 
de l'intérêt ; mais les éditeurs n'ont 
peut-être pas été assez difficiles dans 
le choix des poésies posthumes qu'ils 
y ont fait entrer. MM. Barré, Radet 
et Desfontaines ont fait représenter le 
26 juin 1793 , une petite comédie in- 
titulée : Favart aux Champs-Ely- 
sées et son apothéose. F. P — t. 

FAVART (Marie- Justine -Be- 
noîte Duronceray ) , épouse de 
Charles -Simon Favart, dont il vient 
d'être parlé, était une actrice célèbre 
par les grâces de son esprit et par 
l'extrême variété de ses talents. Elle 
naquit à Avignon le i5 juin 1727, 
et fut élevée à Lunéville. Son père et 
sa mère étaient attachés à la musique 
du roi de Pologne Stanislas. On dit 
que ce prince, protecteur éclairé des 
arts, eut la bouté de contribuer lui- 
même à l'éducation de la jeune Du- 
ronceray, qui avait annoncé de bonne 
heure les plus heureuses dispositions. 
Cette jolie personne vint à Paris avec 
sa mère en 1744? et débuta l'année 
suivante à l'Opéra -Comique, dont Fa- 
vart était directeur. (Elle se faisait 
appeler alors M ,le . Chantilly, et elle 
prenait le litre de première danseuse 



FAV * A 

du feu roi de Pologne); ses succès 
furent très brillants. On ne savait ce 
qu'il fallait le plus admirer eu elle, de 
son talent pour la déclamation, ou de 
la beauté de son chant, ou des grâces 
piquantes de sa danse. Jaloux de la 
vogue prodigieuse qu elle procurait à 
l'Opéra-Comique , les grands théâ- 
tres obtinrent la suppression de ce 
spectacle, et M lle . Chantiliy se vit 
réduite à ne plus jouer que la panto- 
mime ; mais telles étaient les res- 
sources de son talent qu'au lieu de 
perdre tous ses avantages dans un 
genre extrêmement ingrat et borné , 
cette actrice y augmenta sa réputa- 
tion. Ce lut environ à cette époque 
qu'elle devint l'épouse de Favart. 
Peu de temps après, celui-ci ayant pris 
la direction d'une troupe de comé- 
diens dont le maréchal de Saxe se 
faisait accompagner à l'armée de 
Flandre, M me . Favart ne tarda pas 
à rejoindre son mari, dont elle était 
tendrement aimée et qu'elle payait 
de retour. Ce voyage eut des suites 
fâcheuses pour les deux époux. On 
peut voir à l'article précédent avec 
quel courage la femme d'un direc- 
teur de comédie résista pendant près 
d'un an aux poursuites amoureuses 
et aux persécutions d'un illustre ma- 
réchal de France.... Enfin M me . Fa- 
vart débuta aux Italiens (le 5 août 
1749); elle fut reçue au mois de jan- 
vier 1752, et, peu de mois après, elle 
obtint une part entière. C'était sur- 
tout dans le rôle de Roxelane (de 
Soliman II, ou les trois Sultanes), 
que le talent souple et brillant de cette 
actrice charmait ou plutôt enivrait 
le public. Ce fut M me . Favart qui , la 
première, osa sacrifier l'éclat de la 
parure à l'exacte observation du cos- 
tume. Avant elle les soubrettes et les 
paysannes paraissaient sur la scèue 
avec de grands paniers , la tête char- 

.4.. 



ai* FAV 

gce de diamants et gantées jusqu'au 
coude. Dans Bastiemie elle parut avec 
un habit de laine rayée, une cheve- 
lure plate, une croix d'or, les bras 
nus et des sabots , en un mot exacte- 
ment telle qu'une simple villageoise. 
Cette nouveauté', approuvée par les 
uns, fut vivement critiquée par les 
autres; mais l'abbé de Voisenon ayant 
dit que « ces sabots-là vaudraient de 
» bons souliers aux comédiens » , la 
publicité donnée à ce prétendu bon 
mot acheva f utile révolu'ion que l'ac- 
trice avait commencée. Uu des ta- 
lents particulier* à M"*. Favart , était 
d'imiter eu perfection l'accent de tous 
les étrangers et leurs diverses ma- 
nières d'estropier le français. On ra- 
coute que s'étant un jour présentée 
aux barrières de Paris avec plu- 
sieurs robes de Perse, dont l'entrée 
était alors interdite, elle contrefit si 
bien le baragouin d'une dame étran- 
gère que les commis la prirent pour 
telle, et en cette considération la lais- 
sèrent entrer sans payer. M me . Fa- 
vart mourut le 20 avril 1772 (âgée 
de quarjnte-cinq ans) des suites d'une 
maladie longue et douloureuse qu'elle 
avait supportée avec une force d'..me 
et une sérénité extraordinaires. On 
rapporte que quelques instants avant 
l'heure fatale elle avait composé elle- 
même son épitaphe, et qu'elle l'avait 
mise en musique. Celte femme si vi- 
vement regrettée n'était pas seule- 
ment une actrice du premier ordre , 
elle oignait à cette qualité celles d'une 
femme pleine d'esprit et de saine phi- 
losophie. Sa bienfaisance (tait inépui- 
sable comme sa g.nié. Ou a mis sous 
son nom le cinquième volume des 
OEuvrcs de son mari , ee qui fait que 
beaucoup de personnes la regardent 
réellement comme l'auteur à'Annetlê 
elLubin, de Baslien et Bas tienne, 
de la Fétu de V Amour r etc., 11 n'ebt 



FAV 

pas vrai pourtant qu'elle ait compose 
à elle seule ces jolis ouvrages; elle 
y a seulement travaillé avec Favart. 
L'abbé de Voisenon entrait aussi dans 
cette communauté; en sorle que , des 
ouvrages faits entre eux trois , on ne 
savait pas trop dans le public ce qui 
devait demeurer à chacun. 11 ne se- 
rait pourtant pas difficile d'en faire 
la répartition. Selon toutes les appa- 
rences, la conception , les caractères , 
le style et le fonds du dialogue de- 
vaient être du mari ; les saillies de 
gaîté, les traits naïfs et délicats vien- 
nent de la femme, et l'on ne peut 
guère reconnaître la part de l'abbé* 
qu'à la recherche des jeux de mots et 
au clinquant du bel-esprit. MÎVI. Mo- 
reau et Dumolard ont donné un vau- 
deville intitulé: Madame Favart, 
i8o6,in-8°. F.P— t. 

FAVART D'HERBIGNY (JNico- 
las-Remi), général de division dans 
le corps du génie, né à Reims en 
1755, et mort à Paris le 5 mai 1800. 
Admis dans le corps du génie en 1 756, 
il était employé au Port - Louis en 
1761 , lorsque les Anglais avec une 
flotte considérable et deux cents bâti- 
ments de transport chargés de trou- 
pes et de munitions assaillirent Bclle- 
lsle. Plusieurs ingénieurs de diffé- 
rents grades reçurent ordre d'es- 
sayer d'y passer; la communication 
était tellement interceptée qu'aucune 
tentative ne réussit. Favart seul , avec 
cette perspicacité qui lui était parti- 
culière, imagine de s'embarquer à 
l'île de Groix, de gagner le large dans 
une chaloupe de pécheurs . et avec 
un de ses camarades il aborde sur la 
côte de ia mer Sauvage. 1' tut la plus 
glinde part a l'exécution des ou- 
extérieurs qui, malgré le dé- 
sagrément qu'il éprouva de les voir 
abandonner lâchement quelques jours 
après, arrêtèrent cepeudaut l'ennemi 



FÀV 

plus long temps que la place elle- 
même. 11 se trouva à presque toutes 
les sorties ; blessé grièvement à la 
mâchoire , ne prenant aucun aliment 
solide, les ordres de son comman- 
dant ne purent lui faire garder qu'un 
jour la casemate. Dans cette défense 
les inge'nicurs étaient de service tous 
les jours , et n'avaient de repos que 
de àeu^. nuits l'une. Enfin , après deux 
mois de ce service glorieux et péni- 
ble, Favart sortit par la brèche, ainsi 
que toute la garnison et du canon. Le 
tout fut ramené sur le continent avec 
les honneurs de la guerre. A la paix 
on l'envoya en Amérique, et il a 
servi pendant plusieurs années à la 
Martinique. De retour en Europe il 
fut chargé de la construction du fort 
de Château-Neuf; il connaissait les 
inconvénients de ce poste, qui ne 
pouvait être que d'une médiocre uti- 
lité pour nous , et très avantageux 
aux ennemis s'ils en étaient les 
maîtres. Cependant forcé d'obéir à 
des ordres supérieurs , il développa 
dans l'exécution ies vrais principes 
de l'art de fortifier. En 1782 on 
l'employa à la petite expédition de 
Genève; il fut chargé de tracer et de 
faire exécuter une parallèle appuyée 
d'un côté au lac et de l'autre au 
Rhône. Pendant qu'on faisait cet ou- 
vrage , ou construisait des batteries 
de brèche et de ricochet. Ce déve- 
loppement d'ouvrage fit une telle 
frayeur aux assiégés qu'on fut heu- 
reusement dispensé de leur faire du 
mal. Leurs portes nous furent ou- 
vertes sans coup férir. Dans la révo- 
lution il s'est toujours montré vrai , 
mais sage patriote. On ne peut l'ac- 
cuser d'aucun excès , ni lui reprocher 
aucune faiblesse. Au mois de juin 
1792 il se trouvait commander la 
place de Neuf - Brisac et le camp 
qui était sur le glacis. Il y eut une in- 



FAV 2i5 

surrection affreuse; le gênerai Favart 
rétablit l'ordre , sauva la vie de plu- 
sieurs personnes en exposant la 
sienne. Nous ne parlerons point de 
ses différents travaux dans les places , 
ni de la manière dont il a mis en 
état de défense toutes celles de l'Al- 
sace ; nous nous bornerons à dire 
qu'il possédait toutes les connais- 
sances relatives à son art, et qu'il 
mettait dans l'exécution autant de 
promptitude que d'intelligence. 11 a 
laissé des Mémoires sur la défense 
des côtes et sur les reconnaissances 
militaires. Un de ses vœux était do 
voir réaliser dans le corps l'usage des 
plans nivelés par des cotes , mé- 
thode si utile pour mettre sous les 
yeux d'un ingénieur le rapport des 
différentes hauteurs de tous les points 
d'un terraiu, au lieu de ces profils 
qu'il appelait de longs rouleaux de 
papier, vraie pâture des ignorants. 11 
avait du goût et des connaissances en, 
littérature , dans tous les arts dépen- 
dants du dessin et en histoire natu- 
relle. C'est par erreur que le Diction- 
naire universel historique lui attribue 
un Dictionnaire d'histoire naturelle 
qui contient les testacées , Paris , 
177.5, 5 vol. petit in-8". Cet ouvrage 
est de son frère ( Christophe - Elisa- 
beth Favart d'Herbigny ), chanoine 
de Reims , mort le 4 septembre 1793, 
âgé de soixante-six ans. J — b. 

FAYELEÏ ( Jean - François ), 
célèbre professeur en médecine à l'uni- 
versité de Louvain , naquit au fort de 
Perle, près d'Anvers, en 1674. A 
l'âge de sept ans il perdit son père et 
sa mère, qui ne lui laissèrent pour 
toute fortune que de vieux titres de 
noblesse. Heureusement un ecclésias- 
tique, son parent, le recueillit , et prit 
soin lui-même de sa première éduca- 
tion. Il l'envoya ensuite au collège et 
k l'université, où le jeune Favelet jns~ 



2i4 FAV 

tifia tant de soins par d'éclatants suc- 
res. A la fin de son cours de méde- 
cine, l'université de Louvain lui con- 
féra le titre de fisc-doyen , distinction 
particulière à celle université, et qui 
ne s'y obtenait qu'après qu'un étu- 
diant avait triomphe pendant trois 
mois de tous ses adversaires , dans 
des disputes publiques et solennelles. 
Le privilège attaché à cette charge 
était de présider , pendant trois mois 
de suite, à toutes les thèses publiques 
défendues devant l'université. Après 
ce triomphe , Favelet ayant achevé 
ses études théoriques , se livra tout 
entier à celles de la pratique de l'art 
de guérir; et ce ne fut qu'après avoir 
fréquenté pendant plus de quatre 
ans les hôpitaux , qu'il soutint sa 
thèse de licencié. Son zèle pour l'é- 
tude semblait s'accroître à mesure 
qu'il augmentait ses connaissances. Sa 
renommée lui valut la confiance pu- 
blique, et lui fit obtenir successive- 
ment dans l'université la chaire de 
botanique, celle d'anatomic et de chi- 
rurgie, et enfin l'une des deux pre- 
mières chaires de médecine. Favelet 
était consulté par tout ce qu'il y avait 
de considéra bie dans le rirabant. Il 
était le médecin de l'archiduchesse 
Elisabeth , gouvernante des Pays-Bas. 
L'académie des sciences de Paris le 
comptait parmi ses associés. Favelet 
professait avec beaucoup d'éloquence, 
et faisait les opérations anatomiques 
et chirurgicales avec une grande ha- 
Lileté. Ce médecin était aussi recom- 
mandablc par ses vertus que par m s 
talents. Naturellement bienfaisant , il 
obligeait avec une grâce < t une délica- 
tesse toutes partie uiiiTo les pertonnej 
qui réclamaient ses services ou sa 
bourse. Favelet était rempli de cha- 
rité pour les pauvres , auxquels il 
1 l'aumône et donnait les v < 

de son art avec un zèle qui ne t> cm 



FAV 

jamais démenti. Il mourut à Louvain. 
le 5o juin 174^, laissant après lui 
une réputation d'habileté qui s'est 
conservée plutôt par tradition que par 
des ouvrages importants. Ce médecin 
n'a guère écrit que sur des questions 
de controverse, qui sont aujourd'hui 
dénuées d'intérêt. I. Prodromus apo- 
logies fermentationis in animali- 
bus, instruclus aliquot animadver- 
sionibus in librum de digestione nu- 
per editurn per clariss. virum, D. 
Hecqnelium, Louvain, 1721 , in- 
11; il. Novarum , quœ in medi- 
cind à paucis annis repulluldrunt , 
hypotheseon Lydius Lapis, Aix-la- 
Chapelle, 17^7, in- 12. On a réuni 
à la fin de ce traité plusieurs écrits 
polémiques de Favelet, adressés à de 
Villcrs, son collègue. Ce sont des cri- 
tiques vives et piquantes contre des 
professeurs de Louvain. F — R. 

FAVENTLNUS (Paul-Marie), 
religieux dominicain, né a Facn/.i(i) 
dans le 16. siècle, fut envoyé par 
ses supérieurs en Arménie , où il ren- 
dit d'un portants services à la religion. 
Ses talents lui méritèrent un accueil 
favorahle du roi de Perse, et, avec 
l'agrément de ce prince , il établit de 
nouvelles missions chrétiennes , fit 
construire des églises et les pourvut 
de tous les objets nécessaires au 
culte, qu'il racheta des Maliométans, 
Sa vie exemplaire et ses discours opé- 
rèrent mi grand nombre de conver- 
sions. Après un séjour de cinq ans 
dans l'Arménie, il revint à borne vers 
. et fut nommé l'un des supé- 
1 ieui s 'les missions de son ordre dans 
l'Orient. On ignore la date de la mort 
d.- Faveutiuus. I e .< publié 

deux ouvrages spécialement destinés 
aux nouveaux convertis. Ce sont : 

:i.a . ru latin Faventia, d'où CM religieux 



n m Je I or#nfj 

ii ivA IUUGU. 



le «eut .u.ii !• 






FAV 

ï. Dottrina cristiana ove catechis- 
mo; II. Miracoli per mezzo délia 
santissima eucarislia et del Ro- 
sario délia Madona operati. Il avait 
rédige le Journal de son voyage 
dans l'Orient , et il en présenta des 
copies au pape et au supérieur de son 
ordre} mais cet ouvrage n'a point été 
imprime'. W — s. 

FAVEREAU ( Jacques ) , conseil- 
ler à la cour des aides, naquit eu 
i5go à Cognac , de parents nobles , 
-et qui ne négligèrent rien pour son 
éducation. Il fit ses premières études 
à Paris, sous la surveillance d'Etienne 
Pasquier, l'ami de sa famille. Après 
qu'il eut achevé ses humanités , ou 
l'envoya suivre les cours de l'univer- 
sité de Poitiers. Favereau avait mon- 
tré dès son enfance un goût très vif 
pour la poésie, et il y consacrait tous 
les moments qu'il pouvait déro- 
ber à ses devoirs. En i6i3 on dé- 
couvrit une statue de Mercure dans 
les fondations du palais du Luxem- 
bourg, et cet événement, qu'on re- 
marquerait à peine aujourd'hui, ex- 
cita la verve de Favereau et de plu- 
sieurs de ses camarades. Ils compo- 
sèrent sur ce sujet un grand nombre 
d'épigrammes grecques , latines et 
françaises, que Favereau réunit en un 
volume, qu'il dédia à Pasquier. Après 
avoir pris ses grades il vint exercer 
à Paris la profession d'avocat, et 
s'acquit en fort peu de temps la ré- 
putation d'un homme également in- 
tègre et savant. 11 fut pourvu en 1617 
d'une charge de conseiller à la cour 
des aides , continua de partager son 
temps entre l'étude des lettres et ses 
devoirs, et mourut au mois de mai 
i638 , âpjé seulement de quarante- 
huit ans. Favereau était lié avec l'abbé 
de Maro'.les, et il lui donna l'idée des 
Tableaux du temple des Muses. Il 
&vait fait graver des estampes pour 



FAV 



2i5 



cet ouvrage par les plus habiles maî- 
tres de son temps, et voulait les ac- 
compagner de sonnets au nombre de 
cent , pour appeler ce livre l'ouvrage 
de cent sonnets, faisant allusion au 
mot sansonets. Je ne sais pourquoi , 
continue naïvement Marolles, car il 
montrait de l'esprit dans tout ce qu'il 
faisait. On a de lui : I. Mercurius 
redivivus sive varii lustis de mer eu- 
rii loculos manu prœferentis simu- 
lacro , Poitiers, 161 5, in-4°. C'est 
le recueil dont on a parlé plus haut; 
II. La France consolée, épitha- 
lame pour les noces de Louis XIII f 
Paris,i 6-25, in-8'.; 111. Icon Lu- 
dovici XIII, i655, ad eundem 
protrepticon , i634, in - 4°. , et 
dans le recueil intitulé : Palmœ re- 
gice Ludovico régi chrislianissimo 
erectee; IV. le Gouvernement pré" 
sent, ou Eloge de son éminence ( le 
cardinal de Richelieu), in-8'\ de 
66 pages. Cette satire , que l'on 
nomme aussi la Miliade , parce 
qu'elle est composée de mille vers , 
fut imprimée pour la première fois 
vers l'année i655. Il y en a une se- 
conde édition, dont le frontispice an- 
nonce des changements et des correc- 
tions , Paris, i643, in - 8°. Enfin 
elle a été insérée dans le Tableau 
de la vie et du gouvernement des 
cardinaux de Richelieu et de Ma- 
zarin, Cologne, 1694, in -\i. Gui 
Patin affirme que Favereau est l'au- 
teur de cette pièce ; mais malgré son 
assertion quelques personneslacroient 
de d'Estelan, fils du maréchal de St.- 
Lu(. W— s. 

FAVIER (Nicolas), né à Troyes, 
dans le 16 e . siècle, succéda à son 
père dans la place de conseiller au 
parlement de Paris, et obtint dans la 
suite la direction des monnaie* du 
royaume. On ne peut indiquer l'épo- 
que de sa mort, et c'est seulement 



2l6 



FAV 



par conjecture qu'on la place vers 
1 5ç)o. F«ivier est auteur des ouvrages 
suivants : I. Figure et exposition des 
pourtraicts et dictons contenus es 
médailles de la conspiration des 
rebelles de France , opprimée et 
éteinte par le roi le il\ août 1 5 7 2 , 
Paris , 1572, in-8°. Ce volume est 
rare et curieux. On y trouve l'em- 
preinte de la médaille frappée par 
l'ordre de Charles IX, pour perpé- 
tuer le souvenir de la St.-Barthélcmi. 
Elle a pour légende ces mots : Virtus 
in rebelles ; et ceux-ci : Pietas ex- 
citavit justidam. II. Discours sur 
la mort de Gaspard de Colignjr , 
qui fut amiral de France, et de ses 
complices , 1572, in-8". Cette pièce , 
qui est écrite en vers , contient l'apo- 
logie du meurtre de Coligni. III. Re- 
cueil pour l histoire de Charles IX , 
avec l'histoire abrégée de sa vie , 
Paris, i575, in-8°. C'est , dit Len- 
glct Dufresnoy, plutôt un panégyrique 
qu'une histoire. Il y a dans le même 
volume des pièces de Belleforest et de 
Sorbin. On remarquera que Favier, 
qui montrait tant de zèle contre les 
protestants, avait deux neveux con- 
seillers au bailli-ige de Troycs, qui 
furent chassés de cette ville en j 58t) , 
pour avoir laissé voir quelques peu- 
chants aux opinions dont leur on- 
cle était l'ennemi si déclaré. — Fa- 
vier (Claude), poète français, qu'où 
croit de la même famille que le pré- 
cédent , est auteur d'un poème in- 
titulé : l'Adonis de cour, divinisé par 
douze Nymphes , Paris , 1 G 1 4-. in-ia. 
C'est une allégorie à la louange de Gas- 
ton, frère de Louis XIII; il y a, dit-on, 
de l'invention d«ns cet ouvrage, et 
quelques morceau écrits agréable- 
ment. — Faviek ( Nicolas ), a*J 
en qua'.ité de procureur du roi , à la 
conférence de Courtray , qui irait 
pour objet de fixer les limitu de la 



FAV 

France , d'après les bases arrêtées an 
congrès de JNimègue. Malingrcau , 
procureur du roi d'Espagne, ayant 
publié un écrit dans lequel il préten- 
dait prouver que la France exigeait 
au-delà de ce qui lui avait été promis , 
Favier lui répondit avec beaucoup de 
force, et obtint ce qu'il demandait. 
Les actes de la conférence de Cour- 
tray, imprimés en 1681 , in-12 , con- 
tiennent plusieurs autres pièces de 
Favier. Il a laissé en manuscrit un 
Traité de la Régale , conserve' à la 
Bibliothèque impériale. W — s. 

FAVIER, célèbre publiciste , né à 
Toulouse vers le commencement du 
18". siècle, succéda à son père, dès 
l'âge de vingt ans, dans l'emploi de 
secrétaire - général des élats de Lan- 
guedoc; mais les désordres de sa 
jeunesse^ l'ayant bientôt conduit à 
la perte de sa fortune , l'obligèrent à 
vendre une charge aussi honorable que 
lucrative. Forcé alors de se livrer à 
l'étude, il s'appliqua surtout à l'his- 
toire et à la politique, et comme il 
était doué d'une mémoire prodigieuse, 
il acquit en peu de temps une par- 
faite connaissance des traités , des al- 
liances, de la généalogie, des droits et 
des prétentions de toutes les mai- 
sons souveraines. Nommé secrétaire de 
M. de la Chétardie, ambassadeur à la 
cour de Turin , il porta plus loin ses 
connaissances sous les auspices de cet 
habile diplomate, et il ne tarda pas 
a être initié dans tous les secrets de 
l'ancienue politique européenne. M. de 
la Chétardie étant mort, Favier fut 
distingué par M. d'Argcuson, pour le- 
quel ii rédigea avec un rare talent 
divers mémoires de la plus haute im- 
portance. Ce ministre lui rendit à son 
tour de très grands services , et , 
plein de confiance dans son patrio- 
tisme , il lui dévoila tout entier l'anei( D 
système politique de la France contre 



FAV 

celles (les puissances de l'Europe, 
qu'elle devait regarder comme ses en- 
nemis naturels. L'imagination de Fa- 
vier fut vivement frappée d'une telle 
communication ; il embrassa avec pas- 
sion les vues du comte d'Argenson, et 
il rédigea aussitôt, d'après ses instruc- 
tions , un mémoireintitulé : Réflexions 
contre le traité de 1766 ( entre la 
France et l'Autriche ). Cet ouvrage est 
l'un des meilleurs qui aient paru sur 
la diplomatie de ce temps-là , et il doit 
encore être consulté par tous les hom- 
mes d'état. 11 attira de nombreux en- 
nemis à l'auteur, et lorsque d'Argen- 
son quitta le ministère , Favier ne put 
conserver son emploi, ou du moins il 
cessa d'être employé ostensiblement. 
îl remplit différentes missions secrè- 
tes en Espagne et en Russie sous le 
ministère de M. de Choiseul. Le comte 
de Broglie, chargé alors par Louis XV 
de suivre une correspondance secrète 
avec les ambassadeurs de France au- 
près des différentes cours , lui lit com- 
poser plusieurs mémoires, dans les- 
quels il développa de profondes cou- 
naissances ; mais de tels services ren- 
dus au souverain contre le système et 
les instructions ostensibles du minis- 
tère, exposèrent Favier à de ti es grands 
dangers. Pressé un jour par le mi- 
nistre , qui avait surpris quelques piè- 
ces de sa correspondance, le roi si- 
gna contre lui un ordre d'arrestation; 
mais ce prince eut à peine cédé aux 
instances des ennemis de Favier, qu'il 
lui écrivit de s'enfuir et de mettre ses 
papiers en sûreté. Favier se rendit en 
Angleterre et en Hollande , où il vécut 
dans la société des hommes les plus 
distingués par leur esprit et par leur 
rang. A la Haye , il vit beaucoup le 
prince Henri de Prusse , et il paraît 
qu'il lui fit des ouvertures importantes 
sur son système et sur ses missions 
diplomatiques. Quelque éloigné qu'il 



FAV 217 

fût alors du foyer des grandes in- 
trigues, il était loin de les avoir perdues 
de vue. On prétend même que, se- 
condé par quelques cours étrangères , 
il contribua beaucoup à éloigner du 
ministère le duc de Choiseul , qu'il re- 
gardait comme la principale cause de 
sa disgrâce. Mais il ne put obtenir de 
rentrer en France , et il fut même en- 
core poursuivi dans l'étranger par 1» 
haine des puissances contre lesquelles* 
il avait écrit. On l'enveloppa dans une. 
conspiration fabuleuse avec le baron» 
de lion, Ségur et Dumouriez; il fut 
enlevé à Hambourg et conduit à Paris- 
comme perturbateur de la paix de 
l'Europe. Sa correspondance avec le 
prince Henri de Prusse fut considérée* 
comme coupable , et on l'enferma à la- 
Bastille , où il resta plusieurs années. 
Cependant le comte de Broglie voyant 
dans les fers un défenseur aussi zélé' 
des véritables intérêts de la France, 

écrivit au roi en 1775 : « Tant 

» d'esprit et tant de pauvreté, tant 
» de talents et tant de haines étran- 
» gères , prouvent l'état de notre ca- 
» binet; ils rappellent ce que fut jadis 
» votre majesté, et où. ses alliés l'ont 
» conduite.... » Le comte de Broglie 
ajoutait à une défense aussi courageuse, 
cet aveu encore plus remarquable de 
la part d'un homme de cour : « Si , 
» dans le dernier ouvrage que j'ai 
» adressé à V. M. , il se trouve quel- 
» ques observations utiles, elles ap- 
» partiennent à un homme actuelle- 
» ment destitué, proscrit et empri- 
» sonné. » Favier ne tarda pas à ob- 
tenir sa liberté; mais il ne put rentrer 
dans les emplois dont son goût ex- 
trême pour la dépenselui faisait un im- 
périeux besoin. Dès-lors il vécut libre 
et indépendant, n'ayant pour subsis- 
ter d'autres ressources que ses talents. 
Connu de tous les hommes en place, 
il composait des mémoires sur les af- 



*i8 FAV 

foires du temps, et dissipait le fruit de 
son travail aussitôt qu'il l'avait reçu. 
L'argent épuise' , il revenait à l'e'tude ; 
et ce fut ainsi qu'il passa la plus grande 
partie de sa vie, dans une perpétuelle 
alternative de misère, d'aisance, de 
privations, d'études et de dissipation. 
A l'avènement de Louis XVI , le comte 
de Vergennes, qui avait apprécié son 
mérite, lui fit donner 4o>ooo francs 
pour payer ses dettes , et une pension 
de deux mille écus. Comme l'âge avait 
amorti ses passions , il mena dès-lors 
mie vie plus réglée , ne conservant de 
ses anciens goûts que celui des plaisirs 
de la table. 11 avait été distingué dans 
sa jeunesse par une belle figure , une 
taiile avantageuse et une force de corps 
extraordinaire. Dans ses dernières an- 
nées, il devint fort gros et il man- 
geait prodigieusement. Sentant les dan- 
gers d'une pareille méthode et menacé 
a chaque instant de mourir d'apo- 
plexie, il disait en se levant, surpris 
et charmé d'avoir encore un jour à 
vivre : a Voilà une gratification ex- 
» traordinairc. » Outre ses connais- 
sances politiques , Favier avait une 
immense littérature et un talent dis- 
tingué pour la poésie. Il fit , entre au- 
tres, des vers très piquants contre 
Diderot et ses opinions philosophi- 
ques, c 11 était né plaisant et railleur, 
» dit M. Senac de Meilhan , et aucun 
» danger ne pouvait retenir l'intem- 
■» pérance de sa langue. » Le baron 
de *** lui dit un jour dans une ex- 
plosion d'ambition : « Quand dans mon 
» métier on n'est pas ministre d'état à 
» quarante ans, il faut se brûler la 
» cervelle. » Le lendemain dans un 
grand dîner le même personnage ayant 
été amené dans la conversation à dire 
< i"il avait quarante ans moins un 
mois, Favier lui cria d'un bout de la 
t ible à l'autre : « Monsieur le baron , 
» ainorCi z\ » Vu antre jour il lc Irou- 



FAV 

Ta à l'audience de Malesherbes, charge' 
de la direction de la librairie. Le 
livre de Y Esprit venait de paraître; 
et l'on sait que Malesherbes parta- 
geait alors les opinions philosophiques 
d'Hclvétius. « Il est temps, dit ce ma- 
» gistrat, d'éclairer le monde. » Fa- 
vier se retournant vers un de ses amis, 
lui dit : a Ce n'est pas avec un bout 
» de chandelle. » Après son retour de 
Chanteloup, M. de Choiseul l'ayant 
rencontré dans la galerie de Versailles, 
lui dit très haut et assez sèchement : 
« Favier, vous avez écrit contre moi. 
» — Cela est vrai , M. le duc, reprit-il 
» aussitôt , mais vous étiez encore en 
» place. » Favier est mort à Paris le 
2 avril i 784. M. de Ségur a recueilli 
une partie de ses œuvres dans l'ou- 
vrage intitulé Politique de tous les 
Cabinets de l'Europe pendant les 
règnes de Louis XV et de Louis 
X^'7, in-8°. , 1795, 2 vol.; id. 5 
vol., 1802, 3 e . édition, avec beau- 
coup de notes et observations de l'é- 
diteur. On y trouve entre autres les 
Conjectures raisonnées sur la situa- 
tion actuelle de la France dans le 
système politique de V Europe , etc. , 
ouvrage dirigé par le comte de Bro- 
glie, exécuté par Favier et remis à 
Loui<; XV dans les derniers mois de 
son règne ( 16 avril 1773 ). Ce tra- 
vail a terminé la fameuse correspon- 
dance secrète de Louis XV ; c'est le 
seul monument qui en reste avec les 
Pièces authentiques imprimées dans 
la même collection. La plupart des 
écrits de Favier ont été publiés sans 
nom d'auteur : I. le Spectateur lit- 
térairc sur quelques ouvrages nou- 
veaux , Paris, 1746, in- 12; IL 
Essai historique et politique sur 
le gouvernement présent de la Hol- 
lande, Londres ( Paris ), 171 
vol. in- 12; III. le Poète reformé , 
ou Apologie pour la Sétniramis <&» 






FAV 

Voltaire, Amsterdam, 1 748, in-8'\ ; 
IV. Mémoires secrets de milord Bo- 
lingbroke, traduits de l'anglais avec 
des notes historiques, Londres (Pa- 
ris), 1754, 3 vol.in-8°.; V. Doutes 
et questions sur le traité de Fer- 
s ailles, entre le roi de France et 
l'impératrice - reine de Hongrie , 
Londres ( Paris ), 1778, in-8°. , réim- 
prime' en 1791 avec le nom de l'au- 
teur ; VI. Lettres sur la Hollande , 
La Haye , 1 780 , 2 vol. in- 1 2. Enfin 
il a concouru avec Fréron , J.- J. Rous- 
seau , l'abbé Arnaud , M. Suard et au- 
tres , à la rédaction au Journal étran- 
ger. M — d j. 

FAVIER DU BOULAY (Henri), 
né à Paris en 1670 , après avoir ter- 
miné ses études, entra dans l'ordre 
de S. Benoît de la Congrégation de 
Gluny. Son talent pour la chaire l'ayant 
fdit connaître d'une manière assez 
avantageuse , ses supérieurs le firent 
revenir à Paris , où il prêcha plusieurs 
fois dans des circonstances remarqua- 
bles. L'impossibilité où il était, à rai- 
son de ses études, de suivre exacte- 
ment la règle de son ordre , lui fit 
demander sa sécularisation ; il l'ob- 
tint, et fut pourvu presque en même 
temps du prieuré de Sainte-Croix de 
Provins. L'abbé Favier mourut à Paris, 
le 5i août 1755, à l'âge de quatre- 
vingt-trois ans. On a de lui : I. Lettre 
d'un abbé à un académicien , sur le 
Discours de Fontenelle , relatif à 
la prééminence entre les anciens et 
les modernes , Paris , 1699; 2 e . édi- 
tion , Rouen , 1700, in-12 ; IL Orai- 
son funèbre du duc de Berry, Paris , 
171 l, iu-4°«J de Louis XI F, pro- 
noncée à la cathédrale de Metz; Metz, 
1715, in-4°. ; et dans le Becueil des 
Oraisons funèbres de ce prince , Pa- 
ris , 1716,2 vol. in- 1 2. III. Epitres 
en vers à Racine fds , au sujet de 
son poème de la Grâce , Paris, 17^0, 



FAV 219 

in-8°. ; IV. Trois Lettres au sujet 
des choses surprenantes arrivées a, 
St.-Médard , en la personne de V 'ab- 
bé Bcscher 'and , 1 *^5 t , in-4". ; V. 
V Histoire universelle de Justin, tra- 
duite en français, Paris, 1753, a 
vol. in- 12. Le succès de cette traduc- 
tion s'est long-temps soutenu j cepen- 
dant l'abbé Paul , qui en a donné une 
plus récente, dit que celle de Favier 
est incorrecte , traînante et peu fi- 
dèle en bien des endroits. \V — s. 

F AVI LA, roi des Asturies et de 
Léon, fils de don Pelage, monta sur 
le trône en 707. Loin d'imiter les ver- 
tus de son père et d'avancer ses con- 
quêtes sur les Maures , il ne dut 
la tranquillité de ses états , peu af- 
fermis encore , qu'a la division qui ré- 
gnait parmi ces derniers. 11 ne fut 
qu'un fantôme de roi, ne s'occupant 
que de plaisirs, dans lesquels il me- 
nait la vie la plus désordonnée. Fa- 
vila aimait passionnément l'exercice 
de la chasse. Il y trouva la mort. Un 
jour, s'étant écarté de sa suite , il fut 
attaqué et dévoré par un ours. Les 
Espagnols regardèrent cet événement 
comme une punition du ciel due aux 
excès qui l'avaient rendu méprisable à 
ses propres sujets. 11 ne régna que 
deux ans. N'ayant pas laissé d'enfants, 
don All'onso , son beau-frère , dit le 
Catholique , lui succéda en ^q. 
B— s. 

FA VIN. Fqr.FAVYN. 

FAVOLI ( Hugues ) , né a Middel- 
bourg, en 1 523, d'un père pisan, d'une 
mère zélandaisc, après avoir fini ses 
basses classes dans sa ville natale , fut 
envoyé continuer ses études à Padoue , 
et s'y appliqua à la philosophie et à 
la médecine. En :545, il voyagea à 
Rome et à Venise, et rencontra dans 
Ja dernière de ces villes l'ambassa- 
deur que Charles -Quint envoyait au- 
près de la Porte-Othomane. Celui-ci y 



2?.o F A V 

emmenait, comme son secrétaire de 
légation , Mathieu Laurin . de Bruges , 
ancien condisciple de Favoii. Laurin 
obtint de l'ambassadeur L'admission 

de Favoii au voyage de Constantino- 
ple. Favoii, en s'en retournant, visita 
quelques îles de la Grèce , et revint 
l'hiver suivant à Venise, d'où ii se 
rendit dans les Pays - Bas. La ville 
d'Anvers le nomma son médecin pen- 
sionnaire vers i563, et ii y mourut 
en 1 585 , âgé de soixante - deux ans 
moins deux jours. L'épitaphe en trois 
distiques latins qu'il s'était faite dans 
sa dernière maladie, fut gravée sur sa 
tombe , dans le cimetièi e de la cathé- 
drale. A côté de la médecine , Favoii 
cultivait avec affection les Muses la- 
lines. Son principal ouvrage est une 
Description en vers latins de son 
voyage à Constantinople , sous le titre 
de Hodoeporici Bj zantini, libri III ; 
il l'a dédié au cardinal de Granvelle , 
Louvain , 1 565 , in-S \ ; la facture des 
vers n'est généralement pas mauvaise. 
Celte relation se trouve réimprimée, 
avec quelques retranchements, dans le 
recueil de voyages en vers latins , que 
Nicolas Reusner a publié à Baie , en 
i58o, in-8°. On a encore de Favoii: 
Enckiridion orbis terrarum, carminé 
illuslratiuu , Anvers , 1 585 , in-4°« > 
et une brochure où il examine quo- 
modo deus locutus sil cum prophelis. 

M ON. 

FAVORINUS ( Varinus ou Gua- 
rino, plus connu sous le nom de ), phi- 
lologue et lexicographe du iO 1 ". siècle, 
était né dans un château de la par. issc 
de Favera , près de Gtmérino, ville 
capitale de l'Umbrie, et c'est par allu- 
sion au nom de sa patrie, qu'il prit 
celui de Favorinus , pour se distin- 
guer des Guarino de Vérone. Quant 
au .surnom de Camevs , qu'il mettait 
lui-même en tête de ses ouvra 
que l'on a pris pour ton nom, il pa- 



FAV 

ratf une simple abréviation de Came- 
rinensis , ou plutôt que c'est C amers, 
CamertiSyCt non Camerinensis, qui 
signifie en latin un homme né à Ca- 
merino. Ce savant fut disciple de Jean 
Lascaris et d'Auge Polilien; il entra 
fort jeune dans la corgiégationde St.- 
Silvestre, de l'ordre de St.- Benoît, 
obtint en i5i2, la direction de la 
bibliothèque des Médicis à Florence, 
et fut nommé en 1 5 1 4 , à Pévêché de 
Nocéra , qu'il occupa jusqu'à sa mort , 
arrivée en 1557. 11 avait été l'un des 
précepteurs de Jean de Médicis , qui 
devint pape depuis, sous le nom de 
Léon X, et la gloire d'avoir contri- 
bué à une pareille éducation , n'est 
pas le litre le moins honorable de Fa- 
vorinus. Son principal ouvrageest inti- 
tulé: Magnum aeperulile Dicliona- 
rium quocl quidem Varinus Phavo- 
rinus Camers nueerinus episcopus 
ex multis variisque auctoribus in or- 
dinem alphabeli collegit. La première 
édition qui parut à Rome en i5i3, 
chez Zacharie CiHiergi , est la plus 
recherchée des curieux , quoiqu'elle 
soit la moins complète. Celle de B;ile 
i538 < est corrigée de quelques fautes 
et enrichie de deux Index. La meil- 
leure de toutes a été publiée à Venise, 
en 1 nia, in- fol., avec de nombreuses 
augmentations , faciles à faire dans l'é- 
tat où étail parvenue dès- lors la lexi- 
cologie grecque. Ce livre, très utile 
sans doute à une époque on l'on 
n'avait pour se diriger dans cette par- 
tie des éludes littéraires que deux ou 
trois compilations fort imparfaites des 
anciens, a perdu quelque chose de son 
importance depuis que la science s'est 
perfectionnée ; mais il est loin de mé- 
riter le mépris qu'en a fait Maussac , 
contre l'opinion de Ganter et de Ca 
ratios. Favorinus avait coopère* avec 
Ange Polilien , son maître , Charles 
Aulinoii, Urbain Bolzano et Aida 



FAV 

Manuce l'Ancien , à l'édition du Thé- 
saurus cornucopiœ et horti Âdonidis 
que ce dernier donna à Venise en 
1496. On lui doit aussi une traduc- 
tion latine des sentences ou Apoph- 
thegmes de Stobée, imprimée pour la 
première fois à Rome, i5rc), in -8°., 
souvent réimprimée, selon Fabricius, 
et particulièrement à Cracovie, avec 
des corrections de Wenceslas Sobes- 
laviensis. Il est probable que cette 
traduction fut faite sur un manuscrit; 
l'édition princeps de Stobée n'étant 
pas antérieure de plus d'un an à la 
mort de Favorinus. N — r. 

FAVRAS (Thomas Mahi, marquis 
DE ), né à B!ois en 174$ , entra au 
service dans les mousquetaires , et (it 
avec ce corps la campagne de 1 761 ; 
il fut ensuite capitaine et aide-major 
dans le régiment de Belsunce, puis 
lieutenant des suisses de la garde de 
Monsieur, frère du roi; il se démit 
de cette charge en 1 775 , pour se ren- 
dre à Vienne où il fit reconnaître sa 
femme comme fille unique et légitime 
du prince d'Anhalt-Schauenbourg. I! 
commandait une légion en Hollande , 
lors de l'insurrection contre le stat- 
houder, en 1787. Avec une tête ar- 
dente et fertile en projets, Favras ne 
cessait d'eu proposer dans toutes les 
circonstances et sur tous les objets. Il 
en avait présente' un grand nombre sur 
les finances ; et , au moment de la ré- 
volution , il en présenta sur la politi- 
que qui le rendirent suspect au parti 
révolutionnaire. On sait que dans l'état 
d'exaltation où se trouvaient alors les 
esprits, il suffisait aux meneurs de 
designer une victime pour qu'il lui de- 
vînt impossible d'échapper à la fureur 
populaire. Favras fut accusé , dans ie 
mois de décembre 1789, « d'avoir 
» tramé contre la révolution; d'avoir 

• voulu introduire la nuit dans Paris 

• des gens armés , afin de se défaire 



FAV 22i 

» des trois principaux chefs de l'ad- 
» ruinist ration; d'attaquer la garde du 
» roi; d'enlever le sceau de l'état, et 
» même d'entraîner le roi et sa famille 
» à Péronuc. » Arrêté par ordre du 
comité des recherches de rassemblée 
nationale, il fut traduit au Ghâteletoù 
il se défendit avec beaucoup de calme 
et de présence d'esprit, repoussant 
avec force les accusations portées con- 
tre lui par les sieurs Morel, ïurcatti 
et Marquié. Ces témoins déclarèrent 
avoir reçu de lui la communication de 
son plan , qui devait être exécuté par 
12,000 Suisses et 12,000 Allemands 
qu'où devait réunira Montargis pour 
de là marcher sur Paris , enlever le 
roi, et assassiner MM. Baiily, La- 
fayette etNceker. Il nia la plupart de 
ces faits, et déclara que les autres 
n'avaient de rapport qu'à la levée 
d'une troupe destinée à favoriser la 
révolution qui se préparait dans le 
Brabant. Les mêmes témoins ayant 
dit qu'il devait se servir des chevaux 
des écuries du Roi pour monter un 
corps de cavalerie, il déclara «que se 
trouvant à Versailles le 5 Octobre , 
il s'était rendu à l'œil de bœuf, et 
que voyant l'abattement dans lequel 
tout le monde était sur la nouvelle 
qu'il arrivait des femmes de Paris 
avec du canon , il avait proposé à 
M. de St.-Priest de lui donner des 
chevaux des écuries du Roi , afin de 
les distribuer aux zélés serviteurs de 
sa majesté, et aller avec eux enlever 
les canons de ces femmes ; que M. de 
St.-Priest , étant entré dans l'apparte- 
ment du Roi, le fit attendre long- 
temps, et vint onCin lui dire que tout 
cela était inutile , que M. de La 
Fayette arrivait de Paris au secours 
du château avec six mille hommes. » 
L'exactitude de ce récit fut constatée 
par M. de S'.-Priest. Le rapporteur 
ayant refusé a Favras de lui faire cou- 



m FAV 

naître son dénonciateur, il s'en plai- 
gnit à l'assemblée, qui passa à l'ordre 
du jour. Sa mort était évidemment 
devenue inévitable. Pendant tout le 
temps que dura la procédure , la po- 
pulace ne cessa de menacer les juges 
et de crier : A la lanterne ; il fallut 
même que des troupes nombreuses et 
de l'artillerie fussent constamment en 
bataille dans la cour du Cliâtelet. Les 
juges qui venaient d'acquitter M. de 
Besenval dans une affaire à peu près 
semblable, craignirent sans doute les 
effets de cette fureur. Cependant l'ac- 
cusé , d'après l'un des journalistes de 
ce temps-là , dont le témoignage à cet 
égard ne peut être suspect ( Pru- 
homme ) , « parut devant ses juges 
» avec tous les avantages que donne 
» l'innocence, et qu'il sut faire valoir; 
» parce qu'à un esprit orné il joignait 
» la facilité de s'exprimer aveegrâce; 
» ses paroles avaient même un charme 
» dont il était difficile de se défendre. 
» Il avait de la douceur dans lecarac- 
» tire, de la décence dans le main- 
» tien; il était d'une taille avantageuse, 

» d'une physionomie noble Dans 

» tout le cours de sa défense, il ne 
» perdit jamais cette attitude qui con- 
» vient à L'innocence, et il répondit à 
» toutes les questions avec netteté et 
» sans embarras. » Les juges ayant 
refusé de faire entendre ses témoins 
à décharge, il les compara au tribu- 
nal de l'inquisition. La principale 
charge coivtre lui fut une lettre d'un 
M. de Foucault, qui lui demandait : 
a Où sont vos troupes? Par quel côté 
» entreront-elles à Paris? Je désirerais 
» y être employé. » Monsieur, frère 
du roi , étant désigné dans le public 
comme ayant pris part à ce complot, 
<t s'en venant même accusé posjt i\c - 
mciitdans un écrit très répandu, se crut 
obligé de se rendre à l'Ilotcl-dr-uHr 
pour déclarer qu'il y était tout-à-fait 



FAV 
étranger. Favras fut condamné à faire 
amende - honorable devant la cathé- 
drale, et à êcre pendu en place de Grè- 
ve. Il entendit cet arrêt avec un calme 
admirable, et il dit à ses juges : « Je 
» vous plains bien, si le témoignage de 
» deux hommes vous suffit pour con- 
» damner. » Le rapporteur lui ayant 
dit : « Je n'ai d'autres consolations à 
» vous douner que celles que vous 
» offre la religion. » Il répondit avec 
» noblesse : « Mes plus grandes con- 
» solations sont celles que me donne 
» mon innocence. » Ce jugement fut 
exécuté le 19 février 1790. Favras 
arrivé devant l'église Notre- Dame , 
prit son arrêt des mains du greffier, 
et il en fit lui-même lecture à haute 
voix. Lorsqu'il fut à l'hôlel-de-ville , il 
dicta une déclaration dont voici les 
phrases les plus remarquables: « Prêt 
» à paraître devant Dieu , je pardonne 
» aux hommes qui , contre leur con- 
» science, m'ont accusé de projets cri- 
» minels... J'aimai mon roi , je inour- 
» rai fidèle à ce sentiment ; mais il n'y 
» a jamais eu en moi ni moyen ni vo- 
» lontéd'empioyer des mesures violen- 
» tes contre l'ordre des choses nouvel - 
» lement établi.... Je sais que le peuple 
» demande ma mort à grands cris : eh 
» bien ! puisqu'il lui faut une victime , 
» je préfère que le choix tombe sur 
» moi, plutôt que sur quelque inno- 
» cent faible peut-être, et que la pré- 
» sente d'an supplice non mérité jet- 
» terait dans le désespoir. Je vais 
» donc expier des crimes que je n'ai 
» pas commis. » Il parla vaguement 
d'une mission que l'un des grands 
seigneurs de la cour lui avait donnée 
pour surveiller le faubourg St. -An- 
toine , déclarant qu'il ayait rerudece 
grand seigneur une somme de 100 
louis; mais 1! refusa de le nommer. Il 
corrigea ensuite .1 up de sang- 

froid tes fautes d'orthographe faites par 



FAV 

le greffier, et dit adieu à ceux qui l'en- 
touraient. Le juge rapporteur l'ayant 
invité encore une fois à déclarer ses 
complices , il répondit : « Je suis in- 
» nocent ; j'en appelle au trouble où 
» je vous vois. » Lorsqu'il fut sur l'é- 
chelle, il se tourna vers le peuple et 
s'écria: « Citoyens! je meurs innocent; 
» priez pour moi le Dieu de bonté. » 
Et s'adressant au bourreau , il lui dit : 
» Faites votre office. » L'avocat Thi> 
lorier qui le défendit avec beaucoup de 
chaleur, a publié deux Mémoires dans 
le cours de Ja procédure. Favras a 
laissé des Mémoires relatifs aux trou- 
bles de Hollande. Son testament écrit 
de la manière la plus touchante , et sa 
correspondance avec sa femme pen- 
dant sa détention , furent publiés peu 
de temps après sa mort, et ils pro- 
duisirent une vive sensation. Les con- 
trefacteurs s'en emparèrent, et ils 
commirent dans leur édition contre- 
faite des fautes et des falsifications 
dont M me . de Favras fut obligée de se 
plaindre dans les journaux , n'avouant 
que l'édition annoncée chez le libraire 
Gattey. Celle dame , qui avait été ar- 
rêtée pendant le procès de son mari , 
fut mise en liberté aussitôt après. Le 
fermier-général Augeard , qui se trou- 
vait alors dans les prisons de l'Abbaye, 
réussit à lui faire tenir des billets de 
son mari, de manière que les inter- 
rogatoires des deux époux ne présen- 
tèrent aucune contradiction. M me . de 
Favras adressa le i5 mai 1791 , à 
Bailly, maire de Paris , une lettre qui 
fut insérée dans quelques journaux , et 
où elle se plaignait avec une extrême 
violence d'avoir été taxée pour une 
contribution patriotique. « La veuve 
» du marquis de Favras , disait -elle , 
» a des titres particuliers qu'il semble 
» que M. Bailly , déjà si coupable en- 
» vers elle , ne devrait pas oublier. 
» Comment peut - il être assez cuivre 



FAV 223 

» parles fumées d'une élévation éphé- 
» mère , pour me mettre dans le cas 
» de lui rappeler ce que je ne perdrai 
» jamais de vue; qu'il a eu l'audace 
» de me faire enlever de chez moi 
» pendant la nuit , et l'atrocité de me 
» tenir pendant vingt-six jours au se- 
» cret, sans qu'il y eût contre moi ni 
» décret ni plainte; qu'il m'a ôtétous 
» les moyens de servir mon mari , en 
» prolongeant ma captivité, jusqu'a- 
» près l'assassinat de cette immortelle 
» victime ? Comment a-t-il assez peu 
» de pudeur pour ne pas sentir 
» que le sang innocent, versé par 
» des mains sacrilèges , est une con- 
» tribulion si abominablement pa~ 
» triotique, que d'une part elle ne 
» peut cesser de crier vengeance , et 
» que de l'autre elle doit assurer à la 
» famille qui a payé cet horrible tri- 
» but, les droits les plus sacrés comme 
» les plus étendus à la vénération pu- 
» blique? » Z. 

FxAVRE ( Pierre ) , jésuite, le pre- 
mier des compagnons de St. Ignace , 
naquit en 1 5o6 , au hameau du Vil- 
laret, paroisse du Grand-Bornand, au 
diocèse de Genève. Employé dans son 
enfance à garder les troupeaux, la vi- 
vacité de son esprit détermina ses pa- 
rents à lui faire apprendre le latin aux 
écoles de la Roche, et son ardeur 
pour l'étude croissant toujours , il se 
rendit à Paris en i5$7 , fut reçu par 
charité au collège de Ste. -Barbe, et 
s'y distingua tellement, qu'on le donna 
pour répétiteur à Ignace de Loyola , 
qui vint y faire sa philosophie, après 
avoir achevé ses humanités au collège 
de Montaigu. Ignace, sous un tel maî- 
tre, fit de rapides progrès, soit dans 
la piété soit dans ses études, et se 
lia de la plus étroite amitié avec Favre 
et avec François Xavier , qui habitait 
la même chambre. 11 leur découvrit 
son projet de fonder un nouvel ordre 



<n4 FAV 

religieux, consacré spécialement à 
convertir les infidèles et à combattre 
les nouvelles erreurs. Favre embrassa 
Ignace, et lui promit de le suivre jus- 
qu'à la mort, ne lui demandant que 
le temps de revoir auparavant sa pa- 
trie et ses parents. Il vint donc rece- 
voir la bénédiction paternelle , et se 
rendit ensuite avec St. Ignace et ses 
cinq premiers compagnons , n l'église 
de Montmartre, où ils firent leurs 
premiers vœux le i5 août 1 554 : de 
Jà, ils allèrent à Rome, où le pape 
Paul III retint le P. Favre pour en- 
seigner la théologie au collège de la 
Sapienee. Après avoir exercé la même 
fonction à Parme, il fut, en i54i, en- 
voyé à la diète de Ratisbonne, fit avec 
le plus grand succès diverses missions 
en Allemagne, fonda des collèges de 
son ordre à Cologne ( 1 544 ) > * Coïrn- 
bre et à Valladolid ( 1 54^ ) , et reçut 
à Salamanque les témoignages les plus 
flatteurs de l'estime des professeurs de 
cette célèbre université , dont plu- 
sieurs l'avaient connu à Paris. Phi- 
lippe II voulait le retenir dans son 
royaume ; le roi de Portugal désirait 
nu contraire l'envoyer travailler à réu- 
nir les Abyssins à i'églisc romaine, et 
sollicitait Paul III de le nommer pa- 
triarche d'Ethiopie ; mais ce pape 
avait d'autres vues sur lui, et le fit 
venir pour assister au concile de 
Trente, comme son premier théolo- 
gien. Le P. Favre se rendit donc à 
Rome , mais excédé de fatigues et de 
travaux , il y expira entre les bras de 
St. Ignace, le I er . août i546. On 
trouve de lui quelques Lettres impri- 
mées parmi celles du P. Canisius. Ou- 
tre le grec et le latin , qu'il possédait 
dans une rare perfection , le P. Favre 
parlait l'italien, l'aliemand , le portu- 
gais et l'espagnol , et il prêchait dans 
ces diverses langues avec autant de fa- 
cilité qu'en français. Dans tous les pays 



FAV 

qu'il parcourut, son zèle , son humi- 
lité et son désintéressement, donnèrent 
la plus haute idée de l'institut des jé- 
suites , et contribuèrent beaucoup à la 
rapide propagation de cet ordre. Il 
s'appliquait surtout à toucher et à con- 
vertir les ecclésiastiques scandaleux et 
les moines corrompus, qu'il regardait 
comme les plus dangereux ennemis 
de l'église. Ses austérités pourraient 
paraître incroyables : étant encore à 
Ste. Barbe, il passa une fois six jours 
entiers sans prendre aucune nourri- 
ture, et aurait poussé ce jeûne jus- 
qu'au huitième jour, si St. Ignace ne 
s'y fût opposé. St. François de Sales 
qui le regardait comme un saint, ra- 
conte avec complaisance , dans son 
Introduction à la Vie dévote (chap. 
xvi ), qu'il eut la consolation de con- 
sacrer un autel sur la place même où 
le P. Favre avait reçu la naissance. 
Le P. d'Outreman rapporle qu'il s'y 
faisait force miracles , et que le con- 
cours des dévots y était si nombreux 
qu'en 1619 on y compta à Noël cent 
et vingt curés des villages voisins, qui 
s'y étaient transportés en procession 
suivis de leurs paroissiens. Une belle 
table de bronze , contenant l'abrégé de 
sa vie, y fut placée en 1620 par le mar- 
quis de Val-Uomay. Nicolas Orlandini 
a écrit la vie du P. Favre , dans la 1 rc . 
partie de YHisloria Societatis Jesu , 
home , 1 61 5 , in-foJ. , et on l'a réim- 
primée à part à Lyon , 1617, in -8 ". , 
orné d'un beau portrait de ce saint re- 
ligieux , au-dessous duquel ou lit ces 
deux vers : 

Piitor , virgo, piui ; pavit, domuit , coluitque, 
Fronde , lame , votif , agmina , meaibra , Dcum. 

Cette Vie a été traduite en italien par 
le P. Térence Alciat, jésuite, sous le 
nom à'Emilio Tacito, Rome, ifog, 
in-8". Voyez aussi les Tableaux des 
personnages signalez de la Campa- 



FAV 
plie de Jésus (par le P. d'Outreman), 
Douai, i622,in-8°. C. M. P. 

FAVRE (Antoine), Tua des plus 
grands jurisconsultes du commence- 
ment du 17 e . siècle, naquit, le 4 oc- 
tobre i557 , à Bourg-en-Bresse, pro- 
vince qui était alors sous la domina- 
tion des ducs de Savoie. Issu d'une 
ancienne famille de robe (1) , et des- 
tiné à suivre la même carrière , il fit 
son cours de droit à Turin , après 
avoir fait d'excellentes études à Paris 
dans le collège des Jésuites. Le grec 
et le latin lui étaient devenus si fami- 
liers, au rapport d'Anastase Germo- 
nio , qu'il lui est arrivé plusieurs fois 
à Turin, au sortir de sa leçon , de la 
réciter ou de l'écrire en latin , et de la 
dicter en grec eu même temps. 11 
consacrait alors à l'étude quatorze 
heures et même jusqu'à seize heures 
par jour. Dès cette époque il conçut le 
lan des grands ouvrages qui ontéta- 
li sa réputation; il les menait de 
front , pour ainsi dire , et ne les pu- 
bliait qu'en parties détachées, se flat- 
tant qu'ils opéreraient une espèce de 
révolution dans la jurisprudence, et 
que son plan étant une fois bien connu, 
d'autres jurisconsultes pourraient con- 
tinuer et achever ceux de ses livres 
qu'il n'aurait pu terminer. Doué d'un 
esprit libre et dégagé de préjugés, 
il pratiqua , bien avant Descartes et 
Locke , la maxime de ne jamais ju- 
rer in verba magistri. Il n'avait que 
vingt-trois ans lorsqu'il publia les 
trois premiers livres Conjecturarum 
juris avilis ( Lyon , 1 58o, in~4°. ) , 
dans lesquels, sous le titre modeste 
de Conjectures , il développe une 
connaissance approfondie de l'esprit 
des lois romaines, puisée, non dans 
les opinions des jurisconsultes, mais 
dans la comparaison des lois entre 

(1) Voye» Guichenon, 7/i*f. ae Bresse^ 3e. 
part. , p. itio. 

XIV. 



fi 



F A V 225 

elles, Malgré quelques idées para- 
doxales , cet essai fit une grande sen- 
sation , et annonça ce que l'on pour- 
rait attendre de l'auteur. On assuro 
que Cujas disait à cette occasion : « Ce 
» jeune homme a du sang aux ongles; 
» s'il vit âge d'homme, il fera bien du 
» bruit. » Le duc de Savoie ( Charîes- 
Einanuel I ep . ), informé du mérite 
de ce jeune avocat, le nomma en i58i 
juge-maje de Bresse , quoiqu'il fût 
loin d'avoir l'âge de trente ans exige 
pour cette charge; et trois ans après le 
rappela pour être sénateur au sénat de 
Savoie, dontil devint ensuite premier 
président en 1610. Les nombreux 
devoirs de ces B différents emplois, 
dont il s'acquitta toujours avec la plus 
scrupuleuse exactitude, et les diverses 
commissions dont il fut chargé par sa 
compagnie, ou dont l'honora la con- 
fiance de son souverain, ne lui lais- 
saient plus que bien peu de temps 
pour ses études chéries; mais il le 
mettait tout à profit. Dans un voyage 
qu'il fit à Aix en Provence, par com- 
mission du sénat, en i5gi, il y corn- 
posa en six semaines son traité De 
variis nummariorum debitorum so- 
lutionibus ; et c'est à Rome qu'il 
écrivit une grande partie de sa Ju- 
risprudentia papinianea , ouvrage 
capital, qui avait pour but de réduire 
dans un ordre méthodique et régulier 
toute la science du droitromain,qui of- 
fre tant de confusion dans les cinquân- 
te livres des Pandectes. Il adopta le 
plan et la distribution des Inslitutes 
de Justinien ; mais il ne put en ache- 
ver que le premier livre. Cet ouvrage 
lui tenait fort au cœur, et c'est sui- 
vant ce plan qu'il enseigna le droit à 
l'aîné de ses fiis auquel il donnait lui- 
même une leçon tous les matins , se 
flattant que ee fils pourrait après lui 
terminer cet important travail ; mais 
une main plus heureuse reprit Tou- 



22G FAV 

vragc par les fondements , et ce fut 
Douiat qui eut la gloire de donner les 
Loix civiles dans leur ordre naturel. 
Les recherches d'érudition et l'étude 
approfondie de l'antiquité avaient ap- 
porté dans la jurisprudence un per- 
fectionnement réel ; Alciat et Cujas l'a- 
vaient surtout introduit dans les uni- 
versités: Favre résolut de l'appliquer 
aux tribunaux. Jl fit voir, dans ses 
cent décades De erroribus pragma- 
ticorum et inlerpretum juris , qu'il 
faut chercher le sens des lois romaines 
dans l'esprit même de la jurispru- 
dence de ce peuple, et non dans les 
opinions des commentateurs qui, pour 
être fréquemment citées et répétées , 
ne sont cependantjamais que des opi- 
nions. Cet ouvrage, dont la première 
partie parut en 1 5g8 ( Lyon , in-4°. ), 
excita de vives réclamations , quoique 
les paradoxes y fussent, généralement 
parlant, moins fréquents que dans les 
livres des Conjectures. Mais Favre 
eut souvent la satisfaction d'en voiries 
principes adoptés par les tribunaux , 
même dans les pays étrangers. Il vou- 
lait proscrire du barreau l'autorité des 
interprètes du droit, et en dédiant à 
l'empereur Rodolphe II le premier 
livre de ses Balionalia , on voit qu'il 
l'engage à défendre par une loi ex- 

Î>ressc de citer les commentateurs dans 
es plaidoieries; mais l'abus devait du- 
rer encore quelque temps , et cette dé- 
fense ne fut portée que par le roi de 
Sardaigne en i *}%Q , et par le roi de 
Prusse en 174& Le livre De er- 
roribus pragmalicorum fut attaqué 
par Vincent Cabot, Pierre Gilkeo, 
Martin LykJama, etc., et surtout, 
après la moi t de Favre, parAacfcov 
le (ils, sous ce titre : Exercitationes 
ad partent posleriorem chiliados 
quant tic erroiïiws interpretum Fa- 
ber falso inscripsit, Francfort 1 <> l u{ , 
in-fol. Mais Schiferdecker, juriscon- 



FAV 

suite silésien (mort le 1 7 mars i63i), 
prit vivement sa défense dans ses Dis- 
putationes foreuses , Strasbourg , 
1 6 1 o , in-fol. ( le troisième et dernier 
livre ne parut qu'en 161 5. ) Il avait 
fait exprès le voyage d'Aiineci pour 
voir Favre et lui dédier son ouvrage. 
Non content de critiquer tous les com- 
mentateurs qui l'avaient précédé , 
Favre résolut d'effacer leurs travaux 
par un commentaire d'un genre abso- 
lument neuf, daus lequel, sans citer 
aucun interprète , on chercherait le 
sens et le motif des lois dans l'esprit 
même de la législation romaine. Tels 
sont ses Rationalia in Pandectas , 
dont il publia la première partie en 
1 604, Saint-Gervais (^Genève), in-fol., 
auxquels il ne cessa de travailler le reste 
de sa vie , mais qu'il ne put pousser 
que jusqu'au titre De pr œ s criptis ver- 
bis ( liv. XIX, tit. 5 ). Un fragment de 
la 4 e . partie, contenant les titres De 
pignoribus et hjpothecis , ne parut 
qu'après sa mort, en 1624 , et l'on y 
réunit les fragments des titres 1 et 2 
du Liv. XXVIII (sur les testaments) , 
trouvés parmi ses papiers, dans l'édi- 
tion de Lyon , i663 , tom. V , in-fol. 
Cet excellent ouvrage, s'il était ter- 
miné , pourrait en effet dispenser de 
recourir à tout autre commentaire. II 
prend l'un après l'autre chaque titre 
du digeste ; après l'explication de 
chaque loi , de chaque paragraphe 
même , l'on y trouve séparément Ra- 
tio dubitandi et ratio decidendi ; 
ce qui a Col donner à l'ouvrage le titre 
de Rationalia. Ce livre fut reçu avec 
plus d'applaudissement encore que 
les précédents; mais on y trouva la 
même d illusion, le stvle de l'auteur 
manquant en général de précision et 
d'énergie : les grandes «flaires dont il 
(tut comme accablé ne lui permirent 
jamais de s'attacher à le polir. Le plus 
important de ses ouvrages, celui que 



FAV 

Ton consulte le plus souvent , est son 
Codex Fabrianus , dans lequel , en 
suivant l'ordre des matières du code 
Justinien, il rapporte, avec les motifs 
raisonnes , toutes les décisions du sé- 
nat de Savoie, qui avaient été rendues 
de son temps, et, pour ainsi dire, 
sous ses yeux , quelquefois contre sou 
opinion; car il était forcé de souscrire 
à l'avis de la majorité, invita pler uni- 
que non modo scientid , sed etiam 
conscientid, comme il le dit lui-même. 
Le code Fabrien, divisé en neuf li- 
vres, formait une des sources du droit 
suivi dans les états de Savoie, et était 
souvent cité comme une autorité d'un 
grand poids dans tous les pays qui 
suivaient le droit romain. La première 
édition parut en 1606, Genève, 
Chouet(i), in-fol; il a souvent été réim- 
primé. L'édition de Leipzig, 1706, 
in-fol. est augmentée de notes relatives 
aux usages particuliers suivis en Alle- 
magne. Ce bel ouvrage fut composé à 
Anneci où Favre avait été envoyé en 
1 5g6, sur la demande du duc de Ne- 
mours , pour être président du con- 
seil de Genevois. Il s'y lia de la plus 
étroite amitié avec saint François de 
Sales auquel il dédia, la même an- 
née, le XI L. Livre de ses Conjec- 
tures. Ces deux illustres personna- 
ges , aussi zélés pour le progrès des 
bonnes études que pour le maintien 
da la foi catholique , y érigèrent, 
en 1606, une académie à l'instar de 
celles qui se formaient à cette époque 
dans presque toutes les villes d'Italie. 
Celle d* Anneci, établie dans la maison 
du président Favre et sous la protec- 



(O Le conseil de Genève n'ayant pas voulu per- 
mettre , <1 ms cette ville . l'impression «lu titre 1er. 
( De fiimmâ trinilale et Jide valholicd) , où il 
est question des p.-mes eucourues par les héréti- 
ques, l.i |)-emière feuille de l'ouvrage fut impri- 
mée à Lyon par Cardon , qui réimprima aussi le 
titre , ce qui produit une variété dans les exem- 

rlaires O.: peut juyer par-là de la liberté dont 
a presse jouissait alorj dans celte république. 
(. fV.LMT.) 



FAV 227 

tion du duc de Nemours, reçut le 
nom d'académie Florimontane , et 
eut pour symbole un oranger avec 
cette devise : Flores fructusque pe- 
rennes. La théologie, la philosophie, 
les mathématiques, les beaux-arts, 
tout était du ressort de cette institu- 
tion qui, pour la forme, se rappro- 
chait assez de nos athénées modernes, 
et dont Ch. Aug. de Sales rapporte 
tout au long les statuts au commence- 
ment du 7 e . liv. de son Histoire du 
B. François de Sales ( Lyon , 1 634 > 
in-4'. , pag. 067-570 ). On lui avait 
nommé des censeurs , des collatéraux 
ou assesseurs , un trésorier, un huis- 
sier à gages , mais on ne voit pas quels 
fonds on avait assignés pour les dé- 
penses indispensables. L'histoire ne 
dit pas combien de temps dura cette 
institution j on peut croire que le zèle 
des académiciens se refroidit insensi- 
blement, et il paraît qu'ils cessèrent de 
se réunir lorsque le président Favre re- 
tourna à Chambéii en i6i8(i).Nous 
avons cru devoir parler avec quelque 
détail de la première académie qui ait 
été instituée en-deça des Alpes, et qui 
a échappé aux recherches de Gimma, 
de Kraus , de Mastai Ferretti , et des 
autres bibliographes qui se sont occu- 
pés de l'histoire des sociétés littérai- 
res. Les nombreuses commissions 
dont Favre était chargé par la con- 
fiance de son prince, le détournaient 
fréquemment de son assiduité au 
sénat; il avait séjourné neuf mois à 
Paris et à Fontainebleau pour le 
service de la duchesse de Nemours 
( dont les affaires l'avaient déjà appelé 
une fois à Modène, à Kome, à Turin, 



(1) Oa voit par la lettre de Favre a .Schifer- 
decker, du i<j mars 1609. rapportée p ir Guiche- 
non {Hitt. de Breste , 3*e. part , p i!>5), que ce 
savant Silésien avait été reçu membre de l'acadé- 
mie florimontane, aux séances d^ laquelle il .ivait 
souvent assisté . et que cette académie t ait alors 
aussi florissante qu'aucune de celles que l'»n comp- 
laît tu lu lie. 

i5m 



228 FAV 

etc.); il fut, en 161 1 , employë pres- 
que toute l'année à lever des troupes 
en Savoie pour l'armée de son souve- 
rain , et à veiller aux approvisionne- 
ments nécessaires. Appelé à Turin, 
en 16,4, P our affaire de la suc- 
cession du Montferrat , il fut nom- 
mé membre de l'académie de belles- 
lettres que le cardiual Maurice de 
Savoie venait de fonder dans cette 
ville , et en 1618 il fut nommé avec 
saint François de S<les pour accom- 
pagner à Paris le même prince, char- 
gé d'y négocier le mariage de Vic- 
tor Amédéc I er . avec madame Chris- 
tine de France, fille d'Henri IV. Louis 
XIIT, qui désirait se l'attacher, lui fit 
les offres les plus séduisantes, et n'ayant 
pu lui rien faire accepter, il accorda 
une pension de 2,000 livres à son 
deuxième fils (Vaugelas) qui déjà s'était 
fixé à Paris. L'année précédente , le 
marquis de Lans , gouverneur de Sa- 
voie, ayant été aussi envoyé en France 
pour d'autres affaires, le président 
Favre avait été nommé pour le rem- 
placer dans le commandement-général 
du duché ; et tel était son désintéres- 
sement , qu'après avoir rempli les deux 
places les plus éminentes de son pays, 
il ne fut jamais riche. A sa mort, arri- 
vée à Chambéri le 28 février 162/}, 
il n'avait pas augmenté de mille liv.de 
rente le patrimoine qu'il avait reçu de 
ses ancêtres. Il est vrai que ses chari- 
tés étaient immenses : le secrétaire qui 
l'accompagnait lorsqu'il allait au sénat, 
avait ordre de donner quelque chose à 
tous les pauvres qui se trouvaient sur 
sa route. Ses aumônes s'élevaient ré- 
gulière ment chaque année à mille du- 
catuns (6700 fr. de notre monnaie 
actuelle), et dans les temps de disette 
il vendait une partie de son argenterie 
pour 1rs rendre plus abondantes. Son 
testament, rapporté en entier par Tai- 
sand , est un monument précieux de 



FAV 

sa piété, de sa tendresse pour se» 
enfants , et surtout de l'esprit d'or- 
dre et d'équité qui dirigeait toutes ses 
actions (1). Les principaux ouvrages 
du président Favre ont été recueillis à 
Lyon en 10 vol. in- fol. (Ant. Fabri 
opéra juridica.) Cette collection com- 
prend : Jurisprurienliœ papinianeœ 
scienticiy i658; De erroribus prag- 
maticorum, 1 658, 2 vol.; Ration alia y 
i659-i()63, 5 vol. ; Codex Fabria- 
nus , 1 68 1 ; et Conjecturarum libri 
XX, 1661 (2). On lui doit encore : 
I. De variis nummariorum dcbilo- 
rum solutionibus , in-8'. , Lyon , 
i5g8; Nuremberg, \Vyxi. Dans la 
préface de ce traité, dirigé en grande 
partie contre Ch. Dumoulin, tout en 
appelant son adversaire Pragmatî- 
corum œtalis nostrœ facile princi- 
pem ,\\ ajoute : qui ut in cœteris ferè 
omnibus quœ scripsit.... videtur mihi 
à cerlisùma juris ratione .... lotd 
via deerrasse. Durandi observe que 
Favre , écrivant sur la matière de l'u- 
sure contre un adversaire tel que Du- 
moulin, qui affichait assez ouverte- 
ment les opinions des protestants , 
avait cru devoir se montrer plus théo- 
logien que jurisconsulte , et qu'il ne 
raisonne plus selon ses principes or- 
dinaires. La remarque porte à faux. 
Le sujet de ce traité dépend de prin- 
cipes qui n'ont été bien développés 
que dans le ! 8 . siècle. Ou trouve 
autant de confusion dans cet ouvrage 

o 

que dans ceux qui parurent alors sur 
la même matière, mais en général sa 
critique y est assez mal fondée , et les 
vuesde Dumoulin se rapprochent bien 
plus de celles des économistes moder- 
nes. Quant aux usures (objet en 



(1) Tai»»niî , Vitl rfr< plut célèbre! juriscon- 
sulte/, Pari» , (- • 1 , !,- ',"-' . pag. I B 

{*) On réauit quelqurfoii » ecttr c • Il c <■ : i • n lrg 
InVêllig/UioiH 1 Juris civi/ir in Cunjct filins Anl. 
Fahri, r>»r Jtruin* liorgia. , Naplei, i(.i;" , i vol. 
iu loi. 



FAV 
à ce traité ), Favre était moins théolo- 
gien sur ce sujet que ne l'étaient 
d'autres jurisconsultes con!eraporains, 
parce que la Bresse avait là-dessus 
des coutumes particulières (i). IL 
De palmi hœredilate in solos fra- 
trumfilios dividende, in-8°., Lyon, 
i J98 ; IN. De Montisferrati ducatu 
contra ducem Mantuœ pro duce Sa- 
baudiœ consultatio , in-4°., Lyon, 
1617; IV. De laudimiis décades 
IF, Turin, 1Ô29, in-fol., daus les 
Tractatus varii de laudimiis; c'est 
apparemment le même ouvrage qui 
a paru sous le titre de Quœstiones 
hiudemiales , Lyon, i658, in-fol.; 
V. Informationes facLi et juris in 
causa ferrariensi , in -4°.; écrit 
pour soutenir les droits d'Anne d'Es- 
té, duchesse de Genevois, à la suc- 
cession d'Alphonse II, duc de Fer- 
rare. VI. De albinatu controversia , 
Turin, ifiaa, in-4°. ; VU. Abrégé 
de la pratique judiciaire et civile 
du sénat de Savoie, Genève, 1 700, 
et .mires ouvrages publiés sous son nom 
après sa mort, niais qui ne sont pro- 
bablement que des extraits de ses 
écrits précédents. VIN. Les Gordians 
et Maximin , ou Vatnbition , œuvre 
tragique en cinq actes, en vers, 
premiers et derniers essais de poésie 
d'Ant. Favre , S. J. B. , dédiés à 
Charl. Em. duc de Savoie , Gliara- 
béry, Gi.Pomar, i58i),in-4".; Lyon, 
§596, in-8\ ( Foy. l'analyse de cette 
pièce dans la Biblioth. du Théâtre 
français , Tom. I. p. -284 ). IX. Cen- 
turies de quatrains moraux, dédiés 
à mademoiselle Marguerite , prin- 
cesse de Savoie, 1601 , 11,-8°., sou- 
vent réimprimés, avec ceux deP, Ma- 
thieu, à la suite des quatrains de Pi- 



(îïGillet, dans tan Traité det Usuret, i6qo, 
in-8°. , nous apprend que 1- président Favre avait 
.emprunté a 7 pour 100 l'arpent dont il «ut besoin 
jH»ur acheter la barouie de Pcroges. 



FAV 229 

brac. En voici un échantillon qui 
pourra taire juger de la force et de la 
justesse des pensées, 
xcix. 

Quand tu voudras compter au vray ton aage, 
Ne me dy point : J'ai soixante ans et plus ; 
Tu compterais les ans que tu n'as plus, 
Compte tes jours dès quand tu seras sage. 

X. Entretiens spirituels , divisés en 
trois centuries de sonnets, Paris, 
1 602, in-8"., beaucoup plus rare que le 
recueil précédent. La poésie était admi- 
se à i'académie Floriraontane, comme 
tout ce qui appartient au talent ; Favre 
ne la cultivait que pour la faire servir 
à célébrer la religion et les devoirs 
des hommes , et il fut au niveau de ces 
grands sujets par la fécondité de son 
imagination ; mais le succès ne répon- 
dit pas à son attente , parce qu'il vou- 
lut mettre dans ses vers plus de ré- 
flexions que d'images , et cette marche 
trop lente de l'esprit philosophique 
qui tue la poésie. Favre fut, en 1 6o3 , 
l'éditeur des Epttres morales d'Ho- 
noré d'Urfé, son ami. Taisand et tous 
les biographes qui l'ont suivi lui attri- 
buent le Tractatus theol jurid. po- 
liticus de religione tuendd in repu- 
blied. Durandi ajoute même que Fa- 
vre y soutient vigoureusement l'into- 
lérantisme. Il suffisait cependant de 
jeter un coup-d'œil sur le titre de ce 
livre pour reconnnaitre qu'il est d'un 
auteur protestant ( Aut. Faber , con- 
seiller et chancelier de Rudoîsfadt- 
Schwarzbourg, mort le «26 fév. i635, 
âgé de soixante-quatorze ans ). Cet 
ouvrage, publié en i6'25, étant de- 
venu fort rare , l'infatigable Ahasver 
Fritsch en donna une nouvelle édition, 
Leipzig, i665, in-4". Parmi les pièces 
de vers à laAouange de l'auteur, dont il 
est précédé suivant l'usage de ce 
temps, se trouve un parallèle entre 
les deux Ant. Faber: 

Antonium rrepat ora suiim Sabaudia Fabrum 

Felieem ingrnio judieioque \irum. 
Cur eho! te , Antoui, non j ne tel patria etc.. 



25o FAT 

On trouve l'éloge du président Favre, 
par Jac. Durandi , dans ie Tom. lit 
des Piemontesi illustri , pag. 2Ô5- 
56o. Taisand lui a consacré un long 
article dans ses ries des plus célè- 
bres jurisconsultes , d'après des mé- 
moires fournis par sa famille. C. M. P. 

FAVRE ( Cl.). Voy. Vaugelas. 

FAVYN ( André ), avocat, né à 
Paris à la fin du 16 e . siècle, s'ap- 
pliqua avec beaucoup de zè!e à l'étude 
des antiquités de la monarchie fran- 
çaise, et publia quelques ouvrages 
assez estimés des curieux. On reproche 
cependant à l'auteur de s'être montré 
trop crédule et d'avoir négligé de ci- 
ter les sources où il a puisé quantité 
défaits qu'on ne peut admettre d'après 
lui. On ignore les circonstances de 
la vie de Favyn, et ce n'est que par 
conjecture qu'on place sa mort vers 
l'année 16*20. On a de lui : I. Histoire 
de Navarre , contenant V origine, les 
vies et conquêtes de ses rois , Paris , 
it>2'2, in-fol. : Lenglet Duiresnoy l'a 
jugée très sévèrement et d'un seul mot. 
On y tiouve cependant des choses 
intéressantes ; 11. Traité des pre- 
miers offices de la couronne de 
France , ifji3, in-8\ : il y établit 
que Clovis institua des charges ana- 
logues à celles qui existaient chez les 
Romains, et que ces charges n'ont 
fait qu'éprouver les modifications que 
nécessitaient les changements arrivés 
dans le gouvernement du royaume; 
311. le Théâtre d J honneur et de che- 
valerie, ou V Histoire des ordres mi- 
litaires , des rois et princes de la 
chrétienté, et leur généalogie, Paris, 
1620, 1 vol. in-4°. , lu:. : Lenglet 
l)nfresnoy reproche à l'àiReur de n'ê- 
tre pas toujours exact ; le l } . Ménes- 
trier dit qu'il a fort mal traité Ifes ci- 
dres de chevalerie. Cet ouvrage cu- 
rieux îiVn est pas moins très recher- 
cha Ou a cité par erreur , dans le 



FAW 

Colomesiana , Y Histoire deNaples, 
au lieu de ¥ Histoire de Navarre par 
Favyn. W — s. 

FAWCET (sir William), gé- 
néral et écrivain anglais du 18 e . 
siècle, né à Shipdcnhall, près d'Ha- 
lifax, dans le comté d'York, mon- 
tra dès son enfance pour l'état militaire 
une vocation décidée que ses parents 
s'efforcèrent vainement de contrarier. 
Heureusement il avait déjà fait de 
bonnes études lorsqu'il obtint une 
commission d'enseigne dans le régi- 
ment du général Oglethorpe , qui 
était alors en Géorgie; il préféra ce- 
pendant d'aller faire la guerre en 
Flandre comme simple volontaire. 
Ayant épousé une personne riche et 
d'une bonne famille , il céda aux ins- 
tances de ses amis en résignant une 
commission qu'il venait d'obtenir; 
mais il ne larda pas à regretter un 
genre de vie qui paraissait être le 
seul qui lui convînt , et acheta une 
nouvelle commission d'enseigne dans 
le troisième régiment des gardes. Dans 
les heures de loisir que lui laissait 
son service il traduisit du français les 
Rêveries du comte de Saxe; cette 
traduction fut imprimée en 1757, 
in-4°. 11 traduisit de l'allemand les 
Règlements pour la cavalerie prus- 
sienne, 1757; les Règlements pour 
V infanterie prussienne , et la Tacti- 
que prussienne, 1759. 11 fut élevé 
au grade d'adjudant dans les gardes, 
devint aide-de-carnp du général Elut 
en Allemagne pendant la guene de 
sept ans, et ensuite du marquis de 
Granbv . dont il fut de plus l'ami et 
le secrétaire. Il eut une compagnie 
dans les gardes, avec le rang de lieu- 
tenant-colonel dans l'armée. Sa pru- 
dence et son habileté le firent rhoi- 
sir pour dirigerai partie les affaires 
militaires de son pays en Allemagne. 
11 était colonel du 3 e . régiment de 



FAW 
dragons des gardes et gouverneur du 
collège de Chelséa lorsqu'il mourut à 
Westminster le iû mars 1804.. 
X— s. 

FAWKES ( François ) , poète an- 
glais , né vers 1721 , dans le comté 
d'York , entra dans les ordres , et oc- 
cupa successivement la cure de Brom- 
haldanssa province, celle de Croy- 
don au comte' de Surrey et les vica- 
riats d'Orpiugton et de Ste.-Marie- 
Gray, au comté de Kent, qu'il échan- 
gea en 1774 pour le vicariat de 
Hayes; il mourut le 26 août 1 777. On 
a de lui un recueil de Poésies, in-8°. , 
1 761 ; le Calendrier poétique, 17635 
le Magasin poétique , 1764 , en so- 
ciété avec M. Woty, etc. 11 a aussi 
rédigé en langage moderne les des- 
criptions de Mai et de l' Hiver , de 
Gawin Douglas, et ce fut le premier 
essai qu'il donna au public de son ta' 
lent pour la poésie ; mais il s'est en- 
core fait plus de réputation par ses 
traductions en vers , et il paraît que 
depuis Pope peu d'écrivains l'ont 
égalé en ce genre. On cite de lui des 
traductions $ Anacréon , Sapho , 
Bion, Moschus et Musée, 1760, 
in- 12; la traduction des Idylles de 
Theocrite, in-8°., 1767; celle des 
Fragments de Ménandre, insérée 
dans son recueil de poésies , et celle 
des Argonautiques a" Apollonius de 
Rhodes, qu'il n'a pas achevée, mais 
qui l'a été depuis sa mort par M. Meen , 
et publiée in-8". en 1780. On a im- 
primé sous son nom une compila- 
tion intitulée: Bible de famille, 
avec des notes, en 60 cahiers heb- 
domadaires , dont le premier parut 
le *i5 juillet 1761 , in-4 . S — d. 

FAY(du). Voy. Dufay. 

FAYDIT, ou Faidit (Gancelm, 
ou Anselme ) , troubadour , né à 
Uzerche dans le Limousin , eut une 
jeunesse déréglée j il épousa en Pro- 



FAY s3i 

vence une fille de mauvaises mœurs, 
mais qui était belle, spirituelle, et 
chantait agréablement ses chansons. 
Après avoir couru le monde en his- 
trion et en jongleur, quelques-unes 
de ses productions lui méritèrent la 
protection de Richard , comte de Poi- 
tou, qni, en 1 189, succéda au tïône 
d'Angleterre ; dès- iors il fut mis au 
nombre des troubadours, et obtint 
successivement les bonnes grâces de 
plusieurs dames de haut parage; mais 
la plupart ne lui donnèrent que de 
l'espoir, dans l'intention d'être l'ob- 
jet de ses hommages et le sujet de 
ses chansons. L'une d'elles, la vi- 
comtesse d'Aubusson , poussa le mé- 
pris et la raillerie jusqu'à donner un 
rendez-vous à Hugues de Lusignan , 
son amant, dans la propre maison 
de Faydit , qui était absent. Il se 
vengea de cette insulte par une pièce 
de vers satirique , qui , ainsi que 
d'autres productions de ce poète , 
donne une fort mauvaise opinion des 
mœurs de ces temps. Faydit s'em- 
barqua pour la croisade à la suite 
de laquelle Richard-Cœur-de-Lion , 
son bienfaiteur, éprouva de grands 
malheurs j mais si le poète ne se lit 
pas remarquer pendant son séjour à 
la Terre-Sainte, on doit lui rendre 
la justice de dire que ses meilleurs 
vers furent les stances qu'il composa 
sur la mort de ce monarque en 1 199. 
Ce troubadour vécut aussi à la cour 
du marquis de Monferrat et à celle 
de Raymond d'Agoult, l'un des plus 
riches seigneurs de la Provence, et 
tous deux protecteurs des muses; 
on doit même croire, d'après le té- 
moignage de Nostradamus et deCrcs- 
c.imbcni, qui entrent dans de grands 
détails sur ses aventures , qu'il mou- 
rut en 1220 à la cour de ce dernier; 
c'est donc mal ta propos qu'on a placé 
dans le recueil d.es poésies de Faydit 



252 F A Y 

une pièce sur la mort de Béatrix , 
femme de Charles d'Anjou , arrivée 
en 1260. On a de ce troubadour plus 
de cioquante pièces de vers : la plu- 
part sont des chansons, où il se plaint 
des rigueurs des nobles dames aux- 
quelles il adressa successivement ses 
vœux. P — x. 

FAYDIT (Pierre-Valentin\ prê- 
tre, de Riom en Auvergne, ne' dans la 
première moitié du 17 e . siècle, mort 
en 1 70g. La bizarrerie de son esprit, 
l'inégalité de ses opinions , l'habitude 
invincible de dénigrer les grands 
noms , les grandes pensées et les 
grands succès , lui procurèrent cette 
célébrité peu honorable, qui suit tou- 
jours l'originalité, mais qui survit ra- 
rement aux circonstances. Il fut ac- 
cusé tour à tour de schisme , de tri- 
lhéisme, de novatianisme, et les gens 
de lettres qui ne se mêlent pas de ces 
matières, l'accusent encore de cvnisme 
et de mauvais goût. Ils lui auraient 
peut - être pardonné d'être novateur. 
Faydit avait débuté à Paris par un 
sermon prêché dans l'église de Saint- 
Jean - en - Grève, où il comparait 
audacieusement la conduite d'Inno- 
cent XI envers la France, à celle des 
prélats les plus décriés dans l'histoire 
par leurs injustices ; il se léfuta vive- 
ment dans un sei mon imprimé à Liège, 
et se défendit avec tout autant de 
vigueur dans un autre imprimé à 
Maastricht. Ces contradictions litté- 
raires paraissaient si singulières alors , 
quecerlainsbiographesn'yontpascru. 
Quoi qu'il en soit , la congrégation de 
l'Oratoire, dont Faydit faisait partie, 
et qui lui aurait peut-être pardonné 
d'attaquer le pape, ne lui pcrmit.pas 
de prendre fait et cause en main pour 
Descartes. Elle le congédia à l'on 
de son Traité : De mente humarui , 
jitztà placita neolericorum , qui ne 
mériterait pas aujourd'hui la colère 



FAY 

d'un corps savant, mais qui pourrait 
bien lui inspirer un sentiment encore 
moins flatteur. C'était en 1671 , et 
c'est de celte époque que datent les 
écrits les plus hostiles de Faydit, qui 
fut sans doute aigri par un traitement 
trop humiliant , car il y a toujours une 
excuse ou un prétexte aux plus gran- 
des sottises des hommes. On a de lui : 

I . le Traité De mente hiunand, 1 67 o ; 

II. l'Extrait du Sermon de St. Poly- 
carpe , 1687. Cet ouvrage a été réim- 
primé à Liège en 1689, sous le titre 
suivant : Conformité des Eglises de 
France avec celles d'Asie et de Sy- 
rie , du 2' . et'du 3\ siècle , dans leur 
différend avec Rome ; Il I . Mémoires 
contre les Mémoires pour servir à 
V Histoire Ecclésiastique de M. de 
Tillemont , par Datyfi de Romi (Fay- 
dit de Riom ) , Baie , 1 6q5 , in - 4°. 
de 28 pages, critique vive, et peu 
décente , à la manière de Faydit : elle 
a été supprimée ; IV. Eclaircisse- 
ments sur la doctrine et sur l'histoire 
ecclésiastique des deux premiers 
siècles , Maëstricht , 1 fk)5 , in - 8°. , 
c'est probablement le même ouvrage 
que le précédent, qui a été réimprimé 
aussi dans le second tome des Disser- 
tations mêlées de Bernard , Amster- 
dam, 1740, in -8°.; V. Altération 
du dogme théologique par la philo- 
sophie d'Jristote, ou Fausses idées 
des Scholastiques sur les matières 
de la religion , 1O96, in- 12. On croit 
qu'il n'ena paru qu'un volume, qui a été 
défendu et détruit sur-le-cham|>. C'est 
celui qui a donne lieu contre Faydit à 
l'accusation de trithéisme dent il se- 
rait inutile de le défendre ; VI. In ef- 
ficient Ludoidcide Boucherat, Gal- 
liarum CanceUaru, i<i<>7, >''-4 -> 
VII. Prœfectura Bosiana. sive Idi- 
citas urbis clarissimo viro Bosc Du* 
boiSiprœtore, et pmfecturam mer- 
canlium obtinenle , 1697, m "4 •> 



FAY 
VIII. Tombeau de M. de Santeul, 
ci-devant chanoine régulier de St.- 
sfugustin , dans V abbaye de St.- 
Victor-lez-P aris , et l'Eloge de ce 
grand poète , Paris , veuve Robert 
Dessain , 1 698 , in-4°. L'abbé Faydit 
s'excuse en commençant ce livre de 
revenir à la poésie; il s'appuie de l'au- 
torité de Sidoine Apollinaire, qui a 
fait des vers après y avoir renoncé 
hautement. L'abbé Faydit aurait bien 
fait d'être plus scrupuleux que Si- 
doine Apollinaire , ou de justifier l'in- 
fraction de sa parole par un meilleur 
ouvrage ; IX. la Télèmacomanie , 
1 700 , iu-i 2 , réimprimée en 1715, 
à La Haye dans le même format. Faydit 
avait prélude' à cette satire déboutante 
du chef-d'œuvre de Fénélon , par des 
épigrammcs plus grossières encore 
contre les Sermons de Bossuet , dont 
il ne faisait pas plus de cas que de 
Té.'émaque. Dans une de ces imperti- 
nences rimées , qui s'est conservée par 
hasard, il exhortait l'aigle de M eaux 
à se taire pour laisser parler à sa place 
finesse de Balaam. Cette fine plaisan- 
terie donnera un échantillon suffisant 
de son goût ; X. Fie de St. Amable , 
prêtre et curé de Riom, traduit du la- 
tin de l'archi-prêtre Juste, 1702, in- 
j 2 ; XI . Remarques sur Virgile , sur 
Homère, et sur le style poétique de 
l'Ecriture - Sainte , 1705-1710, in- 
\i {V. Claude ). C'est le meilleur, ou 
plutôt le moins mauvais de ses livres. 
Faydit ne manquait ni de feu ni de con- 
naissances , ni d'une certaine imagina- 
tion, mais il a tourné ces avantages mê- 
mes à son déshonneur, par le mauvais 
emploi qu'il en a fait. La réputation 
peu digne d'envie, qu'il a laissée après 
lui, prouve l'inutilité des qualités de 
l'esprit, les plus brillantes d'ailleurs , 
quand elles ne sont pas relevées par 
un jugement sain et par un caractère 
honorable. On lui a attribué aussi : les 



FAY 235 

Moines empruntés , mais il y a long- 
temps que cet ouvrage est restitué par 
tous les bibliographes à son véritable 
auteur, Pierre- Joseph de Haitze, gen- 
tilhomme provençal. On a cité un 
Faydiliana, Paris, 1705, in- 12; nous 
n'avons ru le découvrir. N — R. 

FA YE (Barthélémy), sieur d'Es- 
peisscs, d'une ancienne famille de Lyon, 
s'acquit une grande réputation par son 
savoir et sa capacité. François I Pr . le 
nomma en ï 54 1 conseiller au parle- 
ment de Paris ; il remplit cette place 
avec honneur , fut pourvu de celle de 
président à la cour des enquêtes, et 
mourut dans un âg< avancé. On a de ce 
savant magistrat un ouvrage intitulé : 
Energumenicus et alexiacus , Paris, 
1 57 1 , in-8 . : Cujas lui a dédié les 
deux premiers livres de ses Obser- 
vations. W — s. 

FAYE (Jacques), sieur d'Espeis- 
ses , fils du précédent , naquit à Pa- 
ris en 1 54^ , fut nommé en 1567 
conseiller au parlement, et en 1570 
maître des requêtes de l'hôtel du duc 
d'Anjou. Ce prince ayant été élu roi de 
Pologne, Fayele suivit à Varsovie, et 
contribua par son adresse à lui conci- 
lier l'esprit des principaux habitants. 
Le duc d'Anjou se trouvant appelé au 
trône de France par la mort de Char- 
les IX , Faye fut chargé d'apporter à 
la reine-mère les lettres de régence; il 
retourna ensuiteen Pologne pour apai- 
ser les troubles que la fuite du roi 
avait fait naître, et engager les Polo- 
nais à continuer de le reconnaître 
pour leur souverain : il s'acquitta de 
cette commission importante avec au- 
tant de zèle que de sagesse , et pro- 
nonça même à la diète de Stendzic 
une harangue très éloquente; mais 
ce fut inutilement : Etienne Battori, 
vayvode de Transylvanie, fut élu à 
la place de Henri 111. De retour 
en France, Faye fut envoyé à Fti- 



a34 FAY 

rare et à Venise pour traiter quel- 
ques points sur lesquels ces puis- 
sances n'avaient pu encore s'accorder. 
Il fut ensuite nomme maître des re- 
quêtes au conseil d'état , et quelque 
temps après avoeat-général au parle- 
ment. Les circonstances étaient diffi- 
ciles; l'ambition des Guises et les pré- 
tentions des protestants remplissaient 
le royaume de troubles, et paraly- 
saient la marche de la justice. Faye, 
également inaccessible à la crainte et 
à la séduction , resta fidèle à son de- 
voir. Après la fameuse journée des 
Barricades , il suivit le roi à Tours , 
et fut récompensé de son dévouement 
par la charge de président à mortier 
dont ou assure que Henri III voulut 
lui expédier les lettres de sa propre 
main. Après la mort malheureuse de 
ce prince, Faye conserva la ville de 
Tours à Henri IV , et vint le joindre 
sous les murs de Paris , où il fît voir 
par son courage , qu'il n'était pas moins 
propre à servir l'état de son épée que 
de sa plume. Pendant le siège, il fut 
atteint d'une fièvre maligne , et trans- 
porté à Seulisoù il mourut le 20 sep- 
tembre i5go dans sa 46 e . année. Son 
corps fut inhumé dans la nef de la ca- 
thédrale où on lisait son épitaphe. 
Pasquier, Duvair et Loisel ont parlé 
de Jacques Faye dans les termes les 
plus houorables. « C'était, dit Loy- 
» sel , un homme de grand sens et 
» d'une profonde doetrine, joints à 
» une merveilleuse éloquence; il né- 
» gligeait les form dites de justice , en 
» quoi il se trompait; mais il avait 
» d'ailleurs tant de belles qualités , 
» que ce défaut était supportable à son 
» égard. » Les mémoires du temps le 
représentent comme un homme d'un 
esprit vif et ayant la repartie prompte. 
J 'anecdote suivante en peut servir de 
preuve : lorsqu'Hcnri 111 eut nomme 
Faye président à mortier, il présenta 



FAY 

Servin pour le remplacer dans la 
charge d'avocat-géuéral. Le roi dit que 
Servin était trop léger pour un emploi 
aussi important :« Sire, répondit Faye, 
» les sages ont perdu votre état, il 
» faut que les fous le rétablissent. » 
On a de Faye : I. Avertissement sur 
la réception et la publication du 
Concile de Trente, 1 585. Cette pièce, 
dans laquelle on fait voir que plusieurs 
décisions de ce concile sont contraires 
aux droits du roi et aux libertés de 
l'église gallicane, a été insérée dans les 
Mémoires de Duplessis - IMornay, 
Tom. I., 1624; dans la Bibliothèque 
canonique de Bouchel et dans l'His- 
toire de la réception du concile de 
Trente, par l'abbé Mignot , tom. 2. 
II. La Harangue latine qu'il pro- 
nonça à Stendzic, et des Lettres im- 
primées dans le Becueil de diverses 
pièces servant à l'histoire, Paris, 
1 635 , in-8°. Ce recueil , dont Charles 
Faye, son fils , fut l'éditeur , renferme 
une Lettrelres curieuse du conseiller 
Gillot , contenant des particulai ités sur 
la vie de Jacques Faye ; elle a été 
réimprimée avec les Opuscules de 
Loisel , Paris , 1 652 , in-4°. — Faye 
( Charles ) d'Espeisses , fils du précé- 
dent, né à Pans vers i5^7, nommé 
successivement conseiller au parle- 
ment, ambassadeur en Hollande et 
conseiller d'état ordinaire, mourut le 
5 mai i638. On a de lui : I. Mémoi- 
res de plusieurs choses advenues en 
France depuis le commencement de 
1607 , où finit M. de Thou , jus- 
quen 1609, Paris, \b~ri, in -8". 
a L'auteur, dit Legendre, n'avait ni 
le style ni les talents nécessaires pour 
réussir dans la continu e his- 

toire aussi estiméeque celle deThou. » 
Ce volume ne renferme qu< le premier 
livre, et la suite ([ni est annoncée n'a 
point paru; 11. Négociations de 
Charles Faye , 6 vol. in-fo!. , dans les 



FAY 

Manuscrits de la bibliothèque impé- 
riale. — Faye (Charles), oncle du 
précédent , abbé de St.-Fuscien , con- 
seiller-clerc au parlement de Paris , 
chanoine et archidiacre de Notre- 
Dame , est l'auteur d'un ouvrage in- 
titulé : Discours des raisons et 
moyens pour lesquels MM. du clergé 
ont déclaré nulles et injustes les 
bulles monitoriales de Grégoire 
XIV ^ contre les ecclésiastiques de- 
meurés en la fidélité du roi , Tours, 
i5gi ? 2 e . édition; i5g5, in- 8°. De 
Thou lui attribue encore : Réponse à 
l'ouvrage de Genebrard , intitulé : Ex- 
communications des ecclésiastiques 
qui ont assisté au service divin avec 
Henri de Valois, après le massacre 
du cardinal de Guise. Les auteurs 
de la Bibl. Historique de France 
n'ont pu découvrir si la Réponse de 
Faye a été imprimée, et on voit qu'ils 
confondent l'abbé de St. Fuscien avec 
Charles Faye son neveu, puisqu'ils 
fixent la mort de l'un et de l'autre à 
l'année i638. W — s. 

FAYE. Voyez Lafaye. 

FAYEL. Voy. Coucy ( Haoul ou 
Renaud de ). 

FAYETTE (Gilbert Motier de 
la), né vers la fin du i4 e . siècle, 
d'une ancienne famille d'Auvergne, 
fut é!evé près du duc de Bourbon, 
et fait sénéchal du Bourbonnais. 
II servit en Italie sous le duc de Ne- 
mours , qui îe chargea de la défense 
de Bologne contre les Vénitiens. La 
ville n'avait point de dehors , la mu- 
raille était faible , La Fayette et Lau- 
trec y tinrent jusqu'à l'extrémité , et 
donnèrent au duc de Nemours le temps 
d'assembler le secours et de faire lever 
le siège aux Vénitiens , dix-neuf jours 
après qu'il eut été commencé. La 
Fayette suivit le duc de Bourbon au 
siège de Soubise , et reprit Compiègne 
en 1 4 1 5. Ce prince le choisit pour son 



F A Y 255 

lieutenant-général en Languedoc et en 
Guienne. Charles dauphin, (depuis 
Charles VII), auquel il s'attacha, le 
fit bailli de Rouen , lui confia la dé- 
fense de Caen et de Falaise, contre 
les Anglais, et le nomma ensuite son 
lieutenant et capitaine-général en Lyon- 
nais et Maçonnais; il défendit Lyon 
contre le duc de Bourgogne, depuis le 
i cr . mars jusqu'au i er . juillet 1 4 1 8- 
Nommé maréchal de France le 20 mai 
1^28, par le dauphin, régent du 
royaume , il battit, en 1 422 , à Bauge, 
les Anglais , commandés par le. duc de 
Clarence; un déserteur prétendu, dé- 
taché par La Fayette , passa au camp 
du duc de Clarence, lui exagéra la 
faiblesse et le petit nombre des Fran- 
çais ; le «entrai ennemi crut leur dé- 
faite infaillible , il donna dans une em- 
buscade; attaqué en queue et en flanc, 
il périt de la main de La Fayette; les 
comtes de Sommerset , d'Huntington 
et du Perche , demeurèrent prison- 
niers. Les Français perdirent 1100 
hommes, et les Anglais 5ooo. Le dau- 
phin, devenu roi sous !e nom de 
Charles VI T, confirma La Fayette dans 
sa dignité de maréchal de France. Il 
marchait au secours d'Ivry lorsqu'il 
fut pris au combat de Vcrneuil le 1 7 
août 1424» H conduisit, en i4 2 9» 
5oo hommes d'armes au secours d'Or- 
léans , accompagna Charles VII à 
son sacre à Reims, le 17 juillet de la 
même année , et fut employé dans plu- 
sieurs négociations importantes. H 
était ministre plénipotentiaire au traité 
de paix d'Arras , le 21 septembre 
i435, et il accompagna, en 1 449 ? 
le comte de Dunois aux conférences 
qui se tinrent, avec le duc de Som- 
merset , pour îa reddition du vieux 
palais de Rouen. On y convint que les 
Anglais sortiraient du vieux palais et 
du château de Rouen , de Honfleur , 
d'Arqués ; de Caudebcc, de Tancar^ 



s36 FAY 

Tiilc , de Lille-bonne et de Monlivil- 
lieis. Le roi entra dans Rouen le 10 
novmbre «449- ï ja Fayette partagea 
dans la suite, avec les généraux de 
Charles VII, la ejoire d'avoir chasse' 
Jcs ennemis de la Fiance. 11 mourut le 
25 février .464. D. L. G. 

FAYEITE ( Louise Motier de 
la ) , de la même famille que le pré- 
cèdent , entra dès l'âge de dix -sept 
ans dans la maison de la reine Anne 
«l'Autriche, en qualité de sa fille d'hou- 
neur. Sa beauté, sa modestie, sa dis- 
crétion et sa douceur , attirèrent l'at- 
tention de Louis XII 1. Elle fut sen- 
sible aux épanchements du cœur de 
ce monarque, qui venait chercher 
dans sa société des consolations con- 
tre les chagrins que lui causait l'impé- 
rieux cardinal , sous le joug duquel il 
s'était mis. Richelieu , dont elle détes- 
tait la hauteur, chercha inutilement à 
la mettre dans ses intérêts. Les entre- 
tiens fréquents de mademoiselle de La 
Fayette avec le roi, alarmaient le mi- 
nistre qui en était souvent l'objet. Un 
nommé Boisenval , gagné par Riche- 
lieu , était confident de ce commerce, 
et lui en rendait compte. Heureuse- 
ment pour lui que la favorite avait 
conçu de bonne heure le projet de se 
faire religieuse. Louis XIII y mettait 
toute sorte d'obstacles ; les intrigues 
du cardinal aidèrent à la vocation ; 
enfin M Mc . de La Fayette, craignant 
peut-être que le tendre intérêt qu'elle 
prenait au roi ne te changeât en amour, 
et voulant rompie un engagement qui 
alarmait sa sagesse, alla se renfermer, 
eu i()J7, chcVlcs religieuses de la 
Visitation de la rue St. - Antoine , où 
elle (if | rofession et prit le nom de 
sœur Angélique. Le cardinal ministre 
ne gagna pas grand'chose à cette re- 
traite. Louis, rassuré contre sa pro- 
pre bibles se, par If nouvel étal 
respectable amie, la vit souvent au 



FAY 

parloir. Ces visites inquiétaient Richcr 
lieu. Il intercepta ieur correspondance, 
glissa dans leuis lettres des expres- 
sions qu'il savait bien devoir blesser 
leur délicatesse, et réussit ainsi à les 
réfioidir et à les séparer. M lle . de La 
Fayette avait déterminé le roi a re- 
tourner à la reiue,et le fruit de cette 
réconciliation , après vingt -deux ans 
de stérilité, fut la naissance de Louis 
XIV. Cette princesse, pour reconnaî- 
tre les bons offices de son ancienne 
dame d'honneur , voulut la remettre 
en faveur, mai> la pieuse reclus» pré- 
féra le silence du cloître au séjour bril- 
lant de la cour où l'on voulait la rap- 
peler. Elle vécut généralement esti- 
mée, montran! à la France l'exemple 
unique d'une fille qui, dans l'âge des 
passions , et au milieu des espérances 
les plus brillantes , s'immole elle- 
même en ^énonçant aux grandeurs 
qui venaient la chercher , pour ne pas 
entraîner dans sa chute un prince 
qu'elle aimait. Elle mourut en 1 6(35 , 
dans le couvent de Chaillot, qu'elle 
avait fondé. M m ". de Genlis a publié 
un roman historique intitulé: M ile . de 
La Fayette, Paris, 1812, 1 vol. 
in- 12. T — d. 

Fayette ( marie -madelène 

PlOCUE DE LA VER G. NE , COMTESSE 

de la ) . naquit en i()5a , d'Aymar de 
la Vergne, maréchal-de-camp et gou- 
verneur du Hàvre-de Grâce , et de 
Marie Pena, d'une ancienne famille 
de Provence. Son père prit lui-même 
soin de son éducation qui fut à la lois 
solide et brillante. Ménage et le Père 
Bapiu se chat gèrent de lui enseigner 
le latin; et , s'il en faut croire Ségrais, 
api es trois mois de leçons, el.e leur 
donna le véritable sens d'un passage 
que chacun d'eux expliquait différem- 
ment, et que ni l'un ni I autre n'enten- 
dait bien. Ménage la chanta souvent 
dans la langue qu'il lui avait apprise. 



FAY 

Comme dans ses madrigaux latins il 
traduisait son nom de la Vergne en 
celui de Laverna, qui est aussi le 
nom de la déesse des voleurs, on fit 
contre lui cette épigramme latine d'as- 
sez bon goût : 

Lesb'ia nulla tibi est, nul!» tibi dicta Corinns , 
Carminé laudatur Ciathia nulla tuo; 

S«d , ciim «loctorum compiles scrinia vatum , 
Nil mirum si ait culu Laverna libi. 

M Ue . de la Vergne, introduite de 
bonne heure à l'hôtel de Rambouillet , 
sut . par la justesse et la solidité' de 
son esprit, se préserver de la conta- 
gion du mauvais goût dont cet hôtel 
était le centre. En i655, âgée de 
vingt-deux ans , elle épousa le comte 
de la F.iyette ; elle en eut deux fils , 
dont l'un suivit la carrière des armes, 
et l'autre celle de l'église. Elle se plut 
à réunir chez elle quelques hommes 
distingués dans les lettres , du nombre 
desquels était La Fontaine, dont le 
destin devait être d'avoir des femmes 
célèbres pour amies et pour bienfai- 
trices. Ségrais , banni de la maison de 
Mademoiselle pour avoir blâmé son 
mariage avec Lauzun , fut reçu dans 
cellede IYÏ me . de la Fayette. Pendant le 
séjour qu'il y fit , elle composa ses 
romans de Zaide et de la Princesse 
de Cléves, qu'elle le pria de faire pa- 
raître sous son nom. Il ne voulut 
pourtant pas qu'on ignorât qu'elle en 
était l'auteur; il a écrit ces propres 
paroles : « La Princesse de Clèves 
» est de lYI dl ' . de la Fayette : Zciide 
» est aussi d'elle. Il est vrai que j'y ai 
» eu quelque part , mais seulement 
» pour la disposition du roman. » 
Huet, évêque d'Avranches , joignit 
son témoignage à celui de Ségrais , en 
déclarant qu'il avait vu M mc . de la 
Fayette composer Zaïde y et qu'elle 
le lui avait communiqué tout entier 
pièce à pièce. Ce fut pour mettre en 
tête de Zaide, qu'il fit son Traité de 
l 'origine des romans. Madame de la 



F A Y 257 

Fayette lui disait à ce sujet : « Nous 
1» avons marié nos enfants ensemble. » 
Rien de plus connu que la liaison in- 
time de M me . de la Fayette et du duc 
de La Rochefoucauld, l'auteur des 
Maximes; elle dura vingt-cinq ans, 
et la mort seule y mit fin. Ils se voyaient 
tous les jours et à toute heure; et, 
comme disait M ae . de Sévigné , « ils 
» étaient nécessaires l'un à l'autre. * 
Aussi le duc eut-il , comme Ségrais ) 
part à la composition de la Prin* 
cesse de CVeves. M ne . de la Fayette 
disait : « M. de la Rochefoucauld m'a 
» donné de l'esprit, mais j'ai réfor- 
» me son cœur. » M de . de la Fayette 
fut inconsolable de la mort de son 
ami. M mc . de Sévigné écrivait à sa 
fille : « Le temps qui est si bon aux 
» autres , augmente et augmentera 

» sa tristesse Tout se consolera, 

» hormis elle. » Elle survécut de dix 
ans à M. de la Rochefoucauld; ses 
dernières années furent en proie aux 
infirmités , et consacrées aux prati- 
ques de la plus austère dévotion 5 
elle y était dirigée par l'abbé Du- 
guet , de Port - Royal. Elle mourut 
en i6q3, dans sa 60 e . année. Le trait 
le plus marqué de son caractère était 
la franchise. M. de La Rochefoucauld 
lui avait dit qu'elle était vraie; ce 
mot, nouveau alors dans cette accep- 
tion, parut la peindre parfaitement, 
et dès-lors chacun le lui appliqua. On 
l'accusa d'un peu de sécheresse: Russy- 
Rabutin, qui n'épargnait personne, 
essaya de. dénigrer son caractère et sa 
conduite ; mais M me . de Sévigné ren- 
dit de l'un et de l'autre le témoignage 
le plus honorable et le moins suspect, 
puisqu r elle l'adressait à cette fille ado- 
rée pour qui elle ne pouvait avoir de 
secret : t C'est une femme aimable, 

» lui écrivait-elle Plus ou la con- 

» naît, plus on s'y attache. » iVI^.de 
la Fayette avait l'esprit éminemment 



s33 FAY 

juste. Scgrais lui avait dit : « Votre 
» jugement est supérieur à votre es- 
» prit, » et elle avait été très- flattée 
de celte opinion. Elle n'avait pas dans 
la couversatiou les saillies étineelantes 
et caustiques de M™*. Cornuel , ni la 
vivacité spirituelle de M U1C . de Cou- 
langes, ni l'abandon plein de grâce 
de M me . de Sévigué ; mais ses dis- 
cours étaient d'une précision élégante 
et ingénieuse. Elle disoit : « Une pé- 
•» riode ( inutile) retranchée d'un ou- 
» vrage vaut un louis, un mot vingt 
» sous. » C'est elle aussi qui comparait 
les sots traducteurs à ces laquais im- 
i>écillcs qui changent en sottises les 
compliments dont ou les charge. D'A- 
Jcmbert, La Harpe et Marmoutel ont 
fait les plus grands éloges de ses ro- 
mans. Les deux premiers prodiguent 
leur admiration à cette situation de 
Zaïle et de Gonsalve qui, forcés de 
se séparer pour quelques mois , et ne 
sachant pas la langue l'un de l'autre , 
l'apprennent, chacun de leur coté, 
durant cette absence, et se parlent 
chacun la langue qui n'était pas la 
leur. « La Princesse de Clèves , dit 
» La Hirpc, est une production en- 
» core plus aimable et plus touchante 
» que Zaïde; et jamais l'amour , 
» combattu par le devoir, n'aétépeint 
» avec plus de délicatesse. » Selon 
Marmontel • La Princesse de Clèves 
» est ce que l'esprit d'uue femme pou- 
» vait produire de plus adroit et de 
» plus délicat. » On doit à peu près 
les mêmes éloges a la Comtesse de 
Tende, et à la Princesse de Munl- 
pensier, romans d'une moindre éten- 
du'- que les deux autres et beaucoup 
moins Bonn, Fontenelle i déclaré 
qu'il avait lu jusqu'à quatre fois la 
Princesse de Clèves. Il parut de < et 
ouw.t e une critique en loi nu- de let- 
tres par Valincourt, ell'abbe de Char- 
ités y répondit par un écrit en form« 



FAZ 

de conversations. On a encore de 
M me . de la Fayette , V Histoire de 
Henriette d'Angleterre , Amster- 
dam, 1720, iu-8'. : c'est un roman 
historique. Elle a laissé aussi des Mé- 
moires de la cour de France pour 
les années 1688 et 1689, lesquels 
renferment des détails intéressants. 
Elle avait, dit-on , composé plusieurs 
autres ouvrages de ce genre qui ont 
été perdus, parce que l'abbé de la 
Fayette, son fils, les prêtait avec 
trop de facilité, et n'avait pas le soin 
de les redemander. Cependant on con- 
servait dans la bibliothèque du duc de 
La Vallièrc un roman manuscrit inti- 
tulé Caraccio. Ses œuvres ont été' 
recueillies avec celles de M' ,ac, . de 
Tencin et de Fontaines, Paris , 1 804 , 
5vol.in-8°. A — g — r. 

FAZARY ( Mohammed ben Ibra- 
him al) , l'un des premiers musul- 
mans qui se livrèrent à l'astronomie. 
L'an 167 de l'hég. (772 de J.-C. ) 7 
un astronome indien ayant présenté au 
khalife Mansour ( Voy. Mansour) 
des tables calculées selon \eSend-hind, 
et abrégées de celles qu'on avait nom- 
mées figourdu nom du roi à qui elles 
étaient dédiées, ce prince les lit tra- 
duire en arabe par Fazàry. Celte im- 
portante traduction reçut ie nom de 
grand Send-hind , et fut d'un usage 
général jusqu'au temps de Mâcnoûn. 
L'époque de la naissance et de ia mort 
de Fazàry ne nous est pas connue. 
J— N. 

FAZELLÏ ( Thomas ) , historien , 
naquit a Sacra dans la Sicile, en 1 /\<)3. 
Après avoir fait ses premières études 
à Païenne, il entra dois l'ordre de 
St. -Dominique, et s'appliqua avec 
beaucoup d'ardeur «à la lecture des 
pères et des théologiens les ptii^ cé- 
lèbres. I! fcequeuta ensuite les écoles 
de Koma et de Padoue, et reçut dans 
cette dernière ville le bonnet de doc- 






FAZ 

teur. Pendant son séjour à Rome , il 
s'était lie d'amitié avec Paul Jove, et 
ce fut à sa sollicitation que Fazelii en- 
treprit d'écrire l'histoire de Sicile. De 
retour à Paiera*, il fut chargé de 
professer la philosophie , et il s'en ac- 
quitta avec distinction. Obligé de par- 
tager tous ses moments entre sts de- 
voirs de professeur et les exercices de 
la religion, il se réduisit à ne faire 
qu'un seul repas vers la fin du jour 
et à ne donner que quelques heures 
au sommeil , afin de pouvoir satisfaire 
sa p.ission toujours croissante pour l'é- 
tude.Fazelli se délassait de l'aridité des 
recherches historiques par la lecture 
des poètes et des orateurs auciens, ou 
par la composition de quelques pièces 
de vers qu'il ne confiait qu'à ses plus 
intimes amis. Il prêcha un carême 
avec un concours immense d'auditeurs 
et un succès qui accrut encore sa ré- 
putation. 11 avait obtenu plusieurs di- 
gnités dans son ordre, et on voulut 
l'en éiire supérieur-général en i558 ; 
mais il supplia ses confrères de faire 
tomber leur choix sur un sujet plus 
propre à cette place qu'un homme qui 
avait passé sa vie à étudier. Fazelii 
mourut à Palerme le 8 avril 1570 , 
et fut inhumé dans le cloître de son 
couvent. Le seul ouvrage qu'il ait laissé 
est le suivant : De rébus siculis dé- 
cades du v , Palerme, i558, in-fol. ; 
ibid., i56o , in-fol. Wec*d l'a inséré 
dans ses Rerum sicularum scriplo- 
res , 1 579 , et Burma »n dans son 
Thésaurus antiquitatum , t. X; en- 
fin , Statella en a fait réimprimer la 
première décade avec uu supplément 
et des remarques critiques , Cataue , 
1 749 , in -8^. V Histoire de Sicile par 
Fazelii a été traduite en italien par Ke- 
migio, Venise, iS'ji, in-4°. : cette 
édition est rare ; Martin Lafarina en 
a donné une nouvelle, corrigée des 
fautes d'impression qu'on trouve dans 



FAZ 15g 

la première, Palerme, 1628, in-fol. 
Cette histoire est très estimée pour 
l'exactitude des faits, la saine critique 
qui y règne et l'élégance du style. Jac- 
ques Bosio est le seul qui n'ait pas 
rendu justice à l'ouvrage de Fazelii j 
mais Bosio écrivait l'histoire des che- 
valiers de Malte , et Fazelii les avait 
traités avec peu de ménagement. Mon- 
gitore cite encore de cet écrivain des 
Sermons en manuscrit. — - Fazelli 
( Jérôme ) , frère du précédent , né à 
Palerme en i5o2, entra à son exem- 
ple dans l'ordre de St.-Dominique, et 
se fit la réputation d'un savant théo- 
logien et d'un bon prédicateur. Il fut 
consulteur de l'inquisition, commis à 
l'examen des livres et deux fois prieur 
de son couvent. Il mourut à Palerme 
en i585. On a de lui : I. Prediche 
quaresimali, Palerme, 1 D7.5 . in-4% 
réimprimés avec une seconde partie , 
Venise, 1592, in-4°. Il a laissé en 
manuscrit des Commentaires latins 
sur 'es psaumes , sur l'évangile de 
S. Marc et sur les actes des apôtres ; 
des Sermons; uu Traité des indul- 
gences , et un autre De regno Christi, 
que quelques biographes attribuent 
par erreur à son frère. W — s. 

FAZIO ( Barthelemi ) , élégant 
historien latin du 1 5 e . siècle, naquit, 
on ignore en quelle année, à la Spe- 
zia , petite ville de la république de 
Gènes, il eut pour maître dans les lan- 
gues grecque et latine le célèbre Gua- 
rino de Vérone, pour lequel il con~ 
serva toute sa vie le respect et la ten- 
dresse d'un fils. Le P. Niceron dit, 
mais sans en donner aucune preuve, 
que F^zio fut envoyé par les Génois à 
Alphonse d'Aragon , roi de Naples _, 
pour tacher de conclure avec lui une 
trêve, et qu'il revint a Gène* sans 
avoir pu réussir <i\ins sa négociation ; 
ce qui est certain , c'est que ce roi , de 
quelque manière qu'il eût été instruit 



2^0 FAZ 

de son mérite , l'appela auprès de lui , 
et l'y fixa par ses libéralités. Il lui con- 
fia le soin d'écrire son histoire. Fazio 
fut lié à Naplcs avec la plupart des 
savante qui y flonssaient ; il le fut sur- 
tout intimement avec Antoine Bccca- 
delli, plus connu sous le nom du Pa- 
normita. Fazio ayant eu des querelles 
très vives avec Laurent Valla, le Pa- 
normita prit sa défense avec beaucoup 
de chaleur , et ils attaquèrent tous 
deux, si rudement Valla, qu'il fut forcé 
dequitter Naples. Fazio y passa le reste 
de sa vie. L'année de sa mon est in- 
certaine. César d'Engenio, auteur na- 
politain , rapporte dans sa Napoli 
sacra une ancienne épitaphe qui fixe 
cette mort à 1 447 ; mais on a des let- 
tres de Fazio de i45i,t452, et même 
i455 ; on en a une d'jEneas Sylvius , 
encore cardinal , en date du mois de 
mars 1 4^*7 > dans laquelle il lui fait 
faire des compliments. Suramonte 
( Histoire de Naples , Liv. V. ) le 
fait mourir en novembre de la même 
année ; Paul Jove rejette sa mort beau- 
coup plus loin. Eiie suivit, dit-il, de 
peu de jours, celle de Laurent Valla, 
son ennemi , ce qui donna lieu à cette 
épigramme : 

Ne vel in Elysiis sine vindice Valla susurret, 
Facius baud multos posl obit ipse die*. 

J. Mathieu Toscano a dit aussi dans 
son Peplus Italiœ. 

Quin apud Elysias extincto insultât ad timbrai, 
tiiiud mora defunctum «ubsequitur moriens. 

Or Laurent Valla ne mourut que le 
1 er . août i465, si l'on en croit son 
(fpitaphe; Nicéron en conclut qu'on 
peut conjecturer que Fazio mourut en 
1467, et quedlDJ l'épitaphe rappor- 
tée par Engenio, il faut substituer 
MCCCC LXV11 a MCCCC XLVIl qui 
a pu aisément y être mis par une 
transposition de lettre-. Mais Paul 
Jove dit positivement que Laurent 
Valla mourut en 14^7. D'ailleurs ,lac- 



FÀ,Z 

ques Curuli ou Curli, Génois, ani? 
de Fazio, dont celui-ci parle avec es- 
time dans plusieurs de ses lettres , et 
qui corrigea et termina la traduction 
latine d'Arrien que Fazio avait laissée 
imparfaite , a écrit , en parlant de cette 
même traduction , que le roi Alphonse, 
peu de temps avant de mourir, se l'é- 
tait procurée afin de pouvoir un jour 
y faire mettre la dernière main. Fazio 
était donc mort quelque temps avant 
le roi Alphonse , lequel mourut, com- 
me on sait,, en juin i458, ce qui ra- 
mène h l'opinion de Summonte, qui 
place la mort de Fazio en novembre 
1457. Ses ouvrages, qui ne furent 
imprimés qu'après sa mort, sont : 
I. De bello veneto Clodiano liber, 
Lyon , 1 558 , in 8°. Il s'agit dans cet 
ouvrage de la guerre de Chioggia , qui 
éclata en 1 577 entre les Génois et les 
Vénitiens , et dont les prétentions des 
fils d'Audronic et de Manuel à l'em- 
pire d'Orient furent l'occasion. II. De 
humanœ vilœ felicitate seu summi 
boni fruitione liber , ad Alphonsuvi 
Aragonum ac Siciliœ regem irich - 
tirni, Anvers , Plantin, i55(>, in-8'.: 
réimprimé à Hanau, par les soins 
de Marquard Freher , avec Felini 
Sandei Ferrariensis de rébus Sici- 
liœ et Apuliœ epitome 7 et que'qucs 
autres opuscules , 1611 , in-4'. C'est 
un dialogue philosophique entre Gua- 
rino son maître , le Panonnila son 
ami, et Jean Lamola qui avait alors 
une grande réputation d'éloquence. 
III. De rébus gestis ab Aiphonso 
primo Neapolitnnorum rege coin- 
menlariorum libri decem. Il paraît 
que cet ouvrage, entrepris par ordre 
du roi lui-même, fut commencé en 
i45o et achevé en i4- r >f>; il fut im- 
primé pour la première bis à Lyon, 
1 56 », in-4°' Le savant Jean Michel 
Bruti , Vénitien, qui en fut l'éditeur, 
se permit d'y faire beaucoup de coi- 



FAZ 

rections et de changements , comme 
l'avoue l'impiiineur Antoine Gryphe ; 
il en parut une seconde édition en 
i56*2, et une troisième en 1 566. 
François Fi opono, ignorant l\xis- 
tence des deux premières, en donna 
une des sept premiers livres scu'e- 
ment, à lYImtoue, «563 , in 4°. Celio 
Secoodo Curionc fit réimprimer ces 
dix livres à la fin de sa traduction 
latine de l'Histoire de Guicliardin , 
et y joignit l'ouvrage de Pontano : 
De Ferdinando l rege Neapolitano 
Alphonsi filio Lib. VI, Baie, i506, 
in- fol.; De rébus gestis ab Alphon- 
so, etc. , a été traduit en italien par 
Jacques Mauro, et imprimé à Venise 
en i58o. IV. Ad Carolum Vinti- 
milium virum clarissimum de ori- 
gine belli inler Gallos et Britan- 
nos ( et non pas Hispanos, comme 
Ta mis Nicéron ) , imprimé par Ca- 
musat dans ses additions a la Biblio* 
thèque de Chaccon V. Devins œvi 
sui illustribus liber ; cet ouvrage, le 
plus important de Fazio , était resté 
inédit jusqu'en 174^, où le savant 
abbé IMehus le fit imprimer à Florence, 
in-4'. , suivi de seize lettres du même 
auteur , et précédé de sa Vie. Les no- 
tices qu'il donne sur chacun drs hom- 
mes illustres de son temps sont très 
succinctes, mais paraissent ne conte- 
nir rien que d'exact et être écrites avec 
une grande impartialité. Un en peut 
juger par celle de Laurent Valla , son 
ennemi; il n'y parle que de s<s tra- 
vaux, desi'S ouvrages, et des récom- 
penses qu'il avait reçues du roi Al- 
phonse, sans y mêler aucune critique 
ni la moindre expression d'envie, de 
haine ou de malignité. VI. Arriani 
Nicomediensi* rwvi Xenophontis ap- 
pellati de rébus gestis Alexandri 
Magni régis Macedonum libri octo , 
Bartholomœo Facio interprète, tic, 
o'est cette traduction que Fazio ne put 

xiv. 



FEA a/ è i 

terminer avant de mourir. Il l'avait 
entreprise à la demande du roi Al- 
phonse, q;ii se la fit remettre, mais 
qui mourut lui-même peu de temps 
après. Ce prince en avait confié le 
manuscrit à un chevalier espagnol 
nommé Arnaldo Fenoleda : Jacques 
Curuli la reçut de lui , et y fit les 
corrections et les suppléments néces- 
saires pour qu'elle fût en état d'être 
donnée au public. C'est lui qui nous 
apprend tous ces détails dans une 
lettre adressée à ce chevalier Feno- 
leda : l'ouvrage ne fut imprimé qu'en 
i5o8, àPise, in-lol. ; il en parut une 
seconde édition à Bâle, i53çj, in-8°.; 
et une troisième, Lyon , 1 552, in- 1 2. 
G— É. 
FAZZELLO. Voy. Fazelli. 
FE VTLY ou FAIRCLOUGH ( Da- 
niel }, théologien anglais, né en 1 582 
à Charlton , dans le comté d'Oxford, 
se distingua par une profonde con- 
naissance des pères de l'Église et des 
conciles, et par une grande habileté 
dans la controverse scholastique. Etant 
passé en France comme chapelain de 
sir Thomas Edmondes , ambassadeur 
du roi Jacques, il y soutint, pendant 
un séjour de trois ans qu'il y lit, plu- 
sieurs disputes contre les plus savants 
théologiens catholiques. De retour en 
Angleterre, il devint chapelain de l'ar- 
chevêque Abbot, qui le nomma rec- 
teur de Lainbeth. En 1617, à l'oc- 
casion de sa thèse de théologie, il 
embarrassa tellement le professeu r Pri- 
deaux par ses arguments, qu'il s'en- 
suivit une querelle, que l'autorité de 
l'archevêque put seule apaiser. Après 
avoir occupé différentes cures, il se 
maria en i6l5, et alla vivre à Ken- 
niugtou, près de Lainbeth. H publia 
l'année suivante un livre intitulé : 
Ancilla pietatis . ou In Servante 
dans ses dévalions privées, dont il 
y eut huit éditions avant l'année 1 6-6. 

16 



z\i FEA 

11 y ajouta ensuite UPratiquede dévo- 
tion extraordinaire. Il fut obligé de 
faire une espèce d'amende honorable 
aux genoux de l'archevêque de Cantor- 
béry, Laud, pour avoir, dans l'un de 
ces deux ouvrages, révoqué en doute 
l'histoire de S. George, le patron 
de l'Angleterre. Quoiqu'il eut passé sa 
vie à défendre la religion anglicane, 
il était soupçonné d'être réellement 
catholique romain , ou du moins d'a- 
voir, comme on disait alors , un pape 
dans le ventre. A l'époque de la guerre 
civile, les soldats du parlement firent 
des recherches peur se saisir de sa 
personne, et n'ayant pu le découvrir, 
s'en consolèrent en détruisant ses pro- 
priétés. Nommé en i643 membre de 
l'assemblée des théologiens de West- 
minster, il manifesta des principes 
de calvinisme qu'on n'attendait pas de 
lui, et porta témoignage contre l'ar- 
che\êque Laud; mais son opposition 
au covenant l'ayant fait regarder com- 
me un espion dans le parlement, il 
fut mis en prison. Transféré quelque 
temps après , par égard pour ses in- 
firmités, au collège de Ghelsea, dont 
il était alors prévôt, il y mourut en avril 
i645. Ce théologien, qui fut la ter- 
reur des écoles et à qui ses antago- 
nistes donnaient les titres de acitlis- 
simus et aceri imus , est à peine con- 
nu aujourd'hui. De quarante traiîés 
qu'il a écrits, la plupart î-ont entiè- 
rement oubliés. On peut voir dans le 
Cigneacanliodu 101 Jacques, publié 
en 1O29, les détails d'une dispute 
seholastique qu'il soutint avec ce mo- 
narque théologien. Sa vie a été écrite 
par J. Featlv, son neveu. X— s. 

FEAD ( CiiAiw.i s ), prêtre, né à 
Marseille en i6o5 , entra à l'Oratoire, 
et professa les humanités dans diffé- 
rents collèges de cette congrégation. 
]l composa pour ses élèves plusieurs 
petites pièces eu langue provençale, 



FEB 

auxquelles il attachait trop peu de 
prix pour en publier le recueil ou 
pour en refuser des copies. Un ano- 
nyme en fit imprimer quatre sous le 
titre de Lou jardin deys Musos pro- 
vençales , Marseille, i6r>5, in- 12. 
Ce volume, que les amateurs joignent 
à l'ouvrage de Claude Brueys qui porte 
le même titre ( voy. G'.aude Brueys au 
supplément ) , contient : l'Embarque- 
ment, les conquêtes et l'heureux 
voyage du carnaval; V Intérêt, ou 
la Ressemblance) V Assemblée des 
mendiants de Marseille , et le pro- 
cès du carnaval. Le sujet de la se- 
conde, qui est une intrigue amou- 
reuse , ne permet pas de croire que 
Féau en soit l'auteur. Le P. Bougerel 
remarque aussi que l'éditeur de ce vo- 
lume y a glissé des obscénités qui ne 
se trouvent pas dans les manuscrits. 
On attribue encore à Féau une comédie 
intitulée Brusquet, fondée en partie 
sur les tours que ce bouffon s'était 
permis de jouer au maréchal Strozzi. 
W— s. 

FEBRON1US. Voy. Hontheim. 

FEBURE ou FEVRE (Michel). 
Nous avons sous le nom de cet auteur 
divers ouvrages dont nous parlerons 
ci-après. La Bibl. script, capuccino- 
ruin nous apprend que ce nom est celui 
qu'a pris le Père Justinien de Tours, 
missionnaire , sans doute parce que 
m famille le portait; m,ùs cette Bi- 
bliothèque ne nous indique ni l'époque 

de s» naissance ni celle de sa mort. 
On sait toutefois une ce missionnaire 
résida long-temps en Orient Tell sont 
les seuls renseignements que nous 
ayons pu recueillir sur sa personne. 
Voki Ses ouvrages : I. Prœcipuœ 
obj( cliones muhameticœ legis sec- 
taturum adversus entholicos, earum- 
que solutiones , Rome , if>7<), in- 12. 
t'.ct ouvrage a été ucaduit en arabe et 
en arménien , et ces traductions ont 



FEB 

clé imprimées à la propagande , la 
première en 1680, et la seconde en 
1661. II. Specchio, overo descrit- 
tione délia Turchia, Rome, 1674, 
in- 12. L'auteur traduisit lui-même 
son ouvrage en français , et sa tra- 
duction , augmentée de quelques cha- 
pitres , a paru sous le titre d'Etat 
présent de la Turquie , où il est 
traite' des vies , mœurs et coutumes 
des Ottomans et autres peuples de 
leur empire , Paris , 1675 7 in- 1 2. Il 
existe aussi une traduction espagnole 
et une allemande de cet ouvrage. III. 
Théâtre de la Turquie, où sont re- 
présentées les choses les plus remar- 
quables qui s'y passent aujourd hui, 
Paris, 1682, in-4". : on a fait un 
nouveau titre sous la date de 1688. 
La traduction italienne , faite proba- 
blement par l'auteur, a paru à Venise 
en i684,in-4°«> sous le titre de 
Teatro délia Turchia. Michel Fe- 
bure ( c'est ainsi qu'est signée l'épître 
dédicaloire) dit dans sa préface : « Je 
» n'écris rien que je n'ayc veu et ob- 
» serve moy-rnesme le plus exacte- 
» rnen». qu'il m'a été possible par l'es- 
» pace de dix-huit ans , ou sceu par 
v des personnes très dignes de foi.... 
» Je ne dis rien de mes voyages en 
» diverses provinces de l'empire otto- 
» mau, à sçavoir dans la Syrie, Mé- 
» sopotamie, Caldée, Assyrie, Cur- 
» distan , Arabie déserte, Palestine, 
» Judée, Caramanie, Silicie, Phry- 
» £ie , Bytinie , Natolie , Romanie , 
» Ghipres, Archipel, etc., ne m'é- 
» tant pas proposé de faire ici la des- 
» cription des terres de la Turquie, 
» mais seulement de montrer distinc- 
» teraent l'état dans lequel elles se 
» trouvent à présent , et les quatorze 
» nations qui les habitent , etc. » L'au- 
teur traite ici , mais avec plus d'éten- 
due, des mêmes matières que dans 
son Etat de la Turquie ? et il s'atta- 



F E B 245 

che surtout à montrer les vices de cet 
empire, les causes de sa prochaine 
décadence, et les moyens de le dé- 
truire. Cet ouvrage est généralement 
exact et fort estimé. Beaucoup d'é- 
crivains postérieurs l'ont copié, ou se 
sont trompés en s'en éloignant. La 
Bill, script, capuc, attribue encore au 
P. Justin ien un Catechismus sive 
doctrina Chrisliana , en arabe. 

J— N. 

FEBURE ( Jean ou Jacques le ), 
ou Le Febvre, né à Gluson , village du 
Hainaut, entra chez les jésuites, etaprès 
les exercices ordinaires, fut chargé 
d'enseigner la philosophie à Douai. On 
lui donna ensuite la direction et la 
présidence du séminaire archiépis- 
copal de Cambrai , établi à Beuvrai , 
près de Valenciennes. Il remplit avec 
zèle les devoirs de cette place, donnant 
aux jeunes clercs dont l'éducation lui 
était confiée l'exemple de la piété, du 
travail et des vertus ecclésiastiques, 
et ne négligeant rien pour en faire de 
dignes ministres des autels et d'excel- 
lents pasteurs. Etant tombé malade, 
il se fit porter à Valenciennes , où. il 
mourut en 1 -p5. Il est auteur des ou- 
vrages suivants : I. Bajle en petit , 
ou Anatomie de ses ouvrages, Douai, 
1 757 , in 12 : il y anatomise en effet 
les écrits de ce dangereux sceptique, 
relève ses sophismes et ses contradic- 
tions, met à nu le poison qu'il dis- 
tille, le montre faisant un indigne 
abus de l'esprit et de l'érudition pour 
tout détruire sans rien édifier, détour- 
nant de propos délibéré le sens des 
Saintes-Ecritures et les dénaturant, 
frayant la route qui conduit à l'athéis- 
me, et ne rougissant pas , cvnique im- 
pudent, d'étaler aux yeux du public 
un vil rarnas d'expressions sales et 
d'obscénités dégoûtantes. On a fait 
une nouvelle édition de ce livre avec 
une suite et ce nouveau titre : Exa- 

16.. 



M4 FEB 

me n critique des ouvrages de Bayle, 
Paris, 1747* •'• La seule religion 
véritable démontrée conlreles athées, 
les déistes , etc., Paris, 1 7 44' in-8 '. : 
cet ouvrage est estime'. Les preuves 
rapportées eu faveur de la religion et 
les arguments contre ses ennemis y 
sont exposes avec méthode et solide- 
ment établis. L— y. 

FEBVRE (Jacques Fabri, ou le), 
dit d'Elaples, parce qu'il était d'Eîa- 
ples au diocèse d'Amiens, naquit en- 
viron l'an i455 suivant l'opinion 
commune, ou vers i/j55 d'après un 
calcul plus vraisemblab'e , et qui s'ac- 
corde mieux avec les divers événe- 
ments de sa vie. Il fit ses études à Pa- 
ris, et se borna au simple grade de 
maître-ès-arts , ou tout au plus à ce- 
lui de bachelier. Le goût des voyages 
le prit après qu'il eut enseigné quelque 
temps les belles-lettres. Il parcourut 
une partie de l'Europe ; l'on prétend 
même que le désir d'étendre ses con- 
naissances le conduisit en Asie et en 
Afrique. De retour à Paris en 1 4g3 , 
il professa la philosophie au collège 
du cardinal Lemoine , jusque vers l'an 
i5o7, que Briçonnet, pour lors évê- 
que de Lodève , se l'attacha , le pro- 
duisit à la cour, et l'emmena avec lui 
lorsqu'il fut transféré en i5iB au 
siège de Meaux. C'est à cette époque 
que le Ftbvre publia ses dissertations 
où il soutenait contre l'opinion com- 
mune que Ste.-Anne n'avait eu qu'un 
seul mari, et que Marie, sœur de La- 
zare, Maiie-Magdcleine et la péche- 
resse du chap. Vil de St. -Luc, sont 
trois personnes dLstinctes , portant 
toutes trois le même nom. Les peu s 
. grecs les avaient di>tin;;uec> ; les pères 
latins les avaient confondues, la fa- 
culté de théologie décida en faveur de 
ces derniers. 11 est étonnent combien 
cette dispute, aujourd'hui très indif- 
férente, cuiunla aloià d'écrits polémi- 



FEB 

ques ( voy. Cousturier ). Le Fcbvre 
était du nombre de ces théologiens 
qui , peu respectueux pour la vieille 
seholastique , cherchaient à insp ; rer 
le goût de la critique, de l'antiquité et 
des langues savantes. Les novateurs , 
en fait de religion, prêchaient le même 
renouvellement dans les études ecclé- 
siastiques. C'en fut assez pour le con- 
fondre avec eux. A peine le premier 
orage était-il apaisé, que sa version 
et son commentaire sur le Nouveau- 
Testament lui en suscitèrent un se- 
cond beaucoup plus à craindre. Les 
docteurs de Paris furent principa'e- 
ment irrités de YEpitre exhorlatoire 
qu'il mit à la tête de la deuxième partie, 
où il recommande à tous les fidèles 
la lecture de l'Ecriture-Saintc en lan- 
gue vulgaire. On déféra onze propo- 
sitions à la faculté; mais le roi, ins- 
truit de cette affaire, dans laquelle il 
ne vit qu'une tracasserie du fougueux 
Beda, en prit connaissance, et le Fcb- 
vre, s'étant justifié en présence des 
prélats et des docteurs que la cour lui 
avait donnés pour juges, sortit avec 
honneur de cette seconde attaque. Ses 
ennemis eurent plus de succès dans 
une troisième ; ils profitèrent du trou- 
ble que des prédicateurs indiscrets et 
des moines turbulents excitèrent en 
1 5.i5 dans le diocèse de M eaux , où 
il était grand-vicaire, pour le fait 
créler d'ajournemi ut par le parlement 
( voy. L'riçonnet ). Il se réfugia à 
Strasbourg. François 1". éciivi! de 
Madrid en M 1' voit au parlement, et 
à son retour d'Espagne, \\ !e nomma 
précepteur du | rince Charles, s<>i! ~>'. 
fils. Le Febvre acquit dans cet emploi 
de nouveaux titres ,1 l'estime et à 11 
confiance du roi, qui l'aurait promu 
aux pi< mières dignités de PEg : 
la modestie de ce savanl homme n'y 
eût mis des obstacles. In l55l, la 
reine de Navarre remmena a Nérac , 



FEB 

©ù il passa ses dernières années, jus- 
qu'à sa mort arrivée en i 536. Nous 
ne répéterons ici ni ne réfuterons les 
anecdotes absurdes que tant d'auteurs, 
d'après le roman de Thomas Hubert , 
ont débitées sur les derniers instants 
de sa vie, et qui n'ont eu un certain 
crédit, que parce que les réformateurs 
put cru y trouver une preuve de son 
penchant pour leurs opinions, quoi- 
que toute son hérésie ait consisté a 
avoir plus de bon sens et moins de 
préjugés que la plupart des catholi- 
ques de son siècle. Sa prétendue bâ- 
tardise n'est pas mieux fondée en rai- 
son ; mais quand un homme a joué 
un grand rôle, qu'il a influé dans une 
révolution , que ne debitc-t-on pas 
sur son compte, suivant l'affection des 
divers parti-? Ce que personne ne 
lui refuse, c'est une vie exemplaire, 
une conduite régulière, beaucoup de 
pieié, un caractère plein de candeur. 
Toutes ces qualités respirent dans ses 
ouvrages , qui supposent d'ailleurs 
une grande érudition , des connais- 
sances étendues , l'étude des langues 
Savantes et du talent pour la critique. 
Les principaux sont : I. Psalterium 
quintuplex gallicum , romanum , 
hebraïenm, vêtus, conciliatum , in- 
fol.,, chez Henri-Etienne, i5oc) et 
i 5 i 5 , avec de petites notes ; II. Com- 
mentaires sur S. Paul , avec une nou- 
velle traduction latine, Paris, i5i'2 
ei i 55 i. Cet ouvrage, dans lequel on 
sent encore le peu de progrès qu'avait 
fait la critique, fut censuré par Eras- 
me sur la partie grammaticale, et par 
Beda, sur la théologique, ce qui ne 
l'empêcha pas d'être estimé et recher- 
ché; 111. Commentaires sur les Evan- 
giles, Meaux , i5a5 : sa doctrine y 
paraît très orthodoxe sur les points 
contestés alors par les novateurs, 
quoique le syndic Beda lui ait. repro- 
ché des cireurs à cet égard j l\ 7 . Com- 



FEB 



245 



mentaires sur les Epitres canoniques, 
Meaux, i6*i5 :tous ces commentaires 
sur le Nouveau- Testament furent 
mis à V index par les inquisiteurs ro- 
mains, sous Clément VIII. Il s'y éloi- 
gne de l'ancienne barbarie, mais il 
n'atteint pas toujours la pureté des 
bons écrivains modernes; V r . Tra- 
duction française du Nouveau- Tes- 
tament , P aris, Colines, 1 5 i5, 3vol. 
in-8 u ., demi-gothique, sans nom d'au- 
teur , extrêmement rares, surtout le 
dernier volume. Elle est faite sur la 
Fulgate , parce qu'il la destinait à 
i'usage des fidèles. On la retrouve dans 
sa version entière de la Bible, Anvers, 
i5a8, i53o, 1 554 , 1 54 1 , in-fol. ; 
ibid., iSaç) et r552, 4 vol.in-4°. ; 
1 5s8, 4 vol. in-8 '. L'édition de 1 554, 
revue par les docteurs de Louvain , 
est la pius correcte et la plus rare, 
parce qu'elle fut supprimée aussi bien 
que celle de 1 54 ■ • Ce qu'il y a de 
singulier , c'est que tandis que les cor- 
deiiers de Meaux faisaient la guerre 
à le Febvre à cause de ses traductions, 
ceux d'Anvers donnaient leur appro- 
bation, en i5 f i8, pour les faire im- 
primer et débiter. Il est vrai qu'ils 
n'avaient pas dans leur édition ÏE pi- 
tre exhortatoire , qui avait principa- 
lement mécontenté les docteurs de Pa- 
ris. VI Exhortations en français sur 
les évangiles et les epitres des di- 
manches , Meaux , 1 5.25 , condam- 
nées par le parlement; VII. Traduc- 
tion latine des livres de la foi or- 
thodoxe de S. Jean de Damas : c'est 
la première version imprimée de cet 
excellent ouvrage; V1IL De Maria 
Magdalend, i5i(J, i5i8, suivi eu 
1 5 1 9 d'un autre intitulé: De tribus 
et unied Magdalend. Cet ouvrage est 
bien fait ; l'auteur y suit l'ordre géo- 
métrique; il y rétracte plusieurs cho- 
ses du précédent, par exemple, ce 
qu'il avait dit que ces trois femmes 



24<> F E B 

portaient toutes le nom rie Made- 
lène. IX. Rilhmimachie Indus , qui 
et pugna nu mer or um nppellatur , 
Pans, H. Es tien ne, i5»4, in-4°. , 
opuscule de cinq pages, imprime à la 
suite de \' Arithmetica de Jordan Ne- 
morarius. Le Fcbvre y donne une 
description fort curieuse de cet au- 
cun jeu pylhagorique , mais avec si 
peu de détail qu'on ne peut bien le 
connaître qu'en y joignant la notice 
beaucoup plus étendue que Boissière 
a donnée du même jeu ( Voy. Bois- 
siere). ï — D. 

FEBVRE ( Gilbert le ), poète 
français, né dans la Normandie, au 
commencement du iG". siècle , a com- 
posé des rondeaux , ballades , ou 
chants royaux en l'honneur de la 
Vierge. Lacroix du Maine dit que ces 
pièces ont été imprimées dans les re- 
cueils du temps. Le Fcbvre prenait la 
qualité de prince du Puy de Rouen , 
parce qu'il avait remporté plusieurs 
prix à l'académie de ce nom, fondée 
dans le i4'. siècle par quelques per- 
sonnes pieuses, et confiiméeen i5.io 
par le pape Jules 11 , qui accorda des 
indulgentes et des privilèges aux con- 
frères. Cette société existait encore en 
1789, sous le nom d'Académie de 
l'immaculée conception de la Vierge, 
et le duc d'Mareourt en était le pro- 
tecteur. L'abbé Guiot, bibliothécaire 
de St. -Victor, annonçait en 1786 
l'histoire de cette académie, mais elle 
n'a point été publiée. — Febvre ( Jean 
le ), piètre, né à Dieux dans le i(j '. 
siècle, est auteur d'un ouvrage en vei >- 
intitulé : les Fleurs et antiquités des 
Gaules, où il est traité des anciens 
philosophes gaulois appelés Druides; 
avec la description des bois, forets , 
vergers et autres lieux de phi' 
tues près de la ville de Dreux , Pâ ris , 
1 jô'Jtjin-S .: cet ou\ ; \ n'est 

pas commun. — Febvre ( Nicolas le), 



FEC 

prêtre, cure dans la Picardie , au 1 7'.' 
siècle, n'est connu que par une tra- 
gédie intitulée : Eugénie, ou le Triom- 
phe de la Chasteté, Amiens, 1678, 
in-ia. W — s. 

FEBVRE. Voy. LefÈvre. 
FECHT (Jean) théologien luthé- 
rien , né en 1 656 à Sultzbourg, dans 
le Brisgau , était fils d'un ministre de 
l'évangile, nomme instruit et qui ne 
négligea rien pour son éducation. Il 
venut de terminer ses premières étu- 
des , sous la direction de son père, 
lorsque la guerre éclata dans le Bris- 
gau , et cette circonstance détermina 
ses parents à l'envoyer à Baie, où il 
pouvait continuer plus tranquillement 
ses cours ; il demeura neuf années 
dans cette ville , fut ensuite placé au 
collège de Ruedelen , puis à celui de 
Dourlach , vint étudier l'hébreu à 
Strasbourg, visita les plus célèbres 
universités de l'Allemagne , et fut reçu 
licencié en théologie «à Gicssen en 
1666. Fecht était déjà à cette époque 
pastcur et président des synodes du 
comté de Hochberg. Le marquis de 
Bade-Dour!ach le nomma en ï6C8 
l'un de ses chapelains et professeur 
d'hébreu et de métaphysique. L'année 
suivante il fut chargé d'enseigner la 
théologie, et il s'en acquitta, pendant 
vingt années , avec une grande dis- 
tinction. La vi'îc de Dourlach avant 
été brûlée par les Français en i(>^9, 
Fecht fut appelé à Rostock , où on 
lui confia la chaire de théologie. Si 
reconnaissance pour les magistrats de 
cette ville l'empêcha rl'accepti 1 
offres 1 plus considérables qui lui fu- 
rent faites pour l'attirer dans d'autres 
Universités. Il mourut à Rostock au 
de mai 17 i<>. i 
1 sou oraison funèbre ; 
pièce fut imprimée h même année 
avec la liste des nombreux < i 
ges publié* par ce savant pi 



F E C 

seur. On se contentera J'en indiquer 
ici les principaux : I. Disquisitio de 
Judaïcd ecclesidy in qud faciès ec- 
clesiœ, qualis hodie est et kistoria 
per omnium sœculorum œtatem, etc., 
Strasbourg, 1G70, in-4°. Cette édi- 
tion est plus complète que la pre- 
mière. 11. Noctes christianœ, Dour- 
lach 1677; Leipzig, 170O, in-8°. ; 
III. Hisloviœ ecclesiaiticœ sœculi 
à nato Christo sexti decimi supple- 
mentiim , celeberrimor. ex Mo œvo 
theologorum epistolis ad Marbachhs 
cous tans , divisum in octo libros , 
unà cum apparatu ad tolum opus 
necessario et tablais chronologico- 
historicis , Dourlach , i(>84> in-4°. 
Ce recueil des lettres écrites à Jean , 
Erasme et Philippe Marbach , par 
Mélanchthon , Chytrée , Chemniiz , 
Brentz, etc., est fort estimé en Alle- 
magne , et très utile pour éclaircir 
l'histoire de l'établissement de la ré- 
forme. IV. De origine et supersti- 
tione missarum in honorem sanc- 
torum celebratarum , tractatio his- 
torico-theologica , Rostock , 1707, 
in-4°. ; V. Phitocalia sacra id est 
variarum doctrinarum thenîogica- 
rum , biblicarum , polemicarum , 
moralium , patristicarum farrago , 
ibid. , 1708, in-4". ; VI. H h tari a 
cnlloquii Emmendingensis interPon- 
tijicios et Luther anos anno 1 5qo , 
instituti, Rostock, 1709, in-8\ Cette 
édition est préférable à celle qui avait 
paru dans la même ville en i(>Ç)4« 
VII, Notice de la religion des Grecs 
modernes, Bostock , 1717, in-8'\ 
( en allemand ). W — s. 

FECKENHAM (Jeaw de), ainsi 
nomme' du lieu de sa naissance (la 
forêt de Fcckenham , dans le comte 
de Worcester ) , naquit dans les 
dix ou onze premières années du 
règne d'Henri V11I , de pauvres pay- 
saus Sou véritable nom était Iiow- 



FEC 247 

man. Son goût pour l'étude engagea le 
curé de sa paroisse à le faire entrer 
dans le monastère d'Evesham , cou- 
vent de bénédictins, d'où il fut en- 
voyé à Oxford dans le collège de cet 
ordre, nommé collège de Glocester. 
Il prit les ordres , et fut successive- 
ment chapelain de Pévêque de Wor- 
cester, et de Bonuer , évêque de Lon- 
dres , célèbre par les persécutions 
qu'il fit souffrir aux réformés sous 
le règne de la reine Marie. Bonner 
avait été persécuté d'abord, etson cha- 
pelain avait au moins partagé ses 
malheurs; car lorsqu'en 1 5 4 9 , sous 
Edouard Vï, l'évêque fut dépouillé 
de son évêché , Fcckenham fut mis à 
la Tour, d'où cependant on le fit sor- 
tir quelque temps pour débattre pu- 
bliquement avec les reformés diffé- 
rents points de controverse; on l'y 
remit ensuite, et il y demeura jusqu'à 
l'avènement delà reine Marie, moment 
de triomphe pour les catholiques 
( 1 555) :Feckenham rentra non seule- 
ment dans ses fonctions près de l'é- 
vêque , rétabli alors dans son évê- 
ehé, mais il fut nommé chapelain de 
la reine , qui l'envoya à l'infortunée 
Jeanne Grey, quatre jours avant sa 
mort, pour essayer de la convertir 
au catholicisme. Il fut ensuite promu 
à plusieurs bénéfices, et enfin à l'ab- 
baye de Westminster, qu'il posséda 
jusqu'à sa suppression, sous le règne 
d'Elisabeth. Fcckenham n'avait point 
été aigri par la persécution ; il ne fut 
pas corrompu par la prospérité. Loin 
de partager les cruautés de l'évêque 
Bonner, il employa constamment son 
crédit à protéger les protestants per- 
sécutés , et encourut même quelque 
temps la disgrâce de la reine Marie, 
pour avoir sollicité près d'elle avec 
trop d" chaleur l'élargissement de si 
sœur Elisabeth. Celle-ci rre l'oublu 
noiiit, et, à son avènement au tronc, 



243 FEC 

lui offrit, dit-on, l'archevêché de 

Cantorbérv, à condition qu'il se sou- 
mettrait aux luis nouvelles introduites 
dans l'église d'Angleterre. Fe< keu- 
ham refusa , et il s'opposa dans la 
chambre des pairs , où il siégeait en 
qualité d'abbé mitre, à toutes les me- 
sures tendantes à l'ét bassement de la 
réformation, ce qui le lit remettre en 
i56o à !a Tour, d'où il ne soitit, en 
l5t>5, que pour y rentrer bientôt 
après. Toujours enveloppé , ma'gré 
sa modération , dans les persécutions 
que de nouveaux efforts des catholi- 
ques ou de nouveaux soupçons de 
leurs ennemis attiraient sur les hom- 
mes les plus distingués de leur parti , il 
passa le reste de sa vie dans des al- 
ternatives de captivité et d'une liberté 
incertaine , souvent même incomplète. 
jl mourut enfin en i 58 j , prisonnier 
dans l'île d'Ely, bien que dans les 
derniers temps de sa vie , sans se 
conformer en tout aux lois nouvelles , 
il eût consenti à reconnaître la supré- 
matie de la reipe en matière de reli- 
gion. C'était un homme instruit, hu- 
main , que la ehaleui des partis fit 
rarement sortir des bornes de la mo- 
dération ; remarquable par si bien- 
faisance, tant publique que particu- 
lière, dont il a laissé des preuves 
par nn aqueduc qu'il fit construire 
à Holborn , où il résida quelque 
temps sous le règne d'Elisabeth , dans 
l'un des intervalles de ses emprison- 
nements. Les écrivains Catholiqui s et 
protestants en ont pu'é avec une égale 
estime. Il fut le cl rnierabbé de W< sl- 
minster et le dernii r ;dibc nuire qui 
siégea dans la chambre d.s pairs. On 
lie connaît de lui que le récit de sa 
Conférence avec Jeanne Crej , Lon- 
dres , 1 55 j , in 8 . , et i () •<) , iu-4 '. , 
quelques sermons et oraisons , et 
quelques é< ri? s contre diverses me- 
*ures de la rcfoiniution. X — s. 



FED 

FEDELE (Casandra) naquit â 
Venise, en iq65, d'une tami! le noble 
originaire de Milan, qui fut chassée 
de cette ville en même temps que ies 
Visconli auxquels elle était attachée. 
Dès sa première jeunesse , tiassaudra 
montra de si heureuses dispositions , 
que son père la (il instruire dans les 
lettres grecques et latines , dans la 
philosophie ', l'éloquence, l'histoire, 
la théologie -. la poésie et la musique 
lui servaient de délassement. A peine 
soi tic de l'enf-ncc, ilie était déjà l'ob- 
jet de l'adiniraiion d< s savants; plu- 
sieurs se rendirent auprès d'elle pour 
jouir de son entretien. Elle avait avec 
un grand nombre d'entre eux une 
correspondance suivie. Poiitien , à 
qui elle avait écrit, s'étonne dans sa 
réponse ( Liv. III , épît. î ■j ) , qu'une 
femme, ou plutôt une jeune fille, une 
vierge, puisse écrire aussi bien. Il la 
compare aux mmes «t à tout ce que 
l'antiquité a produit de femmes illus- 
tres par les talents et le savoir. L'ob- 
jet de son admiration , dit-il, avait été 
jusqu'alors Pic de la Mirandole, qui 
était à la foiN le plus' beau des hom« 
mes et le plus savant; il a com- 
mencé à donner à Ctssandra la se- 
conde place, et peut-être fé!ève-t-il 
jusqu'au p.utage delà première, etc. 
Cassaudra fut aussi en relation avec 
plusieurs souverains, avec le pape 
Léon X, !c roi de France Louis XI 1 , 
le roi d'Aragon Ferdinand et quel- 
ques autres piinces. Isabelle de Cas- 
ii e. femme de Ferdinand, voulut 
l'attirer à sa cour : le poète latin Au- 
guieilo lui adressa une ode pour l'en- 
i faire ee voyage ( i ). Cassa mira 
elle-même y paraissait disposée; mais 
la république de Venise, jalouse de 
conserver un de ses pins beaux ome- 



(i> CVit la onzième «lu ie livre «le» Ole» , dani 
\r recueil ils $c» Foétitt . Vf oiie , AU», i5oâ , 
»•• . 



FED 

ments., ne lui permit pas d'accepter 
les offres de !a reine. L'éloquence était 
le talent qu'elle avait le plus cultive', 
et rien ne contribua plus à sa réputa- 
tion que les discours latins qu'elle 
prononça publiquement en diverses 
occasions, tille en récita un à Padoue 
eu 1 487, lorsqu'un chanoine, son 
parent , reçut le laurier de docteur ; 
car c'était un laurier et nou un bonnet 
qui était anciennement le signe du 
doctorat dans les universités d'Italie, 
où l'usage subsiste encore de donner 
au degré du doctorat, sur les thèses , 
le nom de Laurea. Deux autres dis- 
cours, l'un sur la naissance du Christ, 
l'autre à la louange des belles lettres 
{De Utterarum laudibus) ,furcntpro- 
noncés par elle, à Venise, en pré- 
sence du doge, du sénat, et d'une 
réunion nombreuse de savants ras- 
semblés exprès pour l'entendre. Re- 
cherchée par plusieurs personnes, 
son père l'accorda en mariage à Jean- 
]\Iarie Mapelli , médecin de Vicence , 
qui fut désigné par la république pour 
aller exercer son art à Ketimo, dans 
l'iie de Candie. Cassandra l'y suivit. 
A leur retour, quelques années après, 
ils furent assaillis par une horrible 
tempête; ils perdirent presque tout ce 
qu'ils possédaient, et furent pendant 
quelques heures en danger de la vie. 
Cassandra perdit son mari en i5'2i : 
seule , et sans enfants , elle chercha sa 
consolation dans l'étude et dans les 
exereices de piété. Tomasini et INice- 
ron disent qu'elle était parvenue à l'âge 
de quatrevingt-dix ans lorsqu'elle fut 
nommée supérieure des hospitalières 
de Saint-Dominique, à Venise; qu'elle 
gouverna cette maison pendant douze 
ans , et qu'elle mourut âgée de cent 
deux ans , vers 1 567. Mais une note, 
tirée du nécrologe même du couvent 
de Saint-Dominique , porte qu'elle y 
fut enterrée le 26 mais j 558 ; elle ne 



FED 249 

vécut donc que quatre-vingt-treize ans 
si efe était née en i4<>5; ou, si elle 
alla véritablement jusqu'à cent deux 
ans, elle était née vers i456. Phi- 
lippe Tomasini a recueilli et publié 
les lettres et les discours de Cassan- 
dra, et a mis en tête une Vie de cette 
femme célèbre, Padoue, i656, in-8°. 
Ce volume contient tout ce qui nous 
reste de ses ouvrages. Personne n'a 
écrit qu'elle eut cultivé la poésie ita- 
lienne ; mais Tiraboschi ne trouve 
pas vraisemblable que s'étant appli- 
quée à tous les genres d'études , ce 
fut le seul qu'elle eût négligé. G — e. 
FiiDELISSIMl (Jean-Baptiste), 
médecin de Pistoie , vivant à la fin 
du 16'. et au commencement du 17 e . 
siècle, cultiva les muses sans négliger 
le dieu d'Epidaure. On a de lui : 
1. // giardino morale , en vers lyri- 
ques toscans, Florence, 1 5g4 ; II. 
Pastorale carmen, Florence, 1 599 : 
c'est une congratulation de la ville de 
Pistoie envers son nouveau pasteur ; 
111. Carmina de laiidibus cardinalis 
Nie. Fortiguerrce , 1 5g8 ; IV. Pa- 
negyrietfm in Henrici LV et Maries 
Medices nuptias , 1600; V. Délia 
vila è morte di S. Catarina , petit 
poërue épique en vers sciolti , 1 6 1 4 ', 
VI. Centurie d'osservazioni thau- 
majisiche, Bologne, i(>iq ; Wi.Le- 
xiconherbarum, Pistoie, 1 656; VI II. 
Preparazione dafarsi al tempo dél- 
ia primavera per schifare le febre 
peslilenziale maligne, Pistoie, 1 656 ; 
JX. Opuscula de febri : ils se trou- 
vent dans les Opusc. celeberr. nie- 
die, Pistoie, 1 627. Fedelissimi a lais- 
sé en manuscrit plusieurs antres com- 
positions poétiques. Il avait entrepris 
aussi l'histoire de sa patrie ; mais la 
mort l'empêcha de la terminer. — Fe- 
DELissiMi(Rainero), son frère, aussi 
médecin , a publié : Enchiridion 
phannaccuticum medicamenloniat 



9/îo FED 

omnium quœ in antidolario Floren- 
tino continenlur , Bologne, 161 7 , 
in-ii. Z. 

FÉDOR IWANOWITCH, dernier 
souverain de Russie de l'ancienne dy- 
nastie de Rurick: il était fils d'Ivan 
Wasilicwitch et d'Anastasic Zakharin. 
iSe en 1 55 7, il monta sur le trône en 
1 584 , et se maria à Irène , fille de 
Fédor Godounof ou Gudenof. Son 
beau-frère, Boris Godounof , s'empara 
du pouvoir et régna sous son nom. Eu 
1 588,1e patriarche de Constantinoplc, 
Jei émie , vint à Moscou pour implorer 
les bontés du czar , et crut se le ren- 
dre favorable en accordant à l'église 
russe quelque nouvelle prérogative. Il 
proposa d'élever le siège métropolitain 
russe à la dignité de patriarche; le 
czar y consentit, et ce fut depuis ce 
moment que la Russie eut son pa- 
triarche particulier , cl devint indé- 
pendante du patriarche de Constan- 
tinoplc. Pierre I er , dans la suite, en 
supprimant la dignité de patriarche, 
conserva à l'église russe la même in- 
dépendance, et s'en déclara le chef. 
Fédor, qui était d'une santé très fai- 
bic , mourut en 1598 , et Boris Go- 
dounof, soupçonne de l'avoir em- 
poisonné, devint son successeur. (>t 
îtommeambitieux avait fait périr, quel- 
que temps auparavant, Dmitri ou Dé- 
métiius, frère de Fédor, et dernier 
i\ jeton de la race de Rurik ( V. Gu- 
dlivof). G — AU. 

1 É DOR II ALEXIEW1TC1I , 
rzar de Russie, petit-fils de Michel 
iiomanow , qui commença une nou- 
velle dynastie, fils d'Alexis Michac- 
lowitch , et frère de Pierre-lc-Grand. 
A la mort de son jure, en 1676, 
Alexis n'avait que dix-neuf ans; sa 
santé était faible et l'empêchait de 
développer les qualités qu'd avait rc- 
de la nature. 11 signala cepen- 
dait son règne par plusieurs traits 



FED 

qui lui donnèrent des droits à la re- 
connaissance publique : le plus digne 
d'attention est l'abolition d'un usage 
qui remontait à une haute antiquité. 
La naissance donnait une supériorité 
incontestable pour toutes les charges ; 
l'égalité de noblesse ne suffisait même 
pas pour que deux hommes se crus- 
sent égaux , et celui dont le père ou 
l'aïeul avait eu quelque emploi plus 
éminent , se regardait comme supé- 
rieur à celui qui ne pouvait alléguer 
le même avantage. Les disputes qui 
en résultaient étaient jugées par le 
sénat, sur des registres qu'on nom- 
mait Livres et 'arrangement { Rod'iad- 
nié knigui). En 1681 , Fédor fit brû- 
ler publiquement et avec beaucoup 
de solennité tous ces registres , et le 
patriarche prononça un discours pour 
applaudir à la résolution du souve- 
rain. Cependant Fédor, pour ne pas 
enlever aux nobles tous leurs avan- 
tages , les fit inscrire selon leur rang 
dans des registres particuliers , où 
l'on inséra en même temps les noms 
de ceux qui n'étaient pas compris 
dans les anciens livres. On a attribué 
à Fédor le projet d'une institution qui 
devait servir à l'instruction publique, 
mois qui eut été en même temps Un 
tribunal d'inquisition. Plusieurs histo- 
riens supposent que ce projet était 
sorti de la tête d'un moine fanatique; 
ce qui est certain , cVst qu'il ne fut 
point exécuté. Fédor mourut en 1 08 >., 
âge de vin il été 

marie' i\':u\ fuis, m : ^ ne laissait point 
d'eu fan (s; 11 fol rempl - deux 

; y m 1 1 Pierre. C — au. 
FbDRICl (César), voyageur vé- 
nitien , quitta sa patrie en 1 565 
aller ai.s. Indes. Il aborda a Tripoli 
de Syrie, se joignit a Hep à ui 

dit n.upluvte depuis 
Bir jusqu'à Bagdad qu'd appeH 
bylone, et après avoir touche à Or» 






FED 

mus , il parcourut pendant dix-huit 
ans les mers de l'Inde jusqu'à Ma- 
lacca. Il ne poussa pas ses courses au- 
delà de cette ville. Il fit un Ion- séjour 
au Pcgou , et y retourna même plu- 
sieurs fois. On voit par la relation de 
Fedrici qu'il était commerçant. Après 
avoir éprouvé toi» à tour ta bonne 
et ta mauvaise fortune, il songea à 
revoir sa patrie pour y jouir du fruit 
de ses travaux, lî retourna par mer 
d'Ormus à Bassora , et de Bagdad à 
Alep par le désert. 11 s'embarqua à 
Tripoli pour la Terre-Sainte , passa 
quatorze jouis à Jérusalem, alla à 
Jafïa , ensuite à Tripoli, et déb »rqua 
à Venise le 5 novembre 1 58 1 - Ayant 
bien goûté , dit-i! , la satisfaction d'être 
heureusement de retour dans sa pa- 
trie , il résolut de décrire , le plus 
brièvement qu'il lui serait possible , 
tout ce qu'il avait observé de furieux 
dans ses voyages , de donner des dé- 
tails instructifs sur tous les objets de 
commerce qui se trouvent aux Indes, 
et d'y joindre des avis pour ceux qui 
voudraient faire le même voyage. Il 
publia en conséquence , en italien , 
l'ouvrage suivant : Voyage à Y Inde 
orientale et au-delà y dans lequel 
sont contenues des remarques sur 
les usages et les mœurs de ces pays, 
et sont décrites les épices , les dro- 
gues , les perles et pierreries qui en 
viennent , etc. , Venise , un vol. in-i % 
1087. Cette relation se trouve aussi 
dans le tom. III du Recueil de Ra- 
musio ; e!Ie est traduite en anglais 
flans le tom. Il de Ibicklnyt , et dans 
\nbAsiaiick Miscellanies, tom. I. Fe- 
drici ne donne un itinéraire suivi de 
son voyage, que ju-qu'à son arrivée à 
la tô'c de Malabar et vers la fin de ses 
courses. Il parle en général drts pays 
qu'il a vus , et dii acei&ntcllemcnt 
qu'il est allé à tel ou tel lieu, en rap- 
portant cjueJqucfois la date de son 



FEH 2ât 

séjour. On ne peut qu'approuver cette 
manière de narrer* car les affaires de 
son négoce l'ayant conduit plusieurs 
fois dans les mêmes lieux, il fût, en 
suivant une marche opposée à celle 
qu'il a tenue, tombé dans des répé- 
titions fastidieuses. Ce n'est pas an 
reste la seule preuve de bon sens que 
l'on trouve dans son livre. Tout en 
entretenant le lecteur de ses aven- 



tures personnelles 



i! n'en dit née 



moins que ce qui est nécessaire pour 
soutenir l'intérêt de la narration. Il 
ne raconte pas de fables, écrit avec 
beaucoup de candeur , et présente des 
renseignements très curieux sur tous 
les sujets qu'il annonce dans le titre 
de sou ouvrage. Il eût mérité , dans 
le temps où il parut, les honneurs de 
la traduction en notre langue; aujour- 
d'hui encore sa lecture fournira des 
documents précieux aux personnes 
qui s'occupent de recherches relatives 
au commerce et à la géographie de 
l'Inde. E — s. 

FEHLING ( Henri-Christophe ), 
peintre , naquit eh i653 à Sangerhau- 
sen , et eut pour maître Samuel iJot- 
scliild , son parent , qu'il accompagna 
en Italie. Fehling, de retour à Dresde, 
fut nommé successivement peintre do 
la cour, directeur de l'académie, et 
inspecteur de la galerie de tableaux, 
il peignit plusieurs plafonds au palais 
dû grand jardin de Dresde, ainsi qu'à 
ceux du Zwinger et du prince Lubo- 
mirsky, et mourut à Dresde en 172;"), 
à l'âge de soixante-douze ans. D — T. 
FEHR ( Jean-Michel ) , né le ç) 
mai 1G10, à Kitzingen en Franconie, 
commença ses études à Schweinfurt , 
puis se rendit à Leipzig pour v ap- 
prendre la médecine. En i654 , il 
voulut suivre les leçons de Scnnert , 
qui demeurait à Wittemberg ; mais les 
malheurs de la guerre ne lui permi- 
rent pas de jouir longtemps de cet 



*5ci F K li 

avantage. Il fui même oblige de se faire 
précepteur de trois seigneurs saxons. 
Au bout de deux ans , il obtint la place 
de directeur du laboratoire de chimie 
de Dresde, et fut chargé par le pre- 
mier médecin de la cour de visiter (eux 
de ses malades auxquels il ne pouvait 
donner ses soins. Ces fondions le ten- 
dirent plus habile encore dans la pra- 
tique, et lui procurèrent quelque ai- 
sance. En i63q, il suivit les leçons 
de Gaspar Hoffmann à Altoiff, puis 
voyagea en Italie, visita Venise, Pa- 
doue, et fut reçu docteur dans cette 
dernière ville par le célèbre Vcslinge, 
en 164 1 • De retour en Allemagne, il 
s,e fixa «à Schvvcinfurt , fut reçu, sous 
le nom d' Argonauta , membre de l'a- 
cadémie des curieux de la nature , 
dont il devint président en i665. 
Vingt ans après, Léopold I r . le nom- 
ma son médecin impérial, et lui fit 
présent d'une chaîne d'or; mais il ne 
jouit pas long-temps de cette dignité 
nouvelle , et mourut le i 5 novembre 
i(>88, des suites d'une apoplexie. Fchr 
enrichit les Mémoires des Curieux 
de la Nature d'un grand nombre d'ob- 
servations intéressantes; mais il n'a 
publié séparément que deux petits ou- 
vrages. Ce sont : I. Anchora sacra , 
val scorsonera elaborata , Breslau , 
1664 ; Iéna , t668, in-8\; IL Hiera 
Fiera, vel de absjnthio analecla y 
. 1GG7; Leipzig, 1668, in-8"., 
ii^. — Fehr (Jean-Laurent), fiisdu pré- 
té lent, né à Schvvcinfurt , cultiva, 
comme son père, la médecine et la 

Shysique, et inséra s<s observations 
ans les Me/noires de l 'Académie 
des Curieux de la Nature , dont il 
était membre. Il mourut le i'i sep- 
tembre 1 r ;o0. L). L. 

FEHRMAN ( Daniel) ,graveui de 

médailles, né a Stockholm (il 1710, 

rut pour maître le fameux Ilrdlin- 

auj était alors graveur du roi 



FEI 

de Suède. Fehrman accompagna Hed- 
linger dans un vovage en Danemark 
et en Russie, et, de retour en Suède, 
il fut employé par le gouvernement 
suédois à la monnaie de Stockholm. 
Lorsqu'Hcdlinger se retira , il obtint 
du roi la permission de remettre sa 
place à son élève, qui la remplit avec 
autant de distinction que de zèle. 11 
grava un grand nombre de médailles, 
de jetons, de sceaux et d'armoiries, 
qui sont la plupart recherchés des 
connaisseurs. Plein de reconnaissance 
pour Hedlinger, il fit une médaille à 
l'honneur de cet artiste, qu'il repré- 
senta sous l'emblème du soleil , prêtant 
sa lumière à la lune; la médaille a 
pour inscription : Lucem dat sidus 
amicum. En 1 764 , Fehrman fut mis 
par une attaque d'apoplexie hors d'é- 
tat de travailler; il eut cependant la 
satisfaction de se voir remplacé par 
son fils, dont il avait été le naître. 
Outre cet élève, il en avait formé 
plusieurs autres , entre lesquels se 
sont distingués surtout C.-P. Wick- 
man et G. Ljunberger. Dauiel Fehr- 
man mourut en 1 -80. Les travaux 
de tous ces a«tistcs ont donné à la 
Suède une suite de médailles très 
considérable, conservant le souvenir 
des principales révolutions, des traits 
les plus remarquables de chaque rè- 
gne, des action-, éclatantes et des en- 
treprises patriotiques. Jouas Hallen- 
berg, historiographe de Suède et au- 
teur de plusieurs ouvrages historiques, 
a publié récemment le catalogue de 
toutes ces médailles, et de celles qui 
ont été achetées en plusieurs pay pour 
être placées dans le cabinet du roi 
avec les médailles nationales. C — au. 
FEUOO /<». fivjM). 

ITJM S. for. I-m 

! la I \V\ ( SWRAKD ) naquit à 
Amsterdam en i<»<)i, dans cette con* 
diliou si digue d'envie qu'Horace ap- 



F El 

pelle aurea mediocritas , et qni , avec 
de l'ordre et des mœurs , procure la 
plus honorable indépendance. Ses pa- 
rents le destinèrent d'abord au mi- 
nistère sacre, et dirigèrent en ce sens 
son éducation ; mais sa complexion 
délicate fit abandonner ce projet. Il 
fut question de lui ouvrir la carrière 
du commerce; cependant , au bout de 
quelqii'S années d'apprentissage, le 
jeune Feitama reconnut encore que ce 
genre de vie convenait peu à sa pas- 
sion pour l'étude, au besoin qu'il éprou- 
vait d'un loisir lettré. Il adopta en 
conséquence cette nouvelle manière 
d'être, et n'en suivit désormais point 
d'autre. Il eut le bonheur de rencon- 
trer dans Laurent Ten Iv.ate, le meil- 
leur des grammairiens hollandais , 
dans Nicolas Bruin , bon poète mora- 
liste, et dans Charles Si bille , critique 
judicieux, d'excellents guides. Le théâ- 
tre hollandais recueillit les premiers 
fruits de ses travaux. Ses productions 
originales, en ce genre, sont une tragé- 
die de Fabricius et un drame allégo- 
rique intitulé : le Triomphe de la 
poésie et de la peinture. Son Fabri- 
cius , bien que se ressentant un peu 
de la jeunesse de l'auteur, n'en don- 
nait pas moins des espérances ; il l'a 
retouché dans une édition subséquen- 
te , où l'on regrette quelquefois le pre- 
mier jet. Sa traduction du Romulus 
de Hondart de Lamotte parut à la 
même époque, et ces premiers essais 
furent accueillis avec distinction sur 
la scène hollandaise, en 1720 et 1724. 
Feitama s'est peut-être trop défié de- 
puis de son génie inventif, et il s'est 
exclusivement réduit au rôle de tra- 
ducteur. Ainsi, outre le Romulus, il 
a encore traduit de Lamotte les Ma- 
chabées ; des Corneille, Darius, Per- 
tharite , Stilicon et Vespasien; de 
Voltaire, Brutus; de Crébillon, Pyr- 
rhus; de Brueys, Gabinie ; de Du- 



FEi ^55 

ché, Jonathan; dedeCaux, Marius. 
Toutes ces pièces ont été successive- 
ment applaudies sur le théâtre d'Ams- 
terdam, excepté Jonathan et les Ma- 
chabées , que son respect pour la 
Bible empêcha le traducteur d'y pré- 
senter. Feitama forma deux entreprises 
de traduction bien autrement considé- 
rables, et il y fut couronné d'un plein 
succès. Il a traduit Ai vers hollandais 
le Télémaque de Fénélon et la ffen* 
riade de Voltaire. La première édi- 
tion du Télémaque est de 1755. Il 
mit trente ans à retoucher son ou- 
vrage, et cette retouche n'a paru que 
posthume. Le succès du Télémaque 
l'engagea à essayer la Henriade; mais 
la crainte de n'y pas re'ussir également, 
et quelques autres circonstances , firent 
lentement marcher et même momen- 
tanément abandonner cette entreprise. 
Charles Sebille soutenait a son ami 
que la Henriade était intraduisible ; 
qu'il ne parviendrait jamais à rendre 
dans la langue hollandaise la force et 
la concision du style de Voltaire. Fei- 
tama opposait à ces assertions d'heu- 
reuses tentatives sur des morceaux 
épars. Sebille cessa de le dissuader. 
Feitama se remit à l'œuvre. En 1 ^58 , 
il était parvenu à la moitié de sa tâ- 
che. Elle se trouva finie en 1 745 ; 
mais le poète mit encore dix ans à 
la polir, à la perfectionner; elle ne 
parut qu'en 1753, et ne valut pas à 
son auteur une moindre approbation 
ni de moindres éloges qu'il n'en avait 
recueillis de son Télémaque. \\ ne 
nous paraît guère possible en effet de 
mieux faire. Feitama a incontestable- 
ment remporté la palme sur Govert 
Klinkhani'-r, dont la traduction de la 
Henriade en vers hollandais avait pa- 
ru en \ r ]l\i. On peut se douter quel- 
quefois dans le Télémaque de Feitama 
qu'il rend en vers de la prose : la Hen- 
riade sent le poète d'un bout à l'autre. 



354 1 El 

Tout ce qu'a publié Feitama, il l'a 
publié sous la devise : Studio fovelur 
ingemum , et non pas sous son nom, 
qui n'était cependant un mystère pour 
personne. Cette devise était une sorte 
tic justice qu'il se rendait à lui-même; 
elle caractérisait le genre de son talent 
poétique, fruit du travail plutôt que 
de l'inspiration. Les initiales de ces 
trois mots latins étaient d'ailleurs celles 
de son nom , Sibrand Feitama Jans- 
zoon, ou fils de Jean. Feitama vivait 
très retiré, mais il embellissait sa re- 
traite par la société de quelques amis 
choisis et par la culture des beaux- 
arts. Il avait formé une très belle col- 
lection de dessins, et il dessinait fort 
Lien lui-même. Il était singulièrement 
accessible pour de jeunes poètes , qui 
se plaisaient aie consulter. On a prôné 
sou talent pour la lecture. Il lisait les 
vers avec une singulière emphase , 
que les acteurs de ses pièces, en le 
prenant pour modèle, transportaient 
sur la scène dans leur déclamation. 
Né dans la communion des anabaptis- 
tes , Feitama eu avait les mœurs sim- 
ples et pures ; il était fort attaché à 
la religion, mais il la voulait signalée 
par la tolérance et la charité. Doué 
d'un tempérament peu robuste, la la- 
ine eut promplement chez lui usé le 
fourreau. Trois ou quatre années de 
dégradation progressive de ses facultés 
physiques et intellectuelles («condui- 
sirent doucementau tombeau en i 7 58, 
à l'âge de soixante-trois ans et demi. 
]| laissa par son testament des gages 
de son souvenir affectionné à un 

grand nombre de SCI amis. L'un 
1 , le poète François van Steen- 

wyk, publia, en i^»"», la •>: . édition 
de son l'rlrnKUjUC, tioSI que II 
vres posthumes, parmi lesque 
dislingue une traduction de \\/lzire. 
Du vivant de Feitama, en 
théâtre avait paru en il vol. iu< 



FEI 

format affecté alors aux œuvres des 
poètes hollandais. — Jean Feitama, 
neveu de Sibrand , compte en Hol- 
lande parmi les poètes dramatiques 
traducteurs, comme son oncle. Ou a 
de lui les tragédies de Thésée, 1740; 
Thémistocle , 1 74 1 î Mérope , 1 746. 

M — ON. 

FF1TH (Everard), naquit dans 
le 16 . siècle à Elbourg, petite ville 
de la Gueldrc hollandaise. L'envie de 
s'instruire le fit sortir de son pays , 
et, quand il y retourna, les troubles 
publics ne lui permirent pas de s'y 
fixer. Il vint en France, où il donna 
des leçons de grec , et obtint l'amitié 
de Casaubon , de Dupuy, du prési- 
dent de Thon. Son érudition était im- 
mense, et l'on ne peut douter qu'il 
n'eût rendu aux lettres savantes les 
plus grands services si sa vie avait 
été plus longue; mais il mourut fort 
jeune et d'une manière extraordi- 
naire. Etant à la Rochelle il se pro- 
menait suivi d'un valet. Un habitant 
l'invite à entrer dans sa maison; il 
y entra , et depuis on ne le revit 
plus. Toutes les perquisitions des ma- 
gistrats restèrent sans succès. Feith 
laissa plusieurs ouvrages, entre au- 
tres , Antiquitates Athenienses , en 
huit livres, et Antiquitates Home- 
ricœ , en quatre livres. Ce dernier 
traite a été publié pour la première 
lois à Levde en 1^77, p <r iiru- 
ni.iu , recteur du gymnase de Zwooi , 
et petit neveu de Feith. (ironovms l'a 
réimprimé dois le 6'. volume du 
trésor des antiquités grecques* Il y 
en a une autre édition d' \msfeidaui 

une de Strasbourg i - 
due aux soins de Mober, qui \ I 
les rem irques et celles de Hcu- 
pel : c'est la meilleure de toutes. L'abbé 
deLonguerue,qui n'avait pas l'ima- 
gination fort poétique, aimait mieux 
lue Feitb qu'Homère. « 11 y a, dit- 



FEI 

i> il , deux livres sur Homère que 
» j'aimerais mieux qu'Homère même. 
» Le premier e>t Aniiquitates Ilo- 
» mericœ de Feithins , imprimées à 
» Leyde, où il extrait tout ce qui a 
» rapport aux usages et coutumes. Le 
» second est Homeri Gnomologia 
» per Duportum , imprimé à Cain- 
» bridge. Avec ces deux livres on a 
» tout ce qu'il y a d'utile dans Ho- 
» mère, sans avoir à essuyer ses 
» contes à dormir debout. » Eayle 
nous apprend que les antiquités at- 
tiques de Feith étaient en manuscrit 
dans la bibliothèque de Cuper, et 
cette particularité se trouve confir- 
mée par le témoignage de Cuper lui- 
même, qui dans la 5*". de ses lettres 
à l'abbé Bignon s'exprime en ces 
termes : « J'ai outre cela divers ma- 
» nuscriîs des savants, et entre au- 
» très de Feithus, qui nous a donné 
» les Antiquitates Homericœ qui 
» sont si estimées 5 car ses Anliqui- 
r> tates Atticœ , ses Paralipomena 
v Atlica et sa Respublica Athénien- 
» sium sont entre mes mains. » 
Nous ignorons à qui ces manuscrits 
appartiennent aujourd'hui. Probable- 
ment ils ne seront jamais publiés. Des 
compilations à la manière de Meur- 
sius seraient maintenant d'un bien 
faible intérêt. B — s s. 

FEIZALLAH-EFFENDI, Muph- 
ti , naquit à Van, sur les con- 
fins de la Perse; il descendait d'une 
race d'émirs. Sous le sultan Maho- 
met IV il fut fait underris de Suli- 
manié , et ensuite coggi i des Cheza- 
dés, ou précepteur des fils du prince. 
Mustapha II , son élève, le porta à 
la dignité de muphti. Il ne passait 
pas pour un homme instruit , mais 
pour un esprit délié , astucieux et in- 
sinuant. Son ascendant sur sou maî- 
tre, dont il abusa constamment, les 
rendit odieux l'un et l'autre; ce 



FEI 55$ 

muphti, avare, injuste et perfide, ne 
se servait de sa puissance que pour 
tromper , persécuter et s'enrichir. 
Cherkies -Méhémet , gouverneur de 
Jérusalem, faillit périr victime in- 
nocente de la haine du cruel Feiz d- 
lah.Cherkies-Méhémet, un des plus 
braves , des plus religieux et des 
plus estimés pachas de l'empire otho- 
man, se trouvait en opposition à Jé- 
rusalem avec un fils du muphti , qui 
y était mollah. Ce fils , digne en tout 
de son père , était le tyran le plus 
bizarre et le plus redouté, Il avait 
ordonné à tous les habitants , même 
musulmans, de tuer tous les chiens 
et toutes les mouches , parce qu'il 
prétendait que ces animaux et ces in- 
sectes l'incommodaient dans l'exer- 
cice de ses fonctions. Tous les habi- 
tants effrayés de la puissance du mol- 
lah , fils de Feizallah , n'étaient occu- 
pés qu'à tuer les mouches et les 
chiens , que la loi de Mahomet pro- 
tège. Le scandale devint si universel 
que le vertueux Cherkies-Méhémet 
fit parvenir les plaintes du peuple 
aux pieds du trône. Le muphti fu- 
rieux, qui avait pour ses enfants Ja 
faiblesse du grand - prêtre He'H de 
l'Histoire - Sainte, noircit tellement 
Cherkies dans l'esprit du sultan que 
Mustapha 11 envoya un capidji lui 
demander sa tête. Ce dernier avertit 
heureusement le grand vézyr, qui 
parvint à sauver l'innocent et ver- 
tueux pacha. La dernière victime de 
Feizallah fut Daltaban, dont la mort 
fit éclater la révolte de 1702. Mus- 
tapha, craignant pour lui-même, se 
vit obligé de livrer à la fureur de 
la multitude son perfide conseiller , 
l'odieux Feizallah. 11 fut déclare infi- 
dèle, parce que le coran et les lois 
de l'empire défendent de mettre à 
mort un muphti. Dépouillé de son 
caractère sacré, Feizallah devint le 



^56 FEK 

jouet de toutes les tortures ; le? re- 
belles portèrent la fureur jusqu'à lui 
enfoncer des doux dans les genoux 
pour lui faire déclarer où étaient ses 
immenses trésors. On peut regretter 
de trouver le courage dans une ame 
corrompue; niais il n'en est pas moins 
vrai que cet odieux muphti souffrit 
tous les tourments avec une cons- 
tance étonnante; son corps fut enfin 
jeté dans le fleuve Marital , le fa- 
meux Hèbrc qui passe à Andrino- 
ple, le théâtre de cette scène d'hor- 
reurs. S —Y. 
FEKHR-EDDIN. Foy. Fakur. 

IDDYN. 

FELDMANN (Bernard), né à 
Coin, sur la Sprée, le i i novembre 
1704 , étudia la médecine à Berlin , 
sous les savants professeurs Neuinann, 
Pott, Eller, LudoiC En 17-26, il se 
rendit à l'université de Halle , et après 
un court séjour , il revint à Berlin. Eu 
inji, il partit pour la Hollande , lia 
une connaissance particulière, à Ams- 
terdam , avec l'habile chirurgien Vil- 
hooru , et le célèbre naturaliste Scba , 
suivit les intéressantes leçons de l'il- 
lustre Boerhaave ,ct de son digue col- 
lègue Gaub, à l'université deLeyde, 
où il reçut le doctorat en l 'fbi. Sa dis- 
sertation inaugurale , De compara- 
lione planlaram et animalium , an- 
nonçait une sorte de prédilection pour 
l'histoire naturelle , qui fut toujours 
en effet l'occupation chérie de Fcld- 
maiin. De retour en Prusse, il fut élu 
médecin-physicien et sénateur de B l- 
pin. Il inspirait une telle confiance, il 
jouissait d'une telle réputation dans 
cette ville , qu'il refusa I emploi de mé- 
decin militaire que lui offrit le (itand- 
Fréderie. En 1 77~>, la soi ietrfdes scru- 
tateurs de la nature, d< Berlin, T.. d- 
mit dans SOU sein, axer, le titre de 
membre honoraire, et le perdit au 
mots de janvier 1777. Fcldmann n'a 



FEL 

public* que des Mémoires insère* 
dans divers recueils. On distingue des 
observations sur les lombrics trouvés 
dans les reins; sur les effets de h dé- 
glntiîion du verre; sur l'utilité du sé- 
ton dans les éruptions varioleuses et 
psoriques; sur l'efficacité' du camphre 
à grandes doses. C. 

FELEK1, poète persan, dont les 
vrais noms sont Aboid- Ni zam- Mo- 
hammed, naquit à Chamaki, dans le 
Chirvan, vers le commencement du 
6 . siècle de i'hég. On dit qu'il eut 
pour maître le poète Abou lola Kend- 
jevi. Voici la circonstance qui lui 
fit donner le surnom sous lequel il est 
généralement connu. Un astronome, 
ou plutôt un astrologue de Cham.iki , 
avait une fille d'une rare beauté. Fé- 
léki , épris pour elle d'une passion 
ardente, se livra à l'astrologie, afin de 
s'introduire auprès d'elle sous le pré- 
texte d'étudier cette science; mais il 
fit de tels progrès dans la connaissance 
des astres et acquit une telle habileté 
dans l'art de tirer de leur position res- 
pective des augures pour les actions 
humaines, qu'on lui donna le sur- 
nom de Féléki ( céleste ) , dérivé du 
mot Félek ( le ciel ). Au surplus, il 
paraît d'après ses poésies que son 
amante rejeta long-temps ses soupirs ; 
souvent il se plaint de ses duretés , 
de ses refus. Cette rigueur le plongea 
dans une profonde mélancolie, et il ré- 
solut d'abandonner le monde; mais il 
rut assez de sagesse pour ne pas accom- 
plir ce seime.it , et sortit bientôt de la 
retraite. Il renonça même a l'astrologie 
et aux mathématiques, pour se livrer 
tou! entier à la poésie, et acq lit une 
grau le réputation dans cette carrière, 

digne de ses rares talents. On lui dé- 
cerna les titres de Chems-el-Chodra 
( ^olcil des poètes ), et Méiik-el-fo- 
dh-lii { roi des e\c< Menti ). Il a cou- 
posé en différents ouvrages près de 



FEL 

quatorze mille vers. Le prince Mirza- 
Oulough-Bey faisait grancUas de Fe- 
léki et le plaçait après Anvéri, disant 
qu'il n'y avait point de poésie qui eût 
plus de force que la sienne. Plusieurs 
critiques le préfèrent à Khacany, son 
rival et son contemporain. Fc'léki vé- 
cut en honneur à la cour de Manou- 
tchéher-Chah, et jouit des bonnes 
grâces de ce prince. Il mourut en 577 
de l'kég. ( 1 182 de J.-C. ), et fut en- 
terre' à Chamaki. J — W. 

FELGENHAUER ( Paul), vision- 
naire allemand, naquit vers la fin du 
16 e . siècle, h Putsch witz en Bohême, 
où son père était ministre protestant. 
11 étudia la théologie à Wittenberg, 
remplit les fonctions de diacre à l'é- 
glise du ch